‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 37 sur 103 · EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EN ANGLETERRE

II y a des raisons pressantes pour que nous désirions le retour, en Angle* terre, des temps passés et des pratiques anciennes, soit pour Tarchitecture, soit pour la décoration des églises, soit pour les ornements sacerdotaux, soit pour toutes les marques extérieures de notre culte sublime. Quand même

4 . L'article qu'on va lire est dû à la plume d'un des membres les plus éminents du clergé catholique anglais, M. le chanoine Daniel Rock, l'auteur de « l'Église de nos Pères » ( The Church ofour Fa(hers)y que nous avons déjà annoncée et à laquelle nous reviendrons prochainement. Cet article appartient de droit aux « Annales Archéologiques » ; il en sanctionne toutes les doctrines. Prouver que Farchéologie du moyen âge provoque le retour à la religion, et que l'on prêche par l'architecture et le dessin comme par la parole ; proclamer que le style gothique est le style chrétien par excellence ; recommander, pour la renaissance de Fart religieux, le culte de la beauté et le mépris de la laideur, c'est résumer en quelques pages ce que nous avons détaillé et ce que nous développerons encore en plusieurs volumes. La plupart des évèques français favorisent les études d'archéologie chrétienne, parce qu'ils savent le secours que la religion peut en tirer. Cependant, certains d'entre eux y sont encore peu sympathiques; quelques-uns même s'y montrent rebelles. Si les observations de M. le chanoine Rock viennent à tomber sous leurs yeux, ils verront, à n'en pas douter, qu'un archéologue est une manière de prédicateur, une variété de missionnaire. Ils seront convaincus, comme le chef du diocèse catholique de Rirmingham me le disait en 4845, qu'on peut convertir des Ames en bâtissant une église, en taillant une statue, en peignant une verrière, comme en prononçant un sermon. Avant la construction de Saint-€had , à Birmingham, il n'y avait, dans cette grande ville, que 4,800 catholiques; après, on en comptait 48,000, et l'on faisait honneur à l'architecte, M. W. Pugin, de la moitié au moins des conversions. D'abord , on s'arrêtait devant Saint-Chad pour s'en moquer ; puis, on y entrait par curiosité ; puis, on y restait pour écouter les chants, pour voir les cérémonies ; puis, on n'en sortait plus, en quelque sorte, parce que la grâce vous avait touché, parce que le catholicisme vous était rentré au cœur. Ce qui se passait à Birmingham s*étend aujourd'hui à toute l'Angleterre. Ce qui, chez nos voisins, transforme un protestant en catholique aura certainement la force de changer, ici , un catholique insouciant en fidèle zélé, un sceptique en croyant. Nous le répétons, faire de l'archéologie chrétienne, c'est prêcher à sa manière, comme le prouve si bien M. le chanoine Rock. ( Note du Directeur, )

nos prêtres offriraient le saint sacrifice , vêtus des chasubles les plus laides, les plus raides et les plus courtes qu'il soit possible de voir, sur l'autel le plus pauvre et dans un bâtiment ressemblant à la grange la plus chétive j aux yeux de Dieu, ce sacrifice et la foi qu'il enseigne sont les mêmes que le sacrifice et la foi offert et prêchée par les apôtres , par Lucius et ses catholiques Bretons, par Ethelbert et ses Anglo-Saxons, par le moine saint Augustin et ceux qui, vers la fin des jours catholiques de la vieille Angleterre, chantèrent la messe en chasubles de la plus grande dimension, toutes brillantes d'or et de pierreries, sous la voûte majestueuse du glorieux Saint- Pierre de Londres, dans l'abbaye de Westminster, ou le Saint-Pierre encore plus glorieux de l'Angleterre, la cathédrale d'York.

Nés , comme nous le sommes, dans la portion catholique de l'Angleterre ; appelés, à chaque instant, à défendre l'ancienne foi contre une armée d'hérésies modernes, qui ne sont unies que pour nous attaquer, il faut que nous combattions la juste cause de Dieu aussi bien qu'il est en notre pouvoir , sans autres armes cependant que celles inventées par la charité, sanctifiées par la bonté. Gomme celui-là est le général le plus expert qui, dans la vie militaire , sait le mieux se rendre compte de toute partie accidentelle du terrain où il se trouve jeté, de même nous devrions apprendre, en soutenant notre religion, à faire le meilleur usage possible de toutes les circonstances, grandes ou petites, qui nous environnent.

