‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 217 sur 240 · XIX. /iO · texte numérisé non relu

XIX. /iO

Messieurs*,

La mort de M. Tabbé Texier a fait un grand vide dans cette réunion qu'il avait préparée, et où il devait remplir les fonctions de secrétaire général pour la section d'archéologie. On a voulu que son souvenir du. moins fut présent au congrès, ainsi que ses idées ; et je me suis associé avec empressement à cette bonne pensée, en acceptant le pieux devoir de retracer devant vous la vie et les travaux de l'éminent collègue que nous avons perdu. — Plusieurs d'entre vous. Messieurs, connaissaient mieux que moi l'abbé Texier. J'ai eu trop rarement l'occasion de le rencontrer soit à Limoges soit à Paris, et c'est à peine si je pourrais me dire son ami, sans la vive et constante, sympathie qui nous unissait, malgré les distances et la diversité de nos vies; mais les parents et les amis de jeunesse de M. Texier ont bien voulu me mettre à même, par les renseignements qu'il m'ont fournis, de m'acquitter moins incomplètement de la tâche que vous m'avez confiée.

Jacqûes-Rémy-Antoine Texier naquit à Limoges le 17 janvier 1813. Il commença ses classes au petit séminaire, et les acheva au lycée comme externe.

1 . Cette notice sur M. l'abbc Texier a été lue, en septembre dernier, au congrès scientifique de Limoges; elle revenait de droit aux « Annales Archéologiques », et nous avons prié M. de Verneilh, son auteur, et M. Remy Texier, frère du si regrettable défunt, de nous autoriser à la publier. Dans sa notice, M. de Verneilh rappelle le tombeau de saint Etienne d'Obasine dont nous avons déjà publié plusieurs planches et une description détaillée. La description, due à M. l'abbé Texier lui-même, a paru dans le volume xii des a Annales Archéologiques», pages 384-392. A la noblesse et à la chaleur du style, on sent que le tombeau d'Obasine était l'œuvre que chérissait entre toutes notre malheureux ami. Nous pensons donc célébrer à notre façon la vénérable mémoire de M. l'abbé Texier, en plaçant en tète de la notice de M. de Verneilh la belle planche d'ensemble que M. Gaucherel nous a faite de ce charmant tombeau. Nos lecteurs feront bien de recourir à ce volume xii des « Annales », afm de ne laisser échapper aucun fait ni aucune intention sculptés par l'artiste qui a produit ce chef-d'œuvre d'Obasine.

Voilà un tombeau comme nous voudrions en voir exécuter dans nos cimetières, à la place de

Ses parents, sans être riches, purent ainsi suffire seuls aux frais de son éducation et de celle de ses frères, dont l'un entra dans le commerce, l'autre dans l'armée où il est officier supérieur. Pour lui, sa gravité précoce, au milieu de la dissipation si naturelle aux écoliers, son air de modestie et sa fervente piété, le vouaient d'avance à l'état ecclésiastique. A la fin de 1831, Antoine Texier quitta le collège pour le séminaire, où il fit avec distinction ses études théologiques. Il en sortit en 1834, et, en attendant l'âge du sacerdoce, il voulut bien consacrer son temps à une éducation privée. C'est ainsi qu'il fut amené chez M. le comte de Sainte-Fortunade, non loin de Tulle. Là, il habitait, nous dit-on, un château gothique dont la bibliothèque poudreuse renfermait les vieux chroniqueurs : Villehardouin et Joinville, Froissard et Philippe de Comines; il avait dans son voisinage Obasine, avec ses cloîtres en ruine, son imposante église romane et ce splendide tombeau de saint Etienne , un des chefs-d'œuvre de la sculpture du moyen âge. Sous ces influences se produisit naturellement le penchant de l'abbé Texier pour l'archéologie ; car, si les circonstances de temps et de lieu ne créent point les aptitudes ni les mystérieuses inclinations de l'esprit et du cœur, elles les révèlent et leur ouvrent la voie.

