‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 91 sur 240 · Schedula diversarum arlium », lib. m, cap. lxi · texte numérisé non relu

Schedula diversarum arlium », lib. m, cap. lxi

et qui avait trois portes à chacun des quatre points cardinaux. Sur les tours secondaires, des anges debout, armés de la lance et du bouclier, veillant à la garde des murs de la cité céleste. Au sommet de la tour supérieure ou du donjon, TAgneau de Dieu, nimbé du nimbe crucifère, ayant dans le dos un petit cercle auquel est attachée la chaîne du milieu*.

Tout cela est bien compliqué. La Jérusalem céleste est un peu la ville des parfums^ il est vrai, comme elle est surtout la ville de la lumière; mais cependant ridée était trop colossale et trop générale pour qu'on pût la faire tenir et la localiser dans une cassolette. J'aime mieux l'encensoir que nous avons appelé de Lille, à cause de la ville où il a été trouvé et où il est encore aujourd'hui ; l'idée qui l'a composé est plus simple et plus juste. Un encensoir, où brûlent des charbons ardents, est une petite fournaise; dans cette fournaise, on jette des grains d'encens qui montent comme un sacrifice vers la Divinité.

89. — ENCENSOIR DES ENFANTS DANS LA FOURNAISE. — XII*-XIIl' SIECLE.

APPARTIEKT A M. BENVIGNAT, ARCHITECTE A LILLE. — HAUTEOR , 16 CEKT. ; DIAMÈTRE, 9 CENT.

Nabuchodonosor jeta aussi, dans la fournaise de Babylone, trois jeunes Hébreux dont il voulait offrir les chairs brûlantes à son idole; mais un ange descendit du ciel, préserva de la mort les trois enfants qui entonnèrent alors ce fameux cantique des « Beiiedicite », dont les accents montèrent comme une vapeur odorante jusqu'au trône du vrai Dieu. Ainsi s'est fait l'encensoir des trois Enfants dans la fournaise, le plus bel encensoir qu'on ait encore rencontré jusqu'à présent, et qui , surmoulé en bronze et tiré à un très-grand nombre d'exemplaires, est aujourd'hui répandu dans toute l'Europe catholique.

4. Dans les «Annales Archéologiques», vol. viii, pages 95-104, M. VioIlel-le-Duc a essayé, par un grand dessin et un ingénieux commentaire, de traduire aux yeux et à l'esprit le texte de Théophile. Nous y renvoyons nos lecteurs.

Des inscriptions gravées sur les arcs du couver cle nomment les trois Hé-. breux préservés du feu :

ANAMAS — UISAEL — AZARIAS

Une autre inscription, gravée sur le cordon inférieur du couvercle et le cordon supérieur de la cassolette, nomme le donateur de ce bel objet et sollicite de ses confrères des prières qui sont comme des parfums montant vers le Christ :

+ HOC . EGO • REINERVS • DO • SIGXVH • QVID • MICHI . VESTRIS •

EXEQVIAS • SIMILES • DEBETIS • MORTE • POTITO •

ET • REOR • ESSE • PREGES • VESTRAS • TIIIIAMATA • CHRISTO •

Ce bel encensoir, d'une grande simplicité, est donc aujourd'hui dans le commerce ordinaire des objets du culte catholique; mais j'ai songé à lui donner un pendant. A la place de l'Ange du sommet, j'assieds sur un trône la Vierge tenant Jésus et, au lieu des trois Enfant?, je dispose les- trois Mages venant offrir à l'Enfant-Dieu l'or, la myrrhe et l'encens. Dans les arcades, au lieu des dragons et des lions entortillés de feuillages, je place les chevaux qui ont amené les Mages à Bethléem, et les agneaux que faisaient paître les bergers au moment de la Nativité, l'âne'etle bœuf qui ont réchauffé l'Enfant- Dieu de leur haleine. C'est aussi simple que dans l'encensoir des Enfants et le motif me paraît tout aussi bien approprié à un encensoir. Je puis, dès-à présent, donner les deux modèles.

Je songe même à en créer deux autres, l'un historié d'un sujet de l'Ancien Testanrent, et l'autre d'un sujet du Nouveau. Sur l'un, je figurerais la reine de Saba venant apporter à Salomon, trônant dans sa majesté, les parfums de l'Arabie. Sur l'autre, les trois Marie, que les Grecs appellent les Myrrophores, s'empresseraient d'accourir au tombeau du Sauveur pour embaumer son corps divin, et y rencontreraient l'ange disant : « surrexit, non est hic ».

Ainsi, nous voilà déjà munis de quatre encensoirs différents, dont deux appartiennent à l'Ancien Testament : les Enfants dans la fournaise et la reine de Saba faisant des offrandes à Salomon ; dont deux au Nouveau : les trois Mages devant Jésus nouveau-né et les trois Marie devant Jésus mort et ressuscité. Mais il y a, pour des encensoirs, bien d'autres motifs à tirer de la Bible, de la Symbolique et de la Légende; cherchez, et vous en trouverez plus que vous ne pourrez en exécuter.

La renaissance elle-même a fait des encensoirs dont la forme a quelquefois du mérite, et le suivant , qui date des dernières années du xvi® siècle, n'est pas à dédaigner. Il a le tort assurément de se décomposer en trois parties, car XIX. 15

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un encensoir n'a besoin que d'une cassolette et d'un couvercle; mais la zone du milieu, tout inutile qu'elle soit, offre une assez fine ornementation. Dans une église des xvi* el xvn* siècles, cet encensoir figurerait suflisamment bien.

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