‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 45 sur 103 · XI. S · texte numérisé non relu

XI. S

La Sainte- Chandelle d'Arras. ~ Documente sur l'art et la littérature du rwf aièele. ~ Coneervation des euisinea des ducs de Bourgogne. — Keslauration de l'hOtel de ville de Saint-Quentin. — Devis d'une église nouvelle en style du xiii« siècle. -- Liturgie dramatique et rubriques en vers. — Une messe en plain-chant du iiii^siMe* — Mouvement archéologique à Dunkerque et dans le nord de la France. — L'Art et l'archéologie au uxt siècle.* Achèvement de Saintr-Ouen de Rouen. — Adhésions et encouragements.

La Sainte-Chandelle d*Arras. -^ En publiant dans les « Annales Archéologiques », volume x, pages 321-327, Tarticle et les dessins relatifs à la Sainto-Chandelle d*Arras, nous disions : c Dans une livraison prochaine , nous offrirons les curieux détails décrits soigneusement par M. de Linas : r Agneau divin percé et comme poignardé de sa croix ; les nielles fantastiques , à têtes , rinceaux et bètes ; les arabesques , les frises et filigranes. Ces détails , de grandeur d*exécution , pourront servir aux orfèvres de nos jours qui ont du goût pour Tart roman et gothique des premières années du XIII* siècle. » — Voici donc la planche promise ; elle complète ce que nous avions à dire et à montrer sur la Sainte-Chandelle. M. le baron de Guilhermy a bien voulu nous donner, pour accompagner cette planche de détails, les lignes qui suivent. Cette note, non-seulement intéressera nos lecteurs; mais encore elle ne sera pas inutile, nous le pensons, à notre ami M. Charles de Linas , membre non résident des Comités historiques , qui s*occupe depuis longtemps d'une monographie détaillée ou « Histoire du saint Gerge d'Arras ». — Voici les renseignements de M. Guilhermy : « La description du reliquaire de la sainte Chandelle d'Arras , et de la chapelle qui avait été construite en mémoire du miracle opéré sur les malades du feu ardent par La vertu de ce cierge apporté du Gel , a donné lieu à la publication, dans les a Annales », de gravures très-intéressantes et d'un article rempli de faits curieux. Je me suis rappelé , en lisant les détails donnés par M. de Linas, que j'avais en ma possession un monument qui pouvait servir à les compléter. C'est la copie d'une inscription tracée en caractères gothiques sur des panneaux de boiserie qui faisaient autrefois partie de la décoration de la chapelle de la Vierge, dans la cathédrale d'Arras. L'inscription porte sa date , comme on va le voir; elle se termine par le millésime 4581 . Les panneaux ne présentaient aucune ornementation. Le texte se détachait en noir sur un fond qui avait pu être blanc. J'ignore ce que ces panneaux seront devenus. Lorsque j'ai copié l'inscription, ils étaient exposés, comme des objets de peu de valeur, en dehors de la boutique d'un marchand de curiosités de la rue de Se^ne, à Paris. Leur place naturelle eût été dans le musée de la ville d'Arras , où ils auraient figuré comme monument authentique d'un fait célèbre dans l'histoire locale. L'examen du texte de l'inscription fait ressortir plusieurs circonstances assez notables. Les malades du feu ardent accouraient en foule dans la cathédrale d'Arras. Ithier et Le Normand avaient souvent c sonné » et chanté à haute voix devant l'image de la Vierge , et c'est là sans doute ce qui leur mérita d'être choisis pour la

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mission dont ils furent chargés. L'apparition et le don du cierge eurent lieu dans la cathédrale, en la chapelle de la Vierge. Cent quarante-quatre personnes furent immédiatement guéries en buvant de l'eau dans laquelle avaient été versées quelques gouttes de la cire du cierge miraculeux y et un incrédule fut frappé de mort en présence de tout le peuple. L'évèque fît poser dans la chapelle de sa cathédrale, où le prodige s'était manifesté, une inscription gravée sur marbre, qui existait «ncore à la fin du xvi* siècle. Placée ensuite dans la « chapellette » du Petit-Marché , la sainte Chandelle conservait , après six cents années , sa vertu première pour la guérison des malades. Tous les ans , la veille de l'Assomption , l'histoire du miracle se récitait dans la chapellette en « chants et langage antique ». Rien ne serait plus curieux que la publication de ce récit, qui était probablement accompagné de quelques cérémonies dramatiques destinées à reproduire les circonstances de l'apparition. Enfin, chaque année, le dimanche après la Fête-Dieu, une procession solennelle apportait la sainte Chandelle dans la mère-église. Deux cierges du poids de cinquante livres étaient offerts à la cathédrale , redevance qui avait pour but de rappeler que cette église avait eu , pour ainsi dire , les prémices du miracle. La cérémonie se terminait par un baiser de paix que les chanteurs de la confrérie de la sainte Chandelle se donnaient les uns aux autres , en souvenir de celui que s'étaient donné , en présence de l'évéque Lambert , les chanteurs Ithier et Le Normand. — On sait que les trésors des églises de France renfermaient autrefois un certain nombre d'objets qui passaient pour avoir été apportés directement du ciel. J'en citerai quelques-uns des plus connus : l'oriflamme , la sainte ampoule de Reims et celle deMarmoutier, le vase qui contenait la sainte larme à la Trinité de Vendôme , l'épée et le bouclier de saint Michel au mont Saint-Michel, l'encensoir et le cierge dont le Christ s'était servi quand il vint consacrer lui-même l'église Saint- Paul à Lyon , deux torches de cire qui brûlèrent pendant la consécration miraculeuse de la cathédrale du Puy et qui sont encore conservés au musée de cette ville, etc. Ce serait rendre un véritable service à l'histoire et à l'archéologie que de rechercher avec soin, et sans parti pris, l'origine de ces singuliers monuments. Les croyances qui s'y rattachaient avaient une vitalité qu'on ne peut nier. Ainsi la cathédrale d'Arras est tombée avec la chapelle du marché et je ne sais combien d'autres églises de la même ville ; la sainte Chandelle vit encore. Je demande pardon aux lecteurs d'avoir aussi longtemps abusé de leur patience. Voici enfin le texte de l'inscription :

