‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 8 sur 135 · XX · texte numérisé non relu

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ni de bas-reliefs à leur tympan. Ce tympan avait été décoré de mosaïques grecques, ainsi que l'intérieur du monument, mais postérieurement à la construction primitive. Il n'y a de sculpture de sujet que sur un linteau qui représente la résurrection de Lazare, la fête des Rameaux et la Cène. Celui de Tautre porte est orné de rinceaux mêlés de figures d'hommes et d'animaux. Admirables tous deux, M. de Vogué croit qu'ils ont été apportés de France. Au moins ont-ils été faits sur place par un pèlerin français, qui consacra volontiers quelques mois à la décoration du Saint-Sépulcre, mais qui ne s'est pas fixé à Jérusalem et n'y a pas fait école, malheureusement pour l'art de la Palestine.

Le clocher, bâti après coup , au-dessus de la chapelle byzantine de Saint-Jean, est décidément gothique, non pas seulement par ses ogives, mais par ses puissants contre-forts à retraites successives, par ses glacis en talus arrêtés par des larmiers, par ses chapiteaux à crochets, ses archivoltes, et surtout par une petite rose à quatre redents terminés par des fleurons sculptés. S'il est réellement, comme paraissait le dire une vieille inscription aujourd'hui perdue, l'œuvre d'un architecte nommé Joubd^in, et par conséquent né en Palestine, cet artiste avait probablement visité le nord de la France,

Le couronnement du clocher manque aujourd'hui et ne nous est connu que par les gravures de Breydenbach. Si ce voyageur du xv* siècle n'a pas simplement restauré à l'allemande le monument demeuré incomplet, il semblerait que le clocher du Saint-Sépulcre, commencé par un architecte gothique, avait été fini par un artiste roman, d'origine germanique. Au moins la flèche côtelée, dessinée en 1483 par Breydenbach, et dont les huit arêtes saillantes s'appliquent au sommet d'autant de frontons aigus, ressemble-t-elle incontestablement aux clochers des bords du Rhin. — Cela se concevrait si elle avait été ajoutée en 1229, lorsque l'empereur Frédéric fit réparer les monuments de Jérusalem.

Nous avons vu que les plus anciennes constructions des Croisés à l'église du Saint-Sépulcre dataient de lliO à 1150. Leurs autres églises, soit à Jérusalem, soit dans le reste de la Palestine, sont presque toutes de la seconde moitié du xii® siècle, et ne remontent jamais, si ce n'est peut-être celle de Beyrouth, aux premières années de la domination franque. Évidemment, on s'était d'abord contenté des édifices byzantins dont les principaux sanctuaires de la Palestine étaient encore dotés; on avait aussi converti quelques mosquées en églises : mais, par des causes qu'il n'est pas difficile d'entrevoir, on ne songeait guère à bâtir ou du moins à bâtir des monuments religieux. Avant tout il fallait se loger, et se faire des châteaux, selon l'usage de

rOccident. Malgré Téclat dont brillait alors le royaume des Godefroid et des Baudoin, malgré ce qu'il avait coûté et ce qu'il coûtait annuellement à l'Europe, sa pauvreté était extrême. Ce million d'hommes, qui avait entrepris de délivrer les saints lieux, se trouva réduit, au moment de la prise de Jérusalem, à vingt ou trente mille chevaliers et soldats de profession. Il survivait relativement peu de paysans ou d'hommes de métier ; et ils étaient relativement peu portés à s'établir en Palestine. Ces classes inférieures, qui ont toujours fait la vraie force, la vraie richesse des États, et qui subvenaient aisément chez nous à un si grand luxe architectural, manquaient donc à peu près complètement dans nos colonies d'outre-mer. Les pèlerins, qui se succédaient sans interruption, laissaient leur argent à Pise, à Gênes, ou à Venise, pour payer les frais du passage : les villes de la Terre Sainte ne profitaient guère de leur ruine.

Plus tard, lorsque la domination des princes latins fut mieux assise, lorsqu'une tranquillité, toujours bien précaire, régna dans les villes repeuplées, lorsque le sol ingrat de la Palestine fut mis tant bien que mal en culture; enfin, quand on commença à bâtir, les mêmes causes, qui avaient retardé la restauration et l'agrandissement du Saint-Sépulcre, appauvrirent tous les monuments secondaires du pays : et il s'y en joignit une nouvelle, la multiplicité des abbayes et des évêchés. Il y avait en Palestine tant de sièges anciens, qu'on ne créa pas moins de quinze diocèses, dont cinq avaient le titre d'archevêché. A eux tous, ils n'ont jamais valu un seul diocèse de France, comme celui de Chartres, par exemple. — Les cathédrales se ressentent naturellement de cet état de choses.

