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La Normandie souterraine », chap. vu*, page

faisant des travaux de terrassement au pied du mur d'enceinte du cimetière de Rue-Saint-Pierre, canton de Clermont (Oise), on a mis à jour plusieurs tombes franques ; sur Tune d'elles était placée une petite cloche en fer. M. Houbigant de Nogent-les-Vierges en possède, dans sa riche collection, une semblable qui a été trouvée dans une sépulture mérovingienne aux environs de Bresles (Oise) , et qui communiquait avec la main du squelette au moyen d'une tige de fer. Des découvertes du même genre ont été faites dans une multitude d'autres localités. — La cloche de Sainte-Godeberthe (vi* siècle), que l'on conserve à Noyon et que nous décrirons dans un des chapitres suivants, est formée de lames de fer battu , jointes ensembles par des clous à la manière des chaudières. Il en est de même du Saufang de Sainte-Cécile de Cologne, dessiné dans le quatrième volume des « Annales Archéologiques», page 95. Cette dernière a 42 centimètres de haut. — En 1403, Hiom-lo, qui transféra de Nankin à Pékin le siège de l'empire chinois, fit faire un grand nombre de cloches d'une prodigieuse grandeur. L'une d'elles était en fer; elle subsistait encore en 1664*.

n. — Cloches d'argent. — Parmi les riches présents que saint Guillaume, duc d'Aquitaine (mort en 812) , fit au monastère qu'il avait fondé dans les montagnes de Gellone, au diocèse de Lodève, était une petite cloche d'argent, « scilla argentea », qui fut suspendue à la voûte de l'église, près d'une belle fenêtre vitrée. L'auteur des « Miracles de saint Guillaume » dit que cette cloche, aux difi'érentes heures, était la première à annoncer l'œuvre de Dieu, et que, par sa douce et claire mélodie, elle charmait les oreilles de ceux qui pouvaient l'entendre. Il nous raconte que le démon, chassé un jour du corps d'un possédé et s'élançant par la fenêtre, l'ébranla et la fit retentir 2. — Maggi, dans son traité « de Tintinnabulis, » parle de trois anciennes cloches d'argent qu'il avait vues au palais épiscopal de Bologne. Leur son était agréable. Elles formaient à elles trois une espèce de carillon avec lequel on pouvait répéter certains airs de musique *. — Dans l'inventaire déjà cité des livres, vêtements, vases sacrés et autres objets appartenant à la chapelle de Windsor,

4. KincHER, « La Chine illustrée, » Amsterdam, 1670, 5* partie, page 299.

î. f Daemon exiens per fenestram vitream satis decoram salisque speciosam, eodem momento concussit scillam argenteam ad templi laquearia suspensam quam B. Willelmus illuc secum detulerat et cum aliis prasclaris donariis in laudem Dei obtulerat, qu» per singuias horas opus Dei prima denuntiabat et vocis suae melodiad aures audientium ac mentes demulciendo excitabat. » BoLLAND a Âcta sanctorum, » 28 maii, et « Dictionnaire d'archéologie sacrée, » par M. Tabbé Bourassk, au mot « clochette'. »

3. Hier. Magius, « De Tintinnabulis, » cap. xvii, page 90. — Angbl. Roggha, « De campanis commentarius, » cap. xii, page 95.

inventaire fait la huitième année du règne de Richard II, il est question d'une cloche d'argent que l'on sonnait devant le saint Sacrement dans la visite des malades *. L'inventaire de Louis de France, duc d'Anjou, dressé vers 1360, porte au numéro 59 : « Une clochette d'argent à sonner quant on liève Notre Seigneur, pesant ii" ii onces ^. »