En l'sn vril etctncq plosiean forent toirmentés en difenes penles de teon eorps d'one maladie horrible nommée feo ardant lesqoels ne trouvant allégeance de secours homaln eurent recours an souTerain médeein se transportants de divers cosiés en cesie mère église pour avoir confort et gnarisoo par l'intercession de la vierge sacrée marie laquelle de nuyt apparut en viaioD ft deoiz ebanieurs dont l'nng avoit à nom ithier natif et résidant çn brabaot , l'auu^ s'appeiloit pierre le normand de sainct pol en (ernois qny avoH homicide le frère dud. ithier lesqoels avoient souvent sonné el chanté à baolte voix pseanmes hymnes el oraisoos devant son ynnge, leiir enjoindant d'aller incooliaent à arras vers revesqoe lambert homme de salncte vie et oser de son conseil pour donner soBlas auli patients ce que firent promptement dont normand arrivé fit le discours de la vision audit lambert evesqoe qoy n'en fit cas rappelant jonglenr et menieur, mais entendant UMt après par libier le même discours fil rechereher ledit normand, ithier oyant que normand esioil présent jura le bon dieu que s'il le renconiroit il le tuerolt dont revesque voyant estre ehose miraeulease les fit s'enirebaiscr en signe de paix ce faict se mirent Icy par ensemble eu oroyson

devant l'image de la vierge laquelle environ la minolct apparut à eulx el leurs bailla le chierge ardant ordonnant qu'ils fissent dégouUer la cire en vasseaolx d'eau laquelle servirait de breuvaige salutaire aulx patients dont sept vingts f t quatre furent sains et ung seul mescréanl inoorui de rage devant tonte l'assistance, dont l'évesqoe en mémoire de ce cy fit poser le marbre que voyex et ftat lors receu en la confrairie et par après plusieurs prélats nobles et bourgeois. ledit chierge est encore à présent en la chapellette sur le peUi marché faisant les mêmes opérations que dessus où tous les ans la veille de l'assumpiion uostre dame se récite tout au loing cette histoire en chants et langage antique, mais le dimencbe après la jour du sainct sacrement ledit chierge accompaigné de messieurs de les ville et cité d'arras des serments et aullres s*apporte processionnellement eu ceste mère église avecqne deux aullres chierges pesants cinquante liv. lesqoels en signe d'hommage et recognoiMance se doivent à ceste dicte église, ledit chierge est posé sur 1' anstel nostre dame de primes où ceux qui pour le temps sont constitués chanteurs se baisent Cung fautre en signe de paix puis ehascun se retire. — 1581.

