‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 64 sur 135 · Stat. mon. de la Charente », page · texte numérisé non relu

Stat. mon. de la Charente », page

de saint Martin. Il n'a pas et n'a jamais eu de nimbe d'aucun genre; sa robe est collante avec des cordons à la ceinture; les manches doubles et celles de dessous pendantes : on dirait une femme comme on en voit certainement une à côté du cavalier de Châteauneuf ^.

Quoi qu'il en soit, ces difficultés n'existent pas pour la fontaine du Chevalet. Il y avait à deux cents mètres de la rue des Combes, mais hors de l'enceinte de la ville, une célèbre abbaye fondée par saint Éloi, enrichie plus tard par les dons des Vénitiens de Limoges, qui était dédiée à saint Martin, dont elle conser-. vait de précieuses reliques, un bras tout entier, dit-on^. Après saint Martial, qui figurait sur la fontaine d'Aigoulène, il était donc naturel de consacrer àsaint Martin l'autre fontaine dont il s'agit. On sait que, lorsque nos anciens artistes avaient à figurer l'acte de charité du saint chevalier, et qu'ils se trouvaient manquer de place, ils posaient le mendiant d'Amiens sinon entre les jambes du cheval, du moins peu s'en faut. Certes, le sculpteur de Limoges était plus gêné que personne, lui qui avait à resserrer ses personnages sur un étioit piédestal de forme circulaire, et k faire tenir sur ses jambes un cheval de ronde bosse, même un cheval de bronze. A défaut du canon, ou du tronc d'arbre, ou de la queue traînante, qui n'était pas encore inventée, il lui était bien permis de se servir, comme étai, de son mendiant. Le cavalier était d'ailleurs armé de toutes pièces ; il avait l'épée haute. Les antiquaires du xvi* siècle pouvaient facilement s'y méprendre.

Saint Martin ou Constantin, du xiii* ou du xvi* siècle, la statue équestre de la fontaine du Chevalier valait assurément mieux , non par l'exécution , sans doute, mais par la conception, que toutes ces figures de fleuves et de naïades dont on décore invariablement nos fontaines monumentales, et qui ne rappellent à notre esprit moderne d'autre idée que celle d'un homme nu ou d'une femme déshabillée. Les saints patrons de nos villes fournissaient des sujets plus nobles, plus moraux et plus intéressants. — Du reste, à Limoges, en fait de fontaines monumentales , on dédaigne également celles du moyen âge et celles des époques plus modernes. On en avait plusieurs du xviii* siècle, qui, malgré leurs mutilations, ne manquaient pas de mérite. On a trouvé qu'elles gênaient la circulation, et, en dépit des vives réclamations de M. Auguste Du Boys et de M. l'abbé Arbellot, au lieu de les déplacer et de les restaurer, on les a successivement détruites. On préfère à tout des bornes-fontaines.

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