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LA SOCIÉTÉ D'ARUNDEL

La Société d'Arundel pour la propagation des œuvres d'art n'a pas encore pris en France la faveur qu'elle obtient en Angleterre et qu'elle finira par conquérir chez nous. Cependant, non-seulement des amis des arts se sont fait inscrire comme membres de la Société , mais encore des Musées de province et des Écoles de dessin ont acquis les moulages des anciens ivoires et les chromolithographies des vieilles peintures exécutés sous la direction de la Société, Entre les amis des arts, nous citerons M. l'abbé Desnoyers, vicaire général d'Orléans, qui a fait l'acquisition d'un grand nombre de moulages en plâtre stéarine; entre les Musées ou Écoles de beaux-arts, ceux de Madrid et de Moscou, qui ont bien compris que, dans ces monuments d'ivoire, on avait, réduite en petit, l'histoire entière de l'art depuis la fin de l'antiquité et les premiers siècles du christianisme jusqu'à nos jours. Que tous nos Musées, à commencer par celui du Louvre, que toutes nos Écoles de beauxarts, à partir de celles de la rue Bonaparte et de la rue de l'École-de-Méde-

cine , suivent Texemple des Musées d*Espagne et de Russie , et Ton sentira bientôt Timportance et la quantité des ressources historiques et esthétiques à la fois qu'on aura mises entre les mains des jeunes archéologues et des jeunes artistes.

Nous rappellerons que tous les membres de la Société d'Arundel peuvent acquérir à prix sensiblement réduit tous les moulages édités par la Société. De plus, en retour de leur cotisation annuelle, qui est de 26 fr. 25 c, ils reçoivent en France, moyennant les seuls frais de port et de douane, les chromolithographies et autres dessins très- importants que la Société publie chaque année. Les publications afférentes à Tannée 1857, qui sont en distri* bution , comprennent deux chromolithographies , deux grandes gravures sur bois, quatre détails de grandeur naturelle, et une notice sur le peintre Ottaviano Nelli.

L'une des chromolithographies représente le Christ au milieu des docteurs. C*est une fresque de Pinturicchio qui décore la cathédrale de Spello. Cette chromolithographie, large de 60 centimètres et haute de 55, a été exécutée par M. Vincent Brooks d'après un dessin de M. Mariannecci. Elle offre un paysage de fond; un temple (celui de Jérusalem) au second plan ; au premier, trente-cinq personnages principaux, au milieu desquels rayonne, de lumière, de science et de divinité, l'enfant Jésus. Les costumes des docteurs juifs sont fort variés et fort curieux. Deux détails, de grandeur naturelle, représentent le Christ enseignant devant le temple (et non pas dedans) et la Vierge qui vient de retrouver son fils. — La seconde chromolithographie est une fresque d'Ottaviano Nelli, qui se voit dans l'église Santa- Maria -Nuova de Gubbio, l'ancienne capitale de l'Ombrie. Elle a été exécutée par M"* Higford Burr , sous la direction de M. Gruner. Elle a 35 centimètres de largeur sur une hauteur de 25. Elle représente la vierge Marie tenant Jésus , assise sur un trône , couronnée par le Père éternel , entourée d'anges et de deux donateurs avec leurs patrons. Le costume des anges, fort singulier, n'est pas sans analogie avec ces étranges rochets que les enfants de chœur et les clercs portent à Rome. Deux détails, de grandeur naturelle, représentent la Vierge et un saint. M. A. H. Layard, membre du Parlement, a donné sur Ottaviano Nelli une notice de 13 pages grand in-8*, précédée d'une gravure sur bois qui représente l'église et une partie de Gubbio. — Les deux gravures sur bois, d'après les peintures de Giotto à Santa-Maria-dell'-Arena de Padoue , représentent Jésus lavant les pieds à ses apôtres et le Baiser de Judas. Ces deux bois, hauts et larges de 26 centimètres chacun, ont été gravés par MM. Dalziel d'après les dessins de M. W. Oliver Williams.

Ainsi les membres de la Société , Outre leur droit d'acquérir à prix réduit les moulages de toute espèce , ont reçu, pour les 26 fr. 25 c. de leur cotisation annuelle de 1857, des chromolithographies et des dessins dont le prix, dans le commerce ordinaire , dépasserait assurément 70 francs.

Nous rappellerons, en outre, que l'Agence française de la Société d'Arundel est à Paris , au bureau même des « Annales Archéologiques » , rue Saint- Dominique, 23, où se font les inscriptions, où se distribuent les publications et où les moulages sont en dépôt.

Puisque nous venons de parler des ivoires d'Arundel , on ne lira pas sans intérêt les documents qui suivent et que M. le baron de La Fons-Mélicocq a bien voulu nous adresser sur les ivoiriers de Bruges et de Gand au xv* siècle. Les anciens ivoiriers sont fort peu connus , et nos lecteurs rendraient un grand service aux historiens de Tart en faisant des recherches sur là fabrication de la sculpture en ivoire dans les temps anciens et modernes. Voici déjà quelques renseignements trouvés par M. de La Fons :

« Parmi les nombreux artistes auxquels Philippe le Bon, duc de Bourgogne, prodigua les encouragements et les récompenses, nous avons à signaler quelques ivoiriers qui lui fournirent des instruments de musique et un jeu d'échecs. En 1467, rivoirier gantois Jehan de Boschcre livre au ménestrel du duc de Bourgogne, Rogier de Buy, « certaines fleutes d'ivoire », à lui commandées, et façonnées avec les deux pièces d'ivoire achetées à Bruges. — Cette même année, Jehan Noblet, autre tourneur d'ivoire brugeois, demande xxviii* xvi' « pour ung tablier d'eschez que Ms. a fait prendre et acheter de luy.» —Voyez M. le comte de La Borde, « Notice des Émaux du Louvre , » p. 175-202, et le « Glossaire » du même ouvrage, p. 510.

« La réputation des facteurs d'instruments de musique de Bruges était déjà ancienne. En 1426 , Loys Villay obtenait xxxi^ m* « pour quatre grans instru- « mens de menestrelz, quatre douchaines et quatre fleutes, tous gamiz d'estuiz « de cuir et de coffres. » Ces instruments, Philippe le Bon les envoya au marquis de Ferrare. Trois ans auparavant, Pierre de Proos, autre facteur brugeois, avait fait payer xiii^ cinq paires d'instruments, « les deux appeliez « bombardes , une contre et deux chalémies » , destinées aux ménestrels du prince.

« Nos lecteurs ne seront sans doute pas fâchés de voir les deux mentions qui suivent. — Un « jeu d'eschez de bois, tablier à façon de personnaiges, » figurait en 1440 parmi les joujoux du comte de Charolais. — En 1483, l'ad- ' niirable échiquier des échevins de Lille fut confié au talent d'un peintre qui devait , moyennant lxxvi*, y compris le travail du huchier, « y painturer sur

« ung tableau le jeu d'esches, grant et petis, pour servir au scel, pour le passe-* <( temps d'eschevins et conseilliers. »

« Le baron db la FONS-MÉLICOGQ. »

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