M. L'ABBÉ TEXIER ET M. LE COMTE DE MONTALEMBERT
On nous donne communication d'une lettre que M. le comte de Montalembert écrivit à l'un de ses amis qui lui apprenait la mort de M. l'abbé Texier, enlevé au niomle le 29 mai 1859, En publiant cette lettre, un journal de Limoges ajouta les réflexions suivantes, auxquelles s'associeront tous ceux qui peuvent , comme nous , s'honorer d'avoir serré la main du savant ecclésiastique et de l'illustre laïque. Le journal de Limoges dit :
« M. de Montalembert avait connu notre savant compatriote M. l'abbé Texier, dont la perte est si regrettable, et il avait apprécié cette nature sympathique et loyale, — cette âme chaleureuse dans ses amitiés, — cet esprit dévoué à la science et cherchant avec une infatigable ardeur la vérité historique dans la poussière et l'obscurité des siècles, — toujours modeste, presque timide , succombant à quarante-sept ans à une douloureuse maladie. Cette lettre de M. de Montalembert est un hommage rendu à la mémoire de M. l'abbé Texier ; elle contient en outre , dans un langage élevé , l'expression des sentiments religieux d*un grand esprit. A ce double titre, elle sera accueillie comme une bonne fortune par nos lecteurs. »
« Montbrison, le 20 juin.
« Monsieur,
« Lorsque la triste nouvelle que m'apportait votre lettre du 31 mai m'est « arrivée , j'étais à la fois très-accablé par la mort du plus ancien et du plus « fidèle ami qui me fût resté dans Tépiscopat, M«^ le cardinal Dupont, et très- « souffrant à la suite d'une crise nouvelle de la maladie dont je suis atteint « depuis quelques années. Je n'ai donc pas pu vous écrire combien j'avais été « douloureusement affecté par la mort prématurée de M. l'abbé Texier. Je ne « le savais pas même malade, et je comptais pour lui sur une carrière utilement « prolongée au service de Dieu, de l'Église, et de cette archéologie chréu tienne dont il a été un des plus savants et des plus laborieux apôtres parmi « nous. Cette mort est une grande perte , non-seulement pour votre diocèse , « mais pour la France croyante et intelligente, comme aussi pour le clergé (( français , qui devait s'honorer de compter dans ses rangs un savant aussi M modeste, aussi sérieux et aussi consciencieux. — Nous avons tous besoin « de nous répéter tous les jours que les desseins de Dieu sont impénétrables; « mais c'est surtout en présence d'une tombe si prématurément ouverte, et -« où vont s'engloutir tant de légitimes espérances et tant de fidèles amitiés,
« qu'il importe de s'humilier sous la main du Seigneur, et de ranimer notre « foi dans son éternelle miséricorde^
« M, Tabbé Texier m'inspirait depuis longtemps autant de sympathie que « de vénération. J'éprouve une véritable consolation en apprenant par votre « lettre qu'il avait conservé pour moi les sentiments bienveillants dont il « m'avait donné plus d'une preuve significative. Depuis quelques années, « nos relations semblaient s'être refroidies, sans qu'il y eût de ma faute, et « je m'étonnais de n'avoir reçu aucune marque d'intérêt de sa part dans des a circonstances qui m'ont mis à même de juger la sincérité et la fidélité de « plusieurs. Je vous remercie, Monsieur, de m'avoir éclairé et rassuré à cet « égard. Je m'associerai humblement, mais cordialement à vos prières pour « notre si regrettable ami, et je lui garderai un fidèle souvenir, d'ailleurs « sans cesse rafraîchi par le recours que mes études me porteront à faire aux « excellents ouvrages où il a déposé les preuves de sa solide érudition et de c( son amour pour la vérité.
« Ceux qui meurent dans le Seigneur, comme M. Texier, ont encore moins « besoin de prières que ceux dont la vie se prolonge au milieu des épreuves « et des tentations du monde. Accordez- moi donc le secours des vôtres, « Monsieur, et agréez la nouvelle expression de la respectueuse considération « avec laquelle je demeure votre très-dévoué et très-obligé serviteur.
«Le comte de MONTALEMBERT. »