‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 161 sur 240 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

est étendu le gisant qu'il a fallu les établir; et, dès lors, le vivant, le « priant», est un peu éloigné de sa vie. D'uïi autre côté, le moyen âge est encore moins conséquent. Dans le bas, il met la mort et dans le haut la vie ; dans le coffre inférieur, le triomphe , et , sur la toiture supérieure, le combat. Cette disposition est contraire à Tordre et à la hiérarchie des faits.

Si j'avais à exécuter un tombeau à sujets ou une châsse historiée, j'y voudrais trois étages. Tout en bas, la vie et les actions du défunt; au milieu, sa mort; au sommet, sa récompense. Le combat, le trépas et la résurrection, voilà les trois étages sur lesquels il convient d'établir une tombe, car ce sont les trois degrés par lesquels l'homme s'élève de la terre au ciel.

Très-souvent, comme dans les dalles, l'effigie seule, accompagnée d'un ou deux attributs , signale le défunt au souvenir et aux prières des survivants et des générations successives. Ainsi la figure de Libergier tient à la main droite l'église qu'il a bâtie, à la main gauche, la règle de l'architecte, règle complétée par l'équerre et le compas qui sont à ses pieds. Le premier, je le crois, j'ai avancé que la plupart des attributs gravés ou peints sur les monuments funéraires, même les plus anciens, même des catacombes, faisaient allusion , non pas à la croyance du mort, mais à son métier ; non pas à son opinion religieuse, mais à son état professionnel . De temps à autre, depuis vingt ans, j'ai repris cette question , et l'étude des monuments m'a confirmé que ma présomption était fondée. L'antiquité avait déjà fait ce que le christianisme et le moyen âge ont continué. Dans Homère, les Troyens rendent les derniers devoirs à l'un de leurs compagnons, le rameur Elpénor :

« Nous lui élevons une tombe sur laquelle nous dressons une colonne; puis, au sommet de la tombe, nous plantons la rame d'Elpénor*. »

Il n'y est question ni de la patrie, ni de la religion, mais seulement du métier. Dans Virgile, Misène , aussi habile à se servir du clairon et de la rame que de la lance, meurt noyé dans les flots de la mer :

« Alors le pieux Enée lui fait élever une sépulture considérable, et il y place les armes, la rame et la trompette du héros *. »

La tombe de Libergier prouve que, dans le moyen âge, les chrétiens ont exactement fait comme les païens d'Homère et de Virgile. Les « Monumental

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