M. de Vogué en a relevé et reproduit les moindres débris avec un zèle bien concevable. Peut-être s'en est-il exagéré, non l'intérêt, qui est très -grand à coup sûr, mais le mérite intrinsèque. Non- seulement ces monuments restent, par la conception et pour l'exécution, à une grande distance du Saint-Sépulcre, qui lui-même est loin de valoir les églises contemporaines de Chartres, de Saint-Denis, ou, dans une autre région et un autre style, de Saint-Sernin de Toulouse; mais ils n'ofl'rent nulle variété dans leur forme et ne présentent pas d'ornements, pour ainsi dire.

Il y a ordinairement trois nefs : elles ne sont pas exactement de même hauteur, comme dans les églises romanes du Poitou, ni aussi inégales que dans les autres styles romans. L'absence de toute toiture sur les bas côtés a conduit à supprimer les galeries hautes qui existent encore au Saint-Sépulcre. Le vaisseau central est éclairé directement par des fenêtres, assez courtes, comprises entre la clef des arcades latérales et les formerets des

voûtes d'arêtes. Le plan général est allongé, ainsi qu'en Occident, mais il n'y a plus de bas côté tournant en arrière du chœur, ni de « chevet n, comme disaient les pèlerins français en décrivant le Saint-Sépulcre. Les transepts ne sont accusés que par les voûtes et ne dépassent pas l'alignement des murs latéraux, excepté à la cathédrale de Tyr. Il y a trois absides sur la même ligne, dans le prolongement des trois nefs. Circulaires à l'intérieur, elles sont au dehors en demi- hexagone ; disposition empruntée à Tari byzantin. On trouve aussi, en avant de l'abside maîtresse, la vraie coupole orientale, à pendentifs sphériques ; et la coupole pour elle-même, c'est-à-dire sans clocher qui la surmonte. Elle s'élève au-dessus des toitures en terrasses, que le climat et le manque de bois recommandaient également. A cela près, toute la fabrique est romane, par les piliers cantonnés de colonnettes et de pilastres, par le profil des arcades, par l'appareil. Mais c'est un style roman h ogive, car l'arc aigu y est systématiquement et exclusivement employé, même lorsque les voûtes, au lieu de ressembler à celles du Saint-Sépulcre, sont en berceau comme à Beyrouth.

Nous ne suivrons pas M. de Vogué dans la description détaillée des cathédrales et des abbayes de la Terre Sainte. 11 suffira de citer, dans l'enceinte même de Jérusalem, les abbayes de Sainte-Anne et de Sainte-Marie-la-Grande, dont il donne des monographies complètes. La porte géminée et « en plein cintre » de cette dernière église est bordée d'une gorge sculptée représentant, tout à fait comme en France, les travaux des douze mois. Seulement ce motif qui chez nous, à Chartres par exemple, fait partie d'un vaste ensemble iconographique, se trouve isolé et il n'y a dans tout le monument d'autre

sculpture de sujet qu'un bas-relief, fruste et mutilé, au tympan du même portail.

L'église Sainte-Anne, convertie en école publique par Saladin, et que le gouvernement français va rendre au culte, après l'avoir restaurée, offre un des exemples les plus anciens et les plus complets de ce qu'était l'architecture des Croisés. Enrichie par la reine Mélissende, dont la sœur Judith y prit le voile, elle a été bâtie vers la même époque que le Saint-Sépulcre et a dû servir de type à la plupart des autres églises de la Palestine, qui en reproduisent le style et les dispositions. M. de Vogué remarque qu'il y a aussi en France une église Cistercienne, à coupoles, celle de Boschaud, bâtie en 1154, qui ressemble fort à Sainte -Anne de Jérusalem; ressemblance accidentelle, bien entendu, et qui n'implique aucune parenté, car elle résulte d'un même mélange de roman et de byzantin et d'une extrême sobriété d'ornementation.