Documents sur l'art et la littérature du xvi* siècle. — « Mon cher collègue et ami, dans votre travail sur la « Procession dramatique au xvi* siècle », vous vous étonniez avec raison de Timportance accordée à un fait ( la conversion de la Madeleine) , qui n'est que secondaire dans Thistoire de la religion ; puis vous ajoutiez : «c Peut-être la ville de Béthune avait-elle des reliques de sainte « Madeleine ». (« Annales archéologiques » , tome x , page 313.) Or, je viens de découvrir, dans les comptes de la maladerie de cette ville , un document qui , en même temps qu'il nous révèle une œuvre d'art , peut nous donner le droit de penser qu*à Béthune sainte Madeleine était particulièrement honorée. Le receveur de « le bonne maison » des ladres porte en compte, en 1503 : 4" la somme allouée, chaque année , aux sergents qui vont à « le bonne maison , le jour de Pasques a fleuries , asQn que nulz n'y meffaice » ; 2<* les v s. accordés au prédicateur, qui fit le sermon en ladite maladerie, le jour de Pâques fleuries, comme de coutume ; 3* les xiii cierges d'une livre chacun, fournis lo jour de Pâques. Puis il a déclare qu'il payé vi s. à Marmoutier, pour avoir fait « ung « chief nœuf , â Tymaige de la Magdelaine estant en lad. chappelle , et remis à point; et que sire « Olivier Vicogne , pbre , a exigé xxxii s., pour avoir paint d'or et d'asur, et autres couUeurs , lad. « ymaige. » Cet ecclésiastique, Olivier Vicogne, avait acquis une certaine réputation comme peintre, puisqu'on 4500 la ville l'avait chargé de peindre un grand blason aux armes de l'archiduc (Philipped'Autriche), orné de neuf aunes de drap aux couleurs du prince , blason qui devait être placé sur la façade de la halle, lorsque ce souverain ferait son entrée dans sa bonne ville de Béthune (le 25 mai ) . Observons ici que plusieurs prêtres de cette cité étaient alors considérés cx)mme des artistes remarquables. Béthune s'était, il est vrai, constituée la digne et magnifique protectrice des arts, puisqu'en i 529 , profitant des fêtes données à l'occasion de la paix de Cambrai , ses magistrats ordonnaient à ses habiles orfèvres des prix aussi riches que variés, prix que les officiers municipaux « avoient advisé unanimement ensamble donner aux rélorichiens, pour inciter le peuple à joye et « récréacion honneste. xVssavoir est : cestuy quy fera la meillieure l)allade, sur le reffrainct quy « s'ens., aura ung escu d'argent, où sera emprainct ung aigle de sable lyet par nœu d'amour à ung « lys, vaillissant demye onche d'argent ou en desoubz: par paix est joinct l'aigle a la fleur nE « LYS. Cestuy quy fera la meillieure polite ballade aprez , dont le refrainct est tel , aura ung escu « d'argent , où seront emprainctes deux dames tenant une paix , vaillissant le tierch d'un onche « d'argent ou en dessoubz : saiges dames sont a prisier. Cestuy quy fera le meillieur rondeau, sur 0 ce refrainct i aura ung escu d'argent , où sera emprainct l'Empereur, vaillissant le quart d'une a onche ou en dessoubs : a l'empereur soyons fidèles. Cestuy ou ceux qui joaront la meillieure « moralité, touchant la paix , aura ung escu d'argent, où sera emprainct ung befroy et les armes de « la ville, pesant demye onche d'argent ou en desoubz : It. La plus belle compagnie quy viendra en a ceste ville , de dehors , aura ung cheval d'argent. »

— « Par les deux dames qui tiennent une paix, dont il est question dans ce texte, on personnifiait Marguerite d'Autriche et la duchesse d'Angouléme , parce que ces deux princesses remplirent les fonctions de plénipotentiaires dans ce traité de Cambrai, surnommé « la Paix des Dames » — Ces documents sont tirés des Archives de Béthune , t Reg. aux Mém., » fol. 15, recto et verso.

« Baron de la Fons-Mélicoq. »

Conservation des cuisines des ducs de Bourgogne, a Dijon. — Le 20 mai dernier, M. Henri Baudot, président de la commission des antiquités départementales de la Côte-d'Or, nous écrivait : — « Monsieur et ami, j'ai la satisfaction de vous annoncer que, par suite des observations présentées par la commission archéologique de la Côte-d'Or au conseil municipal de Dijon, et peut-être par suite aussi des démarches officieuses que j'ai faites près de ses principaux membres, les somptueuses cuisines de notre palais ducal ne seront pas détruites. L'architecte fera coordonner les constructions nouvelles avec ces respectables débris, témoins palpables de la magnificence des fêtes que donnaient nos anciens souverains. La décision n'est pas encore prise d'une manière offi-

cielle, mais j*ai Vespérance qu'elle le sera. Je m'empresse de vous en instruire, dans la persuasion qu'elle vous sera agréable, bien qu'elle ne soit encore que confidentielle. » — Les 8 et 26 juin, nouvelles lettres de M. H. Baudot. Cette fois, nouvelle positive et officielle que les cuisines ducales seront sauvées. — a Monsieur et ami, je m'empresse de vous annoncer que le conseil municipal de Dijon, après avoir ordonné à son architecte de dresser de nouveaux plans pour faire coordonner les nouvelles constructions avec les précieux restes de notre palais ducal, a définitivement adopté le projet qui conserve les cuisines monumentales de nos anciens souverains bourguignons. Nous avons donc obtenu victoire complète. Ces plans sont à Paris pour être soumis à l'approbation de l'autorité supérieure; à leur retour, il seront exécutés immédiatement. Notre commission archéologique aura enfin un local convenable pour développer son musée lapidaire, qui contient des monuments précieux pour l'histoire du pays. Je me propose d'y faire les distributions les plus convenables, et l'architecte paraît très-disposé à seconder mes vues à cet égard. i> — Nous venons de recueillir de la bouche même de M. le comte de Montalembert, qui accompagnait dernièrement à Dijon le président

de la république, que les cuisines ducales étaient sauvées définitivement. M. de Montalembert nous a également appris que l'hôpital Saint-Jean , à Bruges, dont il a été question dans les « Annales Archéologiques » de janvier-février de cette année, ne courait plus de danger sérieux et qu'on s'occupait d'en assurer la conservation. M. le comte de Montalembert est persuadé, et ce n'est pas nous qui serons d'un avis contraire, que ces résultats sont dus à la publicité. Nous prions donc nos lecteurs et nos plus zélés correspondants de nous envoyer des notes sur tous les monuments qu'ils sauraient être menacés de destruction, de mutilation ou de restauration maladroite. Ces notes, que nous imprimerons toujours dans les « Annales » et que nous enverrons, le cas échéant, à des journaux politiques favorables à nos études, contribueront certainement à préserver les monuments les plus menacés.

