‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 214 sur 240 · ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE

Dans le cours de Tarticle qu'on va lire sont décrites ou nommées par M. J. Durand les vertus cardinales et théologales, publiques et privées, peintes par l'artiste de Sienne à la voûte du baptistère. Entre les divers sujets de l'iconographie chrétienne , les personnages symboliques m'ont toujours attiré de préférence, et, quoique privé de temps, lorsque je visitai en 1854 le baptistère de Sienne, j'ai pris cependant, mais très à la hâte, une dizaine de notes que je donne ici, parce qu'elles ajoutent quelques traits à ceux qu'a esquissés M. Durand.

La Foi. — Son nom est écrit en italien, « Fede », pour que tous, femmes et enfants, puissent le lire. C'est une jeune femme, tenant à la main droite une croix en T, croix sans tête, si fréquente dans l'iconographie de l'Italie.

L'EsPERANGE. — Son nom n'est pas en latin; il est tout au long en italien, pour le même motif, « Speranza » . Elle joint les mains et tend les bras vers le ciel d'où lui vient sa récompense.

La Charité. — Son nom est en latin, a Caritas » . Elle a les bras nus, parce qu'elle a donné ses manches à quelque pauvre, et elle tend une bourse pleine pour la vider dans les mains des malheureux.

La Force, a Fortitudo ». — Jeune femme armée d'un bouclier.

La Persévérance, « Perseverantia ». — Jeune femme tenant une épée à la main droite et dans l'attitude de quelqu'un qui marche vivement.

La Constance , « Constantia » . — Jeune femme qui tient une sorte de tour carrée d'où sort comme une palme blanche, récompense promise à quiconque persévère jusqu'à la fin.

La Vérité , « Veritas ». — Jeune femme qui tient un miroir où se reflète le XIX. 38

réel, absolument tel qu'il existe. Sa poitrine est ouverte, et d'en bas, de l'estomac proprement dit, sort une tête de profil. Chez nous, cette Vérité s'appellerait la Prudence, comme celle qui décore le tombeau de François II, duc de Bretagne, et qui, munie d'une double tête, pour regarder en même temps le passé et l'avenir, se mire encore dans un miroir où se réfléchit son âme.

La Sagesse, « Sapientia ». — Femme couronnée d'une tiare à une seule couronne, comme la portaient les papes de ce temps-là. Elle tient de la main gauche deux livres fermés, le droit canon, je suppose, et le droit civil; elle a le grade de docteur « in utroque jure ». De la main droite elle tient une sorte de pomme d'or, le fruit précieux, la récompense que la sagesse recueille.

Toutes ces vertus sont femmes et jeunes; la seule Sagesse semble un peu plus âgée : on ne sait et l'on n'est sage que quand on a dépassé la jeunesse. Cette Sagesse de Sienne est, du reste, la personnification de l'Église et de la papauté. — Ces vertus sont nimbées, bien entendu, car toutes, même les cardinales et les païennes, sont saintes; mais leur nimbe n'est pas circulaire à la circonférence, comme chez nous : il est anguleux et taillé à pans, comme c'est la coutume en Italie, pour les vertus, et comme on en voit de si beaux exemples à celles des portes de bronze que le grand sculpteur André Ugolini, de Pise, a fondues pour le baptistère de Florence.

Parmi ces vertus de Sienne, il y en a deux qui sont secondaires et qui semblent faire double emploi : c'est la Persévérance et la Constance. Le pléonasme est d'autant plus apparent, que la palme ou la couronne est la récompense qui se donne ordinairement à la Persévérance, à celui qui aura ((persévéré » jusqu'à la fin, et qu'à Sienne elle est attribuée à la Constance. Cependant, à part cette confusion, qui appartient peut-être au peintre, il semble qu'en regardant de près ces deux figures, on y entrevoie des différences sensibles. La Persévérance marche, évidemment. La Constance est arrêtée ; arrivée au but, elle se tient ( (( stat » ) immobile. La Persévérance , c'est la Force en mouvement et qui conquiert ses mérites l'épée à la main ; la Constance a tout conquis et va se reposer sur ses lauriers, sur la palme qui sort d'un château-fort, d'un donjon que personne ne pourra ébranler.

