‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 90 sur 135 · VERA GARO, CHRISTUS CLAUSIS SE GONTULIT INTU · texte numérisé non relu

VERA GARO, CHRISTUS CLAUSIS SE GONTULIT INTU

Le Christ est debout devant la porte fermée d'une chambre dans laquelle il apparaît à ses disciples; saint Thomas met la main dans la plaie de son divin Maître. Ce sujet est très-commun dans l'iconographie des Grecs; leurs livres d'offices imprimés à Venise le représentent souvent gravé au commencement de la fête de l'Attouchement (H WHAA4>H2I2 TOY enMA) qu'ils célèbrent un des dimanches entre Pâques et la Pentecôte.

N" 118. L'Ascension.

PIGNORA N08TRA PERENS RBDIBT DE17S OMNIA QUEBBNS.

Le sujet est pareil à celui de la partie supérieure. Il y a pourtant une petite différence : ici saint Pierre est à droite du Christ et saint Paul à gauche. On peut voir une gravure au trait de ce tableau dans l'ouvrage de Cicognara sur les monuments de Venise.

N^ 119. La Pentecôte.

CUNCTORUM LINGUIS HOS CELICUS INSTRUIT IGNIS.

L'ordonnance de ce sujet est à peu près pareille à celui placé dans la partie supérieure. Il y a de plus la sainte Vierge au milieu des apôtres. Saint Pierre est à sa gauche, saint Paul à sa droite. Il y a aussi, comme en haut, en dehors du cénacle, un empereur et un autre personnage; mais ce dernier est ici presque nu. Au même sujet du manuscrit de Londres, la disposition est pa-

reille, sauf que la sainte Vierge est absente et que l'empereur est accompagné de cinq personnages.

Suivent trois saints en costume de diacre et tenant l'encensoir et la navette. Voici leurs noms :

j 20-23. SCS PETRVS XANDRINVS. — SCS STEPHANYS. — SCS FORTVNATVS.

J'ignore s'il faut voir dans le. premier saint Pierre d'Alexandrie qui a été patriarche, ou s'il faut supposer qu'on aurait voulu mettre saint Pierre d'Antioche, diacre et martyr. Saint Etienne est bien connu. Quant à saint Fortunat, ce doit être le diacre de ce nom, martyrisé à Rome avec son évêque Hermargoras, patriarche d'Aquilée, deux saints très-vénérés à Venise, et dont on retrouve plusieurs fois les figures dans l'église de Saint-Marc.

Je passe maintenant à la seconde rangée.

Immédiatement au-dessus de la grande figure centrale du Christ et au D^'lâi, on a placé un petit tableau sur lequel est représenté un sujet symbolique particulier aux Grecs, qui le désignent ordinairement par ce titre : yi 2T0i(Juc(iia Tou Op(ivou a La préparation du trône », et quelquefois d'une manière plus abrégée par ces mots : i éToif^adia. J'ignore si une inscription quelconque accompagnait le sujet du retable de Saint-Marc, et si cette inscription n'aurait pas été cachée par les ornements superposés au xiv* siècle, ou même si l'inscription ri éToifjiadîa, tracée verticalement dans l'origine, à côté du sujet sur la plaque même, n'aurait pas été grattée et effacée par les Vénitiens afin de rendre la plaque plus brillante. Je ne sais si je me suis fait illusion, mais il m'a semblé voir, sur cette plaque et sur d'autres, la trace de caractères ou d'ornements grattés. J'ai peine à croire, je l'ajoute, que dans l'origine, toutes les plaques qui composent la Pala d'Oro fussent, ainsi qu'elles le sont aujourd'hui, polies et brillantes comme des miroirs. Cet éclat nuit singulièrement à l'effet que doivent produire les émaux, et il occasionne une gêne continuelle à l'observateur dont les yeux sont bien vite fatigués par l'éclat éblouissant du métal. Mais je reviens à mon sujet. Voici comment est composé le tableau en question : Un trône sans dossier; sur ce trône, un coussin couvert d'une draperie qui retombe en avant; une croix, posée debout au milieu du trône, se compose de la hampe, des bras et du titre, ce qui lui donne la forme à laquelle on donne souvent le nom de croix à doubles branches; la couronne d'épines est enlacée à l'intersection de la croix et des bras ; sur les extrémités du coussin sont posés, à droite de la croix, la lance, à gauche, l'éponge au bout d'un b&ton ; au pied de la croix est posé le livre des Évangiles, au-dessus duquel plane la colombe, figure de l' Esprit-Saint.

L'explication de ce sujet est toute simple : il représente le trône de Dieu

préparé pour le jugement dernier, l'Évangile sur lequel les hommes doivent être jugés, la croix et les instruments de la passion qui doivent paraître dans le ciel au dernier jour. Je pourrais citer plusieurs textes explicatifs des détails de ce sujet, je me contenterai d'en rapporter un seul, qui s'y applique d'une manière générale ; c'est un verset du psaume neuvième ainsi conçu : « Il a préparé son trône pour exercer son jugement, et il jugera lui-même toute la terre dans l'équité, il jugera les peuples avec justice. ÈToifjLadev iv xpwei tov eprfvov ixÙTou... « Paravit in judicio thronum suum... ». L'antiquité païenne nous a laissé, sur des bas-reliefs, des peintures, des médailles,des camées, etc., plusieurs exemples de trônes des dieux et des souverains de la terre, sur lesquels sont posés des insignes et attributs de puissance et d'autorité; les chrétiens se sont approprié de bonne heure ces idées de symbolisme. Les plus anciennes mosaïque de Rome et de Ravenne nous montrent l'Évangile et la croix sur des trônes. Une pierre gravée, publiée par Gori *, représente une étoile sur un trône avec cette inscription, ixve, qui signifie « Jésus-Christ, fils de Dieu » . Pour le sujet de la « Préparation du trône » , tel qu'il est figuré sur la Pala d'Oro, les Grecs ont l'habitude, depuis des siècles, de le peindre dans les églises soit isolément au-dessus du chœur, soit dans les représentations du Jugement dernier. Ainsi à Monreale, dans l'église cathédrale, et à Palerme, dans la chapelle palatine, la Préparation du trône est peinte en mosaïque au-dessus de l'entrée du chœur avec ces mots : i éToifjiadia. A Palerme, le sujet en question est en outre accompagné d'une inscription latine qui est ainsi donnée par M. Buscemi ^ :

LANGEA SPONGIA LIGNEA CRUX CLAVIQ CORONA

DANT EX PARTE METUM COGUN ET FUNDERE FLETUll

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