A peine existe-t-il une paroisse , dans notre Angleterre , qui ne possède une vieille église bâtie par des mains catholiques et pour le culte catholique. Beaucoup de nos villes peuvent se vanter d'avoir une ancienne et belle église abbatiale. Chacune de nos villes épiscopales a sa cathédrale. Paroisses, monastères, cathédrales, sont autant d'actes de foi catholique en pierre. Le paysan regarde avec un sentiment d'amour les vieux murs de l'église de son village ; l'homme plus instruit en contemple chaque colonne avec respect. Maintenant on commence à examiner de plus près les tombes , les épitaphes et les vitraux qui abondent, plus ou moins, dans la plus petite paroisse comme dans la grande cathédrale. Si nos compatriotes, quoique difTérant de croyances, montrent tant d'amour pour ces monuments de l'antiquité catholique , s'ils les recherchent avec tant d'ardeur ; nous , qui avons hérité de l'ancienne foi non interrompue, de l'ancienne liturgie, des anciennes pratiques, et qui seuls retenons la succession catholique et apostolique en Angleterre, combien plus devrions-nous montrer un sentiment profond pour ces glorieux faits, pour ces garants de l'antiquité et de la fermeté de notre foi divine! Combien nous devrions mieux comprendre la nécessité de nous

appliquer à recueillir les preuves les plus claires et les plus populaires en faveur de notre croyance.

Quoique notre foi soit catholique et que, comme la lumière du soleil , elle ne brille pas seulement dans un pays, mais par toute la terre, il faut cependant que nos preuves pour la défendre soient fixes comme nous le sommes , et anglaises comme nous. En bâtissant nos nouvelles églises exactement d'après l'ancien modèle anglais, nous ferons parler les pierres modernes , comme parlent les anciennes; en donnant aux nouvelles constructions religieuses la forme des anciennes , les unes et les autres tiendront le même langage et apporteront ainsi un témoignage plus fort en notre faveur.

Dans ces églises, ainsi construites absolument sur le même plan que les anciennes , on aura soin de pourvoir à tout meuble, à tout instrument dont notre liturgie a besoin pour la célébration convenable des cérémonies. Dès lors, le protestant qui réfléchit pourra voir dans notre rituel une explication frappante et facile sur la distribution de nos églises. L'usage qu*ii nous verra faire des difTérentes parties de l'édifice sacré lui montrera l'usage qu'on en faisait autrefois. En apprenant ainsi pourquoi ces parties furent construites , ce qui jusqu'alors lui avait paru une énigme, s'expliquera de soi-même. Il verra que nos cérémonies catholiques se sentiraient chez elles et à l'aise dans une ancienne église. — En effet, ces vieux monuments ont dû être bâtis originairement pour ces cérémonies; car, de même que le service protestant ne convient pas aux églises anciennes , ces églises, elles aussi, ne lui conviennent pas davantage. Ce seront toujours des étrangers qui ne sympathiseront jamais ensemble.

Ainsi, le penseur protestant apprendra que son livre de prières n'était pas connu des bâtisseurs de nos anciennes églises, car il ne leur convient pas ; c'est à tel point, que les édifices modernes sont élevés sur un plan différent des églises catholiques et qu'ils sont appropriés à des usages , à des besoins entièrement nouveaux.

Il en est de même des vêtements. En revenant à nos anciennes chasubles anglaises, éclatantes d'un symbolisme superbe, à nos aubes parées, à nos amples surplis, nous pouvons nous en servir pour montrer à nos compatriotes dissidents que^ maintenant, nous offrons le saint sacrifice habillés de vêtements qu'autrefois les prêtres de chaque paroisse, dans cette lie entière, portaient pour dire la messe, depuis les jours de Lucius jusqu'à ceux d'Elizabeth d'Angleterre. Pour prouver cette vérité, nous pouvons avec confiance avoir recours aux documents nationaux écrits, à nos anciennes tombes , à nos épitaphes, à nos vitraux, à nos manuscrits enluminés. De cette manière,

nous ne serons pas d'un faible secoars pour ramener ane foule d'àmes égarées, mais sincères, au vrai troupeau du Christ. Ce qui arrive aujourd'hui arrivera à bien d'autres époques. On a trouvé qu'une des choses extérieures qui, maintenant, force beaucoup de protestants à voir et à reconnaître l'unité delà foi catholique, est que les catholiques anglais duxix' siècle prient comme leurs ancêtres catholiques du ix* et des siècles suivants. Non-seulement l'architecture de nos églises , mais la forme de nos vêtements doivent les premières apporter la conviction.

