‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 14 sur 103 · PROCESSION DE BÉTHUNE AU XVI« SIÈCLE. M · texte numérisé non relu

PROCESSION DE BÉTHUNE AU XVI« SIÈCLE. M

gieuses dont vous parlez. Ainsi à Palencia, ville épiscopale siCuée à huit lieues d'ici , ville habitée par des laboureurs qui ont conservé toutes les vieilles traditions , on joue pendant l'année entière le drame sacré, le drame liturgique auquel vous vous intéressez vivement. Le jeudi saint, par exemple, vers le soir, on représente la prise de Jésus au jardin des Oliviers. C'est sur le parvis de la cathédrale que la scène se passe. Le parvis est disposé en jardin, comme celui de Gethsémani. Au milieu , on voit un prêtre vénérable, faisant le rôle du Sauveur et priant à mains jointes , pendant que d'autres ecclésiastiques, habillés en apôtres, sont couchés et comme endormis à travers les caisses d'oliviers et d'orangers. Soudain, de toutes les rues de la ville sort une rumeur comme celle d'une émeute; des lueurs de lanternes, de torches ardentes, courent en tout sens et en désordre. Le tumulte augmente. La foule , portant des bâtons et des armes de tout genre , débouche sur le parvis, et, guidée par le traître Judas, assiège le jardin ; elle appelle à grands cris Jésus de Nazareth. Les apôtres s'éveillent; Jésus s'avance à leur tête et se présente à la foule hurlante. Qui cherchez-vous? leur dit le Sauveur. Nous voulons Jésus de Nazareth, s'écrient des centaines de voix. C'est moi-même, leur répond Jésus, et , à ces paroles , tous tombent à terre comme renversés par la foudre. Ils se relèvent , adres^nt la même demande, à laquelle pareille réponse est faite, et Jésus se livre alors à la foule. Le drame continue, suivant la rigueur du texte évangélique, par la blessure et la guérison de Malchus, par la prise de Jésus, le retour à Jérusalem, l'entrée dans la maison d'Anne et de Caïphe, etc. C'est la ville entière qui fait le drame. On peut dire qu'il n'y a pas de spectateurs , mais uniquement des acteurs pour ce spectacle sacré. Ce n'est pas un drame ni une représentation ; c'est une histoire réelle, une histoire vivante qui se fait en quelque sorte comme s'est faite l'histoire primitive. Le vendredi saint, on crucifie le Sauveur, et, le samedi, on l'ensevelit; le jour de Pâques, avec l'aurore, le Christ sort radieux du tombeau. — Ainsi , d'après don Raphaël Monje , qui nous parlait comme témoin oculaire de ces représentations, Palencia, ville de trois ou quatre mille habitants,* représente, pendant toute l'année, surtout aux fêtes, dans ses rues mêmes et dans sa cathédrale, les principales histoires de la religion chrétienne, tout l'Évangile et l'Évangile figuré par l'Ancien Testament.

Est-ce que la France reverra jamais de pareilles fêtes? Nous le voudrions bien, mais nous ne l'espérons pas.

DIDRON AinÉ,

Directeur des « Annales Archéolegiqoes »

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