XIX
Ces vases affectaient, en général, la forme circulaire, mais on en cite plusieurs qui étaient à pans. Ainsi, le pape Léon III donne à l*église Saint-Pierre un calice majeur, orné de pierreries, de forme carrée et pesant trente-deux livres; et le pape Grégoire IV (827 à 84i), à l'église de Saint-Marc, confesseur et pontife, un calice octogone fondu et doré, ainsi qu'une patène de même forme *.
11 semble résulter du texte barbare qui nous transmet ce document que ce calice était décoré de feuillages, à moins que Ton ait voulu dire qu'il était revêtu de feuilles d'or. Du reste, l'iconographie sacrée ornait déjà ces vases sacrés, car nous voyons que Léon IV (847 à 855) donna à l'église des Quatre-Saints-Couronnés un calice doré ( « auro perfusum » ) offrant l'image des évangélistes et d'une croix. De plus, suivant l'habitude italienne, habitude que tous les donateurs auraient bien dû adopter pour la plus grande commodité des archéologues, plusieurs de ces calices portaient inscrit le nom du pape qui les avaient offerts. Celui de Léon IV se lisait sur un calice doré donné avec sa patène à une basilique de la Vierge ; et Etienne IV (885 à 891) fit écrire le sien, en lettres grecques et latines, sur celui que reçut de lui l'église des apôtres Jacques et Philippe.
Au X* siècle, il existait encore des calices à anse, ayant une forme tout antique, ainsi qu'il résulte des miniatures d'un manuscrit écrit à Metz sous Charles le Chauve ; et d'ailleurs les textes, si connus et si souvent cités, du moine Théophile prouvent qu'à la fin du xi® siècle on fabriquait encore des calices de cette façon. Mais tous n'étaient point pourvus de ces appendices, car des miniatures du x* au xi" siècle montrent des calices ordinaires ; seulement, leur forme a varié : au lieu d'être évasé, leur bord est rentré intérieurement, de façon à leur donner une forme ovoïde. C'est, du reste, l'exagération de la forme hémisphérique des calices du moyen âge ; soit que cette exagération ait été réelle, soit que l'inexpérience du dessinateur ait trompé sa volonté. Cependant le calice que possédait le trésor de l'abbaye de Saint- Denis, l'attribuant à Suger ( + 1151), rappelle à peu près la forme de ceux que les miniaturistes barbares des x* et xi* siècles ont figurés. Le pied est circulaire, surmonté d'un nœud assez gros d'où sort immédiatement la coupe, plus profonde que large. Celle-ci, en agate, était maintenue par une monture circulaire qui la bordait à sa partie supérieure et se rattachait par deux anses
1. « Fecit in ecclesia B. Marci G. et pontiBcis patenam octogoni exauratam, habenlem in medio vultum D.-N. Jesu-Christi et a duobus lateribus vultum ipsius B. Marie atque ojusdem praesulis, pensantem libras sex;... simili modo et calicent octogoni fundatum cum foliis exauratum ibidem obtulit, pensantem libras sex ». ^ Anast. Bibl.
à deux cercles métalliques qui surmontaient le bouton. Ceux-ci recevaient le fond de la coupe*. Des pierres cabochons ornaient toute la monture.
Le calice de saint Gozlin, évêque de Toul (922 à 962), conservé jusqu'à la révolution dans Tabbaye de Bouvières -aux -Dames, depuis le jour où le saint s'en servit, vers 936, à la dédicace de l'église, mais en possession aujourd'hui de la cathédrale de Nancy, est hémisphérique, garni de deux anses", et repose sur un pied circulaire par l'intermédiaire d'un nœud placé immédiatement sous la coupe. Ce calice rappelle beaucoup la forme de ceux figurés dans les manuscrits, et est orné, comme ils l'indiquent, de cabochons, de filigranes et même d'émaux cloisonnés*.