Pendant que j'étudiais pour devenir prêtre, au collège anglais de Rome, tous les jours j'avais l'occasion de visiter les monuments de l'art sacré, depuis la naissance du christianisme jusqu'à nos jours. J'ai vu souvent les vérités des saintes pratiques de notre foi éclater sous la lumière dont se revêtaient ces vénérables monuments, lumière que l'antiquité semblait rendre plus brillante encore. Pensant que ces restes antiques et chrétiens instruiraient les autres, comme ils m'avaient instruit moi-même, j'ai tâché, à mon retour en Angleterre, d'attirer l'attention du public par la publication de la « Hiérurgie ».

Puis, j'ai bientôt découvert qu'il existait en Angleterre des antiquités ecclésiastiques auxquelles j'avais à peine songé , et il m'a paru que , nous catholiques et surtout membres du clergé , nous étions à blâmer de ne pas faire un meilleur usage de ces preuves qui nous ont été laissées par des ecclésiastiques du temps où l'Angleterre était toute catholique. Il m'a également semblé qu'au lieu de parler de vive voix à nos compatriotes , pour leur enseigner la foi catholique, il serait bon de leur donner des preuves oculaires en forme de signes matériels, comme s'ils étaient aveugles et sourds, spirituellement parlant. Enfin, j'ai exposé tous ces symboles que l'architecture anglaise et l'art produisent si abondamment, parce que c'était peut-être le moyen d'engager ces mêmes compatriotes , quand ils passent devant une de nos églises, à y entrer pour entendre la foi catholique ; pour voir des pratiques anglaises , en grand nombre, qui prouvent l'ancienneté de notre croyance et ses progrès en ce pays ; pour trouver une sorte de catéchisme national, que le pauvre comme le riche, le villageois illetiré comme l'homme instruit, sait lire et même interpréter*

Les hommes qui, sous le règne de Henri YIII et d'Elizabeth , ont essayé de renverser l'ancienne religion de ce royaume pour s'en approprier les richesses et les terres , savaient parfaitement combien , par l'architecture, la sculpture, la peinture, les vêtements, les cierges, les processions et tant d'autres accessoires religieux, l'ancienne doctrine s'était enracinée dans le

cœur des Anglais ; ils savaient qu'en conservant ces usages religieux, la nation ne pourrait oublier les préceptes de la religion. C'est pourquoi les novateurs se sont mis à l'œuvre, pour ôter à la génération d'alors le pouvoir que la religion catholique exerçait sur elle. En conséquence, ils attaquèrent les objets matériels du culte. Les crucifix furent abattus et brûlés, les statues de la Vierge et des saints furent décapitées et hachées. Les autels , parce qu'on y offrait le saint sacrifice, furent renversés, et la pierre jetée à terre pour être foulée aux pieds. Les vieilles chasubles furent coupées et vendues, parce qu'elles rappelaient trop aux populations la messe qui leur était si chère. Les bannières des processions, les tabernacles où s'exposait le Saint- Sacrement furent déchirées et détruits. Les peintures murales furent gratées ou blanchies, les vitraux brisés, et les épitaphes arrachées aux tombes, parce qu'elles imploraient une prière pour les morts. On cassa les croix des cimetières et des grands chemins. Le génie du mal fit l'impossible pour effacer de ce pays tout symbole du Christ; mais, grâce à la bonté de Dieu, ce fut en vain. Les marques en étaient trop profondes et les emblèmes en trop grand nombre pour que tout disparât. Ces faits historiques, qui montrent combien les signes extérieurs ont le pouvoir d'enseigner le monde et d'y incruster les vérités de la religion, ont avivé mon désir de revoir en Angleterre les pratiques suivies au temps où ce pays était tout catholique. Il fallait donc provoquer la renaissance des accessoires de notre culte public; la renaissance de l'architecture ancienne, de la distribution catholique des églises, de leurs ornements et surtout de nos vêtements ecclésiastiques. Comme c'était des Anglais qu'il s'agissait d'instruire, les types, quoique absolument catholiques, devaient être expressément anglais, vieux et canoniques. Il y avait donc beaucoup à faire pour ce projet spécial. Il fallait lire nos vieux écrivains et nos témoignages authentiques ; voir nos vieux manuscrits à miniatures qui sont dans les bibliothèques publiques et particulières; examiner nos vieilles églises, petites et grandes, et comparer les documents et les monuments, pour comprendre les uns par les autres. J'ai eu l'occasion de voir les ruines de presque tous les temples païens de l'Italie et de la Grèce, et d'examiner les plus belles églises bâties d'après le style nommé classique en architecture. Quand je les ai comparés avec les gloires gothiques de ma chère Angleterre, avec les monuments du moyen âge que j'avais vus en France, en Allemagne et en Espagne, j'ai été convaincu que ce n'était pas le style païen, mais bien le gothique, qui convenait à une église chrétienne. Tous les ornements grecs et romains proclament hautement le paganisme et ses fables insensées. Au contraire, chaque parlie d'une église gothique

