‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 63 sur 135 · a Ant. de Limoges », p · texte numérisé non relu

a Ant. de Limoges », p

1/œuvre était si grossière, qu'il est difficile de dire ce qu'elle signifiait; probablement une simple fantaisie du sculpteur, à moins que ce ne soit quelque prouesse d'un dompteur de bêtes féroces. Mais les antiquaires du xvi* siècle avaient autrement interprété cela, et je les accuse d'avoir ajouté au monument cette inscription gravée sur une lame de cuivre et absurde de tous points ;

Aima LocTna duces ssevosi parit atque coronat. Opprimithanc natus WaïfTer maie sanus alumnam; Sod pressus gravi tate luit sub pondère pœnas.

L'« Aima Leaena », selon les commentateurs modernes^, c'était l'Aquitaine qui , « suivant Louis le Débonnaire , avait enfanté jet couronné des ducs cruels». Waïffer, c'était tantôt un des lionceaux, tantôt l'homme nu qui avait ses coudes appuyés sur la lionne. Quant au poids qui l'accablait en punition de ses fautes, c'est parce que le tombeau du duc se trouvait sous la lionne.

Vendue à M. de Choiseul-Gouffier, la lionne de Saint-Martial s'est perdue, avec tant d'autres monuments plus réellement précieux, dans le musée des Petits-Augustins; mais, dût-on la retrouver un jour, dès à présent je tiens l'inscription pour apocryphe, et j'affirme que celle de la fontaine du Chevalet n'est pas plus authentique.

On voyait sur une vieille fontaine de la ville un groupe équestre dont on avait oublié la vraie signification : avec un peu d'imagination on en découvrait une autre et, comme elle était certes très-intéressante pour le populaire de Limoges, on la constatait aussitôt par une inscription. On y mettait même la date de 316 ; mais on se croyait en droit de le faire, puisque l'origine du monument se perdait dans la nuit des temps, et la bonne foi des édiles limousins n'en souffre aucune atteinte.

Si la mésaventure de Gallus Anavalianus ou Annibalianus avait été connue ailleurs qu'à Limoges^; s'il était prouvé seulement qu'elle y eût cours dès le moyen âge, peut-être faudrait-il en tenir compte dans la solution définitive du problème iconographique qui nous occupe. En effet, ce n'est plus là un sujet historique proprement dit : il appartient à l'histoire religieuse, puisque

4. DuROux, « Essai sur la Sénatorerie de Limoges », page 409.

2. On a essayé d'identifier ce prétendu gouverneur d'Aquitaine avec un autre Gallus Annibalianus, neveu et gendre de Constantin ; mais on n'y aurait rien gagné. Ce dernier personnage était enfant lors de la bataille de Cibales, et fut mis à mort trente ans après par ordre de Constance. Il est au surplus très-invraisemblable qu*aucun gouverneur d'Aquitaine ait figuré dans l'armée de Licinius, puisque toutes les Gaules appartenaient à Constantjn, et, avant lui, à Constance son père. Mais bien des légendes, qui n'avaient pas de meilleurs fondements, ont fourni des sujets aux artistes du moyen âge, et ce qui est en question c'est fexistence même de la légende à l'époque où fut faite la fontaine du Chevalet, parexemp.e au xiir* siècle.

le lieutenant de Licinius avait, dit-on, dépouillé les églises d'Aquitaine. La représentation de sa mort et de son châtiment avait dès lors sa moralité, et elle trouvait logiquement sa place parmi les autres sculptures du portail des églises. On expliquerait même ainsi pourquoi on ne trouve les cavaliers dont il s'agit qu'en Aquitaine en quelque sorte ; on s'expliquerait enfin pourquoi ils sont parfois couronnés, si ce fait était constaté. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, la tradition de Limoges au xvi* siècle n'est encore confirmée par aucun document du moyen âge* et ne mérite nulle confiance. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il y avait à côté du cavalier de l'église Notre-Dame-.la-Grande, à Poitiers, une inscription parlant, non pas de Gallus Anavalianus, mais de Constantin seul.

La voici telle que M. de Chergé la donne dans son « Guide du voyageur à Poitiers», p. 179 :

Quara Constantino pietas erexerat olim — 340.

Ast hostis rabies straverat effigiem — 4562.

Restituit veteres cupiens imitarier hujus

YiDus EQUEs templi cœraodiarcha (cœnobiarcha] pius — 4592.