C'est un peu après Suger, à la fin du xii* siècle, que les calices à anses semblent avoir été abandonnés complètement, et que l'on continua d'adopter la forme hémisphérique pour les coupes. Le pied est toujours très-bas, et la tige est interrompue par un bouton. Tels sont ceux que les « Annales » ont déjà publiés *. Au xiv* siècle, en Italie surtout, la coupe devient conique, ce qu'on appelle infundibuUforme, et le pied, ainsi que la tige, acquièrent des dimensions de plus en plus considérables en diamètre et en hauteur, de telle sorte que ce n'est plus le vase qui domine, mais son support. Cette pratique a été s'exagérant de plus en plus, tandis que les lèvres de la coupe allaient en s'évasant pour donner à celle-ci la forme d'une tulipe très- épanouie.
Le calice de Saint-Jean-du-Doigt est légèrement évasé, et ses dimensions rappellent celles des calices ministériels dont nous avons cité les poids d'après Anastase le Bibliothécaire. — « Est-ce que ce calice est d'un usage commode?» demandai -je au recteur de Saint-Jean- du -Doigt qui surveillait mon dessin d'un œil inquiet. — « Oh ! non, me répondit-il, et j'appréhende de m'en servir. La coupe est si large que je puis difficilement la tenir avec mes autres doigts lorsque je présente à l'ablution les pouces et les indicateurs de chaque main rapprochés, et j'ai une grande inquiétude que son poids ne le
4. Ce calice, qui faisait partie du cabinet des médailles et des antiques à la Bibliothèque de la rue Richelieu, fut volé en 1834 avec une foule d'autres objets précieux. La coupe, dépouillée de tonte Torfévrerie qui Tornait, appartiendrait aujourd'hui, dit-on, au a Brilish Muséum», où il m'a été impossible de la trouver. Le conservateur des objets du moyen âge de ce musée, M. Â. Franck, m'a assuré l'avoir aussi vainement cherchée.
t. Ce calice et sa patène sont figurés et décrits par M. Digot, dans le xii* volume du « Bulletin monumental » de M. de Gaumont.
3. l"" Calice de Reims, avec gravure, t. ii, p. 363 et suiv. — 2* Calice allemand et calice français, t. m, p. 206 et suiv. — 3* Calice du bienheureux Thomas de Bi ville, t. ly, p. 408. — 4* Calice allemand, t. xviii, p. 273 et suivantes.
fasse échapper; elle est si profonde, que c'est avec peine que je puis la purifier entièrement ; puis, lorsque je le soulève, toutes les aspérités du bouton s'incrustent dans mes doigts et me font grand mal. »
Ainsi, voilà une œuvre de la renaissance, magnifique assurément, mais qu'un prêtre, nullement archéologue , qu'on ne peut, par conséquent, accuser d'exclusivisme dans ses goûts, trouve très-incommode pour l'usage auquel elle est destinée. C'est cette inconvenance, ou ce défaut de convenance, Tt peu près général dans les œuvres de la renaissance, bâties, sculptées, fondues ou peintes, qui nous fait leur préférer celles antérieures de plusieurs siècles. Nous ne prétendons nier ni le talent, ni le goût, ni le génie même des artistes qui ont illustré cette époque si admirablement féconde, mais il leur manquait une qualité critique : l'art de subordonner les détails à l'ensemble et au but. En prenant donc, pour montrer ce défaut, une œuvre belle entre toutes, on ne nous accusera point d'avoir choisi, pour soutenir notre thèse, quelque production infime, et notre critique sera d'autant mieux fondée qu'elle montera plus haut.
Comme tous les calices, celui de Saint-Jean-du-Doigt se compose d'un pied, d'une tige renflée en nœud à une certaine hauteur et d'une coupe; le tout en argent doré. La coupe repose dans une fausse coupe décorée d'ornements en relief. Ceux-ci se composent de six tiges, moitié feuillages, moitié architecture, qui séparent trois paires de dauphins affrontés, alternés avec trois paires de cornes d'abondance également affrontées. Les dauphins et les cornes d'abondance se terminent inférieurement en volutes et en expansions feuillues qui se rattachent aux tiges intermédiaires et à d'autres ornements qui descendent verticalement entre eux. Le motif principal de ceux-ci, fort commun pendant tout le xvi* siècle, en Italie et en France, est une espèce de bourgeon allongé qui laisse de petites feuilles s'épanouir sur ses côtés. Une tête ailée de séraphin termine, à sa partie supérieure et à sa naissance, le bourgeon placé entre les cornes d'abondance; un buste d'enfant nu, tenant de chacune de ses mains levées une des volutes qui s'épanouissent à la queue des dauphins, arrête à sa partie inférieure et à son extrémité le bourgeon placé entre ceux-ci.