Chemin faisant, sur la voie de fer qui nous emmenait de Sienne à Florence, je posais ce petit problème d'iconographie et de morale à M. Victor Petit et à mon neveu, et mes deux jeunes compagnons de voyage le résolvaient comme je viens de le faire.

J'ai nommé plus haut le tombeau du duc de Bretagne, François II, qui enrichit la cathédrale de Nantes, et j'en prends occasion pour offrir une des quatre vertus cardinales qui soutiennent les quatre coins du monument. Ce

sera encore rester à Sienne, car celte vertu, la Force, est Tune des plus belles du baptistère comme elle est la plus belle peut-être de celles de la cathédrale de Nantes.

C'est une femme formée et faite, virile de taille et d'attitude, en longs et nombreux vêtements pour la protéger et lui donner un surcroît de force. Par dessus la cotte de mailles du moyen âge, elle est serrée de la cuirasse ou du corselet de fer qui rappelle l'antiquité. Pour coiffure, la tête et une partie de la peau du lion d'Hercule. Sur les tempes, les cornes du Jupiter Ammon, cet Hercule de l'Afrique. A la main gauche, un donjon crénelé qu'elle porte aussi légèrement qu'une filandière sa quenouille. Dans ce donjon, symbole de la plus grande force matérielle d'alors, demeurait le dragon, autre symbole de la plus redoutable force animale. Cette puissance bestiale enfermée dans cette puissance de pierre, la Force l'arrache avec la facilité d'un enfant qui ferait sortir un escargot de sa coquille. D'un mouvement de sa main droite, elle crève le donjon pour en extraire le dragon qu'elle étrangle entre ses doigts. Du reste, elle est impassible, plutôt sérieuse que souriante, comme si cet acte de puissance suprême et double, elle l'accomplissait sans le moindre effort. Cette femme est un élément, eau, vent ou feu, auquel rien ne peut résister. Je ne connais pas de personnification plus énergique de la force corporelle et de l'impassibilité de Tâme. Voilà une belle statue que nos sculpteurs et peintres peuvent prendre comme modèle. Ultérieurement nous donnerons les trois autres Vertus dessinées par mon neveu, comme celles-ci, et gravées par M. Léon Gaucherel.

Je laisse maintenant toute la parole à M. Julien Durand.

DIDRON

La ville de Sienne occupe un groupe de collines. Cette disposition a permis d'établir la cathédrale et son baptistère dans des conditions particulières et assez originales. En effet, le voyageur qui se dirige du centre de la ville vers la cathédrale arrive sur une petite place et se trouve en face de l'église Saint-Jean-Baptiste, dont la haute façade se termine par un pignon percé d'une grande rosace ; il franchit le seuil de la porte et se trouve dans une église basse, peu profonde et plus large que longue; il sort, tourne le monument et se dirige ou d'un côté, par une rue en escalier, ou de l'autre côté, par une rue escarpée ; arrivé en haut, il se trouve sur la place de la cathédrale; il entre dans l'église et, en examinant bien, il voit au fond du

chœur, qui se termine carrément, une grande rosace garnie de belles verrières; cette rosace n'est autre que celle qu'il a déjà vue au-dessus de l'église Saint-Jean, car cette dernière église est creusée dans le flanc de la colline sur le plateau de laquelle est construite la cathédrale.