Comme celle de Limoges, et plus clairement encore, elle n'atteste qu'une chose : l'opinion des savants au xvr siècle, et notamment celle de Guy Chevalier, qui restaura le monument en 1592.

Donc, les meilleures chances restent encore à saint Martin ; mais, malgré le plaisir que j'aurais à donner pleinement raison à notre ami le directeur des « Annales », je ne trouve pas qu'il y ait évidence complète. Ce n'est pas que les objections de M. J. Marion me semblent bien puissantes; au contraire, il demande : « quelle serait la raison de cet honneur inusité accordé à un saint, très-célèbre sans doute, mais qui, pour l'église de Civray, comme pour toutes celles dont il a été question, n'est qu'un saint secondaire? » Je lui demanderai à mon tour comment il se fait qu'un grand nombre de fontaines miraculeuses dans l'Aquitaine portent le nom de saint Martin ? Quelle que soit l'origine de ces dénominations ; qu'elles se rattachent à certains voyages du saint, à cer-

4. Une récente découverte de MM. de Longuemar et P. Durand est venue modifier Tétat de la question. Parmi les plus anciennes peintures du baptistère de Saint-Jean, à Poitiers, les deux archéologues ont signalé les traces d'une figure équestre accompagnée de ces capitales romanes... TÂNTINV... qui correspondent à la plus grande partie du mot Constantinus. M. de Longuemar en conclut que les cavaliers du Poitou étaient a la représentation symbolique du triomphe de la religion chrétienne sur la terre, personnifiée sous la figure de Constantin , le premier champion couronné de notre foi. » Mais le fait donne aussi plus d'autorité et de valeur à la légende limousine de Constantin et d'Annibalianus. Voir à ce sujet le « Bulletin monumental » de 4858, page S20, et le compte rendu du congres scientifique de Limoges.

i9h ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

tains actes ignorés de sa vie, ou à des traditions erronées, elles témoignent du moins combien le souvenir du grand évéque de Tours était vivant dans nos contrées.

M. Didron avait ajouté que les images équestres de saint Martin pouvaient figurer tout Tordre des confesseurs, et M. Marion s'élève contre cet argument. En effet, si cela se conçoit à Chartres et au xiir siècle, il semble que les sculpteurs romans du Poitou n'étaient pas de cette force en iconographie. Il faut remarquer, en outre, que beaucoup de figures équestres ne font pas nécessairement partie- de la décoration primitive et paraissent avoir été ajoutées après coup. Cela est particulièrement évident à Sainte-Croix de Bordeaux, où une large ogive du commencement du xiii* siècle brise, tout exprès pour le cavalier, la symétrie des arcatures romanes en plein cintre. On ne saurait dès lors faire entrer cette représentation dans un plan général d'iconographie adopté pour toute la façade; il faut qu'elle ait un sens épisodique.Mais, dans Topinion de M. Didron, c'était là évidemment un argument surabondant, et, tout en l'écartant, on peut parfaitement admettre que les sculpteurs de l'Aquitaine ont simplemejit voulu représenter l'acte le plus populaire du plus grand saint du pays.

Les raisons de douter se puisent principalement dans la physionomie et dans les accessoires de ces images équestres de l'Aquitaine. Généralement elles sont fort mutilées, ce qui laissé, le champ libre à l'imagination de chaque observateur ; mais, à ne prendre que les détails authentiques, les uns conviennent à saint Martin, les autres non. Je ne parle pas de la couronne ou du faucon sur le poing; mais, par exemple, de la figure de femme qui se voit souvent sous la même arcade. Faut-il croire que ce soit toujours une donatrice? — A Aigoulène, où, par parenthèse, il semble avoir avoir existé deux cavaliers au lieu d'un, dont il ne reste, surtout à droite du portail, qu'une silhouette confuse, on voit bien une épée un peu rejetée en arrière, comme pour frapper ou pour couper, mais on voit aussi au-dessus de la queue du cheval une figure accessoire que je m'explique mal. Comprise dans le même compartiment carré que le cavalier de gauche, elle n'a que la tête de martelée. Elle est assise sur un pliant drapé, et un de ses pieds s'appuie sur une petite boule, ce dont M. l'abbé Michon s'autorise pour en faire une image de la deuxième vertu théologale, l'Espérance^. Mais d'autres statues de la même façade ont des supports analogues, sans intention et par pure maladresse. En arrière de cette figure est une draperie qui ne tient à rien et ressemble à un manteau déployé; mais il est peu probable néanmoins que ce soit un Christ revêtu du vêtement

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