Une crête en forme d'écaillés forme le bord de la fausse coupe. A sa base, un anneau strié sépare les ornements que nous venons de décrire d'un rang d'oves qui la rattachent à la tige. En outre, huit petites consoles, s'appuyant d'un côté à cet anneau, de l'autre à une gorge cannelée placée au-dessous du rang d'oves, semblent supporter cette fausse coupe en donnant plus d'ampleur à sa base. Un anneau qui montré de petites figures en buste, accostées
de chimères, se détachant sur un fond niellé, se renfle entre cette gorge et une seconde, au-dessous de laquelle naît le bouton. Celui-ci est imité des nœuds en architecture des ostensoirs du xv* siècle ; seulement les formes de la renaissance y remplacent celles de la dernière période gothique. Huit niches y sont creusées en plein cintre, au-dessous d'une corniche qu'interrompent des colonnes engagées que surmontent des pinacles formées de renflements et d'étranglements qui se succèdent. Des coquilles entourées de longs feuillages, placées sur la corniche, relient ces pinacles entre eux. La base des petites colonnes engagées se profile en saillie sur le soubassement continu ^des niches, et de petits dauphins, appliqués contre elles, tiennent dans leurs gueules des guirlandes de feuillages. D'autres dauphins, appuyant leur queue dans la gorge qui surmonte le nœud et leur tête contre les pinacles en balustre, rampent sur le dôme squammeux qui sert de toit à ce petit édifice circulaire. Dans tous ces éléments on reconnaît la transformation des dais, des contre - forts, plus saillants à leur base qu'à leur sommet, des arcsboutants et des pinacles que l'on retrouve dans l'orfèvrerie du xv* siècle. Ce nœud ressemble, en outre, à celui d'un fort beau calice gravé par W. Hollar en 16/1.0, d'après un dessin à la plume que possédait lord Arundel , le grand amateur anglais du xvii* siècle, et que l'on attribuait au Mantegna*.
Les saints dont les statuettes se détachent avec tout l'éclat du métal sur le fond noirci des niches du nœud sont les suivants , reconnaissables à leur attribut et à leur nom gravé en capitales sur le soubassement.
C'est d'abord et naturellement saint Jean-Baptiste, plus vêtu qu'on ne le représente d'ordinaire , tenant un agneau sur sa main gauche. Puis sept apôtres : saint Jacques tenant la hampe de son bourdon ; saint Pierre avec un livre et des clefs; saint Paul avec un livre et une épée dans le fourreau; saint
\. La gravure de Hollar, exposée dans la première salle du cabinet des estampes à la Bibliothèque, est devenue rare aujourd'hui, se vend à des prix variables mais toujours très-élevés, suivant les états. Un fac-simile très-exact, avec la mémo suscription, a été fait par un graveur anonyme, et se distingue de la planche originale parce qu'il est en contre-partie. Le jour vient de la droite dans Tesiampe de Hollar. tandis qu'il vient de la gauche dans celle du contrefacteur. Celle-ci ne vaut que de 40 à 20 francs, tandis que la première est montée en vente publique jusqu'au prix de 500 francs.
Enfin M. Metzmacher a fait de la gravure primitive une dernière imitation peu trompeuse.
Il n'est pas besoin de dire que W. Uollar appartenait à une époque trop éloignée, par la pensée et par le style, de la 6n du xv* siècle italien, pour qu'on s'attende à trouver dans sa planche le caractère du grand maître auquel on donne l'original. Aussi est-il impossible de déci-* der, à son inspection, de l'exactitude ou de la fausseté de l'attribution du dessin qui appartenait à lord Arundel.
Barthélémy avec un livre et un couteau ; saint Thomas avec un livre et une équerre ; saint Philippe avec une lance ou la hampe de sa croix processionnelle; et saint André avec sa croix.
