LA PALA D'ORO
Le retable d'Ordelafo Faliero forme la partie inférieure de la Pala d'Oro actuelle. Considéré dans son ensemble et comme tableau religieux, il présente un arrangement convenable. Au centre, trône le divin maître, tenant sa loi d'une main et bénissant de l'autre. Autour, les évangélistes, ses secrétaires intimes, transcrivent ses préceptes; ils sont assis comme l'exige leur fonction. A (oté, les DISCIPLES sont debout; ils écoutent les enseignements du Sauveur, reçoivent ses ordres et sont prêts à partir pour les prêcher dans le monde et accomplir leur mission apostolique. Plus bas, la mère de dieu, la reine des PROPHÈTES, dans une position qui indique à la fois la prière et l'action de grâces; elle est au milieu des saints personnages de l'Ancien Testament, qui ont prédit la venue du Messie. Dans le haut, sur une série de tableaux, se déroulent quelques-uns des principaux mystères de l'Évangile, dont l'Église fait mémoire chaque année dans ses grandes solennités. Entre ces tableaux et la figure du Christ, on a placé un petit sujet symbolique, qui rappelle la CONSOMMATION DES TEMPS, le sccoud avéncmeut, la souveraine puissance et la gloire éternelle du Sauveur; des anges entourent ce petit sujet. Sur les côtés, enfin, s'échelonnent les actes du saint patron de la république dt Venise.
Tout cet ensemble est assez bien disposé ; mais il ne se distingue pas au premier coup d'œil, et il faut du temps pour pouvoir s'en rendre un compte exact. J'ai passé bien des heures à examiner la Pala d'Oro en détail, mais dans des conditions très-défavorables; j'espère toutefois que mes notes auront encore assez d'intérêt pour fixer l'attention des archéologues sur ce précieux monument dont je continue la description en suivant l'ordre des numéros gravés sur notre tableau.
i. Voir les « Annales Archéologiques d, volume xx, page 164.
N" 72. Le Christ, assis sur un trône sans dossier, en robe grise et manteau bleu, tient un livre ouvert sur ses genoux, étend le bras droit et bénit à la manière grecque. Cette belle peinture émaillée a été surchargée d'ornements par les Vénitiens : le trône est recouvert par un autre trône en relief, ciselé et couvert de pierreries; le nimbe est rempli de pierreries; le livre, sur les pages duquel on devait lire une inscription, est également couvert de pierres précieuses ; une main en relief, bénissant à la manière latine, recouvre la main droite, pas assez, heureusement, pour qu'on ne puisse apercevoir une partie de la main en émail. C'est encore aux Vénitiens qu'il faut attribuer les sigles iHS xFs, gravés près de là tête du Sauveur et qui doivent remplacer ceux en usage chez les Byzantins îc xc, cachés sans doute par quelque ornement. Enfin, la figure entière du Christ est entourée d'un ornement en relief, qui cache une inscription circulaire dont je soupçonnai Texistence, en apercevant le bas de quelques lettres, mais dont il me fut impossible de rien déchiffrer. Voici comment cette inscription est rapportée par M. Bellomo * :