Bientôt l'abbé Texier, rappelé à Limoges par son évêque, abordait, à la faveur d'une dispense d'âge, les saintes fatigues du ministère, et devenait vicaire du Vigen. Ici encore, les circonstances servirent merveilleusement ses goûts d'étude et déterminèrent sa vocation aux travaux archéologiques. Il se trouva ainsi attaché au service de l'église autrefois fameuse de Solignac, tombée au rang de succursale. Sauver, s'il était possible, de l'abandon et de la ruine l'antique abbaye de saint Éloi, telle fut la mission qui s'offrit et s'imposa en quelque sorte à l'abbé Texier. M. le comte de Montalembert fut son premier confident, et il encouragea chaudement le jeune vicaire à persévérer dans son généreux dessein. Loin d'estimer que le goût de l'archéologie fût un défaut ni un danger chez un prêtre, l'illustre défenseur de l'Église se disait à cette

ces laids et lourds monuments païens qui attristent et fatiguent la terre chrétienne où reposent nos morts. Un architecte du gouvernement, M. Henry Révoil, parait s'être inspiré du monument d*Obasine dans le tombeau qu'il a élevé au cimetière de Niraes, sur la sépulture de Mgr Cart, ancien évèque de cette ville. Cette imitation, quoique très-libre, a porté bonheur au jeune architecte, comme on peut le voir dans la publication qui vient d'être faite du tombeau de Mgr Gart. On ne saurait croire les services que rend Tarchéologie : elle donne de la force aux faibles et décuple la puissance de ceux qui sont forts. La base ancienne, sur laquelle M. Révoil s'est résolument assis, a servi d'appui pour l'ensemble et quelques détails du monument funéraire de Mgr Cart. C'est encore un éloge pour M. l'abbé Texier que l'imitation approximative du monument qu'il affectionnait le plus.

( Note de M, Didron, )

occasion « heureux de voir le clergé entrer peu à peu dans l'intelligence et Tamour de Tart que ses prédécesseurs ont fondé. »

M. de Montalembert savait, en effet, par expérience, que, sans rien négliger des sérieux devoirs de la vie, les hommes les plus occupés dans la politique, comme il Tétait lui-même, ou dans toute autre carrière libérale, peuvent encore consacrer une part de leur temps aux travaux historiques, en y trouvant un vrai délassement, mais grâce auquel l'esprit s'élève et le talent se mûrit. — Il savait que ces recherches scientifiques, quand elles se portent sur l'archéologie chrétienne, sont particulièrement saines et édifiantes pour les prêtres, dont elles raffermissent la vocation et retrempent le courage en leur mettant sans cesse sous les yeux l'âge héroïque du christianisme.

Peu de temps après, sur la proposition de MM. de Montalembert et Didron, accueillie à l'unanimité, l'abbé Texier fut nommé correspondant du comité des arts et monuments. Les bulletins publiés par l'ordre de M. le ministre de l'instruction publique prouvent, dès les premières pages, qu'il prit une part active et distinguée aux enquêtes ouvertes par ce comité sur nos monuments de toute sorte. 11 lui soumit notamment un important mémoire sur le « Bon- Mariage ». Peu d'entre vous. Messieurs, ignorent aujourd'hui ce que c'est que ce touchant et curieux monument. Alors, en 1839, tout le monde le croyait détruit, et plusieurs savants en avaient publiquement déploré la perte. L'abbé Texier retrouva, dans les vastes bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint- Martin, convertie en un pensionnat de demoiselles, deux statues du plus beau travail, couchées sur la même dalle. Au geste des figures, dont l'une, qui est incontestablement une femme, se présente de profil par extraordinaire, et semble vraiment se reculer sur la couche mortuaire pour faire place à l'autre; enfin à la nature du monument, car l'honneur des statues tumulaires était rarement accordé à de simples particuliers, et celles de l'abbaye Saint-Martin n'offrent aucun insigne de dignités séculières ni ecclésiastiques ; à tous ces indices, M. l'abbé Texier reconnut et fit reconnaître à tous le « Bon-Mariage » .

Effectivement, d'après la légende, deux jeunes époux se rendaient h, Saint- Jacques-de-Compostelle. La femme tomba malade à Limoges et y mourut. Privé de sa compagne, le mari n'en continua pas moins sa course solitaire, et, après l'accomplissement de son vœu, il revint mourir de douleur au lieu où il l'avait perdue. Lorsqu'on voulut l'inhumer dans la tombe de celle qui lui avait été unie dans la vie, elle se « retourna » comme pour lui faire place.

Le fait, dont la date précise n'est pas bien connue, fut consacré par un monument vers la fin du xiii* siècle, et, comme on l'honora par la suite d'une sorte de culte populaire, dans la reconstruction de l'abbaye, qui eut lieu en

4650, les moines prirent soin de transporter les ossements et le tombeau des deux époux sous une arcade creusée à l'entrée de la nouvelle église, et on y grava une longue inscription en vers, copiée en 1776 par l'abbé Nadaud.

