‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 164 sur 240 · XX. — PORTES, PENTURES ET GRILLES · texte numérisé non relu

XX. — PORTES, PENTURES ET GRILLES

Notre tâche est à peu près terminée, et nous pouvons sortir de l'église en fermant sur nous les portes du grand portail et des portails latéraux.

Si nous étions en Italie, il faudrait nous arrêter longtemps devant cette clôture des monuments religieux; car, héritière des Grecs et surtout des Romains, l'Italie s'est plu à fermer par des portes en bronze l'ouverture de ses églises. On en a probablement détruit beaucoup, mais il en reste peut-être plus de deux cents encore à Palerme et dans toute la Sicile, à'Naples, à Bari, dans les Calabres et les Abruzzes, à Rome, à Pise, à Florence, à Venise el même en Lombardie. Les Romains affectionnaient ces lourdes, mais éternelles et inattaquables clôtures, et les Italiens en ont conservé le goût.

Lorsque Virgile, plus flatteur peut-être qu'il n'est permis, annonce qu'il veut bâtir sur les rives du Mincio, près .de sa chère Mantoue, un temple dont César occupera le centre et sera le dieu, il couvre de sujets guerriers, de batailles et de victoires, les portes de son monument *. Ces portes, il est vrai, sont en or et en ivoire massif; mais c'est de la poésie que ce luxe

1 . La deraièro guerre vient de jeter un nouvel éclat sur ces campagnes chantées par Virgile :

Primus Idumaeas referam tibi, Mantua, palmas ; Et viridi in campo templum de marmore ponam Propter aquam, tardis ingens ubi flexibus errât Mincius, et tonera prœtexit arundine ripas.

In medio mihi Gaesarerit, templumque tenebit.

In foribus pugnam ex auro solidoque elephanto Gangaridum faciam, victorisque arma Quirini ; Atque hic undantem bello magnumque ûuentem Nilum, ac navali surgentes aère columnas.

Addam urbes Asiae dotnitas, pulsumque Niphaten, Fidentemquefuga Parthum versisque saglttis, Et duo rapta manu di verso ex hoste tropaea, Bisque triumphatas utroque ab littore gentes.

« Géorgiques d, liyre m.

Au livre vi de « FÉnéide », Virgile décrit les portes du temple d'Apollon, près de Cumes, où Dédale cisela le labyrinthe, Thistoire de Pasiphaé, du Minotaure, de Thésée, d'Ariane, mais oilf, vaincu par la douleur, il ne put représenter la chute de son fils Icare, parce que, à deux reprises différentes, le burin tomba de ses mains paternelles :

Bis conatus erat casus effingere in aiiro, Bis patriae cecîdere manus.

excessif, et, s'il avait réalisé son vœu, Virgile se serait contenté sans doute du bronze qu'on employait, de son temps, aux portes des temples.

En décrivant lepalais du Soleil, Ovide se plaît à énumérer les sujets ciselés sur les deux battants de la porte. En bas, le grand Océan embrasse les continents; au milieu, s'étend la terre; en haut, le ciel plane sur le globe. Dans la mer, les dieux bleus, Triton le musicien, Prothée l'insaisissable, Egéon l'immense, Doris et ses filles, nagent, sèchent leurs cheveux verts ou se promènent traînées par des poissons. Sur la terre, les villes et les hommes, les forêts et les bêtes, les fleuves, les nymphes et les divinités des champs. Dans le ciel étincelant, les signes du zodiaque, six au battant droit, six au battant gauche. Tout cela reluisant d'argent et ciselé par Vulcain*. On pourrait continuer ces portes d'Ovide par celles que Ghiberti et André Ugolini ont fondues en bronze pour le baptistère de Florence. Ovide crée la mer, la terre et le ciel. Ghiberti, à sa porte orientale, continue la création; puis il montre la chute de l'homme, le meurtre d'Abel, le déluge, la vocation d'Abraham, la vie d'Isaac, de Jacob, de Joseph, la sortie d'Egypte, l'entrée dans la terre promise, l'histoire de David et de Salomon. A la porte du nord, André Ugolini continue l'histoire des Hébreux par celle de saint Jean-Baptiste; et Ghiberti, après l'avoir achevée, commence celle des chrétiens, à la porte du sud, par la vie, la mort et la résurrection du Sauveur.

En France, assurément, avant le xii' siècle, nous avons eu des portes en bronze comme celles de l'Italie, et comme l'Allemagne et la Russie elle-même en montrent aujourd'hui encore à Aix-la-Chapelle, Mayence, Augsbourg, Hildesheim et Nowgorod. L'abbé Suger parle de celles qu'il avait placées au portail de l'église Saint-Denis K Mais il ne nous en reste plus une seule, et

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