Restauration de l'hôtel de ville de Saint-Quentin. — A propos de monuments menacés d'une restauration fâcheuse et qui pourrait équivaloir à une destruction, nous devons signaler l'hôtel de ville de Saint-Quentin, ce monument civil du xvi« siècle gothique, comme la France en possède si peu. M. Emmanuel Woillez, correspondant du Comité historique des arts et monuments, nous adresse de Saint-Quentin la lettre suivante que nous avons hâte de publier et qui, cependant, arrivera peut-être encore trop tard. — a Monsieur, non-seulement nous sommes menacéis d'une restauration complète de la façade de notre hôtel de ville, qui date, comme vous savez, de 4509 ou 4510 ; mais déjà M. Lacroix, architecte officiel de Paris, a produit ses plans, et la démolition de toute la partie supérieure, c'est-à-dire des trois frontons qui le cx)uronnent, est entièrement terminée. D'après les projets de cet architecte, il y aura restauration complète , c'est-àdire qu'on va tailler, mutiler, ajouter. On a déjà cherché à faire prévaloir quelques raisons contre une telle manière d'opérer au point de vue de l'art, mais toutes les objections ont été écartées par la nécessité d'une transformation entière de l'état actuel. Il faut restaurer à tout prix. Le plus curieux de l'affaire , ce sont les motifs allégués par les partisans, je ne dis pas des restaurations, mais des additions projetées. Vous vous rappelez que l'amortissement de la façade, composé de trois frontons triangulaires, présente à l'extrémité de chacun de ces frontons des tiges en fer qui ont probablement soutenu quelque objet ; puis, de la base du fronton central, au point où s'élèvent les rampants, on trouve également des tiges de même métal ayant eu sans doute la même destination. Savez-vous ce que M. l'architecte a d'abord proposé pour couronner ces frontons? une figure de saint Quentin et deux anges! Et, quant aux tiges du fronton central? un singe et un chien ! Il est vrai qu'il symbolise ainsi ces deux animaux : dans le chien on peut voir, a-t-il dit, la fidélité des habitants de Saint-Quentin ; dans le singe, leur merveilleuse facilité à entreprendre plusieurs industries. On oppose à ce projet : 4® que les pierres qui terminent les pignons n'ont jamais pu sup* porter de statues (et M. l'architecte n'a pu contredire ce fait) ; 2" que les tiges de la base du fron-

ton ont plutôt seni à soutenir des pinacles ou des clochetons que n'importe quoi ; 3^ qu*il y avait plus de convenance à terminer les frontons par des expansions végétales, suivant le goût de Tépoque, plutôt que d*y placer des statues; i^ qu'enfin, dans le doute, on ferait mieux de s'abstenir plutôt que de faire des additions hypothétiques. Ces quatre raisons, passablement bonnes, seront probablement peu écoutées, et Ton passera outre; car, avant tout, il faut restaurer quand même. Voilà donc un monument authentique de la première moitié du xvP siècle, livré à des modifications dont on ne peut justifier convenablement ni la nécessité ni l'esprit : c'est une hérésie au point de vue de l'archéologie ; c'est une monstruosité en esthétique. Une protestation a été adressée au congrès archéologique qui s'est réuni à Laon les 6 et 7 de ce mois de juin ; mais comment intervenir efficacement pour combattre les prétentions des restaurateurs à tout prix? M. le ministre de Tintérieur doit entrer pour un tiers dans la dépense, et les plans ayant été reçus et approuvés par la commission des monuments historiques , la seule ressource est d'en appeler à la presse, pour que la ville de Saint-Quentin ne laisse pas passer, sans réclamation, les travaux qui vont commencer au premier jour. Telles sont les réflexions que je livre à votre appréciation. Faites-en l'usage que vous voudrez ; mais ne laissez pas passer, je vous prie, ce système de a restauration absolue », sans l'attaquer vivement. En province, on n'est malheureusement que trop disposé à entrer dans cette voie ; mais que ce soit de Paris que nous vienne « cette lumière », c'est ce que, je crois, on ne saurait admettre, sans répudier toutes les convenances architectoniques, en même temps que le respect dont on doit entourer les anciens monuments. Adieu, mon cher monsieur Didron ; vous voyez que je reste fidèle aux bonnes traditions et à ce que vous avez si souvent combattu dans vos écrits. Je vous serre cordialement la main et vous recommande, en vous disant au revoir, notre pauvre amputé. — Emmanuel Woillez».

