SERRURERIE DU TREIZIÈME SIECLE
n. Porte du trésor. — La porte du trésor, quoique moins ouvragée , n'en a pas moins beaucoup de mérite. Les ferrures en sont plates et très* unieSy quoique forgées ; elles laissent à peine apercevoir la trace du marteau. Leur épaisseur est de huit à dix millimètres dans la partie la plus forte ; cette épaisseur diminue ensuite progressivement. Les rives paraissent avoir été biseautées à la panne et ensuite régulièrement dressées et terminées avec soin.
Cette porte a ceci de remarquable que les ferrures en sont doubles. Ainsi, la penture de la face extérieure est rivée avec une autre penture à l'intérieur, qui lui correspond exactement; les clous, qui forment tête d'un côté, sont rivés par derrière. Cette porte est donc renforcée de six pentures et de quatre traverses qui ne permettent pas aux madriers, qu'elles enlacent avec vigueur, de faire le moindre mouvement , de se retirer ni de se gonfler. Ce système de ferrure était très-heureux, en ce qu'il ne permettait pas que la porte fût forcée facilement ; il eût fallu , pour en arriver là , briser les têtes des clous , tordre les tiges des pentures , déchiqueter les madriers , toutes opérations passablement difficiles à faire sans bruit. Un trésor était à l'abri, gardé par une porte pareille. Derrière, se trouvait encore une nouvelle barrière presque insurmontable, c'est-à-dire les doubles pentures, devant lesquelles tout voleur devait échouer. On reconnaît bien , à cette disposition ingénieuse , l'esprit fécond , inventif et rationnel qui menait les hommes et les artistes du XIII* siècle.
J'ai reproduit le côté le mieux conservé de cette porte, c'est-à-dire, la face extérieure : à l'intérieur, quelques tiges ont disparu. Les deux traverses forment équerre ; elles relient donc parfaitement les madriers. Chaque traverse est ornée de quatre renflements d'où partent des tiges, terminées chacune par une espèce de fleur de lis. Les deux pentures sont divisées en six parties par cinq renflements à biseau , qui donnent naissance, à droite et à gauche, à quatre tiges fleurdelisées; plus loin encore, à deux autres tiges terminées par une feuille, et ensuite à une belle fleur de lis qui complète l'ornementation de la bande. Sur notre planche, nous donnons le détail de cette belle et simple fleur terminale.
La penture du milieu rappelle les ornements des deux autres ; mais , à la moitié de sa longueur, c'est-à-dire à partir du troisième renflement , elle se bifurque , ondule gracieusement , et , tout en diminuant de grosseur , laisse fleurir quatre tiges fleurdelisées. Le point de bifurcation est garni d'une fleur de lis semblable à celle des autres pentures. Dans l'endroit le plus large est fixée, avec quatre clous, une plaque de tôle qui recouvre la serrure.
Les clous des bandes sont convexes ; ceux des petites branches et des ornements sont coniques. En général, comme je Tai dit plus haut, les rives des fers ne sont point vives ; elles sont abattues en biseau à la panne, et non limées. Ce système se reproduit dans toute l'ornementation. Sur les fleurs de lis, le biseau n'est plus si raide ; il devient presque plat, conmtie je lai indiqué au profil de détail.
Emile AMÉ,
▲reàiloeto, eorrctpcDdaiit d«t Comltéi hliloriqvM*.
4 . Nous ne saurions trop encourager les nombreux et jeunes architectes qui construisent en ce moment , sur tous les points de la France, des églises ogivales en style du xiii* siècle, à reproduire sur leurs portes les pentures que nous donnons aujourd'hui et qui augmentent le nombre de œlles que nous avons déjà publiées. Ces pentures de la cathédrale de Sens sont , particulièrement celles de la porte de la sacristie, d'une grande élégance et d'une grande simplicité ; celles de la porte du trésor sont plus simples encore, trop simples peut-être, et nous ne conseillerions pas bien vivement de les reproduire. Cependant, une de nos Uvraisons prochaines offrira des pentures encore plus simples, sauvages même ; nous partirons de là pour arriver aux portes les plus riches qui aient été jamais exécutées. Ainsi se complétera notre série ; donc , sur un point minime, à propos d'oeuvres de métier plutôt que d'art , brillera le moyen âge, le xiii* siècle, qui est simple quand il le faut , splendide quand il le veut, mais toujours raisonnable et admirable. Ouest le peuple, où est l'époque qui aient jamais, autant que le moyen âge, transformé l'utile en beau et donné à du fer, à des barreaux destinés à repousser des voleurs, plus d'élégance et de solidité 1 Aujourd'hui on revient enfin à cet esprit du moyen âge, qu'on aime d'autant plus qu'on le connaît mieux ; et des pentures en fer se forgent en ce moment, à Paris, absolument semblables à celles de Paris, de Rouen, de Sens, que nous avons données ou que nous donnerons encore. {Note du Directeur.)