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exprime le christianisme , exhale des sentiments chrétiens, parle du Christ et de ses saints.

Comme nous avions affaire à des Anglais , il valait mieux ajouter à nos moyens d'instruction celui des bâtiments anglais , vieux et nouveaux, pour prouver quelle a été et quelle est encore la vraie foi catholique. J'ai donc suggéré que l'architecture chrétienne était préférable à la païenne, et que, pour nos églises, il fallait préférer un modèle gothique anglais à un modèle étranger. Bientôt je rencontrai des personnes qui partageaient presque mes idées, mais incomplètement. Je dus prouver que quatre murs, un toit, point de galerie, une porte et des fenêtres gothiques, ne suffisaient pas pour qu'une construction pût s'appeler une église gothique. Quelques-uns pen-* saient que le portique du midi, si nécessaire pour quelques-unes de nos cérémonies, blessait la vue. D'autres croyaient que les tours et les clochers, quoique caractéristiques de la maison de Dieu et emblèmes de son autorité spirituelle, devaient être considérés comme une dépense inutile. Le jubé, le crucifix qui le surmonte furent d'abord rejetés, parce qu'on prétendait qu'ils empêchaient la pleine vue de l'autel. On tâcha de faire disparaître le genre damassé ou diapré en s'en moquant, et le dernier perpendiculaire ou flamboyant fut déclaré comme le meilleur style d'architecture gothique pour les églises. Mais bientôt toutes ces objections tombèrent. J'ai maintenant une lettre d'un architecte de mes amis, qui confesse ses erreurs d'artiste et promet de les réparer à l'avenir. Pendant longtemps je me mis à la recherche des anciens vêtements anglais ; mais ce fut en vain , et je ne pus même pas trouver un modèle de surplis. Les vingt mètres de toile fine, dont il est parlé dans de vieux testaments, comme un don présenté à quelque ancienne paroisse pour faire un surplis du temps où l'Angleterre était toute catholique ; la représentation du vêtement, que l'on peut voir sur les vénérables monuments ecclésiastiques; enfin, les écrits et les dessins prouvent que le surplis devait être très-ample, qu'il touchait presque aux pieds, et que les manches en étaient larges. Avec ces renseignements , je fis Faire un suiplis d'après l'ancienne mode anglaise; j'en prêtai le modèle à M. Pugin qui, par son zèle, en amena T usage au collège d'Oscot, à l'église Saint-Chad de Bir^ mingham, et dans beaucoup d'autres endroits. Désirant en prêter le modèle, pour le propager, j'en fis faire un avec d'anciens tissas d'église. Depuis, et il y a déjà quelques années, j'ai vu de vieux monuments dans nos anciennes églises, sur lesquels ce surplis était représenté. La tombe la plus digne d'être visitée à cet égard est celle de ce marchand princier, William Canynges , qui se fit prêtre à la mort de sa femme et fut enterré dans Téglise qu'il fit

bâtir, St-Mary Redeliffe's Bristol. D'après cette tombe et beaucoup d'autres monuments , j'ai vu qu'il n'y avait pas d'ouverture par devant au haut des vieux surplis anglais catholiques , et que les manches étaient m^me plus grandes que je ne me l'étais figuré. En adoptant ces améliorations, la forme en devint parfaitement gracieuse et souple. De plus, ce vêtement était entièrement foit d'après la forme et les dimensions données par saint Charles Borromée et Gavanti.