La construction du baptistère de Sienne remonte au xiv* siècle. Sa façade n'est pas dépourvue fl'élégance ; mai» elle est très-simple et, comparée à celle de la cathédrale qui domine le côté opposé, on peut dire que c'est le revers de la médaille. L'intérieur est fort simple également : quatre piliers soutiennent des nervures qui vont retomber sur des consoles appuyées aux murs. L'ornementation, comme sculpture, est presque nulle; les murs des côtés et celui dans lequel est la porte d'entrée sont badigeonnés ; l'abside et les murs du fond sont couverts de peintures en partie cachées par les boiseries des autels et d'ailleurs en très-mauvais état. On distingue difficilement dans l'abside les traces d'un crucifiement, d'autres scènes de la passion du Sauveur et peutêtre du couronnement de la Vierge. Les peintures exécutées au-dessus des deux autels de côté auraient dû moins souffrir du temps et des hommes, car elles étaient moins anciennes et passaient pour être l'œuvre de deux maîtres bien connus, Gentile da Fabriano et Pachiarotto ; mais on ne les a pas épargnées davantage. Les fonts baptismaux sont placés devant l'autel principal ; ils sont ornés de bas-reliefs attribués aux plus célèbres sculpteurs du xv* siècle : Ghiberti, PoUajolo, Donatello, Quercia. Mais ce qui a fixé le plus mon attention, c'est la décoration de la voûte. Comme œuvre d'art, celte décoration n'est pas très-remarquable, et son auteur étant inconnu, on n*y fait pas grande attention. Aussi la « Guida » se contente de dire : « La volta fu colorita (1452) da ignoto artista » . Je l'ai trouvée intéressante, parce que les sujets qui la composent sont bien appropriés à une église et surtout à un baptistère.

Tout chrétien sait que la récitation du symbole des apôtres fait partie des cérémonies du baptême. « Il y a douze articles dans le symbole, dit le catéchisme; ce sont autant d'actes de foi. Ce mot, je crois, doit s'appliquer à chaque article; l'Église veut qu'on récite le « Credo » avant de donner le baptême; elle exige cette profession solennelle de la foi des chrétiens, avant d'admettre qui que ce soit en cette sainte société. Cela s'est toujours pratiqué dès les premiers temps du christianisme : tous ceux qui demandaient le baptême devaient auparavant savoir, entendre et réciter le symbole des apôtres. On leur faisait réciter cette formule vénérable sur les fonts baptismaux. On l'exige aussi, mais d'une manière différente, pour les petits enfants qu'on présente au baptême : comme ils n'ont ni raison ni parole, on interroge leurs parrains et marraines qui doivent leur servir de caution et

répondre en leur nom. On demande à haute voix à l'enfant : « Croyez-vous « en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre? ». Alors les parrains et marraines interpellés répondent pour lui : « Je crois » . On leur fait réciter le symbole au nom de l'enfant qu'ils tiennent sur les fonts sacrés. » Or, ces douze articles du Symbole sont représentés, en autant de sujets, sur la partie de la voûte du baptistère qui s'étend vers l'abside et sous laquelle sont placés les fonts baptismaux. Chaque scène est accompagnée : 1* de l'apôtre (en buste) qui, d'après la tradition, a composé l'article du symbole qui s'y rapporte ; 2* d'un prophète, également en buste, disant une phrase de ses prophéties; 3° d'un petit personnage à genoux disant « Credo ».

G. Durand raconte ainsi la tradition sur la composition du symbole : « On rapporte qu'après que les apôtres eurent reçu l'Esprit consolateur, comme ils s'apprêtaient h partir pour prêcher l'Évangile, et qu'ils conféraient ensemble sur les articles de la foi, ils établirent que, puisqu'ils étaient tous unis par une seule foi, ils prêcheraient tous cette foi unique en des termes identiques; et c'est pourquoi, s'étant mis à composer le petit symbole, chacun d'eux y apporta son morceau, c'est-à-dire une particule. De là vient qu'en suivant le catalogue ou le nombre des apôtres, on voit que le symbole contient douze parties. Car Pierre dit : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». André : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur ». Jacques: « Qui a été conçu de l'Esprit saint, est né de la vierge Marie ». Jean : « A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ». Philippe : « Il est descendu aux enfers; le troisième jour, il est ressuscité »* Barthélémy : « Il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ». Thomas : « D'où il viendra juger les vivants et les morts ». Matthieu : « Je crois en l'Esprit saint ». Jacques : « la sainte Église catholique, la communion des saints » . Simon : « la rémission des péchés » . Thaddée : « la résurrection de la chair ». Mathias : a et la vie éternelle * ». Au baptistère de Sienne, l'ordre des apôtres n'est pas le même ; il y a une légère variante : l'ordre suivi est celui du canon de là messe, sauf, bien entendu, que saint Paul n'y est pas et que Mathias s'y trouve, mais le dernier. Dans les douze autres compartiments de la voûte, ceux en avant, on voit les douze apôtres en pied. Enfin les bordures et les arceaux contiennent une grande quantité de médaillons représentant des Patriarches, des Prophètes, des Saints, des Vertus et autres figures allégoriques ou symboliques.