Je m'associe de.toutes mes forces à la protestation de M. Emmanuel Woillez. L'hôtel de ville de Saint-Quentin , monument à peu près unique en France , peut avoir besoin de consolidation , mais non de restauration, pas surtout d'une restauration comme parait l'entendre M. l'architecte chargé de cet édifice. Les monuments du moyen âge , même ceux de la renaissance , ont un caractère propre à leur destination. Sur les églises , on étale des sujets religieux ; sur les châteaux-forts , on applique des sujets guerriers; les monuments civils, comme l'hôtel de ville de Bruxelles, comme celui de Saint-Quentin , se décorent de sujets plutôt civils et bourgeois que militaires et religieux. L'hôtel de ville de Saint-Quentin est surtout remarquable par ce caractère tout spécial. Les 4 73 statuettes et figurines, que j'y ai comptées en 4 836, représentent des sujets de fabliaux, des animaux qui prêchent, des coqs qui se battent, des cochons qui mangent des glands , des lapins et des chèvres qui broutent des herbes potagères et des feuilles d'arbustes , des écureuils qui épluchent des pommes , des singes montés sur des échasses et qui font mille grimaces aux passants. La chauvesouris , le moineau 4 le hibou , le chien , le cochon , c'est-à-dire les oiseaux vulgaires et les bêtes de basse-cour abondent sur cet édifice. Us répondent à des fous plus laids et plus grimaçants que des singes, à des bourgeois et à des bourgeoises non moins laids et qui font des actions communes ou indécentes, à des paysans plus orduriers encore. Je sais bien qu'on y voit des animaux plus nobles, des aigles et des griffons. J'y ai même noté six anges qui font de la musique ; on y trouve le soleil et la lune , la Sainte-Face de Véronique et la figure de Notre-Seigneur. Mais ce sont de véritables caricatures. On les voit là sculptés , comme on les trouve décrits ou mis en action dans les fabliaux recueillis par Méon et Barbazan. Si ce n'est pas impie , c'est trivial , c'est ridicule. D'ailleurs, ce qui domine dans cette foule , ce qui accentue tout le monument, c'est le chat et la souris , le chien et le singe , le coq et la poule , le lapin et le cochon ; le gros homme ventru qui montre sa bedaine , quand il ne fait pas voir autre chose ; l'ivrogne qui perce un tonneau et s'enivre ; la. bourgeoise qui rit et se pince le nez avec des lunettes ; la femme cpii accomptit en public des actes que la plus grosse décence n'a jamais permis. Et c'est au-dessus de ces trivialités, de ces grossièretés , de ces ordures qu'on veut placer saint Quentin entre deux anges? 11 est vrai qu'on

songe à flanquer le glorieux martyr d'un chien et d'un singe , parce que la ville est 6dèle ( fidèle à qui ou à quoi? toutes les villes en sont là) et industrieuse ou maligne comme le singe. La belle société, pour un aussi grand saint! En vérité, tout cela est grotesque, et nous espérons bien que le gouvernement , quoiqu'on semble ou qu'on dise avoir obtenu son approbation , saura y mettre bon ordre. Si l'hôtel de ville de Saint-Quentin a besoin d'être réparé, et nous pensons qu'il y a urgence en effet, qu'on le consolide, mais qu'on n'y ajoute rien et qu'on n'en retranche rien. Toute modification, apportée à ce curieux édifice, serait un acte de barbarie.

Devis d'une église nouvelle en style du xiii' siècle. — « Monsieur et ami, la potiie église

de Yillefavard, publiée, description et gravure, dans un précédent numéro des « Annales Archéolo»

^ques 9 , me vaut ici , sur place , de nombreux compliments. A Paris , les compliments sont tem-

pérés par des critiques. J'accepte bravement les compliments pour la cause que nous défendons ;

quant aux critiques sérieuses , je suis tout disposé à en faire mon profit. Jusqu'à présent je n'en

trouve qu'une qui ait de l'importance ; on ne veut pas croire au bon marché de cette coflstruction.

Je réponds en publiant mon devis, et je réunis à cette pièce capitale le mémoire détaillé des

a dépenses soldées jusqu'à ce jour ». On voudra bien se rappeler que ce mémoire représente le

prix réel de la grosse construction , voûte , charpente et toiture comprises. U ne reste à exécuter

que le petit clocher. Voici donc , d'une part , le détail estimatif des travaux à exécuter pour

la construction de l'église de Yillefavard (Haute-Vienne).

fr. c.