III. — Cloches d'or. — Les sonnettes attachées à la robe du grand prêtre Aaron étaient d'or. Nous avons vu qu'à une riche chape donnée à Tabbaye de Cluny pendaient des sonnettes du même métal. Dans « l'Inventaire de Charles VI » (1399), on trouve « une clochette d'or, hachiée à imaiges et est le tenon de deux angeloz qui tiennent une fleur de lys couronnée , pesant , à tout le bâtant d'or, un marc dix sept esterlins *. » Les soixante quatre mulets,, attelés au char funèbre qui portait le corps d'Alexandre le Grand lorsqu'on le transporta de Babylone en Egypte, avaient tous à chaque mâchoire une clochette d'or, ainsi qu'on le lit dans la « Bibliothèque Historique » de Diodore de Sicile, livre 18*. On pourrait citer plusieurs autres exemples semblables. Il n'est pas cependant probable que l'on ait jamais fabriqué des cloches, ni même des clochettes d'une certaine dimension avec ce métal précieux. Aussi regardons-nous comme un conte ce que certains voyageurs nous disent des cloches d'or du Japon.

IV. — CLOcnES EN BRONZE. — Le métal avec lequel, ordinairement, on fait encore aujourd'hui les cloches est le bronze ou l'airain, c'est-à-dire un alliage de cuivre et d'étain. Différent du bronze des canons qui est formé d'environ 90 parties 10 centièmes de cuivre et de 9 parties 90 centièmes d'étain, celui des cloches ne contient pas plus de 80 parties de cuivre pour 100. D'après Thénard, on fait maintenant en France le métal des cloches en alliant à 78 parties de cuivre 22 parties d'étain et quelquefois un peu de plomb et de zinc. Les cloches anglaises sont composées de 80 parties de cuivre, de 10 parties 10 centièmes d'étain, de 5 parties 60 centièmes de zinc et de 4 parties 30 centièmes de plomb. Les timbres des horloges contiennent moins de cuivre et un peu plus de métaux blancs. La qualité qu'on exige du métal des cloches c'est qu'il soit très-sonore. Il faut pour cela qu'il ail une grande rigidité , et c'est pour la lui communiquer qu'on allie au cuivre une quantité d'étain plus considérable que dans le bronze des canons. D'un autre côté il s'en faut de beau-

4. a Item campana argentea ad pulsandum coram corpore Ghristi in visitatione informorum. » «c Monast. angl. », tom. 3, part. S, page 79.

8. M. DE Laborde, a Notice des émaux exposés dans les galeries du Louvre, s V partie, p. 1 4 .

3. M. DE Laborde, « Notice des émaux exposés dans les galeries du Louvre, » V partie , page Sn.

coup que ce métal ait la ténacité nécessaire pour résister à l'explosion de la poudre. Aussi lorsqu'à l'époque de la première révolution on s'est servi des Cloches des églises pour en faire des pièces d'artillerie, on a eu soin d'en extraire de l'étain afin d'établir le rapport indiqué pour le bronze des canons. Lorsqu'on remplace une certaine quantité d'étain par du plomb et du zinc, il est impossible que les cloches n'y perdent pas sous le rapport de la sonorité. Les cloches anglaises sont par conséquent inférieures aux nôtres.

Il serait on ne peut plus intéressant de connaître les proportions exactes que l'on a adoptées aux différentes époques du moyen âge. Nous ne croyons pas que jusqu'à présent l'on ait fait beaucoup de recherches à ce sujet. M, Girardin a analysé le métal de deux cloches que renferme le beffroi communal de la ville de Rouen et qui paraissent dater toutes les deux du xiii* siècle. L'une d'elles est connue sous le nom de « Cache-Ribaut ; l'autre, qui était destinée à sonner le couvre-feu, ce qu'elle fait encore chaque soir, s'appelle « la Rouvel; » le peuple l'a surnommée « la cloche d'argent », qualification que la science et l'histoire ne confirment pas. Voici le résultat des analyses de l'habile et savant chimiste de Rouen :

La « Cache-Ribaut » contient :

Cuivre 76 iO

Étain 2Î 30

Fer et zinc \ 60

iOO 00 La « Rouvel » est formée de :

Cuivre 74 00

Étain 26 00

Zinc 4 80

Fer • . . . . i 20

Dans la « Schedula diversarum artium » du moine Théophile, ouvrage qui remonte au moins au xuv siècle, nous lisons qu'il faut joindre au cuivre un cinquième d'étain pour avoir le métal des cloches. « Huic cupro taliter fuso additur quinta pars stagni et conficitur metallum quo campanœ funduntur «. »

Quelquefois, par un sentiment de piété et dans la persuasion aussi que l'on

4. a Epigraphie de la Seine-Inférieure », par M. Fabbé Cochet, dans le « Bulletin monumental de la société française d'archéologie », tome xxi, page 323.

