‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 69 sur 135 · DNS DS TVV8 DS VS* EST · texte numérisé non relu

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V Le Seigneur ton Dieu est un Dieu unique ^ ».

Inscription parfaitement appropriée à la Foi et qui donne à cette vertu un caractère général et plein de noblesse que d'autres attributs de détail lui enlèvent, comme nous le verrons plus bas. Ce livre doit être la Bible ou seulement l'Ancien Testament, puisque le dogme de l'unité de Dieu en est tiré. En iconographie, les représentations du Sauveur qui tiennent Tlivangile, sur lequel on lit diverses sentences analogues à celles delà Foi de Saint-Ghislain, sont extrêmement nombreuses dans tous les pays et à toutes les époques de l'art chrétien. Cette Foi de Belgique est donc comme l'image de Jésus-Christ même figurée par la première des Vertus théologales qu'il est venu apporter sur la terre. A la cathédrale d'Auch, aux stalles (1528), la Foi, chaussée de sandales et vêtue comme une religieuse , tient une église de la main droite et les tables de là loi de la main gauche : c'est la Foi à l'Ancien et au Nouveau Testament. A la cathédrale de Como, sur Tarchivolte du portail sud (1513), la Foi, jeune femme ayant un voile sur la têle, mais les yeux très-largement ouverts, lient de la gauche un calice surmonté d'une hostie et de la droite montre le ciel. Sur un cartel est écrit :

FIBES • IN • DVBIO • CREDIT

La Foi croit même dans le doute; elle croit toujours et avant tout. Près de la tête, on lit cette inscription qu'un théologien raffiné du xvi' siècle a certainement rédigée, et qui comprend la croyance en Dieu sous toutes ses formes :

CRBDO • DEVM • DEO • IN • DEVll

« Je crois Dieu, à Dieu, on Dieu ».

C'est-à-dire, je crois à l'existence, à la parole et à la bonté de Dieu. On ne saurait être plus laconique et plus explicite.

Les paroles que prononce la Foi dans l'art chrétien sont très-nombreuses et très-diverses. Il nous suffira d'en donner deux exemples encore.

La Foi peinte par Giotto, k la chapelle de Santa-Maria-dell'-Arena de Padoue, récite le Credo tout entier; sur un parchemin qu'elle tient à la main gauche on en lit le commencement :

CREDO IN DEVM, PATREM OMNIPOTEiNTEM, ETC.

A l'église Saint- Marc de Venise, dans la magnifique mosaïque de la cou-

4. Voir, dans le « Bulletin de la Société historique et littéraire do Tournai », tome vi, année 1860, la tt Notice sur une châsse émaillée de Tabbaye de Saint-Ghislain », par M. Voisin, vicaire général du diocèse de Tournai. Cette châsse date du xi'-xn*" siècle. Les émaux qui la couvrent sont opaques et champlevés; ils sortent deTécoie dite de Cologne ou du Rhin.

pôle de l'Ascension, la Foi tient de la main droite un cartel où j ai lu avec difficulté cette inscription :

IVSTVS • EX • FIDK • VIVIT KIDES • SINE • OPERIBVS • VACVA

« Le juste vit de la foi La foi sans les œuvres est vaine >.

Entre ces deux sentences il y avait des mots; il y a encore des lettres dont je n*ai pu constater la forme. En même temps que son cartel, la Foi de Venise tient un sceptre chargé de branches et de fleurs. Ce sceptre semble être le commentaire de la seconde sentence : c'est la Foi, mais avec les « œuvres » symbolisées par les fleurs. La main gauche, ouverte la paume en dehors, est légèrement levée vers la poitrine comme vers le siège de la croyance. Cette Foi de Venise est une grande femme en robe verte, riche, ornée d'un large galon au cou et dans le bas. Une ceinture lui serre la taille, une écharpe blanche flotte sur ses épaules, une couronne byzantine orne sa tête, de riches chaussures lui couvrent les pieds.

Le Crible. — C'est, avec le livre, le plus ancien et le plus récent des attributs donnés à la Foi. L'émail du prince P. Soltykoff (xi*-xii' siècle) nous a offert la Foi montrant le ciel avec la main droite et tenant à la main gauche un boisseau percé de petits trous sur ses parois comme les cribles d'aujourd'hui en sont percés sur leur fond. Au tombeau de Juan II de Castille, exécuté à Miraflorès de Burgos, entre les années 1489 et 1493, la Foi, grande comme nature, tient son crible, un crible comme les nôtres, de la main droite. A la cathédrale d'Autun, sur le charmant retable de la chapelle des fonts (xvi* siècle), la Foi tient également un crible à la main. Entre la fin du xi' siècle et la fin du xv% je ne coïinais pas un exemple de la Foi ainsi armée du crible ; il semble que ce soit à l'origine et à la fin de l'art du moyen âge qu'on ait senti le besoin de montrer que la Foi ne devait pas croire à tout aveuglément; mais que, recevant dés dogmes certains, des opinions vagues, des hypothèses douteuses mêlés ensemble, elle devait, avant de les adopter, les jeter dans le crible de la raison pour séparer le bon grain de l'ivraie, pour recueillir la vérité et disperser Terreur. Par le crible de Miraflorès et d'Autun est renversée la sentence de Como : « Fides in dubio crédit » . Mais les trois plus grands siècles du moyen âge, les xii% xiii* et xiv% ont pensé comme parle la Foi de Como : sentant, à ce qu'il semble, le besoin de croire plutôt que de critiquer, le besoin d'accueillir plutôt que de rejeter, ils ont mis aux mains de la Foi, non pas le crible, mais des attributs d'afiirmation. Le crible disparait donc à la fin du xr siècle, avec Béranger de Tours, l'archidiacre incrédule d'An gère, et il ne se remontre qu'à la fin du XV', un peu af ant Luther et Calvin.

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