‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 149 sur 240 · Hec • rata • scriptores • evangelii • cecinervnt · texte numérisé non relu

Hec • rata • scriptores • evangelii • cecinervnt

Au premier vers, les quatre fleuves qui arrosent le monde ; au deuxième, les quatre vertus qui abreuvent le cœur pur ; au troisième, les quatre grands prophètes dont les prophéties furent proclamées des réalités par les quatre évangélistes du quatrième vers.

Je ne sais si l'on sera de mon avis, mais j'admire cette géométrie de quatre par quatre où est renfermée, d'une façon si mathématique et si poétique tout à la fois, l'histoire de la religion.

Le couvercle complète la cuve matériellement et symboliquement, comme la couronne complète et caractérise un souverain.

Ce couvercle, conique comme la tiare des papes du xni* siècle, est sculpté de quatre sujets qui correspondent aux quatre scènes du bassin. •

Ainsi, immédiatement au-dessus de la Vierge mère tenant l'enfant Jésus, fleurit la baguette d'Aaron au milieu des onze autres baguettes des tribus d'Israël. Isaïe, qui est au bassin et qui dit « Egredietur Virgade radiée Jesse », peut, en levant la tête, voir cette floraison d'un bâton desséché. Les douze baguettes sont placées sur un autel que Moïse accoste à droite et Aaron à gauche. Moïse (moyses) pieds nus et nimbé comme un apôtre, tient une banderolle où se lit :

PROPHETAM • SVSCITABIT • DE • FILIIS • VESTRIS*

Aaron (a\ron), pieds chaussés, mais tête nimbée et coiffée de la tiare conique, tient des deux mains le vase des sacrifices, aiguière dans laquelle sa baguette a repris sa sève.

A Tarchivolte de l'arcade trilobée qui encadre cette scène, on lit ce texte, qui explique le rapport entre la floraison d'une branche morte et la maternité d'une vierge:

VIRGA • VIGET • FLORE • PARIT • ALHA • VIGENTE • PYDORE •

Au-dessus des colonnes qui portent cette archivolte, sortent à mi-corps des prophètes qui précisent encore par leur présence et leurs paroles la scène qu'ils accompagnent.

Au-dessus de la colonne droite de l'arcade où fleurit le bâton d'Aaron, est le roi Salomon (salomon • bex • ) , qui tient une banderolle où on lit :

FLORES • MEI • FRVCTVS • HONORIS • ET • HONESTATIS •

Le second sujet du couvercle domine celui du passage de la mer Rouge, sculpté sur le bassin. Ce sujet est le Massacre des Innocents. A la voix d'Hérode (herodes), assis sur un trône et assisté d'un conseiller armé d'une épée, un soldat arrache des bras d'une mère, pour l'égorger, un pauvre enfant tout nu. Une autre femme allaite son jeune enfant, qui va être égorgé à son tour, et qui apportera son tribut de sang à ces flots dont la mer Rouge était une « figure ».

Au-dessus de la colonne, le prophète Jérémie pleure, avec Rachel, sur une banderolle qu'il tient à la main droite, qu'il montre de la main gauche et où se lit :

VOX • IN • RAMA • AVDITA • PLORATVS • ET • VLVLATVS • RACHEL • PLORANTIS • FILIOS • SVOS •

A l'archivolte de l'arcade qui renferme ce baptême de sang, on lit :

QVOS • DOLOR • OSTENTAT • GRVOR • À • CRVOELB • CRVENTAT • XIX. 2k

Au-dessus du baptême du Christ, sculpté sur la cuve, et qui est Torigine de notre rédemption, on voit, au couvercle, Jésus à table chez le pharisien. Marie Madeleine se prosterne aux pieds du Christ, qu'elle essuie avec ses cheveux. Simon le pharisien tient une banderoUe où on lit:

HIC • SI • ESSET • PROPHETA • SCIRET • VTIQVE • QVAU3 • ET • QVE • EST • MYLIER • QVE • TANGIT • EVM-

Mais Jésus tient une banderolle où il répond à Simon par ces paroles qui y sont gravées :

REMITTVNTVR • El • PECCATA • MVLTA •

A l'archivolte, on lit :

SPK • REFICIT • PECTVS • LAGRIHIS • A • FLENTE • REFECTVS •

Le prophète qui surmonte la colonne est le roi David (dd rex); il tient une banderolle où on lit :

CIRAVIT • NOS • PANE • LACRIMARYM • ET POTVM • DEDIT • NOBIS • IN • LACRIMIS.

Enfin, au-dessus du passage du Jourdain, on voit au couvercle les six œuvres de miséricorde exercées par la Miséricorde même (misericordia) personnifiée dans une reine assise sur un trône, donnant, de la gauche, un pain à un affamé, de la droite, une boisson à un homme qui a soif. A sa droite, un homme nu va se couvrir d'un vêtement qu'elle lui a donné. A sa gauche, un pèlerin, un voyageur, se présente à elle et en est accueilli. Sous ses pieds est en prison un homme qu'elle a visité, et un malade qu'elle a soigné. Enfin, en dehors du cadre, se sauve en rampant un serpent qui est le symbole du crime et qu'elle laisse échapper, cette miséricordieuse sublime, parce qu'il lui a fourni les moyens de secourir les malheureux.