5. Theophili, presbyteri et monachi, libri m seu. a Diversarum artium schedula », opéra et studio Caroli de L'Esgalopibr. Lut. Paris., 4843, lib. 3, cap. 62, page 220.

pouvait par là donner aux cloches un son plus pur et plus agréable, on mettait dans le four, au moment de la fonte, des monnaies et des métaux précieux.

Voici ce que rapporte, au sujet de la refonte d'une des cloches de la cathédrale de Strasbourg, qui eut lieu en 1427, Specklin, chroniqueur du xvi* siècle :

« Cette année il régnait une mortalité tellement effroyable qu'à Strasbourg il mourut environ 15,000 personnes, et presque toutes des jeunes gens, et qu'on fit un grand usage de la cloche du Saint-Esprit, à tel point qu'elle se rompit de nouveau cette année. Elle fut refondue vers la fête de saint Laurent, près de la loge des tailleurs de pierres. Alors on sacrifia beaucoup d'argent et de métal précieux et des monnaies dans le four. Et la cloche coûta au delà des anciens matériaux 1300 florins; Elle pesa 180 quintaux. Elle fut fondue par maître Jean Gremp. Après cela il ne mourut presque plus que des personnes âgées, mais par milliers. »

L'expression « sacrifier dans le four », dont se sert Specklin, indique suffisamment que les monnaies et les métaux précieux étaient jetés dans la fonte même. Le chroniqueur Wencker le dit en termes clairs et précis : « La cloche du Saint-Esprit , raconte le respectable archiviste et ammeistre de la ville de Strasbourg, se brisa par la trop fréquente sonnerie ; elle fut refondue par maître Jean Gremper. Beaucoup d'argent, d*or et de métal précieux fut jeté dans le four par piété *. »

M. Girardin, qui n'a trouvé ni or ni argent dans les analyses qu'il a faites, assure que les métaux précieux que l'on jetait au moment de la fonte des cloches ne servaient qu'à enrichir les fondeurs. « On croit généralement dans le monde , dit-il , que les cloches anciennes renferment des métaux précieux et surtout de l'argent qu'on ajoutait à l'alliage pour embellir le son. Pas un habitant de Rouen ne met en doute que « la cloche d'argent » du beffroi de la grosse horloge ne renferme une grande quantité d'argent, comme semble l'indiquer son nom. Elle n'en contient cependant pas une parcelle , ainsi que je m'en suis assuré, et il est très-vraisemblable que les autres cloches anciennes n'en contiennent pas davantage. Il est pourtant bien constant que, lors de la fonte de ces grands corps sonores , on introduisait dans le bain une assez grande proportion de ce métal. Mais voici comment les fondeurs d'autrefois tiraient habilement parti de la crédulité de leurs contemporains :

a Lors du baptême d'une cloche, les parrains et les gens pieux qui apportaient en offrande à la paroisse la quantité d'argent nécessaire à embellir le

1. « Bulletin archéologique publié par le comité historique des arts et monuments ». Paris, 4844 et 4845, tome 3% page 356.

