‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 60 sur 135 · LES CHEMINS DE CROIX · texte numérisé non relu

LES CHEMINS DE CROIX

ricoNOGRAPHiE DU CHEMIN DE LA CROIX ; c'est-à-dire que nous prendrons les Stations une à une, pour montrer, par des gravures et des descriptions, corn* ment aux différents siècles du moyen âge on a peint et sculpté non pas toutes les stations, mais quelques-unes d'entre elles. Je dis quelques-unes, parce que le Chemin de Croix, composé de dix, douze ou, comme aujourd'hui, de quatorze Stations, est d'origine assez moderne ; je ne crois pas qu'on en trouve un seul exemple antérieur à la fin du xv' siècle. Mais, de tout temps, pour ainsi dire, on a représenté Pilate se lavant les mains et abandonnant le Sauveur à ses bourreaux , Jésus portant sa croix, Jésus rencontrant sa mère, Jésus crucifié, Jésus descendu de la croix, Jésus mis au tombeau. Je connais même un magnifique bas-relief, de la fin du xiv^ siècle, de Jésus tombant affaissé et comme écrasé sous l'instrument de son supplice.

Déjà nous possédons en réserve, dans nos portefeuilles, plusieurs gravures de quelques-unes de ces Stations exécutées d'après des sculptures en pierre, des sculptures en ivoire, des peintures sur verre ou sur parchemin. Nous 'les publierons successivement pour fournir des modèles, des exemples ou tout au moins des documents à ceux de nos sculpteurs et peintres modernes qui voudraient exécuter des Chemins de Croix en style archéologique. Nous donnons même, en tête de cet article et comme frontispice, en quelque sorte, de ce que nous offrirops sans interruption, une Moat de Jésus, c'est-à-dire la douzième des quatorze Stations. Ce bas-relief est en ivoire et du commencement du xui*' siècle. Il fait partie d'une série de sujets, auxquels nous en emprunterons encore trois, et qui tapissent l'intérieur d'une statuette de la sainte Vierge que possède le musée du Louvre. Il est ici dessiné de grandeur naturelle par mon neveu et gravé par M. A. Guillaumot. Tout n'y est pas irréprochable, assurément; mais nul doute qu'un artiste de bonne volonté n'y trouve plus d'un renseignement utile pour un Chemin de Croix moderne. Jésus-Christ attaché à la croix par quatre clous, un à chaque main et à chaque pied, vient d'expirer entre sa mère placée à sa droite et saint Jean à sa gauche. De sa mort est née l'Église placée du côté de Marie. Cette Église tend un calice où elle a recueilli le sang divin qui servira à la célébration du sacrifice de la messe. L'Église est reine et couronnée; son poing droit fermé semble dire qu'elle vient prendre avec énergie possession du monde chrétien. Du côté de saint Jean, à la gauche de Jésus, la Synagogue, aveugle ou dont les yeux sont bandés, a été tuée par la mort du Christ. De sa main droite glissent les tables de la loi ancienne qui vient de finir ; à la main gauche, elle tenait un étendard, autrefois victorieux, mais qui vient de se casser en morceaux et qui tombe : le règne de la Synagogue est fini. En haut, dans le ciel, les deux grands astres de la terre, la

lune et le soleil, ternes et éclipsés par la mort de leur Créateur, sont tenus par les deux anges qui président à leur mouvement. Plus haut encore , l'Agneau de Dieu, âme en quelque sorte de Jésus-Christ, ou du moins son symbole le plus autorisé, occupe dans une auréole circulaire le sommet de la croix. Comme il convient, le sculpteur a déchaussé les pieds de saint Jean, puisque c'est un apôtre ; mais il a chaussé les pieds de la sainte Vierge qui ne va jamais pieds nus à aucune époque, si ce n'est à la nôtre , pas plus que n'y vont l'Église et la Synagogue. Le titre de la croix manque ; il faudrait le rétablir, si l'on s'inspirait de ce bas-relief. La Vierge , saint Jean, l'Église, les anges et l'Agneau de Dieu n'ont plus de nimbe, parce que, peint sans doute sur l'ivoire, ce nimbe aura disparu ; il faudrait avoir soin de le rétablir et de le timbrer d'une croix pour la tète de l'Agneau, comme il est timbré à la télé du Sauveur. Il semble aussi que le soleil soit figuré par cette espèce de couronne ondulée que tient l'ange de gauche, et la lune par cette sorte de vase ou d'écuelle creuse que tient l'ange de droite. Il faudrait d'abord les changer de place : le soleil doit toujours éclairer la droite de Jésus et la lune sa gauche. Evidemment, faute curieuse cependant, le sculpteur s'est trompé. Puis une autre forme, plus usitée même au xiii* siècle et plus compréhensible de nos jours, pourrait être donnée au soleil et à la lune : le disque entier et rayonnant au premier; le disque échancré et sans rayons à la seconde. On voit que nous n'acceptons pas la copie absolue et aveugle d'une œuvre, même du xm* siècle, et qui nous paraît cependant fort intéressante et surtout fort remarquable de composition.

Quant à l'ensemble des quatorze Stations, nous avons proposé h, l'un de nos amis d'en écrire en détail l'histoire et la description que des gravures accompagneraient et qui seraient publiées sans retard et sans interruption dans les « Annales Archéologiques » • Nous avons l'espoir que ce beau travail sera accepté avec empressement par notre savant collaborateur. Mais si, pour une raison quelconque, notre proposition n'était pas accueillie, nous ne laisserions pas à d'autres l'honneur et le plaisir d'entreprendre une pareille série d'articles ; nous voudrions nous en charger nous-môme.

DIDRON

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