‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 66 sur 135 · XX · texte numérisé non relu

XX

porte du baptistère de Florence, modelée et fondue en 1530 par Andréa Ugolini, de Pise.

Saint Paul, en les nommant, a classé les théologales : « Fides, Spes, Charitas, tria hœc ; major autem horum est Charitas ^ » • Depuis saint Paul jusqu'à nos jours 9 c'est dans cet ordre qu'elles sont appelées. Hais, je me permets de le dire, ce classement est hiérarchique plutôt que naturel. Avant tout, il faut croire, assurément, puisque de la foi dérivent nos actions et notre conduite entière, comme de sa source découle un ruisseau ; la Foi est donc parfaitement placée la première. Mais, après la Foi, n'est-ce pas la Charité plutôt que l'Espérance qui doit se présenter la seconde? On croit et l'on agit en conséquence de sa foi; puis Dieu à la fin accorde la récompense espérée et méritée par. les œuvres. L'Espérance n'entre en possession de ce qui lui a été promis qu'au terme de la vie, quand, quittant le point de départ, le FmÈLE, accompagné de la Charité, a parcouru de station en station et d'œuvre en œuvre toute la carrière de Texistence. L'Espérance est le couronnement de l'édifice fondé sur la Foi et bâti par la Charité. Si donc saint Paul a nommé la Charité après ses deux sœurs, c'est uniquement parce qu'elle est, comme il le déclare, la plus excellente des trois, mais non parce qu'elle en serait la plus récente. L'ordre de saint Paul, en d'autres termes, est honorifique et non chronologique. La chronologie veut la Foi d'abord, la Charité ensuite, TEspérance enfin. C'est ainsi que l'a compris un « Guide de la peinture » , écrit en russe et qui appartient au comte Serge Strogonoff*. Mais peut-être, par une figure, pourrait-on concilier l'ordre chronologique et honorifique tout à la fois. Je suppose en effet que, pour répondre à la classification de saint Paul, on distribue sur une ligne horizontale les trois Vertus comme il suit :

i. « ÉpUre première aux Corinthiens », xiii-13.

t. Il existe en Russie un assez grand nombre de ces livres analogues au « Guide de la {)einture » que j'ai trouvé au mont Athos, que j'ai rapporté en France et publié sous le titre de ce Manuel d'iconographie grecque et latine ». Ces a Guides» russes portent le nom de « Podlinnik », qui signiBe le « RééU, le « Véritable », c'est-à-dire la « Loi » d'après laquelle les {peintres doivent exécuter les images, le « Code » dont les « Orthodoxes » ne doirent jamais s'écarter. Le comte Strogonoff possède quelques-uns de ces a Podlinnik »; le comte A. Ouvaroff en a sept pour sa part. Tous datent seulement des xvr, xvii* et même xviii* siècles, l^es uns ne contiennent qu'un texte sans dessins, absolument comme celui que j'ai acheté au mont Athos; les autres ne contiennent que des dessins sans texte. C'est de l'un de ces derniers que mon ami, M. de Krousé, a extrait le calque, gravé en tète de cet article, d'après lequel a été exécutée la gravure de saiote Sophie, ayant contre ses jambes et abritant, pour ainsi dire, sous son large manteau ses trois jeunes filles, sainte Foi, sainte Charité et sainte Espérance. La légende, c'est-à-dire le titre qui accompagne ce dessin, dans le manuscrit russe, nomme en elfet dans cet ordre les trois Uiéologales : «Les saintes martyres vierges Foi, Charité, Espérance et leur mère sainte Sophie »»

FOI — BSPGBAKGB — CBAKITE

En redressant cette horizontale par le pied, comme on fait d'une échelle, on aura sur la ligne verticale les Vertus ainsi étagées :

Écartez la Foi h. gauche et l'Espérance à droite, pour faire une base à la Charité, et vous aurez :

en ABIT É FOI ESP SB ANGE

Ici la Charité domine, comme le veut saint Paul, mais on y monte en partant immédiatement de la Foi ; l'Espérance est h la fin , comme le veut la chronologie morale, mais par le fait elle se présente la seconde, à côté de la Foi avec laquelle s'aUgne la base où s'élève la Charité.

Le$ uântei martyres vierges foi, chabitb, bspbbancr et leur mère, tainte Sophie.

aoiDB aona du Li ntmuu. — £<IiJfotMjw du ranib Sirf Strogmof,

Dans la petite image tirée du Podiinnik du comte Serge Strogonoff, aucun attribut ne distingue les trois Vertus : leur &ge, leur costume, leur attitude sont

à peu près les mêmes , et c*est pour éviter la confusion que le titre russe les désigne nominativement. Quant à la mère, la grande sainte Sophie, sa taille gigantesque et son voile de matrone la caractérisent nettement. C'est au 17 septembre que le manuscrit russe , comme tous les ménologes grecs , fixe leur fête.

Encore une observation générale.

Les Byzantins, qui ont fait une si belle légende à sainte Foi, sainte Espérance et sainte Charité, toutes trois filles de la sainte Sagesse, c'est-à-dire de sainte Sophie, ont complètement négligé les vertus cardinales. Il n'en est pas question dans le « Guide de la peinture » que j'ai rapporté du mont Athos, et je ne me rappelle pas en avoir vu une seule représentation en Morée, à Salamine, à Athènes, aux Météores, ni au mont Athos, où les personnages peints, historiques et allégoriques, se comptent par milliers. Les Byzantins, par haine contre les statues dont les anciens Grecs avaient abusé pour pervertir le dogme religieux et la morale humaine, ont condamné la statuaire et favorisé la peinture ; serait-ce par le même motif .qu'ils auraient exilé de l'hagiographie les vertus cardinales, parce que Socrate, Platon, Aristote, et les platoniciens, et les aristotéliens, et les philosophes d'Alexandrie les avaient inventées et cultivées? Les théologales appartiennent au christianisme, au contraire, et dès l'origine, puisque déjà saint Paul les nomme et les classe. Cette explication, si elle est bonne, me semble digne d'intérêt. Le manuscrit de M. le comte de Bastard paraît être l'écho de cette rancune des chrétiens contre les cardinales et de leur amour pour les théologales, lorsqu'il dit que les anciens philosophes en ont beaucoup parlé, mais que le Saint-Esprit et Salomon en ont mieux disserté que ces païens , et que d'ailleurs les trois vertus théologales sont les vertus vraiment divines.

Donnons maintenant quelques détails sur chacune des trois sœurs étudiées en particulier.

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