Après cette description générale et sommaire, je passe à une analyse dé-

4. Guillaume Durand, «Ralional des diving offices», livre iv, chap. xxv. — Traduction dé M. C. Barlhélemy, t. ii, p. 155.

taillée des sujets et figures. J'ai fait pour cela un plan de la voûte qui, bien qu'il ne soit ni mesuré ni d'une exactitude complète, permettra, j'espère, au moyen de numéros, de bien comprendre l'ordre et la distribution de ces sujets et figures.

Numéros 1-2-3. — Cette partie de la voûte, oii devait se trouver le premier article du » Credo », avec saint Pierre et un prophète, a été détruite et replâtrée; j'ai aperçu seulement la trace de Dieu debout dans une gloire. — 4. Jésus-Christ nimbé, debout dans une gloire composée de plusieurs cercles de différentes couleurs et rayonnante ; il est vêtu seulement d'un manteau qui laisse le côté droit découvert. A sa droite est un petit personnage à genoux, couvert d'un grand manteau; près de sa bouche on lit : « Credo ». — 5. saint André, tenant un cartel sur lequel est écrit : « Et in Jesum Christum filium ejus unicum, Dominum nostrum. Andréas ». — 6. Détruit. — 7. L'Annonciation, dans un édifice à jour; la Vierge est assise, l'ange à genoux; en dehors, personnage à longue barbe, à genoux, disant : a Credo ». — 8. Saint Jacques; sur son cartel est écrit : a Qui conceptus est de Spiritu sancto, natus ex Maria virgine. S. Jacobus. » — 9. Le prophète Isaïe ; on lit sur son cartel : a Ecce virgo concipiet et pariet filium. Ysaias ». — 10. La flagellation sous un édifice à jour, en présence de Pilate, assis et commandant; au-dessus de l'édifice, le Christ en croix, et près de là une femme à genoux, disant : « Credo ». — 11. Saint Jean; au-dessus de sa tête et en abrégé : (( Johannes evangelista » . Il disait sur son cartel : « Passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus et sepultus ». On ne voit plus aujourd'hui que le mot « Passus » ; le reste est effacé. — 12. Le prophète Ézéchiel. On lit sur son cartel : « Sîgnum thau gentium. Ezéchiel. » — 13. Descente aux enfers. Résurrection. Jésus-Christ dans les limbes; il porte sa croix à laquelle est attaché un étendard; il prend par la main un vieillard à genoux, c'est-à-dire Adam ; à droite, saint Jean-Baptiste couvert d'un vêtement court, précurseur du Christ aux enfers comme sur la terre, dit, en montrant le Sauveur : « Ecce agnus Dei »; plus loin, jeune homme à genoux disant : « Credo »; les limbes sont dans une grotte ou caverne au-dessus de laquelle on voit le Rédempteur sortant de son tombeau en tenant sa croix-étendard. — 14. Saint Thomas. (( Descendit ad inferos, tertia die resurrexit à mortuis. Tomas ». Le peintre siennois a fait mieux que G. Durand, en attribuant cette phrase du symbole à l*apôtre qui a cru le dernier à la résurrection de son divin maître. — 15. Le prophète Osée : « Morsus tuus ero infeme. Osea ». — 16. Au milieu d'un ciel bleu étoile qui domine un paysage, on voit le Christ assis sur son trône, dans une gloire; vêtu d'une robe et d'un manteau rouge et or, il porte