Un rang d'oves sert d'amortissement inférieur au nœud de même qu'à la fausse coupe, et surmonte également un anneau niellé placé entre deux gorges cannelées. En outre, des cornes d'abondance, très-contournées, correspondant à chaque colonne contre-fort, vont du nœud à la tige.
Au-dessous s'épanouit un second rang d'oves terminé à un puissant anneau strié et recouvert par huit consoles renversées qui relient la tige au pied, comme celles de la partie supérieure avaient relié la tige à la fausse coupe. De petites volutes, adossées à un fleuron, placées verticalement sur l'anneau relient les extrémités des consoles.
Le pied légèrement côtelé suit le profil d'un talon fortement accentué, et repose sur huit lobes saillants et d'une certaine épaisseur.
Sur un fond, maté avec des outils à section annulaire, se relèvent en bosse des ornements feuillages. Ils se composent de quatre bourgeons qui montent suivant deux axes perpendiculaires dans l'arête de deux côtes adjacentes, se terminent par deux volutes opposées et encadrent des ornements différents de forme qui couvrent de leurs caprices les deux côtes comprises entre eux. Ainsi, il y a quatre bourgeons qui divisent le pied en quatre parties formées chacune de deux lobes juxtaposés, et quatre ornements qui s'épanouissent symétriquement sur eux. L'un d'eux est formé d'un ange ou d'un génie ailé, nu, très-viril, tenant de chaque main la queue de deux dauphins qui affrontent leurs têtes sous ses pieds. Singulier ornement pour un calice, dû sans doute à quelque ouvrier qui ne songeait guère à l'usage du vase qu'il décorait! Le champ des huit lobes est couvert de feuillages différemment enroulés, de dauphins adossés dont les queues forment des volutes de formes variées, et d'une tête de chérubin ailé qui tient dans sa bouche deux cornes d'abondance feuillagées.
Enfin, sur la tranche des lobes courent trois zones d'ornements d'un faible relief, tandis que des feuilles, dont la côte saillante se termine par une griffe, couvrent leur arête d'intersection.
Les patènes, dans la primitive Église, étaient de poids plus considérables encore que les calices, ce qui se conçoit aisément, puisqu'elles servaient à recueillir ou à recevoir les eulogies que les chrétiens des premiers siècles offraient à l'Église pour la communion, qui était un souvenir de l'agape et de la fraternité première, en même temps qu'un sacrement. Il semble même qu'on les suppléât par des corbeilles en métal, si dans la terminologie très-
confuse d*Anastase le Bibliothécaire on peut traduire par ce mot Texpression « canistrum », qui revient souvent.
Dès le m* siècle, nous voyons les patènes citées en assez grand nombre; mais au iv* on les spécialise davantage dans les dons que le pape Sylvestre (314-336) a distribués aux églises de Rome au moyen des largesses de Constantin. Ces patènes, en or ou en argent, pèsent depuis cinq livres jusqu'à vingt et trente livres, ce qui est le poids le plus ordinaire parmi toutes celles citées jusqu'au ix' siècle. Une même, ornée de pierres précieuses, donnée à l'église dite de Jérusalem, monte jusqu'à cinquante livres. On voit, par ce dernier exemple, que ces patènes n'étaient point lisses et uniquement en métal, comme les prescriptions liturgiques le veulent aujourd'hui. Ainsi l'empereur Justin, au commencement du vi" siècle, envoie de Constantinople aux papes Hormisdas et Jean I" des patènes d'or enrichies de perles ou de hyacinthes.
Au vii* siècle, le pape Serge (687-701) fait exécuter une patène d'or entourée de pierres blanches et portant au centre une croix d'hyacinthes et d'émeraudes. Au ix* siècle, nous retrouvons encore ces mêmes ornements, et les mêmes poids, surtout au commencement. Ils semblent fléchir vers la fin, après la séparation des Églises grecque et latine, par suite des querelles relatives au pain de la communion. L'Église romaine ayant décidé que le pain azyme serait seul admis à la consécration, l'usage des offrandes dut se restreindre et se régulariser. L'offrande se transforma en pain bénit consommé par tous les fidèles. Le pain azyme, sous forme d'hostie, fut fourni par le clergé et conservé dans un ciboire, tandis que la patène, devenue inutile avec les vastes dimensions qu'elle avait jadis, se spécialisa à l'usage exclusif de l'officiant et prit un diamètre assez restreint.
