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Et Metus, et malesuada Famés, et turpis Egestas,
Terribiles visu formae, Lethumque, Labosque ;
Tum consanguineus Leti Sopor et mala mentis
Gaudia, etc.
Virgile, « Enéide», liv. vi.
Avant tout on retourna à Rouen, dont la bibliothèque publique possède le manuscrit d*Aristote auquel la miniature appartient. Le calque fut collationné avec soin, les couleurs furent notées avec attention et M. Gaucherel fit la gravure que nous présentons aujourd'hui. Un doute s'étant élevé sur le nombre des petits qui boivent le sang du pélican, mon neveu écrivit à M. Pottier qui voulut bien lui répondre la lettre suivante :
« Monsieur, je me suis empressé de faire la vérification que vous me demandez. JTai examiné le nid du pélican à la loupe et, bien positivement, il n'y a que deux petits, sans aucune indication du troisième; et la peinture est assez nette, assez franche pour qu'on ne puisse supposer qu'îT se perde dans un certain vague du second plan. Mais je ne crois pas que cet exemple soit concluant contre les autorités des exemples qui montrent trois petits*. Les représentations sont ordinairement de face, et les petits alors sont nécessairement, pour ainsi dire, au nombre de trois : un au milieu, et un de chaque côté. Mais, ici la représentation est de profil, de sorte qu'on ne voit que celui de côté et celui du milieu un peu en arrière ; le troisième est supposé parallèle au premier et tout à fait caché par lui. Seulement un peintre ingénieux aurait trouvé moyen de le faire voir en partie, ne fût-ce que par le bout du bec; le peintre de « l'Aristote* » s'est borné à le supposer, mais je ne doute pas qu'en principe et en intention il n'y soit.
« Maintenant, pour vous renseigner sur la question de savoir si la miniature des Vertus a quelque rapport au sujet du chapitre ou livre qu'elle décore , il me suffira de vous transcrire les premières lignes de ce livre, et tout doute à cet égard sera levé :
« Cy commence le second livre de Ethiques, où il (Aristote) détermine de « vertu en général et contient douze chapitres. Les i, ii, m, iv, v, vi, vu « et VIII parlent de la vertu en général ; le i indique la source de la vertu et « la divise en vertu intellectuelle et morale , etc.
« Les IX, X, XI et xii** chapitres traitent des vertus particulières, des pas- « sions et des vices; ils indiquent les moyens d'acquérir les vertus et d'éviter « les vices, etc.
« Puisque nous sommes sur ce sujet, permettez-moi de vous indiquer, si
4. Les petits sont presque toujours, en effet, au nombre de trois, nombre qu'on regarde, à tort ou à raison, comme symbolique. Cependant les exemples à deux petits seulement ne sont pas rares. M. le prince P. Soltykoff possède une belle croix en métal, du xiv* >iôcle, au haut de laquelle un pélican , qui est Temblème du Sauveur mourant, donne son sang à deux petits seulement.
t. C'est le manuscrit d'où est tirée la miniature.
vous ne le connaissez déjà, le magnifique vitrail du xvi* siècle de la cathédrale de Rouen, placé latéralement à Textrémité du transept méridional. Cette verrière a pour sujet la glorification des sept Vertus et se divise en six sujets, sur deux étages, le septième occupant probablement le couronnement de la verrière. Les sujets , que je n'ai jamais cherché sérieusement à interpréter, ne consistent point dans la simple figuration des Vertus; ce sont des compositions dont, sans doute, elles sont Tinspiration et le symbole, et oii elles figurent en personnages accessoires. Ainsi par exemple le dernier, en bas et à droite de la verrière, représente un personnage en costume épiscopal, couché sur un lit funéraire et entouré des sept personnifications des Vertus caractérisées par divers attributs qu'elles portent à la main.
« Si ce sujet vous était inconnu, ainsi qu'à M. Darcel • et que vous eussiez le désir d'avoir quelques renseignements plus détaillés et plus précis, je m'empresserais de vous les envoyer, sans toutefois pouvoir vous promettre de réussir à déchiffrer complètement l'énigme des sujets; car j'ai souvent, en passant, jeté un coup d'œil curieux dessus, et j'y ai toujours trouvé, tant à cause des raccommodages, des parties effacées, etc., que du symbolisme obscur des sujets, autant de difficulté matérielle que de mystérieuse ambiguïté ».
Nous avons exprimé nos plus vifs remercîments à M. Pottier pour les renseignements qui précèdent, et toute notre reconnaissance pour ceux qu'il veut bien nous promettre. Grâce à la précieuse collaboration du savant archéologue de Rouen, nous pourrons offrir un travail moins incomplet sur l'iconographie des Vertus.
DIDRON
{L'Espérance à la livraison prochaine,)