‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 3 sur 103 · ANTÉRIEUREMENT AU QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

ANTÉRIEUREMENT AU QUINZIÈME SIÈCLE

Tout le carrelage de la salle octogone des archives ou du trésor de Saiut- Omer est disposé en losanges. C'est un système que le moyen âge a visiblement affectionné. Déjà le carrelage d'une des chapelles de Saint-Denis, publié dans les « Annales Archéologiques », volume ix, page 73, nous avait offert comme un rudiment de cette ordonnance qui se développe complètement à Saint-Omer. Un autre exemple de carrelage en losanges a été retrouvé en 1843 dans la crypte de l'ancienne église abbatiale de Saint-Michel, à Anvers ' . Il était placé devant l'autel , dans le sanctuaire dont le chevet est droit. Mais, ici et à Saint-Denis, au lieu d'être composé de carreaux historiés, comme celui des archives de notre cathédrale, il ne renfermait que des carreaux unis , d'une couleur verte et jaune ; chaque losange est cerné par une ligne verte continue. Le tout est entouré d'une bordure formée de carreaux verts et jaunes posés en échiquier, et encadrés de deux bandes unies et de couleur verte.

Parmi les carrelages intacts qu'on a retrouvés, je ne dois pas omettre d'en citer un qui, à la vérité, ne provient pas d'un édifice religieux, mais d'une demeure particulière : je veux parler de celui du château de Calleville (Eure). Il forme une rosace d'environ cinq pieds de diamètre. M. Le Prévost, dans sa description de ce château, dit que ce carrelage peut remonter au xiii* siècle. Les dessins représentaient des blasons et des arabesques semblables à ce que l'on voit sur les carreaux en échiquier de la salle dite des Gardes , à

4 . Communiqué par M. Sghayes, conservateur du Musée royal d'antiquités, à Bruxelles.

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l'abbaye de Saint-Étienne de Caen ' . — Un pavage en carreaux vernissés existait au commencement de ce siècle dans une maison de Chalon-sur- Saône , détruite en 1805. D'après le dessin communiqué par M. Léopold Nièpce , il paraîtrait que ce carrelage ne formait qu'une seule figure , par suite de l'assemblage de plusieurs carreaux : les couleurs employées étaient le rouge vif pour le fond; le jaune, formant des étoiles ; le blanc , offrant des lignes et des entrelacs.

Mais le pavage le plus remarquable dont j'aie eu connaissance devait être formé avec les carreaux provenant de l'ancien cellier du chapitre cathédral de Troyes, cellier qui fut bâti vers la fin du xiii* siècle. Ces carreaux, d'une facture assez soignée , du moins à en juger d'après les dessins envoyés par M. Ch. Fichot ^, n'étaient point faits pour être employés isolément : il en fallait au moins quatre et quelquefois huit, pour former un ensemble complet. Ces derniers devaient servir, dans le principe, de bordure aux compartiments. J'emprunte à la lettre écrite à M. Didron par M. Fichot, et jointe aux dessins, une description sommaire de ces carreaux.—* a L'ornementation en est d'une grande variété, et caractérisée par des bizarreries singulières. Ce sont des feuillages, des fleurs de lys, des oiseaux becquetant des feuilles, une cigogne combattant un lézard , un autre oiseau épluchant ses ailes ; près de lui, une face humaine sur un demi-corps d'animal ; au centre, VAynus Dei; une chouette ou un perroquet avec ces mots : je l'aime ; un autre avec ave MARIA ; un chien avec ces mots : avent marca, c'est-à-dire, ce qui ne manque pas d'intérêt , en avant marche ; un chasseur soufflant dans une corne , le sabre au côté, capuchon tombé sur ses épaules, conduisant un chien en laisse; derrière lui, un arbre ^; enfin ce sont des chiens, des lions, des chimères, des cerfs poursuivis par des chiens. » — Indépendamment de ces carreaux, M. Fichot a envoyé, de grandeur d'exécution, deux autres calques très-curieux. L'un représente un individu à cheval sur un sanglier, qu'il tient par l'oreille ; de la main droite, il lève une hache comme pour

{ . Notice sur les pavés émaillés de CaUeville^ département de l'Eure, par M. Rêver, correspondant de rinstitut, publiée dans les Mémoires de la Société des antiquaires de la Normandie, tome m, page 478 et suivantes.

2. La communication des exacts et curieux dessins de M. Fichot m'a été faite par le directeur des « Annales », qui a bien voulu m'envoyer en même temps d'autres dessins de carreaux émaillés.

3. Plus tard, je donnerai également une espèce de chasse formée d'un chasseur, un chien, un cerf, mais sur trois carreaux distincts. Ces carreaux, qui proviennent de Thérouanne, appartiennent au cabinet de M. Albert Legrand, à Saint-Omer. Il est assez difficile de savoir s'ils étaient placés réellement dans l'ordre que je viens d'indiquer.

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