‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 46 sur 103 · CO-G · texte numérisé non relu

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liturgique, nous avons été frappés des faits suivants : la prose ou séquence « Veni sancte Spiritus » existait dans le manuscrit. On l'a exécutée telle qu'elle y est écrite. Il y a un verset de plus que dans celle des missels actuels. L'Introït est le même, ainsi que l'Offertoire. Le Graduel et la Communion diffèrent; nous n'avons pu vérifier si ces parties de l'ofRce sont conformes au romain ou au parisien ancien. C'est là , du reste, une des questions que soulève le manuscrit et que nous ne sommes pas , quant à présent , en état de discuter. Le livre lui-même a besoin d'être étudié ; il vient , à ce qu'il parait , de Châlons. Nous ne doutons pas que la Commission du chant romain ne le connaisse et ne le fasse entrer dans ses laborieuses recherches. Nous ne saurions trop féliciter M. le curé de Beroy de l'heureuse initiative qu'il a prise. Cette restitution complète d'une messe en plain-chant antique a laissé une profonde émotion dans le cœur et dans l'âme de tous ceux qui l'ont entendue. La petite église de Bercy avait reçu, à cette occasion^ quelques appréciateurs éclairés, parmi lesquels nous avons remarqué M. le marquis de Pastoret ; M. Lassus, architecte de la Sainte- Chapelle et de Notre-Dame ; M. Nicolas, chef de division aux cultes; M. Didron, secrétaire du Comité des arts et monuments; M. Félix Clément, l'un des plus habiles promoteurs du rotour vers le diant ecclésiastique. Leur suffrage nous fait penser que la messe sera prochainement publiée, et nous ne doutons pas qu'aussitêt qu'elle sera connue , elle ne soit répétée dans un grand nombre d'églises et de chapelles. La majesté du caractère de cette œuvre, sa simplicité, sa facilité et les souvenirs où elle reporte la pensée, sont des gages assurés de l'accueil qui lui est réservé de la part de tous ceux qui sont chrétiens, et qui aiment le beau et le vrai dans l'art^ — Nous avons eu aussi l'occasion d'admirer le calice dont se sert M. le curé de Bercy. C'est la reproduction exacte d'un calice d'une haute antiquité, qui a été décrit et dessiné dans les a Annales Archéologiques ». La coupe est un hémisphère parfait ; le pied, qui est peu élevé, se rattache à la coupe par un nœud taillé à facettes, et se termine en s'évasant comme un lys renversé. La patène porte une main bénissante environnée d'un nimbe crucifère. Le dessin de ce modèle est d'une extrême pureté et l'ensemble est gracieux et sévère, ainsi qu'il convient à un vase destiné au plus auguste sacrement.

a Henry de Rianget. »

Le calice dont se sert M. le curé de Bercy a été exécuté, en effet, absolument sur le modèle de celui de l'évêque de Troyes, Hervé, mort en 4223. Ce calice est gravé dans les « Annales», vol. m, page 206. Il a semblé si beau de forme, si simple et si commode, que quatre orfèvres de Paris en ont déjà exécuté et placé une vingtaine à peu près, et qu'on en fait encore en ce moment. — Quant aux fac-similés du chant exécuté à Bercy, et que M. de Riancey annonce devoir être publiés dans les a Annales», en voici déjà une planche; elle ofîre précisément le a Gloria » qui a été chanté à Bercy et qui est celui marqué par la rubrique : a In totis dupplicibus et feslis sollerapnibus ». Notre intention est en effet de donner successivement, en fac-similés calqués rigoureusement sur le manuscrit , tout l'ordinaire de la messe , depuis le a Kyrie » jusqu'à « l'Ite missa est » , et d'y ajouter les messes des fêtes principales : de Noël , de Pâques , de l'Ascension , de la Pentecôte , de la Fête-Dieu, de l'Assomption. Tous les calques sont faits et les gravures commencées. On aura ainsi une œuvre utile et qui pourra s'exécuter partout , dans une cathédrale , comme dans une petite paroisse, comme dans des chapelles de communautés. On le sait bien, la pratique est le but que nous ne cessons de poursuivre dans nos études d'archéologie, et tous nos efforts tendent à faire réaliser les idées que nous propageons. Il est superflu, la gravure sous les yeux, de faire remarquer combien cette notation est agréable à voir, quelle jolie page de manuscrit on a avec ces deux « Gloria ». Et cependant , nous n'avons pu reproduire la couleur même des lettres, des notes, des lignes , des arabesques ; ni l'or, ni l'azur, ni le cinabre, ni le brun du xiii** siècle. Tous ces tiommes du moyen âge, même les simples scribes , ont un goût infini que nous ne saurions trop nous efforcer de comprendre et de reproduire.