A l'époque néfaste où Tabbaye de Saint-Martin devint une propriété nationale, la pierre du Bon-Mariage, renversée et retournée, servit à couvrir le regard d'un aqueduc. Dégagée par hasard, elle était vouée à l'obscurité et à une prompte destruction ; la science sagace de l'abbé Texier rendit au monument une partie de son ancienne célébrité. La communication adressée au comité des arts obtint un grand succès, puisqu'on y vit, disait M. de Montalembert, une véritable résurrection. Elle devint ensuite l'objet d'une brochure tirée à peu d'exemplaires, et fut enfin reproduite presque intégralement, avec le dessin qui l'accompagnait, par un recueil populaire : « le Magasin pittoresque )) .

Je me suis étendu plus qu'il ne fallait peut-être sur cette première production de l'abbé Texier, moins considérable , mais non moins intéressante que celles qui l'ont suivie. C'est qu'elle me fournit l'occasion de rappeler à la Société archéologique de Limoges qu'un des projets favoris de notre savant collègue attend encore sa réalisation. — L'abbé Texier demandait que le Bon- Mariage fût transporté dans la cathédrale de Limoges, où il est digne à tant de titres d'obtenir un asile. — Faisons en sorte. Messieurs, que ce souhait s'accomplisse prochainement, et nous rendrons ainsi un pieux hommage au confrère dont nous regrettons la mort prématurée.

Mais il ne faut pas, malgré l'auditoire qui m'écoute, qu'en M. Texier le savant me fasse oublier le prêtre. Notre collègue avait été pourvu de la cui;e d'Auriat, pauvre paroisse rurale qu'il habita cinq ans, et où il a laissé les meilleurs souvenirs. On rapporte que, pour se mettre à la portée des bons paysans qui assistaient régulièrement à ses sermons sans les comprendre, il ne dédaigna pas de prêcher en patois, langue informe et grossière, mais la seule qui soit connue des agriculteurs du Limousin. L'abbé Texier n'est pas le seul ecclésiastique qui ait essayé de cette innovation ; mais de la part d'un homme déjà très-lettré, que charmaient toutes les délicatesses du style, elle témoigne d'un grand amour du bien et d'une réelle abnégation.

Dès les premiers temps de son séjour à Auriat, l'abbé Texier avait fait paraître dans le sixième volume du « Bulletin monumental m, dirigé par M. de Caumont, une courte notice sur les émaux. Ce travail, succesivement accru, fut le germe de 1' « Essai sur les émailleurs et les argentiers de Limoges ». Mis d'abord en lecture h la Société des antiquaires de l'Ouest, il

parut en 1843, concurremment avec l'intéressant mémoire de M. Maurice Ardant sur les émailleurs.

Les deux ouvrages, tout à fait indépendants l'un de l'autre, s'accordaient à réclamer la prompte création d'un musée destiné à conserver au Limousin quelques échantillons de ces « œuvres » de Limoges que toutes les collections d'objets d'art, publiques et privées, se disputent avec furie. Heureusement, Messieurs, ce double vœu fut accueilli. ■^- Mais revenons à l'ouvrage de M. Texier. C'est le premier livre, digne de ce nom par son étendue, qui ait été consacré à une branche importante de l'art français. Les émaux limousins y étaient pour la première fois étudiés méthodiquement, et classés par genres et par époques. Les trois âges de la peinture en émail, celui des simples inscrustations plus ou moins byzantines, jusqu'à la fin du xiii* siècle et un peu au delà, ceux de la peinture d'apprêt en émail, xiV et xv* siècles, et de la peinture en émail sur émail cru, depuis la fin du xv* siècle jusqu'au xvin% furent désormais distingués nettement par tous les antiquaires. Le livre de M. Texier fit autorité sur la matière, on peut le dire. Il fut cité partout avec éloges et servit de point de départ à la plupart des ouvrages publiés depuis sur le même sujet.

Entre la peinture en émail et la peinture sur verre, il existe de frappantes analogies et une similitude presque continuelle de méthode et de procédés. Pendant la première période, des deux côtés, ce sont des mosaïques en matières vitreuses, fixées entre des filets de métal, mais à froid pour les verrières et par la fusion pour les émaux. — Plus tard, au xvi* siècle , c'est au moment où l'émail était étendu par le pinceau sur toute la surface du cuivre, que les vitraux présentent aussi de véritables tableaux peints superficiellement sur le verre. Indiqué déjà dans la notice du « Bulletin monumental », ce curieux parallélisme fut développé soigneusement dans le livre de M. Texier. Mais, dans l'intervalle, M. Dusommerard, adoptant les remarques de M. Texier, avait proposé d'en conclure que la peinture sur verre était née, en Limousin, de la peinture en émail. L'abbé Texier abonda dans ce système, et dans la suite il lui consacra tout un autre ouvrage, publié en 1847. Mais ici, notre ami, guide si sûr d'ordinaire, nous égarerait par excès de patriotisme. Nous n'avons pas mandat de le louer quand même et toujours. Permettez-moi donc, Messieurs, de rejeter en votre nom une prétention si flatteuse pour notre amour-propre provincial, mais qui paraît vraiment trop mal fondée dans l'état actuel des connaissances archéologiques. — Les premiers vitraux de couleur apparaissent au vi' siècle, en Auvergne. Or, si les émaux d' « ornement » , plus anciens que les autres, sont antérieurs au m* siècle, nous savons en