ia trace de ses plaies; en bas un petit personnage à genoux dit : « Credo ». — 17. Saint Jacques. « Ascendit ad celum; sedet ad dexteram Dei Patris

omnipotentis. Jacob.» — 18. Le prophète Amos. «Deus edificavit

Amos. » — 19. Jugement dernier. — Le Christ, vêtu d'un manteau qui laisse une partie du corps à découvert, lève la main droite et regarde du côté des réprouvés. Les apôtres sont assis à ses côtés, mais il n'y avait pas assez de place pour les mettre tous les douze. La Vierge et saint Jean-Baptiste sont à genoux h. ses pieds. Au-dessous, un ange tient la croix ; puis les élus et les réprouvés sont divisés en deux groupes et séparés par l'archange saint Michel. Dans un coin du tableau, du côté des élus, un homme, à genoux, dit : « Credo ». — 20. Saint Philippe. «Inde venturus est judicare vivos et mortuos. Philippus». — 21. Le prophète Joël. «In valle Josaphat judicabit omnes gentes. Joël ». — 22. Autel composé d'un massif à peu près carré; un calice est posé dessus; la sainte hostie est au-dessus du calice; des rayons descendent d'en haut et, au milieu des rayons, plane le saint Esprit. Sur le devant d'autel est figuré lagneau, passant, avec sa croix; l'autel est entouré d'une balustrade pleine, à compartiments, contenant chacun une tête (d'apôtre, peut-être). Personnage à genoux disant : « Credo». — 23. Saint Barthélemi. « Credo in spiritum sanctum. Bartholomeus. » — 24. Le prophète Aggée. « Spiritus meus erit in medio vestrorum. Aggeus ». La clef de voûte de ce compartiment représente l'agneau de Dieu entre les quatre animaux symboliques. Les clefs des autres compartiments sont simplement une rosace. — 25. L'Église, sous la figure d'un personnage, la tête entourée d'un nimbe uni, imberbe, vêtu d'une robe blanche à ramages et large bordure en or; une étole rouge est croisée sur sa poitrine, des rayons d'or descendent sur sa tête coiffée d'une tiare et sur ses mains ; de la main gauche il donne les clefs à saint Pierre nimbé, reconnaissable à son type ordinaire ; de la droite il administre le baptême en versant de l'eau sur la tête d'un jeune homme nu, h genoux dans un bassin près duquel est un individu à genoux disant : « Credo ». — 26. Saint Mathieu; au-dessus de sa tête on lit : « Ses Mathevs aps », il dit : « Sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem » . — 27. Le prophète Sophonie : « Hec est civitas gloriosa que dicitur extra me non est altéra. Sophonias. » — 28. La confession. Un prêtre, assis dans un édifice à jour, impose les mains sur un homme à genoux devant lui; à côté, un autre individu, presque nu, ayant seulement un linge autour des reins, tient un chapelet et se donne la discipline ; derrière le prêtre, un personnage à genoux en robe rouge et manteau bleu dit : « Credo ». — 29. Saint Simon. « S. Simon zelotes » dit : « Remissionem peccatorum ». —

