XIII. — CALICES
Dès les premiers siècles jusqu'au xii% la communion s'est donnée sous les deux espèces du pain et du vin ; du xii* jusqu'à nos jours, sous l'espèce du pain seulement. La forme du calice a suivi ces deux importantes périodes.
Avant le xii* siècle, le calice, qui servait à tous les fidèles, devait être d'une grande ampleur; après le xni% réservé à l'officiant et tout au plus à ses acolytes, il ne demanda plus qu'une faible dimension. Avant le xii- siècle, c'est une amphore à deux anses; après, ce n'est plus qu'une coupe ordinaire. Les Grecs, qui ont conservé la communion sous les deux espèces, ont également gardé les grands calices et deux anses ; les Latins n'ont plus que le petit calice en coupe.
Dans les pays latins, sur la frontière byzantine, à Venise, par exemple, on conserve dans les trésors des calices à deux anses assez nombreux et d'un très-grand intérêt; ainsi, j'en ai compté jusqu'à huit dans le trésor de Saint- Marc.
Si, dans ce.mémoire, nous faisions l'histoire du calice, nous devrions donner des représentations et des descriptions de calices à deux anses; mais, ici, il s'agit seulement d'archéologie pratique. Il n'y est question que des meubles et des vases sacrés en usage dans notre Église, et qui peuvent et doivent se reproduire; nous n'avons donc pas à nous occuper des calices à deux anses, destinés à une communion qui ne se donne plus aujourd'hui.
Qu'il nous suffise donc, pour offrir à nos lecteurs une idée de ces amphores, de leur rappeler la dalmatique impériale décrite et gravée dans le premier volume des « Annales Archéologiques », pages 286-287. Là, sur ce monument parfaitement byzantin, le Sauveur en personne communie ses apôtres sous les deux espèces, et il leur donne son sang dans une amphore semblable aux calices à deux anses de Saint-Marc de Venise et de nos trésors, musées ou collections particulières.
Au XII* siècle, à l'époque même où l'on passa de la communion sous les deux espèces à la communion sous une seule, on faisait déjà de petits calices en coupe, mais on faisait encore de grands calices à anses. Le moine Théophile, qui date en effet du xii* siècle, enseigne d'abord la manière de fabriquer le petit calice : « De fabricando minore calice » ; puis, celle de
lU ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
fondre le grand calice : « De majore calice et infusorio ejus »; puis, celle de fondre les oreilles ou aiises du calice : « De fundendis auriculis calicis* ». Il nous paraît assez significatif que Théophile apprenne à fabriquer d'abord le petit calice, et ensuite le grand. Cet ordre semble indiquer que la communion sous une espèce prévalait définitivement, et que Théophile, par conséquent, appartiendrait plutôt à la fm qu'au commencement du xii* siècle.
Du XII' au XIX® siècle, le calice en coupe a déjà fourni une longue carrière; cependant, à partir du xv^ siècle, sa forme s'est altérée notablement.
Au xii% au xni* siècle, le calice est large de la coupe, large du pied, court de la tige, épais du nœud, comme ce calice allemand en offre un modèle bien établi.