4<* Déblaiement et fouifies pour les fondations et le périmètre de l'église, y compris le chemin de ronde , évalués à 345 mètres cubes, à 0 fr. 35 c. le mètre cube transporté à deux relais 440 25

2® Maçonnerie en pierres de taille (granit], en élévation pour la façade, le clocher, la tribune et son escalier, les fenêtres , les consoles et double recouvrement des contreforts , évaluée à 7i m. c. 70, à 45 fr., y compris la taille sauf ragrément et moulures 3,364 50

3* Dallage de la nef , des chapelles latérales , marches intérieures et extérieures par bandes régulières de 45 centim. d'épaisseur, taillées proprement et posées sur mortier de chaux et de sable, évaluées à 84 m. 42 superficiels, à 7 fr. le mètre carré. (Jusqu'au moment où l'état de la caisse permettra de daller l'église en briques de couleur, on se contentera d'un plancher à 2 fr. 50 c. le mètre : cette mesure réduit le devisd'une somme de 365 fr.) 567 84

4» Maçonnerie en moellon , à mortier de chaux hydraulique , évaluée à 364 m. cubes 83, à 8 fr. 60 c, y compris la taille du moellon pour les contreforts et les pans coupés 3,437 53

5» Voûtes d'arête et en ogive , avec arcs-doubleaux, en brique, mortier de chaux et sable, évaluée à 462 m. carrés 74, à 4 fr. 70 764 73

6" Plafond des voûtes avec moulures sur les arêtes , 462 m. c. 71, à 2 fr. . . . 325 42

7« Enduit extérieur en mortier de chaux hydraulique et sable , à deux couches rustiques, évalué à 407 m. 40, à 0 fr. 75 c. le m. carré, y compris l'échafaudage. . 305 55

8** Enduit intérieur à deux couches passées au bouclier pour recevoir les peintures, 428 m. 50, à 4 fr 428 50

9 ' Charpente de l'église , des chapelles et du clocher, y compris les cintres des voûtes et la foumiUire des voliges pour la toiture , prix convenu 4,200 >»

40o Couverture de l'église, des chapelles et du clocher, 220 m. carrés, à 2 fr. 75 c. lé m. carré, y compris fourniture d'ardoises, de pointes , main-d'tBuyre pour la pose des voliges et de» aréoises B%^ »»

n Fn

A reporter 40,A06 32

fr. c.

Report, 40,506 32

^^^ Plomb laminé pour le faîtage et les arêtiers des chapelles, H9 k. à 70 c. . 404 30

W Fer travaillé pour balustrade, croix, pentures, évalué à 230 k., à 4 fr. 20 c. 276 »»

4 3« Sculpture des moulures de la façade et des consoles 200 »»

4 4« Portes doubles en chêne 40 »»

Autels , chaire , confessionnaux, pour mémoire. (Provisoirement, on tirera parti

de l'ameublement de la chapelle que celte église est destinée à remplacer). Vitraux , 46 m. 47, pour mémoire. (Les vitraux à sujets sont donnés. Des vitraux

en plomb et à verres blancs n'auraient passé le devis que de la somme de cent fr.]. Cloches, pour mémoire. (On possède déjà une cloche. D'ailleurs les cloches ne font

pas partie des devis de construction] .

Honoraires de l'architecte et du conducteur des travaux , mémoire.

Total 44,426 62

Le présent devis , s'élevant à la somme de 44,426 fr. 62 c, est réduit, au moyen de la disposition adoptée à l'article 3 , à la somme de dix mille sept cent soixante et un francs soixante-deux centimes.

« Voici, de l'autre part, les dépenses faites pour la construction de l'église de Villefavard,

(compte soldé).

fr. c.

4» Déblaiement et transport de 200 m. cubes de terre à 0 fr. 35 c. le mètre. . . 70 »»

2<* Achat , transport et taille des pierres employées pour la façade , pour les fenêtres, consoles, tribune, escalier, contreforts, 63 m. 74 c. cubes, à 45 fr. . . . 2,866 95 3* Fourniture et façon de 364,83 m. cubes de maçonnerie en moellon, à 7 fr. 25 c.

le m. cube , sauf la chaux 2,645 04

4* Achat et conduite de 82 barriques de chaux. La barrique contient près de deux

quintaux métriques de chaux. De ces 82 barriques : 42 à 8 fr. ; 34 4/2 à 5 fr. 50 c. ;

5 4/3à6fr. ; 30à5fr. 75; 2à5fr 483 75

5» Achat et conduite de 43,300 briques doubles , à 40 fr. le mille 532 s»

6« Façon de 462,74 m. carrés pour la voûte faite avec ogives, avec arêtes et arcs-

dbubleaux , au prix de 4 fr. 50 le mètre 244 06

7* Prix donné au charpentier pour fourniture et façon du bois de charpente , des

voliges , échafaudage et cintre pour les voûtes 970 »»

80 Achat et conduite de 40,000 ardoises, à 37 fr. le mille 370 »»

9* Pose des voliges et ardoises sur 462 m. carrés , 0 fr. 75 c. le mètre. ... 424 50

40'' Diverses dépenses. — Clous, 48 k. à 4 fr. 70 c. ; pointes, 23 k. à 0 fr. 80 c. ;

plomb laminé, 89 k. 5 à 70 c. ; port, 4 fr. 50 c * . 446 45

Total 8,449 42

Total de la dépense soldée , huit mille quatre cent dix-neuf francs quarante-deux centimes. — La dépense soldée représente les travaux exécutés et divers approvisionnements en pierre, chaux et ardoise. — Les évaluations du devis ne seront pas dépassées.

