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La Choix et les Instruments de la Passion. — La foi chrétienne est la croyance en Jésus crucifié ; aussi les images de la Foi qui tiennent la croix et portent à la nfiain ou sur leurs vêtements les instruments de la Passion sont extrêmement nombreuses.
La Foi de Giotto, à TArena, tient une grande croix de résurrection avec Textrémité inférieure de laquelle elle perce un petit homme, la personnification de rinfîdélité , qui laisse échapper un livre de ses mains ^. C'est une croix de ce genre, croix de procession ou de résurrection, que tient la Foi des stalles de saint Bertrand de Comminges. Habituellement cette croix est beaucoup plus petite, et, comme à la Foi du baptistère de Florence, c'est une croix sans hampe, à peine plus grande qu'une croix pectorale et comme celles que les saints byzantins tiennent souvent à la main. Cette croix est quelquefois à double traverse, comme ces petites croix reliquaires qui nous viennent de rOrient. Ainsi, au tombeau de saint Pierre-Martyr, à Saint-Eustorge de Milan (1338), la Foi tient à la main droite une croix à deux branches égales. Au baptistère de Sienne la Foi (« Fede ») tient une petite croix en tau, croix en T, sans sommet. A la cathédrale d'Amiens, la Foi tient un calice d'où sort une petite croix; à celle de Paris, un écu timbré d'une croix.
La croix dit tout, elle suffit à elle seule pour rappeler toutes les souffrances du Sauveur ; aussi est-il rare de voir les instruments de la Passion aux mains ou sur les vêtements des images de la Foi. Un des plus remarquables exemples est donné par celte Foi de Miraflorès, qui tient un crible. Sur son manteau sont sculptés, comme des broderies, les divers instruments qui ont servi au supplice de Jésus-Christ. Nous en verrons un autre exemple dans une gravure qui sera publiée ultérieurement, mais sur une Vertu qui n'est pas la Foi.
Le Cieage ou la Lampe allumée. — La lampe est rare entre les mains de la Foi, mais le cierge y est assez fréquent. A Santa-Maria-Maggiore de Flo-
4 . Je suis étonné qu'un peintre aussi éclairé que Giotto, l'ami de Dante qui savait tout, ait personnifié Tlnfidélité dans un homme qui lit. Circonstance aggravante, cette même Foi de Santa-Maria-deir-Arena foule avec le pied droit des manuscrits, sur l'un desquels sont tracées des figures géométriques. Giotlo pense donc que les mathématiques rendent incrédule, et il désapprouve cet illustre savant qui disait : a Peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène ». J'aime mieux la cathédrale de Chartres qui met au milieu des saints la science et l'art, le philosophe, le peintre et même le magicien (magvs), parce que la magie se confondait alors avec les mathématiques et les sciences naturelles, comme l'astronomie avec l'astrologie. L'art chrétien de l'Italie, il faut le dire, a laissé Giotto tout seul, ou à peu près, dans son analhème contre les sciences : qu'on se rappelle le pavé de la cathédrale de Sienne qui s'ouvre par une glorification de Mercure Trismégiste, l'inventeur des sciences et des arts, l'éducateur direct des païens et indirect des chrétiens. Voyez les « Annales Archéologiques», vol. xvi, pages 344-345*
rence, sur un pilier peint au xv* siècle, la Foi ( « Fides » ), grande femme en robe et manteau rouges, tient à la main droite une lampe allumée, comme on en donne aux Vierges sages et, à la gauche, un livre fermé. En remplaçant la lampe par un cierge ou par une lanterne, on aurait la représentation de sainte Geneviève ou de sainte Gudule, deux saintes célèbres par la vivacité de leur foi. Au portail occidental de Saint-Sulpice, au-dessus de la porte centrale, la Foi se prosterne sur les nuages, devant la majesté de Dieu, et elle tient à la main droite un cierge allumé. J'ai vu ce cierge remplacé par une torche enflammée dans un monument dont le souvenir m'échappe ; mais lampe, lanterne, cierge et torche, c'est évidemment la même idée : une lumière surnaturelle qui éclaire la raison humaine et fait luire des vérités où, sans elle, on ne verrait que ténèbres. Du reste, ce feu, constamment allumé et qui illumine la Foi nuit et jour, est absolument l'opposé de ce bandeau que les modernes ont noué sur les yeux de la Foi ; sans doute, pour qu'elle n'y voie clair ni jour ni nuit.
En 185A., chassés de Florence à Bologne par le choléra, nous n'avons pas eu le temps , mon neveu et moi , de dessiner et de décrire la Foi coulée en bronze par Andréa Ugolini sur une des portes du baptistère; mais l'Humilité, qui est placée sur la ligne des Vertus théologales et qui les continue, était déjà dessinée, lorsqu'on nous engagea à purger nos trois jours de peste dans la petite ville de Pistoja et à rentrer dans les États romains. Comme cette Humilité est habillée en religieuse et tient un cierge à la main, nous la publions à la place de la Foi qui nous fait défaut. Cette figure donnera une idée du style noble et néanmoins vivant du bronzier Ugolini ; en parlant de TEspérance, nous publierons cette figure du même artiste. Quant à sa Foi, elle est assise sur un banc, droite d'attitude et non penchée comme l'Humilité. A la main gauche elle tient une petite croix tréflée ; à la main droite, un calice èi nœud et à coupe évasée, mais sans hostie. Robe, manteau par-dessus, voile sur la tête, ce qui est le costume même de l'Humilité. Ces figures vraiment remarquables d'Andréa Ugolini pourraient servir à nos sculpteurs et à nos peintres qui devraient s'en inspirer; elles appartiennent au moyen âge, au xiir-xiv' siècle, mais elles ont une beauté, presque une perfection que personne n'oserait leur contester. C'est aussi beau et bien plus expressif que l'art antique : la vie et la pensée y circulent de la tête aux pieds.
DIORON.
{La fin de la Foi à la livraison prochaine, )