LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS
Cette statuette, passablement mutilée, a CyâS de hauteur totale; elle est en argent repoussé, doré par parties. Nous doutons cependant qu'elle ait jamais été un chef-d'œuvre, h considérer la grosseur des têtes relativement aux dimensions des corps. Son principal intérêt réside dans l'étude de la fabrication des différentes pièces de raccord dont elle est composée, et dans les détails de son siège.
Ce siège est placé sur une plate-forme semi-circulaire, ornée sur sa tranche de trois rangs de perles qui séparent et qui bordent deux tiges ondulées d*oii jaillissent des feuilles recourbées et dentelées de trois lobes d'un seul côté. Ce trône est un banc plein sans dossier, mais garni d'accoudoirs. Des lames d'argent losangées, avec fleurs de lis ou rosettes dans le champ des losanges, garnissent le banc. L'accoudoir est rectangulaire, ajouré d'un arc ogive à trois lobes, compris sous un arc plein cintre. Des rosettes ornent ses faces et le champ de son réseau, tandis que trois boules côtelées se dressent à l'extrémité de courtes tiges sur la partie supérieure, celle ou poserait soit la main, soit le coude.
La Vierge est assise tenant l'enfant Jésus, également assis, sur son genou gauche. Sa main gauche repose sur l'épaule de Tenfant; sa main droite, posée sur le genou, devait tenir une fleur.
Elle est vêtue d'une robe ample et d'un manteau, et, comme il convient à la Vierge, elle est chaussée. Un voile qui tombe sur ses épaules, par-dessus les boucles de ses cheveux, est maintenu par une couronne dentelée et chargée de pierres sur le bandeau.
L'enfant Jésus, dont les pieds manquent, est vêtu de la robe et du manteau. Sa main gauche s'appuie sur un livre fermé, et à fermoir, posé sur son genou ; sa droite est levée pour la bénédiction à la manière latine.
Une espèce d'agrafe émaillée, appliquée sur l'épaule gauche de la Vierge, XX. 29
montre des armoiries que nous donnons en plus grande dimension au milieu de la planche. L'écu est d'azur chargé d'une tour percée d*une porte jointe à un mur crénelé, avec trois croisettes en sautoir au-dessus des créneaux. De rémail vert occupe le champ circulaire de l'applique en dehors de l'écu. Ces armoiries semblent appartenir à une ville ; ce sont peut-être celles des consuls de Conques. Aujourd'hui encore la montée caillouteuse, qui gravit les flancs de la montagne abrupte où Conques est assise, et qui naguère encore était l'unique chemin par où on y accédait, passe sous une tour qui, appuyée d'un côté à la roche, devait l'être de Tautre à une muraille qui descendait vers la vallée.
Chacune des deux statuettes est composée de plaques d'argent repoussées et assemblées, autant que possible, dans les plis. On voit cependant le bord de la feuille qui garnit le dos de la Yierge, et les petits clous qui servent à la fixer. On aperçoit aussi la suture entre les deux feuilles différentes, dans lesquelles ont été repoussés le visage de l'enfant Jésus et sa chevelure. Enfin, les prunelles des yeux , percées dans le métal , donnent un aspect étrange aux physionomies, qui depuis le xiii' siècle, époque de leur fabrication, ont été quelque peu déformées jusqu'à nos jours.