‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 65 sur 135 · t Indicateur limousin », par M. Maurice ârdant, page · texte numérisé non relu

t Indicateur limousin », par M. Maurice ârdant, page

ICONOGRAPHIE

Les vertus théologales sont, comme les cardinale?, femmes par droit de grammaire et de symbolisme. ' '^

En grec, on les nomme nierTiç, ÈXm;V Aya7r/j ;

En latin, Fides, ^pes, Charifas;

En italien, Fede, Speranza, Carità;

En espagnol, Fe, Esperànza, Charidad;

En anglais, Faith. Hope, Charîty;

En français, Foi, Espérance, Charité.

Ces beaux substantifs sont féminins dans ces langues vivantes et mortes de l'Europe, et sans doute féminins également dans la plupart des langues du monde. L'Allemagne, cependant, a donné le genre masculin k la Foi (der Glaube), le féminin à l'Espérance (die Hoffnung), le neutre à la Charité (das Almosen). A la rigueur, dans la Foi, qui combat souvent pour s'établir dans la conscience humaine et dans les sociétés*, on pourrait surprendre le caractère viril ; mais ravaler au neutre la vertu pratique par excellence et frapper de la stérilité grammaticale la plus féconde des vertus, c'est une calomnie du langage 2. Malgré l'Allemagne, les vertus sont femmes et mères de très-nombreux enfants.

1. S'armer du bouclier de la foi, combattre pour la foi sont des locutions guerrières qui reviennent sans cesse dans la langue ecclésiastique.

2. Ceci était écrit lorsque j'ai appris que le mot Charité devait se traduire plutôt par « Liebe» qu? par « Âhnosen », par « Amour » plutôt que par « Aumône ». Or « Liebe » est du féminin, et ainsi tombe la sévérité de mes réflexions sur la langue allemande. La Foi reste virile pour l'Allemagne, mais la Charité y redevient femme et féconde comme chez les autres nations.

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Si toutes les vertus sont femmes et, comme elles, suivant Texpression de Guillaume Durand^, adoucissent, caressent, échauflent, avivent et fécondent les puissances de F homme, k plus forte raison les trois grandes vertus théologales exercent-elles cette mission vraiment divine. Parmi les cardinales la Force est souvent représentée, surtout en France et au xiii* siècle^, sous la figure d'un homme et d'un guerrier ; mais je n'ai jamais vu en homme ni Tune ni l'autre des théologales.

Leur costume est donc toujours celui de la femme et souvent delà religieuse, parce qu'elles sont principalement ecclésiastiques. Une robe, un manteau, quelquefois un voile sur la tête, quelquefois la tête nue mais chargée de longs cheveux^ la figure imberbe et douce, les hanches accusées et saillantes, la poitrine jeune, si ce n^est à la Charité qui doit nourrir un ou plusieurs enfants de ses seins inépuisables. A la fontaine Saint-Laurent, k Nuremberg, des filets d'eau, comme une espèce de lait, sortent de leurs six mamelles à la fois ; mais le réservoir de la Charité est plus abondant qu'aux autres Vertus, et les deux jets qui s'en échappent semblent plus rapides et plus gros.

En iconographie proprement dite, le signalement commun à toutes les trois est la jeunesse ou la maturité k peine, parce qu'il ne faut pas être affaibli par l'âge pour pratiquer énergiquement les devoirs attribués à Tune ou à l'autre de ces vertus. Pieds chaussés entièrement, comme il convient à quiconque n'est ni Dieu, ni ange, ni prophète, ni apôtre, ou tout au moins des sandales ouvertes dans la partie supérieure. Reines, elles portent quelquefois une couronne; saintes, elles ont souvent le nimbe. Les cardinales, surtout en Italie, sont quelquefois nimbées, mais du nimbe à pans, du nimbe hexagonal. Les théologales, plus parfaites, prennent ordinairement le nimbe circulaire dont la forme, dans la géométrie symbolique du moyen âge, est supérieure au nimbe épanelé. En Italie, cependant, les théologales elles-mêmes, comme à la porte d'Andréa Ugolini, au baptistère de Florence, ont le nimbe à six pans. Mais à la Ragione de Padoue elles sont ornées dû nimbe circulaire, tandis que le nimbe à pans y est abandonné aux seules vertus cardinales.

Des ailes k leurs épaules, on en voit en Italie, comme sur les petits ivoires qui appartiennent maintenant k M. E. Hawkins; mais le plus souvent les ailes, en Italie même, sont réservées k la seule Espérance, parce qu'elle est ordinairement représentée prenant son essor vers le ciel. Ainsi voit-on l'Espérance porter seule des ailes, au milieu de toutes les autres vertus non ailées, k la

1. Dans son t Rationale divinorum officiorum ». Nous avons plusieurs fois déjà cité le texte loèine* t. Aux portails des cathédrales de Chartres, de Paris, de Reinis, etc.

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