Il s'agissait surtout de redonner à la chasuble son ampleur ancienne et emblématique. N'ayant pas encore entendu parler du vêtement de Mawley, je fus à l'étranger pour voir des modèles. En Belgique , il y a plusieurs anciennes chasubles. Toutes celles que je vis ont été retaillées, même depuis peu. Les deux, figurées par les Bollandistes (AA. SS. Maii, vin), ont eu le même triste sort. Dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle , il y en a une qui m'a semblé être du xv* siècle ; elle est belle et entier \ Pendant une excursion que je fis en 1838, pour rechercher les antiquités ecclésiastiques, en Belgique et sur les bords du Rhin , j'eus le bonheur et le privilège d'examiner cette chasuble à loisir, de la manière la plus minutieuse, et même de la mettre. A mon retour en Angleterre, j'en fis faire une sur le même modèle et de la même couleur, violette, ornée absolument de la même manière. Puis je fis faire des manchettes, des ajustements pour le bas d'une aube et pour l'amict, ornements appelés anciennement en France « parures » ou « parements ». Ces parements furent travaillés en soie blanche, sur nn fond violet, pour aller avec la chasuble, et d'après le genre de ces mêmes ornements qui se voient sur la tombe de Woldeby, évêque d'York, dans l'abbaye de Westminster. L'évêque Walsh (j'étais alors en mission dans l'arrondissement du milieu) ' me donna la gracieuse permission de reporter des vêtements taillés selon la vieille forme; dès lors, pour la première fois depuis le changement de religion en Angleterre , je mis mon vêtement de forme ancienne toutes les fois que le service du jour devait se dire en violet. A la fin du printemps de la même année, mon habile ami, M. Pugin, m'emprunta chasuble, aube, amict et parements, pour en foire exécuter de semblables. Bientôt la chasuble, dans sa vraie, ancienne et gracieuse

4 . De nombreux évèques, en France, le cardinal deBonald à leur tête, font tout pour donner à leur dergé et à leurs compatriotes le goût des antiquités de TÉglise ; nous osons espérer qu'ils ajouteront bientôt un nouveau titre à la reconnaissance des antiquaires et des liturgistes, celui de remettre en usage la belle et grande chasuble, qui est aussi ancienne que le catholicisme : beau symbole de Tunité de croyance qui existait autrefois, et qui , nous en avons Tespoir, reviendra saisir encore le monde chrétien. (Noie de M. Hock,)

forme , se répandit dans tout l'arrondissement du milieu. Un peu plus tard , d'après l'autorité dé la superbe chasuble de Wensley et de quelques autres , j'ai réussi à rendre à l'aube un ornement anglais encore bien plus ancien : c'est une jolie bordure de petit lacet rouge, tout autour de l'ourlet etau bas des manches de ce vêtement de toile.

Les arts catholiques ont en général fait beaucoup de progrès en Angleterre. L'architecture surtout , pendant ces dernières années , a produit des merveilles en ce pays. Ne nous imaginons pas cependant que la bonne œuvre soit accomplie. Il y a encore beaucoup à faire ; nous venons seulement de commencer. Par exemple, en architecture, aucune église bâtie depuis la renaissance catholique ne peut se dire sans défauts, comme un modèle de cette espèce devrait l'être , pour les dimensions , pour les ornements intérieurs, pour la disposition. Sans claristère (série de fenêtres de la nef centrale), la nef ne peut jamais être assez éclairée. On devrait préférer la voûte à la toiture apparente, non-seulement pour la beauté, mais pour que l'église fût plus chaude en hiver et plus fraîche en été. Cependant trèspeu de nos églises nouvelles ont le claristère ; aucune n'est à nervures ni voûtée , pas même en bois , quoiqu'on en trouve tant de beaux modèles de cette espèce dans les anciennes églises de ce royaume. Ainsi , à la cathédrale d'York, avant le dernier incendie; ainsi à Winchester, àSaint-Alban, à Warmington, à Selby et dans bien d'autres endroits. Quelques-uns des combles ouverts, dernièrement construits , ont pris autant de bois et ont coûté tout autant que s'ils avaient été voûtés à nervures et garnis de c6tes en chêne. Sur les murs de nos anciennes églises étaient peints des sujets religieux et la vie des saints qu'entouraient des inscriptions nombreuses. Le diapré, devenu maintenant la chose principale, n'était alors qu'un accessoire, et Ton s'en servait fort peu. Heureusement nous possédons des artistes qui seraient trop heureux d'être appelés à réveiller, pour ainsi dire, les murs assoupis de nos églises par la vie des saints , et à les réjouir de l'histoire toujours vivante de notre foi. Quel est l'heureux de ce monde, quel est 1 homme riche qui sera le premier à en donner l'exemple et à conquérir ainsi une grande gloire ? Les artistes, à qui il serait donné d'embellir la maison du Très-Haut, devraient bien se garder de prendre pour modèles les premières représentations du moyen âge; ce sont des imitations sauvages ou chinoises, peu dignes des temples chrétiens. Les artistes contemporains se trompent ordinairement dans leurs représentations de personnages sur les vitraux , dans leurs peintures, leurs sculptures, leurs crucifix, et tous les autres objets du culte; ils se trompent, faute de bon goût, de bon jugement et d'une vraie