Il ne reste rien, ou il reste peu de chose à Jérusalem des grands établissements des chevaliers du Temple et des Hospitaliers. M. de Vogiié constate

du moins Texacte situation et la disposition générale de V u Hôpital » , construit en forme de « Khan », et porté sur d2& colonnes de marbre. Décrit par J. de Maundeville, en 1322, et par d'autres voyageurs plus modernes, il n*a disparu qu'au xvu* siècle. L'église Sainte-Marie-la-Grande, dont nous venons de nous occuper, en était une dépendance, car elle appartenait à ces sœurs hospitalières qui ont toujours suivi la fortune de TOrdre, à Malte comme à Jérusalem, et partagé sa pénible mission.

Parmi les cathédrales, il faut mentionner celles de Djebeil ou Byblos, de Lyddaet de Sébaste. L'influence française- s'y fait sentir de plus en plus. Tous les chapiteaux sont à crochets; toutes les bases offrent une scotie profonde entre des tores aplatis. A Saint-Jean-de-Sébaste, grande église fondée sur le tombeau de saint Jean-Baptiste, on trouve en outre la voûte d'arête sur nervures, retombant sur des faisceaux de colonnettes, qui couvre toutes les travées et chasse du plan la coupole byzantine.

Cette fois, il n*y a pas à s'y méprendre : c'est le style gothique, sinon dans toute sa pureté et tout son éclat, du moins avec ses caractères principaux. Sébaste, ville située dans l'intérieur des terres, a été déHnitivement abandonnée par les Croisés en 1187. Ses monuments religieux sont donc nécessairement antérieurs à cette date et remontent ainsi à une époque ou l'usage de la voûte d'arête sur nervures était encore concentré dans le nord de la France. Mais tous les rois de Jérusalem, depuis Godefroid de Bouillon, fils du comte de Boulogne, jusqu'aux princes de la maison d'Anjou, de celles de Brienne et de Lusignan, étaient des Français du nord, et leur langue a prévalu dans les colonies chrétiennes d'Orient comme l'attestent les « Assises de Jérusalem » • Il faut seulement s'étonner que cette transmission si rapide du style ogival français n'ait pas été plus complète. Même à Chypre et à Rhodes, oii M. de Vogué suit l'art des Croisés sur les traces de M. de Mas-Latrie, Tarchitecture gothique, en passant du style ogival primitif au style secondaire et au style flamboyant, ne brille jamais par sa pureté.

Maintenant ces monuments de la Palestine, où l'influence de la France est si visible et si constante, ont-ils réagi sur l'Occident?

Les édifices arabes ou byzantins de Jérusalem, qui offraient des ogives, pouvaient bien sur les lieux exercer une certaine influence et nous l'avons admise sans difficulté. Mais ils n'étaient ni assez nombreux ni assez remarquables pour produire sur les Croisés ou sur les pèlerins qui les avaient précédés, une profonde impression, pour laisser de durables souvenirs. — Nous sommes d'accord avec M. de Vogué sur ces deux points. — S'il en était autrement, cette impression se montrerait commune aux Français et aux Allemands, aux

Français du nord et aux Français du midi. Ces souvenirs ne seraient pas le privilège des habitants de quelques provinces seulement. Puis, en imitant l'ogive arabe, on lui conserverait son rôle primitif; on l'emploierait pour les fenêtres, tandis qu'elle apparaît et qu'elle fait son chemin comme ogive de construction. A ce titre, elle serait plutôt byzantine qu'arabe par l'origine, si elle n'était pas purement française. Au moins y a-t-il à Périgueux et à Cahors de très-anciennes ogives supportant des coupoles orientales. L'indice n'est pas suffisant, il s'en faut de beaucoup; mais c'en est un; au lieu qu'il n'y a nî preuve ni indice d'une transmfssion de l'ogive arabe. Dans toutes les provinces où l'ogive a le plus d'ancienneté, on l'admet d'abord pour de larges berceaux ou pour des arcs pesamment chargés. Aussitôt que la voûte d'arête sur nervures est adoptée, il convient de faire les arcs-doubleaux en ogive pour que les nervures diagonales, de même hauteur et d'une portée plus grande, restent des pleins cintres et ne soient pas des cintres très-surbaissés. De même l'ogive se* prête mieux à toutes les combinaisons architecturales. Avec la légèreté et l'élancement que l'on vise à donner aux constructions religieuses, elle devient de plus en plus indispensable pour tous les arcs d'une certaine portée. De là, à l'employer aussi pour les arcatures et les fenêtres, il n'y a plus à faire qu'un pas; bien simple en apparence. Mais on hésite longtemps à le franchir. Dans l'Anjou cette hésitation, motivée par des souvenirs classiques et par des idées erronées sur la plus grande beauté du plein cintre, durera pendant près d'un siècle. La cathédrale d'Angers, gothique pour tout le reste, aura encore des fenêtres en plein cintre dans les travées qui datent de 1230 comme dans celles qui remontent à 1145. Mais dans l'Ile-de-France, mais à Paris, on est mieux inspiré et on se montre plus hardi. On n'y tarde pas à reconnaître que l'ogive vaut en elle-même au moins autant que son rival. Du moment où on est forcé de l'employer souvent, il est logique de l'employer toujours. Moins simple sans doute et, si l'on veut, moins noble que le plein cintre, l'ogive en est néanmoins un véritable perfectionnement, et l'œil s'y habitue bien vite. Il en résulte dans les constructions plus d'élasticité et de solidité, plus d'élancement et surtout plus d'harmonie.

