LES DONS DU SAINT ESPRIT ET LES VERTUS DE LA COLOMBE
Le Saint-Esprit, on le sait, est presque toujours représenté sous la forme d'une colombe. Ses dons, c'est-à-dire les vertus qu'il répand sur les hommes sont au nombre de sept et dans cet ordre, d'après le texte du prophète Isale :
Esprit de Sagesse. — Esprit d'Intelligence. — Esprit de Conseil. — Esprit de Force. — Esprit de Science. — Esprit de Piété. — Esprit de Crainte *.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'au moyen âge, même au xvi* siècle, les mystiques aient recherché dans l'ornithologie, dans la colombe naturelle, les qualités attribuées par IsaTe et par tous les théologiens à la colombe divine. Comme les peintures et sculptures où figurent ainsi, sous la forme de sept petites colombes, les sept dons du Saintr-Esprit, cette grande colombe de la Trinité, sont extrêmement nombreuses, le texte suivant, que M. le baron de La Fons-Mélicoq a bien voulu nous transmettre, n'en aura pour nous que plus d'intérêt. Ce texte est le fragment d'un sermon qu'un curé de Cysoing (département du Nord), prononça sur le baptême de Notre-Seigneur, le jour même oii le Saint-Esprit se manifesta sous 16^ forme d'une colombe et, troisième personne de la Trinité, descendit sur la tête de la deuxième i>ersonne pendant que la première proclamait que le divin baptisé était son Fils chéri. Le curé de Cysoing, malheureusement, semble avoir été à court de symbolisme : il trouve bien dans la colombe naturelle la Crainte, la Piété, la Science, la Force et la Sagesse; mais il passe l'Intelligence et le Conseil. Ces derniers dons, il est vrai, rentrent dans la Science et la Sagesse; mais le texte d'Isale n'en est pas moins positif, et un curé, même de la renaissance, aurait dû mettre son imagination en frais pour ne pas retrancher ainsi deux dons sur
4. IsAÏB, chap. XI, vers S et 3 : « Et reqniescet super eum Spiritus Domini : Spiritus
sapientisB et intellectùs, Spiritus concilii et fortitudinis, Spiritus scientiœ et pietatis, et replebH eum Spiritus timons Domini* »
sept. Du reste» voici le texte inédit que M. de La Fons a trouvé dans le mdr nuscrit n* 100 de la Bibliothèque municipale de Lille, et que cet infatigable collecteur de documents anciens adresse à nos lecteurs.
« Se vous demandés pourquoy le Saint-Esprit s'est ptustost démonstré en fourme de coulon que aultrement , on pvelt respondre : pourtant que le Saint- Esprit, en celuy quy est baptisiet, oeuvre les propriétés spirituellement du coulon : c'est-à-dire ses dons, qu'ilz sont à rapporter aux propriétés du coulon.
« La première propriété du coulon est : « per cantum gemitum habet » $ pour son chant il samble gémir ou pleurer, et chela se rapporte au don de crainte» Cest doncq à dire que le chrestien baptisiet , en ce monde se doibt cognoistre estre en la vallée de misère et en péril de tant plusieurs lachz de tentation ; pourtant il doibt moult craindre quMI ne perde la grâce de Dieu et son amour, et qu'il ne perde sa part et portion au royalme céleste.
<( La deuxième propriété du coulon est qu'il norist les petis des autres» spécialement quant les pères et mères sont mors, ou ne retournent point pour les nourir : cela se rapporte au don de pi té ^. C'est doncq à dire que le chrestien, après son baptesme, doibt estre miséricordieulz, pitoyable et rempli de compassion et de charité, spécialement aux poures orphelins sans père et sans mère; spécialement aulz poures vefves; spécialement aux poures gens de son sang et de sa lignie ; spécialement aux poures gens honnestes qu'ilz n'ossent, pour l'honnesteté de leur lignage, déclarer ne demander leurs nécessités ; spécialement aussi à ceulz et à celles quy ne scevent ou ne poeuvent autant gagnier qu'ilz leur fault pour eulz tous; spécialement aussi à ceulz et à celles quy sont malades, ou débilles ou qu'ilz ne se poeuvent aydier. Se Tesprit de Dieu est en toy, tu doibs scavoir et congnoistre à quelz tu puelz mieulz distribuer les biens de Dieu : « quia unctio eius docet nos de omnibuz ». Et se tu n'as le pourquoy pour subvenir aulx poures gens, au mointz tu poelz faire ce qu'il s'ensieut ; c'est que tu le poelz signifier à ceulz qui les poeuvent aydier ou tu les puelz faire quelque service corporeK
u La troisième propriété du coulon est qu'il eslit pour soy et pour ses petis les milleurs grains, et reiette les meures (moindres). Gela se rapporte au don du Saint-Esprit, que nous apelons le don de science. C'est doncq à dire que le bon chrestien, quy a en soy ce don et la science du Saint-Esprit en la prédication, ou en la letture d'aucun bon livre, ri eslit pour son instruction, et pour Tinstruction des autres les milleurs grains : c'est-à-dire les milleures et
4 . G*e8t-à-^ire au don de piété. — > Raoul de Presles dit que le Saint-Esprit fut envoyé le jour avant les kalendes de may. (« Expos. » du ch. luu de la « Cité de Dieu » de saint Augustin.)
les plus sainnes sentenses, et les plus convenables à son salut, comme de nostre sainte Bible et des anchiens et sains docteurs de sainte Église. Aussi, en une congrégation, il considère lesquelz vivent le plus près à la vérité de rÉvangille, et seloncq les commandemens de sainte Église, et les prent et attire à soy, pour les ensieuyr.