«Abbé Tbxibr. »

Nos adversaires sont édifiés maintenant sur le prix d'une église en style ogival du xiii« siècle, comparé à celui d'une église en pseudo-grec ou pseudo-romain. Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nous donnerons des résultats et des chiffres de ce genre ; nous en attendons d'autres que M. Texier lui-même et plusieurs architectes nous ont promis. Si la lumière n'est pas

faite encore pour les aveugles volontaires, il est certaiu qu'elle brille déjà pour ceux qui demandent à voir. Le style payen est bien malade et la renaissance touche à sa décadence et à sa mort.

Liturgie dramatique et rubriques en vers. — « Évèché d*Âugoulème, 6 juin 4854 . — Monsieur, veuillez me permettre de prendre la défense d'un usage liturgique , autorisé par le cérémonial de Paris et qualifié par quelques ignorante de a singularité , d'anomalie ». Vous voyez quel est le but de ces attaques : la réforme de cet usage, sa suppression. Â nous de protester contre une telle mesure. Voici le texte même de la rubrique dont on voudrait se débarrasser pour rentrer dans l'uniformité de l'ordinaire ; il s'agit du jour de Pâques : « A Vêpres , les choristes sont revêtus « d'aubes parées et plissées.... Pendant I'H^ec dies, quatre adjuteurs , revêtus aussi d'aubes bien

« plissées, entrent au chœur Le Benedicamus chanté, on fait la procession  la suite du

« clerçé, viennent les quatre adjuteurs en aubes, puis les choristes... » [Cérétn, de rÉgl. de Paris, 4846, ch. 42, n" 4 et 5. Pâques.) Cette rubrique sera pleinement justifiée , quand j'aurai montré que l'usage de vêtir les choristes d'aubes parées , sans chapes , aux Vêpres de Pâques , procède à la fois et d'une idée symbolique et du souvenir d'un drame religieux , fort touchant et réellement bien regrettable. Un vieux livre de liturgie, malheureusement anonyme, me fournit pour cette explication les paroles suivantes , que je transcris fidèlement : a A Paris , après le dernier répons a des Matines , on faisoit l'office des Maries ; on alloit en procession au lieu appelle le sepulchre , « où Ton representoit les femmes qui allèrent au sepulchre de J.-C. Trois grands enfans de chœur « s'habilloient derrière l'autel en Maries, aiant un voile blanc sur leurs aubes, et, pendant que le « chœur chantoit VicTiMiE Paschali , le chœur venoit vers l'autel où étoient ces trois Maries , et

« disoit : Dio nobis Maria, et elles répondoient : Sepulchrum Christi viventis le tout en

« musique. Et après les avoir saluées et s'être tourné vers le chœur, on disoit Scimus Christum, et

« la musique reprenait Scmus christum Et le chantre s'en retournoit à la banque (qu'on

« appelle ainsi, parce que c'étoit un coffre où l'on serroit les numérots qu'on distribuoit] , et on

« entonnoit le Te Dbum On y a retenu de cette cérémonie à Pâques de ne pas porter de chapes

« à Vêpres , mais seulement des aubes parées , qu'on appelle les Maries. On fait porter ces aubes <( à Vêpres , pendant toute la semaine , par les choristes pour aller aux fonts , et représenter les « Néophytes ou nouveaux baptisez , qui venoient aux fonts pendant cette semaine avec des habits « blancs , qu'ils quittoient le samedi , appelle Sabbato in albis deponbndis , et le dimanche suivant « DoMiNiCA IN ALBIS DEPosiTis. » [La lÀturçie ancienne et moderne. 3' édit. 4752.) Qu'on se garde donc d'improuver ou de condamner c-e que l'on ne comprend pas. Point de jugement précipité, de réforme inconsidérée : la plupart des fautes ou des erreurs , qu'ont commises presque tous nos liturgistes des deux derniers siècles , viennent de ce qu'ils n'ont pas assez étudié le passé. Souvent aussi ils se refusaient à garder intactes les traditions d'une église, et ne prenaient pour guides que leur génie , parfois un peu gâté, et leur esprit novateur. Soyons plus sages qu'eux, puisque nous sommes plus éclairé». Nous- avons tout avantage à rétrograder : même de nos jours, le progrès n'est pas admissible en matière liturgique.

c Je vous ai promis, pour les « Annales Archéologiques », quelques rubriques en vers du moyen âge, que j'ai recueillies dans divers missels et bréviaires des bibliothèques de Paris. Je vous envoie aujourd'hui celles qui apprennent au prêtre à conclure les oraisons. Elles méritent une attention spéciale, et messieurs les ecclésiastiques en tireront certainement leur profit. Je les recommande , parce qu'elles offrent un double intérêt : pour l'amateur, ce sera simplement une curiosité liturgique; pour nous, elles ont l'avantage d'être d'une utilité trèsrpratique. (Breviarium Parisiense. « Parsaestiva. » 4557.)

Per DoximiM dicas, cum Pttrpm, presbyter, ons. Prineipio, Natum memoraos , dicas Pbr sdhdbm. Si circà flnem , Qui tkcum dicere debes.

