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ii'2 ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
avaient raison assurément, que le christianisme avait épuré et précisé ce que les païens furent les premiers à établir. Je lis dans un manuscrit de Tan 1269 :
tt Ces iiij Vertus Cardinaux pallerent moult cil ancien philosophe, mais h sains Esperis les enseigne miels ceux tous. Si, comme dit Salemons ou livre de Sapience, ces iiij Vertus sont apelées prudence la première, la seconde atrempance, la tierce force, la quarte joustice^». — Guillaume Durand, en son « Rational »), avait également dit : a Dans le livre de la Sagesse sont décrites quatre vertus : la prudence, la force, la tempérance, la justice* ».
On ne trouve pas, dans le livre de la « Sagesse », que Salomon ait classé les vertus. Il semble même que ce grand roi justicier y installe la justice h la première place, au lieu de donner cette place à la prudence, car le premier verset du premier chapitre commence par ces paroles mémorables : « Chérissez la justice, vous qui jugez la terre ^ ». La sagesse ou la prudence, dans ce livre de la Sagesse, devait être préconisée; mais la force n'y est pas en grand honneur, car, au premier verset du chapitre sixième, on lit : « La sagesse est meilleure que la force; l'homme prudent vaut mieux que l'homme fort 4 ». Quant à la tempérance, Salomon la célèbre, mais indirectement; il dit, par exemple, que la soif endurée dans le désert montra comment Dieu sait exalter ses amis et tuer leurs adversaires*, et que le Seigneur nourrit ses enfants avec sa parole et non avec les fruits de la terre*.
Donc, malgré les écrivains du xiii* siècle, Salomon ne parait pas avoir parlé spécialement des quatre vertus cardinales; mais certainement, il ne leur a pas assigné la place que veulent bien leur attribuer, en désacord avec eux-mêmes, les moralistes du moyen âge.
Cette place n'est pas sans importance, car elle résulte soit du développement des facultés de Tàme, soit de la valeur relative de ces facultés. Dans le premier cas, c'est une question de physiologie, de naissance et d'épanouisse-
4. Ce beau manuscrit, tout rempli de miniatures et de textes relatifs aux vertus et aux vices, appartient à M. le comte Auguste de Bastard qui voulut bien, il y a vingt ans, m'en donner communication. J'y pris alors un certain nombre de notes; c'est l'un de ces extraits que je viens de transcrire ; plus loin, j'aurai encore recours à ce précieux ouvrage, que je désignerai sous le nom de « Manuscrit de M. A. de Bastard ».
11. c Quatuor sunt virtutes in libro Sapientiae descriptœ, scilicet prudentia, fortitudo, temperantia etjustitia ». — G. Durand, a Rationale divinorum officiorum », lib. i, cap. 7, num. SS.
3. « Diligite justitiam, qui judicatis terram ». — v Lib. Sapienti» », i, 4.
4. « Melior estsapientia quàm vires; et vir prudens quàm fortis». — «Lib. Sapient. », vi, 4.
5. « Ostendens per sitim, quœ tune fuit, quemadmodum tuos exaltares et adversarios illonim necares ». — c Lib. Sapient. », xi, 9.
6. « Utscirent filii tui, quos dilexisti. Domine, quoniam non nativitatis fructus pascunt homine», sed sermo tuus hos, qui in te crediderunt, conservât ». — « Lib. Sapient. », xvi, S6.
ment; dans le second, une question de hiérarchie. Dans le premier cas, on se demande quelle est, en date, la première vertu déposée dans notre âme ; dans le second, quelle est la plus grande des quatre.
De tous les philosophes de l'antiquité Cicéron paraît être le seul qui se soit accupé de la place hiérarchique des vertus. Il dit au livre premier du « de OfQciis » :
a II y a quatre sources de Thonnête , et tout ce qui mérite ce nom dérive de Tune d'elles. L'honnête, en effet, consiste ou dans le discernement et la science du vrai^; ou dans Tattention à maintenir Tordre social en rendant à chacun ce qui lui est dû et en respectant la foi des engagements '; ou dans cette grandeur et cette force qui élève Tâme et la rend invincible*; ou dans cette convenance et cette mesure des paroles et des actions , d*où natt la modération et la tempérance^. Sans doute, ces quatre principes se tiennent, et ils rentrent Tun dans Tautre; cependant il naît de chacun d'eux des devoirs particuUers. Ainsi , au principe que j'ai placé le premier dans cette énumération, et qui renferme la sagesse et la prudence, appartient la recherche etia découverte de la vérité, et c'est là comme la fonction spéciale de cette vertu. * »
En conséquence de ce passage et de plusieurs autres^, l'ordre adopté par Cicéron est nettement celui-ci: prudence, justice, force, tempérance. Le grand orateur, l'homme politique se décide par des raisons sociales, et il déclare que la prudence , vertu privée et qui touche le plus intimement à la nature humaine, est très-inférieure à la justice par laquelle se maintiennent les sociétés. Pour Cicéron , la justice est la maîtresse et la reine des vertus , et c'est à elle que la vertu en soi prend son plus beau lustre^. Mais si la justice est la reine des trois autres, pourquoi donc la placer la seconde, après la prudence, avant la force et la tempérance? Elle est la racine d'où tout procède , ou bien le sommet où tout aboutit. Si c'est la racine de cet arbre moral, il faut la mettre en bas, avant toutes les autres; si elle en est l'épar-