même temps qu'ils sont d'origine barbare et non romaine ou gauloise. Rien n'indique qu'ils aient été particulièrement cultivés à Limoges. De même les premières verrières à personnages, dont on parle, se trouvent en Bourgogne ou en Champagne vers le commencement du x* siècle, et, à cette date, il n'est nullement certain qu'on fît à Limoges des émaux « historiés » , et surtout qu'on n'en fît pas ailleurs.

Le principal mérite de I' « Histoire de la peinture sur verre en Limousin » sera d'avoir donné une excellente et complète statistique des vitraux de trois départements. Les verrières incolores que M. Texier a découvertes dans les abbayes cisterciennes de Bonlieu et d'Obasine sont des plus anciennes que l'on connaisse et, grâce aux dessins qu'il en a publiés dans les « Annales Archéologques » , nos ateliers comtemporains les imitent déjà.

Pendant les années 1843 et 1844, M. l'abbé Texier, transféré à Saint-Bonnet-la-Marche, près de Bellac, continua à montrer que chez le savant il y avait toutes les qualités qui font le bon curé de campagne. Un incident de sa vie privée, à cette époque, mérite d'être signalé. Parmi les paroissiens de Saint-Bonnet se trouvait M. le comte de Montbron. Entre le châtelain et le curé, il s'établit promptement des relations intimes qui s'étendirent bientôt h toute la famille de Montbron et n'ont jamais été altérées ni refroidies. Les causeries furent d'abord scientifiques. M. de Montbron, vous le savez. Messieurs, était un homme très-distingué à beaucoup de titres; très-versé dans les arts, mais admirateur exclusif de l'antiquité païenne, et ses croyances religieuses s'en ressentaient. M. Texier soutenait contre lui, dans d'incessantes conversations, la cause de la civilisation chrétienne, même au point de vue de l'art et des lettres. En vous racontant depuis avec tant de charme et de talent, dans une des séances de la société archéologique de Limoges, la vie si agitée et si studieuse de M. de Montbron, il ne vous a point dit, — sa modestie le lui défendait, — quel supcès il obtint dans ces controverses, que l'esprit doux et fin du jeune curé rendait agréables au solitaire de Montagrier. Les amis de M. Texier peuvent affirmer aujourd'hui qu'il parvenait peu à peu à faire partager à son noble interlocuteur ses préférences déclarées pour tout ce qui tenait au moyen âge.

Il n'est pas sans danger pour la foi de reconnaître qu'en toutes choses la décadence a coïncidé avec l'avènement du christianisme, et qu'il n'y a de « renaissance », c'est le mot consacré, qu'au xvi* siècle, après un retour complet aux types grecs et romains. Aussi, Messieurs, serions-nous de ceux qui pensent que l'archéologie de l'abbé Texier contribua à rendre si édifiants les derniers moments de M. de Montbron. L'influence des doctrines artistiques

sur les doctrines religieuses, influence bien naturelle après tout, est rarement aussi directe. Cette fois elle fut, dit-on, évidente.

En 1844, Mgr Buissas devint évêque de Limoges. Sans s'occuper lui-même d'archéologie, il aimait qu'on s'en occupât. Il crut pouvoir utiliser les connaissances artistiques de l'abbé Texier, et l'appela dans la ville épiscopale pour organiser la « Maîtrise », nommée plus tard « École de Saint-Martial ». C'est. notre confrère qui a assumé la charge de ses laborieux débuts. Avec des ressources tout à fait insuffisantes et qui eussent découragé un autre homme moins ami de cette œuvre, il lui a fallu créer le matériel de l'établissement, former le noyau des élèves sans aucune bourse à sa disposition, et retrouver la vraie tradition du chant ecclésiastique. Il a su vaincre toutes ces difficultés, et la maîtrise, tout en conservant son caractère primitif, a pu prendre des développements inattendus.