Mouvement archéologique a Dunkbrque et dans le nord de la France/ — Depuis que

18i ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

M. Desmousseaux de Givré et IM. de Contencin ont quitté le Nord, il s'est fait, sous le rapport archéologique, un temps d'arrêt dans cette partie importante de la France. Néanmoins, les germes d'archéologie que M. de Givré, comme préfet du Pas-de-Calais et du Nord , que M. de Contenciq , comme secrétaire général du Nord et sous-préfet de Cambrai, avaient déposés, n'ont pas tardé à lever et à produire des résultats d'une certaine valeur. La commission archéologique du Pas-de- Calais publie Tune des plus belles et des plus intéressantes statistiques monumentales de la France ; nous en avons déjà entretenu nos lecteurs. Dans le Nord , dans la Flandre , la science est peut-être moins avancée ; mais la pratique y marche avec plus de résolution que dans l'Artois. Ce qu'on projette et ce qu'on bâtit d'églises en style ogival dans la Flandre-Française est fort considérable ; ce qu'on y place de vitraux est plus considérable encore. Aujourd'hui , ce pays est le moins riche de France en monuments anciens ; dans vingt ans, ce sera certainement le plus rempli de monuments nouveaux. Nous ne citerons ici ni les arclutectes, ni les sculpteurs, ni les peintres qui se rallient et se consacrent à la renaissance de l'art du moyen âge , parce que nous avons l'intentioh , quand nous connaîtrons encore mieux le terrain , de parler en détail et des artistes gothiques de cette contrée et de leurs œuvres. — Nous disions, plus haut , que la Flandre,. bien plus pratique , n'égalait peut-être pas l'Artois en science ; nous craignons d'avoir commis une injustice, car le pays, qui compte comme archiviste M. Le Glay, comme musicographe M. de Coussemaker, comme historien et linguiste M. de Baecker, comme annaliste M. Lecadre, n'est certainement inférieur à nul autre en fait de science archéologique. Dans une seule ville, à Dunkerque, où l'on est un peu absorbé par le commerce , on trouve cependant côte à côte, qu'on me pardonne cette expression , M. Develle , architecte de la ville , tout épris d'admiration pour Fart du moyen âge; M. Victor Derode, historien de Lille, qui achève en ce moment « l'Histoire de Dunkerque », et prépare l'histoire et la description de la belle église Sainl-Éloi de cette ville; M. Carlier aîné, qui s'occupe d'étendre en quatre volumes l'histoire de Dunkerque, qui n'aura qu'un fort volume sous la plume de M. Derode ; M. Dasenbergh, qui a déjà publié dans le journal a la Dunkerquoise » plusieurs fragments d'une histoire de Dunkerque également, et dont l'état de santé de l'auteur a retardé malheureusement la publication ; M. R. de Bertrand , qui fera paraître prochainement d'abord l'histoire de l'ancienne ville de Mardyck , près celle de Zuydcoote ; M. L. Cousin, que les études d'archéologie monumentale attirent principalement , et qui a publié sur les fonts baptismaux de Boulogne-sur-Mer une notice qui a marqué. Nous ne croyons pas que d'autres villes de France, égales en population à œWe de Dunkerque, offrent (et nous ne parlons que des vivants) autant de personnes vouées aux études scientifiques, à l'histoire ou à l'archéologie. En regard de cette science, nous devons placer un Dunkerquois, qui s'attache plus spécialement à l'application : c'est M. Chamonin de Saintrililaire , membre du conseil de fabrique de l'église Saint-Éloi de Dunkerque, qui fait de ce monument, le plus important, sans aucun doute, du département du Nord, son affaire de tous les instants. Il s'agit de nettoyer l'édifice des diverses couches de badigeon séculaire qui Tempâtent ; il s'agit d'en balayer les vilaines boiseries modernes, les marbrures triviales qu'on y a déposées depuis une cinquantaine d'années. Tous les meneaux des fenêtres ont été cassés, tous les vitraux ont été brisés. Plus d'aulels anciens, plus de vieilles clôtures, plus de carrelages contemporains de l'église. M. Chamonin , puissamment secondé par l'opinion publique , qui a fini par se ranger à ces excellents projets , veut rendre enfin à l'église Saint- Éloi son ancien caractère , son harmonie primitive. M. Develle, architecte de la ville, prête son habile concours à ces intelligents travaux de restauration. Déjà deux chapelles, celles du fond de l'abside, sont complètement purgées de l'impur badigeon qui, en les salissant, les alourdissait. Les voûtes et leurs nervures , les piliers et leurs moulures , ont repris leur ancienne légèreté , et font honte aux chapelles voisines, comme un homme bien mis fait rougir un homme mal propre. L'une de ces chapelles sera décorée de trois grandes verrières qui nous sont confiées et s'exécutent en ce moment. Elle aura des peintures au soubassement, un carrelage en briques historiées et vernies ,