L'ARCHÉOLOGIE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE. li?

connaissance des choses. Quoique désirant ranimer le goût de ce style gracieux, noble et vraiment ecclésiastique qui éclate dans les églises du moyen âge , nos artistes ne se donnent pas le temps de réfléchir et ne prennent pas la peine de chercher les meilleurs modèles ; ils s'emparent des premiers qui leur tombent sous la main. Attirés par les beautés d'une des figures , ils n'en regardent pas les défauts, ou plutôt ils s'efforcent d'admirer les laideurs qui y sont mêlées. C'est pourquoi, si l'on rencontre souvent le portrait d'un saint dont la figure dénote la plus grande ferveur, l'air humble et résigné, aussi belle que la beauté de Sarah peut se rendre, figure angélique, dont le corps gracieux et d'une attitude aisée a toute la dignité qu'un vêtement bien mis peut lui donner, il faut dire aussi qu'à cette même représentation les pieds sont quelquefois tournés en dedans, moins semblables à des pieds qu'à de longues mains maigres et hideuses, dont les doigts n'auraient jamais pu se plier, car ils n'ont pas l'air d'être articulés. H y a des crucifix modernes, laids à faire peur, et bien plus propres à choquer qu'à inspirer la piété, car de tels squelettes sont une profanation du saint, du haut et divin objet qu'ils doivent nous rappeler. Pour qu'une peinture ou un morceau d'architecture sente le moyen âge, il n'est pas nécessaire qu'ils soient remplis de caricatures et qu'ils donnent aux choses pieuses une apparence burlesque. Autant qu'il leur était possible , nos vieux artistes catholiques tâchaient de rendre à toutes les parties de leurs portraits l'air aussi doux , aussi convenable, aussi angélique qu'ils le pouvaient. Il y en a qui ont bien mieux réussi que d'autres, ce qui a toujours été et sera toujours. A toutes les époques du moyen âge , on pouvait , comme maintenant , trouver de très-bons peintres et de très-bons sculpteurs, connaissant tous les mystères de leur art, capables de surmonter toutes les difficultés, experts à manier le pinceau ou le ciseau, tandis que d'autres artistes étaient ignorants, mauvais, maladroits, conmiuns, grossiers. En restaurant ce style de l'art religieux particulier au moyen âge et si véritablement chrétien, les artistes ne peuvent pas se contenter des premiers modèles venus ou rencontrés comme par hasard ; ils doivent, au contraire, s'attacher aux bons , aux meilleurs , qu'on trouve facilement quand on veut prendre la peine de les chercher. Dans toutes nos anciennes églises collégiales et cathédrales , quoique beaucoup de William Dowsing y soient entrés avec le marteau destructeur et la brosse du badigeon blanc, il existe même encore maintenant des peintures et sculptures qui peuvent se comparer aux plus beaux ouvrages du génie moderne. Nous avons, dans nos manuscrits peints par des Anglais , des miniatures que Raphaël aurait été content d'avoir inventées et Julio Clovio fier d'avoir enlumi-

IW ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

nées. Il est douteux qu'on trouve maintenant en Europe un artiste qui surpasse ou même égale la liberté naturelle de contour, l'agrément de figure, la beauté de visage qui distinguent les miniatures du petit, mais précieux manuscrit de la vie de saint Guthbert, appartenante sir William Lawson. Ces qualités brillent au plus haut degré dans le glorieux voinme, appelé le psautier de la reine Marie , qui se trouve au British Muséum^ parmi les manuscrits de la Bibliothèque Royale, où il est marqué 2 B VIL