30. Le prophète Malachie. « Malachias », vieillard à grande barbe, dit : « Cum hodio abueris dimitte » (pour « cum odio habueris »)• — 31. Les anges descendent du ciel en sonnant de la trompette; les morts ressuscitent. Dans un coin, personnage en manteau, à genoux, disant : « Credo »• -*- 32. Saint Taddée. « Tadeus » dit : « Garnis resurrectionem ». — 33. Le prophète Zacharie. «Zacharias », dit : «Susc^tabo filios tuos ». — 34. Jésus- Christ et la Vierge, nimbés et couronnés, assis dans une gloire circulaire; anges et saints au-dessous. Personnage à genoux, disant : « Credo ». — r 35. Saint Mathias « S. Mathias. » dit : « Et vitam eternam. Amen. » — 36. Le prophète Abdias. « Abdias » dit : « Et erit Domino regnum ». — 37. Saint Pierre tenant les clefs. — 38. Saint André tenant une croix de la forme des croix ordinaires. — 39. Saint Jacques le majeur, tenant un bâton de pèlerin. — 40. Saint Barthélemi tenant un couteau. Ces quatre apôtres n'ont pas leur nom. — 41. « S. Philippus ». — 42. « S. Johannes evangelista ».

— 43. « S. Jacobus minor ». — 44- « S. Mathias ». — 45. « Ses Matevs ».

— 46. Ses Tomas. » — 47. a Ses Tadeus ». —7 48. Saint Simon. Le nom manque. Les bordures qui entourent les compartiments des voûtes où sont ces apôtres contiennent des médaillons avec figures en buste, qui ont presque toutes conservé leur nom. Ce sont : 49. « Daniel ». — 50. Nom incertain.

— 51. « Abdias Pha ». — 52. « Navm Pfeta ». — 53. « Jonas ». — 54. « Osée Pfete ». — 55. « MalacHias ». — 56. « Elisevs Pfa ». — 57. « Fides »; elle tient une croix ». — 58. « anza » (Speranza), l'Espérance ; pourquoi ce nom en langue vulgaire? l'Espérance n'est-elle pas une vertu de tous les temps et de toutes les conditions sociales? Cette figure lève les yeux et les mains vers le ciel. — 59. « Caritas ». Manches retroussées, bras nus, tient une bourse. — 60. «Veritas», tient un miroir et ouvre sa robe devant sa poitrine; une petite tête de profil sort de son sein. — 61. « Perseverantia » ; elle tient une épée. — 62. « Constantia » ; elle tient une tour carrée. — 63. « Fortitudo » , tenant un bouclier. — 64. « Sapientia », coiffée d'une tiare; je n'ai pu distinguer l'objet que tenait cette vertu. — 65. Figures ailées tenant des emblèmes ou objets symboliques, tels que flambeau, poisson, épée; quelques-unes lèvent les mains; pas d'inscriptions.

Il me reste à noter les médaillons peints sous les arceaux et qui complètent ainsi la décoration de la voûte. La plupart ont encore des inscriptions.

— 66. « Melchisedech » ; il tient élevé un petit vase sur lequel est un pain.

— 67. « Ixaias ». — 68. « Ezechias ». — 69. « Joelis ». — 70. « Samuel ». — 71. Vieillard nimbé; il tient un cartel sur lequel sont des carac-

tères simulés. — 72. Figure jeune, sans nom, comme le précédent. — 73. « Nason pla * ». — 74. « Abraham ». — 75. « Amos, propheta ». — 76. « Yxach (Isaac) ». — 77. Personnage sans nom, les mains jointes, les yeux levés au ciel. — 78. Femme assise tenant une colonne. — 79. « Manasem » (Manassès). — 80. « Abacvc ». — 81. « Elyvd pta ». — 82. « Ara », sans doute Aaron. — 83. Femme assise tenant une épée. — 84. Femme assise

tenant ? — 85. « FJias ». 86. — « Joelis ». — 87. « Erithea », la sibylle

d'Erythrée. — 88. « Job ». — 89. Femme assise, appuyée sur un bouclier, jambes croisées. Cette figure et celles des numéros 78, 83 et 84, sont peintes