Ainsi que M. de Vogué le rappelle avec beaucoup d'à-propos, l'ogive règne déjà sans partage dans l'église royale de Saint-Denis, bâtie avec une merveilleuse rapidité en trois années, et consacrée en 1140, avant que la restauration du Saint-Sépulcre ne fût commencée. Pas plus que M. de Vogué, je ne veux croire que l'édifice parisien ait influencé celui de la Palestine. Nulle part au monde on ne pouvait choisir un meilleur modèle ; mais, si on l'avait

connu, on lui aurait fait d'autres emprunts non moins importants. Par la même raison, je ne crois pas que l'architecte de Jérusalem se soit inspiré des édifices, aujourd'hui perdus, qui se placent probablement entre le prieuré de Saint-Martin -des- Champs et l'église de Suger, en préparant les progrès décisifs réalisés par cette dernière construction.

Toujours est-il que le Saint- Sépulcre n'a eu aucune influence sur Saint- Denis et, ajouterai-je, sur les églises de Chartres, de Senlis, de Noyon, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Julien-le-Pauvre, qui sont exactement contemporaines, car elles étaient aussi en pleine construction de 1140 à 1150.

La révolution, accomplie par des causes purement intérieures, se propageait rapidement; mais seulement à Paris ou dans le domaine royal, autour de Saint-Denis enfin. Le nouveau style, à mesure que sa supériorité est reconnue, gagne Sens et de là Cantorbéry, puis il se perfectionne dans la Champagne et la Picardie, d'où il se répand, au xiir siècle, dans toute la France, dans toute l'Europe. Et, dans chaque ville où il est introduit, il arrive, non pas peu à peu, ce qui laisserait croire à des influences multiples et complexes, mais tout d'un coup, en quelque sorte, par des migrations d'artistes.

Dans ce grand mouvement artistique où tout se lie et où tout s'enchaîne, où tout est connu et s'explique de mieux en mieux, grâce aux recherches spéciales de M. Viollet-le-Duc , il n'y a pas place un seul instant pour une influence orientale. Aussi secondaire et aussi restreinte que M. de Vogué la suppose, elle n'a jamais de raison d'être et n'a laissé aucune trace.

Quoi qu'il en soit de l'opportunité de cette concession à des théories antichrétiennes et antifrançaises que M. le comte de Vogué combat victorieusement sur tous les autres points, son livre atteint parfaitement le but qu'il s'était proposé. Il répond & un besoin très-général et bien senti, celui de connaître enfin ces mystérieux monuments de la Palestine dont rien n'égale le prestige. En même temps, il remplit une importante lacune dans l'histoire de l'art chrétien et de l'art national; il restitue au Saint-Sépulcre son « caractère français ». — Dans les temps profondément troublés où nous vivons, peutêtre n'obtiendra-t-il pas d'abord toute l'attention et tout le succès qu'il mérite, mais il doit rester comme une des œuvres dont s'honorera le plus la nouvelle école archéologique.

FÉLIX DE YERNEILH.

ICONOGRAPHIE

L'âme, comme le corps, est servie par des organes qui témoignent de son existence et de son activité. Les organes du corps ont reçu le nom de sens lesquels, en s'élevant du plus grossier au plus délicat, produisent le mouvement ou le toucher, la saveur, l'odorat, l'ouïe et la vue. Les organes de Tâme s'appellent les vertus et, en partant des moins pures pour arriver aux plus sublimes, on les nomme la Tempérance, la Force ou le Courage, la Prudence, la Justice, la Foi, TEspérance et la Charité. Les vertus sont donc les sens de l'âme, comme les sens sont les vertus du corps.

