‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 16 sur 103 · CONSTRUCTION NOUVELLE EN STYLE OGIVAL · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION NOUVELLE EN STYLE OGIVAL

En vain les prétendus prêtres français abjuraient leurs erreurs à la suite les uns des autres ; on savait découvrir, dans tous les coins de la France , des apostats atteints par les censures ecclésiastiques. C'est ainsi qu'un prêtre interdit a été longtemps instituteur communal et pasteur schismatique de ce malheureux vil lage .

Le gouvernement voulut enfin aviser. Après quatorze ans de tolérance, on découvrait que ce culte n'était pas reconnu par l'Etat. Le sous-préfet de Bellac, M. Sers, appartenant à la religion protestante, fut chargé de fermer l'église française de Villefavard. Il s'y rendit en compagnie de la gendarmerie. On lui opposa une fin de non-recevoir ; l'église était une propriété particulière. Impossible d'ailleurs d'apposer les scellés : la porte avait été enlevée. Dans l'intervalle, les meneurs étudièrent la législation. On leur insinua que si le gouvernement pouvait bien interdire la pratique d'un culte non reconnu par l'État, il n'aurait aucune action sur un établissement protestant. C'est ainsi qu'un beau soir, et sans plus d'études religieuses, Villefavard s'endormit châtelliste pour se réveiller protestant.

Effrayé des progrès du catholicisme dans la Grande-Bretagne, l'anglicanisme songeait alors à faire une diversion en France. La royale générosité d'une princesse luthérienne encourageait ces tentatives; nous en avons la preuve. L'or des sociétés bibliques salariait de nombreux émissaires; Bibles falsifiées, pamphlets, offres d'écus, tout fit irruption en même temps. L'anglicanisme fraternisait, dans ces tentatives, avec le méthodisme. Londres donnait la main à Genève. Londres fournissait l'argent; de Genève venaient les prédicants et les doctrines. Les méthodistes s'établirent donp à Villefavard. Cette paroisse , comme tout ce pays, aimait le culte extérieur, les images, les processions, le souvenir des morts, les rites sacrés, les croix. Une forêt de croix couvre encore les tombes de ces nouveaux méthodistes. Les prédicants tolérèrent tout cela; ils autorisèrent l'usage d'un chapelet composé de pater; ils attendirent huit ans pour brûler les pieuses images qui décoraient l'ancienne chapelle transformée en temple.

Cependant le zèle du premier pasteur, qui, à son arrivée, avait trouvé cette porte ouverte à l'hérésie par la haine de tout enseignement religieux, ne s'endormait pas ; il obtint l'érection d'une succursale à Villefavard. Par ses soins, l'ancien presbytère fut racheté; des ecclésiastiques dévoués s'y établirent successivement et se firent maîtres d'école. Mais les catholiques n'avaient pas d'église ; l'exercice du culte était confiné dans une salle étroite qui fait partie du presbytère. Or, aborder le presbytère, c'était faire un acte de grand courage. Il est notoire qu'une intimidation permanente pesait sur le pays ; les

habitants, restés catholiques dans le cœur, en grande partie, assistaient aux offices religieux des paroisses voisines.

Le zèle du pieux curé de cette paroisse n'a pas reculé devant les difficultés de la construction d'une église. Sans autres ressources que celles de la charité, il a voulu édifier, à côté du temple protestant, une église qui fût comme la traduction matérielle de la supériorité de notre religion sur les sectes hérétiques. M. Plainemaison , curé de Villefavard, a bien voulu nous choisir pour architecte de son église. Un premier appel, adressé presque exclusivement au clergé du diocèse de Limoges , avait produit une somme de cinq mille francs. On ne pouvait douter que la charité des fidèles n'y ajoutât une somme au moins égale. Le problème se posait donc eu ces termes : construire , sans dépenser plus de dix mille francs , une église qui pût contenir de deux à trois cents personnes, partie assises et partie debout, et lui donner un caractère assez tranché d'édifice religieux et catholique ; concilier, en un mot, la solidité, l'élégance et l'économie. Ce problème est-il résolu? Les lecteurs des « Annales » ont sous les yeux, dans l'élégante et fine gravure de M. Gaucherel, la pièce la plus importante du procès. Qu'ils nous permettent d'y ajouter des renseignements sur les dimensions, la forme du plan adopté et les motifs de cette.préférence; sur la nature des matériaux et le mode de construction. On doit toujours parler avec réserve d'une œuvre à laquelle on a contribué, même pour une petite part; mais peutêtre ces renseignements seront-ils utiles à quelques-uns de nos confrères. Au besoin ils fourniraient quelques arguments nouveaux pour la défense de nos doctrines archéologiques.

La longueur extérieure de l'église de Villefavard est de. . . 16"

Largeur extérieure de la nef. 7" 25

Largeur au transept 12"

Largeur intérieure de la nef. 5°

Hauteur de la voûte sous clef. . 8"

Hauteur du clocher 16"

Ces proportions sont exiguës, mais elles suffisent pour contenir toute la population mobile de la paroisse. C'est d'ailleurs un pays d'émigration : toute la partie virile n'est présente, chaque année, que pendant un très-petit nombre de semaines.

Nous voulions donner à ce petit édifice un caractère qui indiquât sa destination ; nous voulions aussi emprunter sa forme à l'architecture des âges de foi , et protester, par sa solidité , contre les tentes de plâtre et de chaux qu'on décore trop souvent , de nos jours, du nom d'église. Vienne une révo-

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