Au IX* siècle, l'usage de graver les patènes semble s'établir, car Jean Diacre, dans sa « Chronique des évoques de Naples », rapporte que l'évêque Athanase (850-872) fit faire une grande patène d'argent couverte d'or * oii étaient sculptés les visages du Christ et des anges.
Le pape Serge IV (8i4-8/i7) donna à l'église des SS.-Sylvestre-et-Martin une grande patène d'argent doré (« auro perfusam ») offrant au centre l'image de Jésus-Christ.
4 . « Ex eodem itaque métallo (argento) fecit magnam patenam , scujpens in ea vuUum Salvatoris et Angelorum, quam intrinsecus auro perfuudit ». — Ces termes assez vagues nous laissent indécis sur la nature de cet ornement. Ëtait-ce un trait rempli d'or, une sorte de damasquine, ou bien un relief doré et se détachant sur le fond blanc de l'argent comme Torfévrerie du moyen âge nous en donne de nombreux exemp'es?
La patène en argent doré, qui accompagnait le calice que nous avons vu plus haut avoir été donné par le pape Léon ÏV à Téglise des Quatre-Saints- Couronnés, était décorée comme lui. Tandis qu'il portait l'image de la croix et des quatre évangélistes, elle offrait le « trophée de la croix, Teffigie du Sauveur, de sa sainte Mère et des saints apôtres *• »
Enfin, de même que nous avons trouvé un calice de forme polygonale, nous voyons que la patène qui l'accompagnait offrait le même nombre de côtés, avec les images de Jésus-Christ, de saint Marc et du donateur lui-même, le pape Grégoire IV ^.
La patène de saint Gozlin, conservée à Nancy avec son calice*, qui est de l'année 936, n'offre que 15 centimètres de diamètre, mais elle est décorée d'une zone de cabochons avec fond filigrane sur ses bords, et d'une rosace à cinq lobes en filigrane sur son fond.
Enfin, plus tard, au xn* siècle, la patène de Suger, conservée au Musée du Louvre, de 17 centimètres seulement de diamètre, est formée d'un disque de jade serti dans un cercle d'or décoré de cabochons sur un fond de verres pourpres incrustés. De petits dauphins en or sont incrustés dans le jade. Cette patène et le calice en agate qui l'accompagnait, ont-ils servi à Suger à qui on les attribue? Nous en doutons, et il est permis de penser que les pierres dont ils étaient formés étaient des curiosités que le trésor de Saint-Denis conservait en leur donnant par la monture là forme de vases sacrés dont on pouvait faire montre dans les grandes cérémonies. Une patène comme celle de Suger ne pouvait servir à aucune des destinations auxquelles étaient propres celles qui accompagnent les calices publiés déjà par les « Annales Archéologiques ». Leur bord tranchant peut diviser la grande hostie que consacre le prêtre, et recueillir sur le corporal les parcelles qui auraient pu être brisées, sans que rien en puisse être retenu dans les gravures discrètes dont elles sont ornées. Tel ne serait pas le cas avec les patènes de saint Gozlin et de Suger, non plus qu'avec celle de Saint-Jean-du-Doigt, qui ne peut servir à cause de ses bords épais et des reliefs qui la décorent.
Le bord extrême de cette dernière patène est garni de deux petites moulures qui circonscrivent une zone étroite, couverte d'un ornement courant dont chaque élément est formé de deux consoles adossées. Puis le bord, contre
4 . Palenam ex argento purissimo, aureo supermductam colore, cum crucis tropheo, Salvatorisque effigie, sanctœque Dei genitricis, et sanctorum apostolorum pulchro schemate décoratam, pensantem libras septem ». — Anast. Bibl.
î. Voir plus haut, page 338, et la note.