son de la cloche , étaient invités à plonger dans le four et de leurs propres mains l'argent qu'ils consacraient à cette opération. Mais le trou ouvert sur le haut du fourneau et par lequel se faisait cette introduction était pratiqué directement au-dessus du foyer, et par conséquent très-éloigné de la sole du four sur laquelle les matières étaient mises en fusion. Il résultait de là que la totalité de l'argent qu'on projetait par ce trou, au lieu d'être introduite dans le bain de bronze liquéfié, tombait immédiatement dans le foyer, coulait et allait se rassembler dans le fond du cendrier, d'où les fondeurs s'empressaient de la retirer, une fois la cérémonie terminée et l'atelier désert. Assurément cet argent était plus utile dans les mains des adroits fondeurs que dans la composition des cloches auxquelles il n'aurait pu communiquer la moindre propriété nouvelle *. »

Il est possible que quelques fondeurs peu délicats aient ainsi abusé de la bonne foi des spectateurs et qu'ils se soient approprié les métaux précieux qu'on voulait par piété introduire dans la matière en fusion ; mais l'assertion de M. Girardin nous paraît trop générale pour l'admettre sans restriction. Si l'on se donnait la peine d'analyser un certain nombre de cloches anciennes, on trouverait dans plusieurs d'entr'elles , nous en sommes convaincus, de l'or et de l'argent. Les cloches dont il faudrait surtout soumettre le métal aux expériences sont celles pour lesquelles on aurait des documents aussi positifs que ceux que Specklin a donnés sur la cloche de Strasbourg.

V. — Cloches en acier fondu. — Depuis quelques années on a essayé de substituer au bronze pour la fabrication des cloches l'acier fondu, et on paraît avoir obtenu d'heureux résultats. Plusieurs cloches d'acier fondu ont pris place à l'Exposition de 1855, et mérité à la Société de Bochum (Prusse) une grande médaille d'honneur. Nous croyons ne pas pouvoir nous dispenser de reproduire ici ce que contiennent sur ces cloches les « Rapports du jury international », publiés en 1856 sous la direction du prince Napoléon. On y lit : « L'envoi à l'Exposition universelle de cloches d'acier fondu de différentes dimensions et cotées à des prix extrêmement bas a résolu un grand problème. Une des cloches brisées du consentement de l'exposant et soumise à l'épreuve de la forge a donné, quant à la facilité du travail et quant à la qualité de la matière, les résultats les plus satisfaisants^.

« Indépendamment de deux grands barreaux d'acier qui sont du ressort de

4-. Girardin, « Leçons de chimie élémentaire faites le dimanche à l'école municipale de Rouen.» ^'^ édition, 23* leçon, page 672.

S. « Rapports du jury mixte international publiés sous la direction de S. A. I. le Prince Napoléon. » Paris, 4856, page 892.

la XV* classe, la Société de Bochum a exposé dans la xvi* classe trois cloches d'acier fondu. L'examen tout spécial que la classe a fait de ces spécimens lui a démontré qu'outre l'exécution, qui est parfaite, les cloches exposées se distinguaient par un son plein , uni , régulier, aussi pur que celui de la meilleure cloche ordinaire, et lui a fait penser que la Société de Bochum pouvait être appelée, par son procédé de fusion et de moulage de l'acier^ non-seulement h détrôner le bronze dans la fonte des cloches, mais aussi à donner une direction nouvelle à la fabrication des pièces de grosse forge et de laminage pour la mécanique.

« Le grand fabricant d'acier de l'Allemagne, le chef de la maison Krupp, pour qui la xv* classe a si justement proposé une médaille d'honneur, avait prétendu qu'il était impossible de fabriquer des cloches en acier et cherchait à prouver que la Société de Bochum poursuivait une chimère en s'obstinant à vouloir fondre des cloches d'acier. Bochum a répondu par la réussite.

« En présence de ce fait, en présence d'un progrès, d'un progrès réalisé malgré les prévisions contraires de l'homme le plus compétent en cette matière, considérant d'ailleurs que les cloches d'acier présentent une très-sérieuse réduction de prix (50 p. 100 au moins), et que cet emploi nouveau de l'acier constitue une notable découverte qui ne peut manquer d'arriver à l'état d'application générale, le jury accorde la grande médaille d'honneur à la société de Bochum ^. »

L*ABBB BARRAUD.

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