en grisaille. — 90. « Sca ina», sainte Catherine, elle tient une roue. —

91. « Ses Stephanus ». — 92. « Ses Paulus », front chauve, barbe en pointe, tient une épée. — 93. « Ses Sebastianus ». — 94. « Ses Blasius ». — 95. « Sca Lucia». — 96. « Ses Basilivs Eps », coiffé d'une mitre latine, tient un livre fermé. — 97. « Ses leronimvs », vêtement rouge, nu-tête, écrit. — 98. w Ses Grigorivs Dor »; il est coiffé d'une tiare, une colombe est près de sa tête, il écrit. — 99. « Ses Avgvstinvs», coiffé d'une mitre, il écrit. — 100. « Ses Ambrosivs » , comme le précédent. — 101 . « Ses Ihes Crisostms » , enveloppé d'un manteau gris qui lui couvre la tête; il tient un livre ouvert sur lequel sont des caractères simulés. Je ne parle pas d'une quantité de petites têtes et figures placées dans les bordures et que j'ai considérées comme de simples ornements de fantaisie.

Tel est l'ensemble des peintures qui décorent la partie supérieure du baptistère de Sienne, et qui ont le mérite, selon moi, d'orner encore convenablement les différentes parties de l'architecture et de représenter des sujets religieux bien appropriés à l'édifice, expliqués par des inscriptions et mis ainsi à la portée de tout le monde. C'est là un fragment de ces peintures dont les murs des monuments religieux étaient couverts au moyen âge, et qui disparaissent tous les jours. Je suis heureux de l'avoir étudié et d'avoir pu en donner une idée, car qui sait combien de temps il durera? Je n'ai vu qu'à Sienne, le « Credo » en action, et cependant ce genre de composition est si simple et si naturel, qu'il a dû être fréquemment reproduit et qu'il doit en exister encore en quelques endroits. Quant aux représentations des apôtres récitant la phrase du symbole que la tradition leur attribue, elles ont dû être encore plus fréquentes. M. Didron en a vu des exemples à Auch, Albi, Fribourg en Suisse, Ulm, etc.; j'en connais quelques autres, et cette particularité a dû se reproduire surtout dans les églises dont les

h. Ce prophète « Nason », ainsi écrit, est probablement Nahum.

douze croix de consécration étaient tenues par les apôtres comme autrefois à la cathédrale de Chartres, et encore aujourd'hui à la Sainte-Chapelle de Paris, à l'église de Louviers, etc. J'ai vu, à la voûte d'une chapelle dépendant de l'église Saint -Martin de Pise, le Christ dans sa gloire , entouré des quatre animaux évangéliques, et disant « Ego sum lux mundi, via, veritas». Les douze apôtres en buste l'accompagnent et récitent chacun une des phrases du symbole. Un écrivain italien ^ qui, comme ses compatriotes, se préoccupe surtout des noms d'artistes et des dates, s'est bien gardé, en parlant de cette peinture, de mentionner l'existence de ces inscriptions, car en général on trouve cela de mauvais goût; nous devons néanmoins lui savoir gré d'avoir transcrit une autre inscription qui, sans nommer le peintre, resté ainsi inconnu, nous apprend que son œuvre est de la fin du XIV' siècle. Je termine cet article en donnant, d'après M. Bonaini, cette pieuse iuscription :

+ HOC. OPUS. ISTIUS. PIXCTURE. TOTIUS. ISTIUS VOLTE. FEGERUNT. FIERI. SER. PIERUS. NOTARIUS QUONDAM. SER. BETTI. NOTTI. NOTARII. DE CALCINARIA. PISxVNUS. CIVIS. DOMINA. KATALINA. EIUS UXOR. ET. lOHANNES. FILIUS. EORUM. PRO. ANIMABUS GUALTEROCTI. COLLUCCII. DE. LUCA. ET. TOCTI EIUS. FILII. HIC. SEPULTORUM. ET. PRO. ANIMABUS SUPRASCRIPTORUM. SER. PIERl. DOMINE. KATALINE. ET JOHANNIS. IPSORUM. HEREDUM. D. J. A. MCCCLXXXXV INDIGTIONE. III. DE. MENSE. JANUARII.

Julien DURAND.

1. Fr. Bonaini, « Memorie inédite intorno alla vita e ai dipinti di Fr. Traini e ad altre opere di disegno, etc. » Pisa, 4846, p. 98.

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