<( La quatrième propriété du coulon est qu'il se niche et fait sa demeure es traulz des pierres, ou des massier. Par la piere nous entendons, seloncq saint Paul, Jhu-Crist, et, parles traus nous entendons ses plaies : cela se rapporte au don de force. C'est doncq à dire, quant le chrestien est assally d'aucune mauvaise tentation, il doibt recourir hastivement à Nostre Seigneur Jhu-Crist et à ses saintes playes *, et en y celles se doibt muchier par dévote méditation et ardente affection, et par cela prendra force pour le reboutter virillement et constamment, sans il donner consentement *.
« La cinquième propriété, pour le fin, est qu'il (le coulon) ne repose nulle part, senon en « sa bedde * » ou à sa frenestre ; et, quant il a recoelliet sa pasture, tantost retourne audict lieu : cela se rapporte au don de sapience. C'est doncq à dire que le chrestien, en ce monde présent, ne se doibt point arresler par affection ^, ne par amour désordonné, et se aucunesfois, pour les nécessités du corps, il lui fault estre, néantmoinlz il se doibt souvent eslever en esprit à sa maison, lassus, et doibt tousiours devant soy envoyer tous ses biens, pour les trouver en lamps propice. Quant gens moent de ville et de maison, il envoient devant eulz leurs biens; il nous fault cy après changer de ville et de maison, pourtant soions soigneulz de pourveoir à nostre affaire. Nous prions Dieu » .
4. « Car nostre Sauveur Jhésu-Grist apparu en Tair, sur le lieu dont il monta es cieulx, et, devant lui, seront les instruments de sa mort, ainsi comme les banières ou signes de sa victoire, ou triumphe : c'est assavoir la croix, les doux et la lance, et, en sa char seront veues les traches de SCS playes, pour vooir en quelle personne ilz mirent leurs mains. » (Raoul de Pbesles, ibid., « Expos. » du ch. XXIII.]
2. (( Vas figuli probat fornax, et homines iustos temptacio probationis. Potus vacuus, ad ignem positus, crepat; plenus, non sic. Homo, gracia vacuus, crepat impacienciam ». (aDict. pauperum», Ms n» 77, fol. cxxxvii, r".)
3. « Le coulon retourne à son crouset » (« Heures » du xiv* siècle, Ms n" 49.)
4. a Car fols pèlerins est cilz qui, pour le biauteit d'aulcune praierie, oublie à râler en son pays ». (Ibid.)
8U1TB BT PIN 1.
Lb Caugb et l'Hostie. — Pour un chrétien, le premier dogme est Inexistence de Dieu, le second la rédemption, le troisième la transsubstantiation ; le livre et la croix ont symbolisé les deux premiers , le caJice et l'hostie symboliseront le troisième. Les exemples d'un calice seul ou d'un calice surmonté d'une hostie aux mains de la Foi sont tellement nombreux, chez tous les peuples chrétiens et dans tous les siècles, qu'il est à peu près inutile de les citer; quelques indications suffiront.
Au portail nord de la cathédrale de Chartres, ii la voussure de la porte gauche, la Foi, femme debout, de trente ans environ, en robe longue, en manteau long rabattu comme un voile sur la tête , tient de la main droite un calice & large coupe où elle reçoit le sang d'un agneau égorgé. Cet agneau, qui est le symbole de Jésus-Christ, est agenouillé sur un petit autel couvert d'une ndippe et dont la forme est celle d'une console carrée. De sa blessure è. la gorge l'agneau verse des flots de sang dans le calice. La Foi regarde avec tendresse, avec amour, le sacrifice de cette victime volontaire. Elle a l'œil humide, la figure longue, le nez droit, la poitrine assez forte. C*est une bonne femme, pleine de tendresse et d'ingénuité. A ses pieds, une petite femme, en robe seulement, main gauche croisée sur son bras droit, comme si ses mains étaient liées, est étendue sur un tertre, à la renverse. Un bandeau épais couvre ses yeux. Cette Incrédulité, qui ferme les yeux & la lumière de la foi , ou plutôt qui se les. bande elle - même , ce qui est pis encore , peut avoir une trentaine d'années, comme la Foi.
Ce petit tableau est un des plus complets que je connaisse en ce genre. 11
4. Voir les « Annales Archéologiques », vol. xi, pag^ 450 et 496.