A l'archivolte, on lit :

+ DAT • VEMAM • SGELERI • PER • OPES • INOPEM • MISERERI*

Au-dessus de la colonne, le prophète Isaïe (ysaias • p.) tient une banderolle où il dit :

FRANGE • ESVRIENTI • PANEH • TWM • ET • EGENOS • VAGOSQVE • INDVC • IN • DOHVM • TVAM.

On voudra bien se rappeler tout ce que nous avons dit sur les six œuvres de miséricorde, surtout à propos du vitrail de la Charité*, et nous dispenser, en conséquence, d'y revenir ici.

Enfin, comme commentaire définitif de cette œuvre de bronze, les quatre vers suivants sont gravés sur la moulure plate où repose le couvercle:

Mvndat • vt . inmvnda • sacri • baptismatis • vnda Sic • ivsle • fvsvs • sangvis • iavachri . tenet • vsvs Post • lavat • attracla • lacrimis . confessio • facta — Crimine • fedatis • lavachrvm • ûl . opvs • pietatis

Le premier vers appartient au sujet de rincarnation ou de la rédemption, c'est-à-dire à Jésus enfant sur les genoux de sa mère, et h la floraison de la verge d'Aaron.

Le second regarde le passage de la mer Rouge et le massacre des Innocents, figure et réalité du baptême du sang.

Le troisième tient au baptême de Jésus, et surtout à la conversion de Marie Madeleine, qui confessQ et pleure ses péchés aux pieds du Christ chez Simon.

Le quatrième est placé au-dessus du passage du Jourdain et au-dessous des œuvres de miséricorde.

Dans le premier vers, rémission des péchés par l'eau; dans le second, par le sang ; dans le troisième, par la pénitence ; dans le quatrième, par les bonnes œuvres.

Je ne connais rien, de la base au couvercle, comme iconographie et comme texte, de plus théologique et de plus poétique que ce font de Hildesheim. Et quand on songe que sur ce bronze, large de un mètre et haut de deux mètre? seulement, il y a soixante-dix-sept personnages dont vingt isolés et cinquantesept composant huit scènes diverses ; en outre quarante inscriptions difl'érentes, dont vingt-quatre vers et seize textes bibliques, le tout, figures et paroles, concourant à constituer une œuvre de métal, un font de baptême, on doit prendre en pitié les pauvres gens de notre époque qui raillent le moyen âge en général et le xiii* siècle en particulier, époque du bronze de Hildesheim. L'importance de ce monument nous a décidé à donner les longs détails qui précèdent, car c'est une œuvre réellement unique aujourd'hui. Grâce à l'obligeance de M. de Quast, inspecteur général des monuments historiques de la Prusse, et au véritable dévouement de M. le docteur Kratz, cette œuvre, nous l'avons fait mouler en plâtre comme le chandelier de Milan, et nous avons l'intention de la reproduire en bronze, absolument telle qu'elle existe, pour celles des églises de France qui ne reculeraient pas devant la dépense d'un pareil travail, dépense qui ne s'élève pas plus haut, du reste, que celle d'un font de cette espèce en marbre et même en pierre.

L'iconographie des fonts anglais, français et même italiens nous paraîtra

bien pauvre en présence des fonts de Liège et de Hildesheim ; cependant , il convient d'en dire un mot.

L'iconographie des fonts anglais n'est pas fort variée ; sauf le baptême du Sauveur qu'on y rencontre quelquefois, les sujets delà vie de Marie et de Jésus, comme ^ l'Annonciation et l'Adoration des mages, n'y conviennent guère. Du moins le Crucifiement et la Résurrection s'y justifient par le dogme et par ce texte de saint Paul : « Ne savez- vous pas que nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort? En effet, nous avons été ensevelis avec lui par le baptême ,. pour mourir au péché, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle*. » Les patrons particuliers des pa-' roisses ^, les saints et les saintes qui triomphent de Satan, comme sainte Marr guérite, les Vertus personnifiées qui terrassent les Vices *, sont autant de sujets fort convenables pour un font baptismal. Sur les fonts de Nettlecombe (Sommerset) et ceux de Walsoken (Norfolk) est représentée l'administration des sept sacrements; c'est trop de six. J'aime mieux le font de Bradley (Lincolnshire), où l'on a gravé le commencement des prières « Pater noster, Ave Maria, Credo, » que les parrains et marraines doivent réciter pour leur filleul K

Tout cela est assez ingénieux, mais pauvre, et la France ou l'Italie , qui ne sont guère plus riches, doivent s'incliner devant les fonts de Liège et de Hildesheim ^. L'Italie, cependant, a fait des efforts pour échapper à cette icono-

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