ATTRIBUTS DU MÉTIER FIGURÉS SUR LES TOMBES
Dans le dernier cahier des « Annales », pages 202-203, à propos des
monuments funéraires, je renouvelais une de mes plus anciennes opinions sur
le sens qu'il fallait attribuer aux dessins figurés sur les tombes. Je disais que
chez les Grecs et les Romains de l'antiquité, que chez les Italiens des cata*^
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combes, chez les Byzantins modernes et les Français de tous les tempà, ott avait représenté sur les monuments funéraires des objets faisant allusion au métier du mort plutôt qu'à sa croyance, c'est-à-dire symbolisant sa profession industrielle ou commerciale plutôt que sa profession de foi, et qu'il fallait expliquer ainsi la plupart des attributs ou ornements sculptés, gravés ou peints, par exemple, dans les catacombes de Rome. Deux faits, l'un antique, l'autre récent, dont je viens de lire la mention, me confirment dans ma vieille opinion.
Dans des t Études sur l'antiquité * que publia la « Revue des Deux Mondes », le 15 juillet 1847, M. Emile Deschanel traduit ainsi une épitaphe composée par Sappho :
« Au pécheur Pélagon son père Mnésiscos a fait mettre sur son tombeau ce filet et cette rame en souvenir de sa triste vie. »
Rame et filet qui me rappellent le couperet et le poisson à barbilles de Jean- Joseph, dit Barbillon, bourgeois de Bar-sur- Aube. — Dans la « Grèce, Rome et le Dante », page 73, M. J.-J. Ampère écrivait ce qui suit en 1817 :
« Souvent, sur les sépultures antiques, on a sculpté les instruments de la profession du mort; ainsi, dans 1' « Odyssée », Ulysse place une rame sur le tombeau d'Elpénor. Aujourd'hui, au cimetière des Arméniens, à Constantinople, on voit gravé sur chaque tombe l'emblème de la profession de celui qui l'occupe : des ciseaux pour le tailleur, un rasoir pour le barbier, des tenailles pour le forgeron. C'est un usage grec. Ce qu'il y a de particulier aux Arméniens, c'est de constater de la même manière le genre de supplice par lequel ils ont péri : si c'est par la corde, on dessine sur la pierre funèbre un gibet ; si c'est par le glaive, on représente le mort le chef coupé et placé entre les jambes. »
J'ai visité moi-même, en 1839, le cimetière des Arméniens à Constantinople, et en 1813, dans 1' « Histoire iconographique de Dieu » , page 388, je disais :
t Aujourd'hui encore, à Constantinople , dans le cimetière des Arméniens, toutes les pierres sépulcrales sont marquées des insignes de la profession exercée par le défunt que ces pierres recouvrent. Pour un Arménien tailleur d'habits, on a figuré des ciseaux, du fil, des aiguilles; pour un maçon, des marteaux, une truelle; pour un cordonnier, une forme, du cuir, un tranchet ; pour un épicier, une balance ; pour un banquier, des pièces de monnaie. »
Je n'y ai vu dessiné, il est vrai, ni gibet, ni instrument de supplice, ni tête tranchée; mais je ne m'en félicite pas moins d'avoir trouvé dans M. Ampère une opinion qui confirme entièrement la mienne, que des antiquaires romains et même français avaient si aigrement contestée.