Pendant tout le moyen âge, on a figuré l'âme sous la'forme d'un petit être humain exactement pareil, mais en miniature, au corps dans lequel il réside et qu'il anime. Ainsi, quand un individu, homme ou femme, vient à mourir, on voit son âme s'échapper de sa bouche sous la forme d'un enfant qui reproduit, en petit, tous les traits du corps ; c'est une espèce de naissance qui s'accomplit et s'exhale avec le dernier soupir. Dans les manuscrits h, miniatures, en tête du psaume xxiv, « Ad te. Domine, levavi animam meam », on voit le roi David ou un fidèle quelconque, tenant entre ses mains une petite figure humaine, qui est son âme, et la tendant vers le ciel où est Dieu. Cette âme, qui est l'habitante du corps auquel elle donne sa forme, comme un noyau repousse du dedans au dehors ses reliefs et ses creux sur la chair de son fruit, me rappelle ces petits insectes ailés qu'on nomme éphémères, et qui, vers l'automne, tourbillonnent au bord des cours d'eau. On voit ces petits êtres s'abattre lourdement sur le premier obstacle venu, puis passer d'un blanc diaphane à un blanc terreux, se rider, se débattre dans des convulsions; enfin, au dernier tremblement de l'agonie, l'enveloppe extérieure se crève et il s'en échappe un petit être entièrement pareil au premier, mais jeune, transparent.

alerte et qui s'envole à tire d'ailes vers les régions élevées. C'est, donnée par l'entomologie, une image de la création ou de l'apparition de l'âme humaine, telle que les artistes du moyen âge la figurent dans les miniatures, sur les vitraux et dans les sculptures*

Cette âme, ainsi rendue visible, ainsi matérialisée, pour ainsi dire, les philosophes et les théologiens l'ont armée de vertus comme les physiologistes ont muni notre corps des divers organes des sens. Ces vertus , dont l'absence d'une part et l'excès de l'autre constituent nos vices, sont au nombre de sept et se distribuent en deux groupes; le premier groupe en comprend quatre, le second n*en embrasse que trois. Les quatre de la première série sont les vertus moins parfaites , celles qui ont encore de Taflinité avec les organes corporels ; les trois de la deuxième série sont les vertus excellentes; celles qui dégagent l'âme entièrement du corps et la rapprochent de Dieu. Les premières ont été nommées « cardinales » et les secondes « théologales » . Il ne sera question aujourd'hui que des vertus cardinales..

Ce nom leur est venu de « cardo », qui signifie « gond », parce que ces quatre vertus sœurs sont comme les pivots sur lesquels s'assied et se meut l'âme humaine. De tout temps, chez les Grecs et les Romains, comme pendant la durée du moyen âge, les penseurs se sont occupés des vertus cardinales pour les définir, les caractériser et leur départir des attributions spé^ ciales. Suivant Socrale, Platon et Aristote, les quatre degrés pour monter au sommet du bien et du bon sont la tempérance, la force, la justice et la prudence*. Le sommet, auquel on arrive en quatre pas, s'appelle, pour les philosophes spéculatifs, la « Sagesse» et, pour les moralistes pratiques, r«Eupraxie», c'est-à-dire l'habitude de faire de bonnes actions , la « Bienfaisance » , en prenant ce mot dans son étymologie et sa traduction rigoureuses. Après les Grecs, Cicéron et Senèque ont adopté cette classification des vertus cardinales et disserté sur le caractère spécial à chacune d'elles. Cicéron a consacré tout un traité, le « de OfTiciis », à montrer leur origine, leurs attributions, leur importance hiérarchique. Pour lui, la prudence, la justice, la force et la tempérance naissent et découlent de 1' « Honnête », comme d'une source commune *.

Les hommes du moyen âge savaient bien que les philosophes de l'antiquité s'étaient occupés des vertus cardinales; mais ils déclaraient aussi, et ils

4. J. DBifi9, « Histoire des théories et des idées morales dans Tantiquité », volume i*', p. 59. Paris, in-8*, 4856. M. Denis cite divers traités de Platon, notamment le livre ii de la « République »; ailleurs, il confirme cette doctrine par celle d' Aristote.

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