RELIQUAIRE DE LA SAINTE-ÉPINE. — XIIl'' SIÈCLE
▲ D COUTENT DES DAMES AUGUSTINES D'ARRAS. — HAUTEUR, 90 CBMTIll ÊTRES.
Sa forme est étrange, mais fort élégante. Mutilé dans le haut, il a été restauré et complété par Lassus, qui a sommé des trois clous du crucifiement la représentation de la couronne d'épines. Le pied s'arrondit comme celui d'un calice, et, dans ces derniers temps, depuis la publication que nous avons faite de la gravure de ce reliquaire*, on a exécuté un très- grand nombre de calices auxquels on donne précisément le nom de calices Sainte- Épine. On peut affirmer que, parmi les calices modernes en style ancien, le calice Sainte -Épine est le plus riche d'aspect et le mieux réussi.
La cathédrale de Paris possède une grande partie de la couronne d'épines ; elle provient de la Sainte -Chapelle que saint Louis avait fait bâtir précisément pour qu'elle y fût placée et honorée d'un culte spécial 2. Aujourd'hui,
2. Outre la couronne d*épincs et des parties considérables du bois de la vraie croix, la Sainte- Chapelle possédait les langes de Jésus enfant, le linge dont le Sauveur se servit pour essuyer les pieds de ses apôtres, la nappe de la Cène, la chaîne et le lien de fer dont Jésus fut attaché à la colonne, la robe de pourpre, le roseau, l'éponge, la lance, du sang versé par Jésus, de la pierre du sépulcre, du saint suaire. — Voici un texte bien curieux de Guillaume Durand, qui vivait du temps de saint Louis, qui avait vu la Sainte-Chapelle à peine terminée et les reliques contenues dans cette grande châsse de pierre : -^ « ... Tabulam in qua Pilatus scripsit iesvs naza- RENvs R£x ivDEORVM, quam vidimus Parisiis in capella illuslris Régis Francorum, una cum spinea corona, et ferro et hasta lanceœ, et cum purpura qua Cliristum induerunt, et cum sindone qua corpus fuit involutum, et spongia, et ligno crucis, et uno ex clavis, et aliis reliquiis mullis ». — a Ratio.iale divin, offic. », lib. vi, cap. 80, n» 40.
elle est renfermée dans un cercle de cristal, qui permet de la voir avec facilité, mais qui manque totalement d'élégance. Il faudrait qu'une pareille, relique fût traitée avec plus de révérence et aussi avec plus d'art.
Un des plus simples reliquaires de la vraie croix est le petit triptyque byzantin qui appartient à Mgr Dufêtre, évêque de Nevers. Sur un fond de filigranes d'argent, encadrés de pierreries, est incrustée, comme la pierre la plus précieuse, une parcelle de la vraie croix, disposée elle-même en forme de croix. Deux battants ou volets tout unis ferment respectueusement aux regards cette relique insigne. Pour un oratoire particulier, pour une dévotion tout à fait privée, rien de plus commode qu'un pareil petit reliquaire ; rien de plus facile à exécuter en bronze ou en métal précieux.
34. — TRIPTYQUE BYZANTIN CONTENANT DU BOIS DE LA VRAIE CROIX. — XIV* SIÈCLE.
APPARTIBNT A MONSEIGNEUR DDFtTRB, iyÊQOB PE NEVERS. — BAUTEUR, 8 CENT.; LARGEUR DU CENTRE, 5S HILLIM.
A très-peu d'exceptions près, et le triptyque précédent en est une, les bois de la croix sont disposés, dans tous les reliquaires, sous forme de croix à double traverse; plus haut, le n'* 13 nous en a donné un magnifique exemple.
Les Grecs, en. effet, ont toujours attaché une très-grande importance au « titre » de la croix ; cette tablette , si courte chez nous , surtout à partir du xiv^ siècle et inclinée de gauche à droite, les Grecs l'ont allongée et clouée en horizontalité parfaite comme la traverse proprement dite. De là ce caractère de la croix byzantine de se montrer coupée par deux traverses dont la seconde est seulement un peu plus courte que la première. Dans leurs reliquaires, les Byzantins ont donc soigneusement conservé cette forme de la traverse double. Le bois de la vraie croix, rapporté d'Orient par saint Louis et donné à la Sainte -Chapelle, avait cette forme ^; le reliquaire de Trêves, aujourd'hui dans la cathédrale de Limbourg (Nassau), affecte également cette forme qui se reproduit jusque dans le reliquaire de la croix, à Saint- Mathias de Trêves, bien que ce reliquaire, c'est-à-dire l'œuvr d'orfèvrerie,
Zi6 ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
ait été exécuté en Occident*. Le fait est constant et nous- le confirmons par potre n° 35, comme il sera confirmé encore plus loin par la croix de Namur. et comme la croix dite de Clairmarais, aujourd'hui dans Notre-Dame de Saint-Omer, en donne un exemple incomparable 2.