Les Grecs païens ont choisi le beau et le convenable comme leur règle souveraine dans les beaux arts, qu'ils ont toujours rendus, pour ainsi dire, les serviteurs et les esclaves de leur folle religion. Il faut que nos artistes se déterminent à ne pas être surpassés par ceux du paganisme, et il faut qu'ils emploient toute la beauté, toute la puissance de leur talent à soutenir la seule vraie , pure, infaillible et sanctifiante foi de Jésus-Christ, enseignée par son Église. Qu'ils prennent donc pour leur devise le beau , le vrai , le saint. Qu'ils copient toutes les beautés chrétiennes et évitent toutes les laideurs qu'ont pu exprimer certains artistes du moyen âge. Pendant qu'ils travailleront à embellir la maison de Dieu et à donner, par les murs et les fenêtres, une silencieuse instruction à l'ignorant comme à l'homme lettré , ils éclaire* ront, pour ainsi dire, nos églises de la lumière évangélique ; ils enseigneront aux hommes ce qu'ils doivent croire et faire en cette vie, ce qu'ils doivent attendre et espérer dans celle à venir.

Peu de nos architectes, si même il en existe un seul, ont montré du goût pour le beau et le convenable. Catholiques et situés, comme nous le sommes en Angleterre, ce n'est pas tout endroit qu'il faudrait acheter pour y élever nos bâtiments ecclésiastiques ; il convient de faire un choix, quand ce choix est libre. Dans les grandes cités, il faut que l'église soit près de la ville, à portée des fidèles. Mais il n'en est pas de même pour les villes de province, et encore moins pour les villages. Là, toute église devrait, autant que possible, être placée, non pas trop à l'écart, mais cependant de manière à s'éloigner de ce monde bruyant , afin qu'elle eût comme une atmosphère à elle , tranquille, consolante, calme. Qu'elle soit assez loin du village ou de la ville pour n'être pas à portée des odeurs et du bruit du ménage, des rires éclatants , des cris, des chansons , des querelles , des grondements aigres de la mère en colère, de la saleté des enfants, de la puanteur et de la fumée des étables. Qu'y a-t-il de plus profane, de plus inconvenant, que d'entendre, au moment le plus solennel de la messe, des clameurs si mondaines? Qu'y a-t-il de moins sanctifiant pour l'âme, pendant une procession ou pendant le service des morts ? Nous devrions choisir un endroit un peu retiré de la ville

pour chaque nouvelle mission de province: d'abord le terrain serait moins cher, et il n'y aurait pas d'obstacle pour que l'église fôt dirigée, comme elle doit toujours l'être, de l'est à l'ouest. Les alentours pourraient s'arranger de manière à ce que le prêtre et son troupeau, sans dépasser les limites de leur territoire, pussent suivre les cérémonies de l'église et marcher en procession aux différentes solennités de notre cnlte.

Ainsi donc, pendant que nous tâchons, avant tout, d'adorer Dieu en esprit, soyons sûrs que l'âme humaine peut, que dis-je? doit , en vertu de sa nature propre et de son existence dans un corps matériel , s'instruire par quelqu'un de ses sens. L'architecture, les vêtements et tant d'autres objets, dont nous nous servons pour l'adoration extérieure du Tout-Puissant , peuvent nous apporter le plus grand secours pour la défense et la propagation de la vérité.

Un acte du parlement a pris aux catholiques les murs matériels, les belles églises de notre pays , les grandes terres , les riches legs qui leur appartenaient et qui leur avaient été donnés volontairement, par des particuliers, pour des usages purement catholiques. Un acte du parlement a nommé d'autres hommes pour enseigner une autre foi, et les a institués comme successeurs de l'héritage laissé par des mains bienfaisantes. Mais cet acte ne pouvait faire plus ni aller plus loin. L'épée protestante s'émoussaaux cho>es spirituelles. Quoique maniée par la main du plus adroit et du plus hardi laïque, elle n'a pu atteindre ce qui était au-dessus d'elle. Les prêtres catholiques n'en sont pas moins les successeurs, les vrais, les seuils successeurs des prêtres etévêques de l'ancienne Église anglaise, en tout ce qui regarde la doctrine et le droit spirituel canonique et apostolique d'enseigner la foi chrétienne au peuple de ce pays. Que l'art continue donc à nous venir en

aide , et notre force en sera presque doublée.

Daniel ROGH,

Chanoiiie de l'église ratholiqae d'Anfleierre.

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