En 1846, M. Texier, revêtu depuis deux ans du titre de chanoine honoraire, , fut désigné par son évêque pour remplir les fonctions de directeur du petit séminaire du Dorât. Il les accepta à contre-cœur, après toutes les résistances possibles et sur l'ordre impérieux de Mgr Buissas. Il y a trois petits séminaires dans le diocèse de Limoges : celuf du Dorât, tout au moins, était dans une situation peu prospère. Aux embarras nombreux, aux constantes préoccupations qui assiègent tout directeur d'un établissement d'instruction publique, devaient s'ajouter infailliblement des difficultés financières, car la maison du Dorât était dès lors grevée, comme elle l'est encore, d'une dette de 60,000 fr. Dans cette situation, c'était au supérieur à mettre son budget en équilibre et è. se procurer de l'argent comme il pourrait par son crédit personnel, sauf à solliciter ensuite les secours incertains de l'évéché. La place était donc peu enviable, et d'autres auraient hésité, comme M. Texier, à la prendre. Néanmoins, malgré la révolution redoutable de 1848 et les mauvaises années qui la suivirent, il s'attacha de plus en plus à la maison du Dorât par le bien qu'il y faisait et par celui qu'il espérait y faire.

Il n'est pas de notre compétence d'examiner en détail comment l'abbé Texier gouverna le séminaire du Dorât, et quelle part il prit à l'enseignement par ses conférences religieuses. Attachons-nous seulement dans son administration à ce qui intéresse l'archéologie.

Quelques prélats, parmi lesquels il faut citer en première ligne Son Éminence le cardinal, archevêque de Bordeaux, n'avaient pas dédaigné d'écrire eux-mêmes sur les antiquités chrétiennes. D'autres, en plus grand nombre, avaient organisé dans leurs grands séminaires un enseignement régulier de l'archéologie. Les prêtres, en effet, sont les gardiens naturels de leurs églises.

Quand elles sont abandonnées à des actes de vandalisme , c*est presque toujours que les curés les ont commis, ou qu'ils les ont laissé commettre , pouvant les empêcher. Il est donc utile que tous les membres du clergé apprennent de bonne heure à distinguer le bien du mal en matière d'art. M. Texier fit un pas de plus dans la même voie. A l'exemple de M. Tabbé Canéto, supérieur du petit séminaire d'Auch, il crut pouvoir donner les premières notions de sa chère archéologie à des jeunes gens, parmi lesquels devait se recruter le clergé, et qui tous avaient intérêt à s'instruire le plus possible , n'importe par quels procédés. Ces leçons supplémentaires ne pouvaient avoir d'inconvénients aux yeux de M. Texier, puisqu'il les faisait aux heures de récréations et seulement pour les élèves des classes supérieures qui l'avaient demandé. Dès lors, elles avaient pour lui l'avantage de faire aimer la religion et la France par leurs œuvres artistiques , en donnant, pour ainsi dire, un corps et l'histoire.

On a conservé les programmes de ces leçons familières d'archéologie. Par l'ordre, par la méthode, par l'intérêt des sujets et l'enchaînement des idées, ces programmes seraient dignes d'être adoptés pour des chaires plus autorisées et plus retentissantes.

Indépendamment des dessins et des gravures dont l'abbé Texier se servait pour rendre son enseignement archéologique plus clair et plus amusant, les élèves du Dorât avaient constamment sous les yeux un des types les plus parfaits, le plus parfait peut-être de l'architecture romane du Limousin, l'ancienne collégiale de Saint-Israël. A l'imitation des « Albums » de Juilly, de la Sauve et de Sorrèze, on en fit le sujet d'une charmante publication, gravée par M. Gaucherel, et destinée à conserver dans de jeunes intelligences des souvenirs trop tôt et trop vite effacés. Les « Annales Archéologiques » ont reproduit , tome xii*, deux de ces gravures avec quelques pages intéressantes où M. Texier décrit l'église du Dorât et expose le plan d'une histoire complète de son séminaire qu'il projetait alors.

En 1850, les évêques de la province de Bourges avaient été convoqués en concile à Clermont par leur métropolitain. L'abbé Texier eut l'honneur d'y accompagner Mgr Buissas en qualité de théologien. Son instruction solide, la facilité bien connue avec laquelle il écrivait et parlait, le désignaient d'avance pour cette mission. Nommé secrétaire de la deuxième congrégation, chargée de. préparer les décrets sur le dogme et sur les études ecclésiastiques, il dut rédiger et lire en séance générale un rapport étendu sur les erreurs de notre temps. Ce fut un jour de triomphe pour lui et de gloire pour le diocèse, a dit un de ses collègues au concile.

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