Commemorans Flamen , ejd^dbii die propè flnem. SI loqoeris Nalo , Qui yiyis scire mémento. Expellens Saianam, dicas in fine pbr igrem.

Les vers suivants , quoique moins exacts quant à la mesure et la prosodie , me semblent plus clairs et plus complets. Je les extrais de mon Sacerdotal de f^enise (4560).

Cùm Patrem poslolas, Pn Domikcm dieere debes. Cùm Xfo sQpplicas, diras Qui vivis bt rbgras. Si Xp{a preponas, per bumdeii dicere debes; Sed si postponas. Qui tbcoh tivit bt régnât.

Si Spiritom nominas, Pbr oiiitatbii bjusvbii dicas. Cdm nominas Mairem, dieendo Dbi GBKiTaicBa. In fine condudas Qct tbcuii vel Pbr boiidbh.

« Je suis heureux de pouvoir vous apprendre que monseigneur Pie , évèque de Poitiers, a adopté la mitre basse, ainsi que monseigneur Régnier, archevêque de Cambrai. Celle de l'illustre archevêque est telle que peut la souhaiter l'archéologue le plus rigoureux , tant pour la forme , la coupe, la souplesse et Téfégance, que pour Tornementation et la disposition des pierreries. Inutile de voua dire que le beau xiii*' siècle a seul inspiré le dessinateur. Agréez, monsieur, la nouvelle assurance de mes sentiments dévoués. « L'abbé X. Barbibr. »

Une messe en plain-ghant du xiii« siècle. — Pour la première fois, depuis trois cents and peut-être, vient de s'exécuter une messe en vrai et pur chant du xiii* siècle. C'est à Bercy, le jour de la Pentecôte, en présence de quelques admirateurs du moyen âge, par les soins et le concours d'hommes pleins de zèle et d'enfants pleins d'ardeur, que s'est accomplie cette exécution. Jusqu'à présent , depuis la renaissance des anciens chants religieux , Paris et une certaine portion de la France n'avaient encore entendu que des morceaux isolés ou que des pièces, anciennes il est vrai, mais récemment harmonisées. Cette fois, c'est le chant à l'unisson, sans harmonie aucune et tel qu'on l'a trouvé dans un manuscrit de la fin du xiir siècle, qui s'est fait entendre. Un des assistants, M. Henry de Riancey, membre de l'Assemblée législative, a rendu compte, dans « l'Ami de la Religion d, de cette exécution importante pour les archéologues en général, et surtout pour les liturgistes et les musiciens. Nous ne saurions mieux faire que de transcrire les paroles de l'éminent écrivain^ qui sait, comme M. de Montalembert , faire de son temps plusieurs parts, et s'intéresser à tout ce qui est utile et grand ; qui rédige des lois , écrit des articles et des livres , encourage les artistes et l'archéologie , artiste et archéologue qu'il est lui-même. Voici donc ce que M. de Riancey publiait le 1 0 juin : — « Le retour vers les saines traditions de l'art chrétien se manifeste chaque jour par quelque nouveau et important progrès. Hier, saint jour de la Pentecôte, le plaiu-cbant du moyen âge a été exécuté dans sa pureté primitive en l'église de Bercy, près Paris. M. le curé de cette paroisse se livre , depuis longues années , à l'étude de la musique religieuse : il a retrouvé , à la bibliothèque de l'Arsenal , un manuscrit liturgique d'un intérêt capital. Ce livre, qui date vraisemblablement du xiv« siècle (ou plutôt de la fin du xnr), contient non-seulement le chant noté des principales parties de la sainte messe, mais encore celui des Introït, des Graduels, des Offertoires et des Communions des grandes fêtes. Comme manuscrit, il est admirable de netteté et de perfection ; nous en avons vu des calques et des fac-similés remarquables. Les « Annales Archéologiques » en publieront des types dans leur prochaine livraison. Le maître de chant des écoles communales et des écoles d'adultes de Bercy (M. Collet) a copié la messe entière , et nous avons eu le bonheur d'entendre, depuis le commencement jusqu'à la fin du saint sacrifice, l'harmonie, à la fois douce et sévère, pleine de pureté, de poésie et de sainteté qui retentissait dans nos antiques églises. Tout était chanté sans accompagnement , par des voix d'hommes et des voix d'enfants. L'effet a élé excellent, bien que parfois l'exécution n'eût pas la vigueur et la résolution nécessaires. Le Gredo, grave et uniforme comme une profession de foi, nous a semblé un peu monotone. L'Introït, les Èàkà^ luia du Trait, le Graduel, TAgnus-Dei sont d'une naïveté et d'une profondeur touchantes ; lea moyens sont parfaitement simples, les phrases sont faciles et la mélodie est d'une extrême suavité. Ce cîuiBt vous ramène invinciblement au milieu d'un siècle de foi et de piété. H est évidemment contemporain de nos merveilles architecturales ; on ne pouvait pas chanter autrement sous les aroeaun de la Sainte-Chapelle et sous les voûtes de Noti^e-Dame. C'est amsi bettu et aussi gfand. Au point de vue

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