sinon en marbre ciselé, un autel sculpté , des grilles en fer forgé, le tout en style du xvi« siècle gothique, époque et style de la chapelle et de toute Téglise. Quand cette chapelle sera ainsi remise dans l'état où Tavaienl laissée les artistes du xvi*^ siècle , nous ne doutons pas un instant que des secours n'arrivent, même du gouvernement et surtout de la municipalité et des habitants de Dunkerque, pour achever l'œuvre de réparation entreprise avec une intelligence et un zèle qu'on ne saurait trop louer. Ce travail fait , M. Chamonin de Saint-Hi!aire pourra dire, au figuré comme au propre : a Exegi monumentum n. Mais il faut de l'argent pour élever un monument, tout aussi' bien que pour détruire des hommes. L'argent n'est pas seulement le nerf de la guerre, car l'archéologie, notamment, en a grand besoin. M. Chamonin ne sait trop encore à quel saint se vouer pour trouver quelque petite source d'or. Depuis quelques années, l'église Saint-Ëloi possède les débris, non encore posés , d'un jubé en marbre blanc du xvii<> au xviii^ siècle , et qui proviennent de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer. Ces fragments, remarquablement sculptés, ne conviennent nullement à l'église de Dunkerque. Cet art, un peu épais, jurerait dans l'architecture si fine et si légère de Saint-Éloi. On cherche donc à se débarrasser de ces sculptures et à les vendre au profit des travaux entrepris dans Saint-Ëloi. Ces fragments consistent principalement en quatre pi'astres entièrement couverts d'ornements en relief, en huit pilastres cannelés, en chapiteaux , en guirlandes et rosaces , en deux gros petits anges , le tout en marbre blanc , taillé avec vigueur. Une église du style et de l'époque de Saint-Sulpice ferait acte de bonne administration en acquérant ces objets , qui sont vraiment remarquables en leur genre, et qui décoreraient une chapelle à merveille. Nous ne saurions trop engager les ecclésiastiques et les fabriques, qui desservent des églises et des chapelles de l'espèce de Saint-Sulpice, à faire l'acquisition de ces beaux marbres. Tout le monde y gagnerait : l'acquéreur, en décorant son édifice richentent, quoique à bon marché ; le vendeur, en se créant quelques ressources nécessaii-es pour ramener une église ancienne à son caractère primitif.

L'Art et l'Archéologie au xix* siècle. Aciièvehent de Saint-Ouen de Rouen. — L'archéologie commence enfin à briser le cercle étroit des académies et des commissions scientifiques, pour se répandre , amme toutes les choses vivantes, dans le sein même des populations. Elle a traversé l'idée pour arriver au fait. Elle touche aux intérêts matériels les plus délicats; elle demande de l'argent au pays, qui lui en donne , pour son usage particulier, c'est-à-dire, pour entretenir et réparer les monuments et les œuvres d'ai tqui dépendent de son domaine. La sympathie qu'on lui témoigne est vive jusqu'à présent, et l'on ne se fait pas trop prier pour lui donner, les cent mille francs et même les millions dont elle déclare avoir besoin pour son service spécial. Toutefois, il n'y a pas de médaille sans revers ; à côté de l'accueil facile qui est fait à Tarchéologie théorique, l'archéologie d'application rencontre des oppositions. Un de nos plus zélés collaborateurs, M. Alfred Ramé, vient de se constituer l'un des opposants; dans le pamphlet, « l'Art et rArchéologie au xix* siècle » , que nous annonçons aujourd'hui , il proteste, au nom de l'archéologie et de Tart, contre les millions dépensés déjà à compléter des monuments inachevés, contre les millions demandés encore, sous prétexte de restauration, pour achever ce qui est incomplet et décorer ce qui est plus ou moins nu. Le travail de M. Alfred Ramé se compose de deux parties : l'une envisage le passé, l'autre regarde l'avenir. La première concerne le crédit employé à l'achè^'ement de Saint-Ouen ; la seconde , le crédit demandé pour toutes les cathédrales de France. Voici le sommaire de la première partie : « Loi du 32 juin 1845 (relative à Saint-Ouen). L'église Saint-Ouen. Examen de la façade nouvelle. Façade du cardinal Cibo. Parallèle des anciens et des nouveaux projets. La centralisation administrative et l'architecture ogivale. L'architecture, la sculpture et la peinture. L'art et la liberté. » Voici le sommaire de la seconde partie : « Achèvement et rétablissement complet des édifices gothiques Comment se construisent les cathédrales. L'hospice et la cathédrale. Les architectes officiels et les monuments du moyen âge. Soutenir et non restaurer. L'art et l'in-

du$irio. Les archéologues téméraires et les archéologues prudents. Trois chilisations et trots monuments ( TamphithéAtre, la cathédrale et le chemin de fer). Projet de loi relatif aux édifices diocésains. » — En 64 pages in-4**, écrites avec une ver\e et une netteté remarquables, M. Bamé examine et juge toutes ces questions importantes. En ce qui concerne Tachèvement, si malheureusement conçu de Saint-Ouen de Rouen, nous partageons entièrement Tavis de notre collaborateur; le blâme, qu'il formule devant le portail achevé, nous ne Tavons pas ménagé dans le volume II, page 390 des « Annales Archéologiques », quand cette mesquine construction n'était qu'en projet. A cette époque, le directeur des « Annales » était à peu près seul de son avis, et nous savons que le promoteur, bien plutôt politique qu'archéologue de ce projet, demanda à M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, la destitution du secrétaire du Comité historique des arts et monuments, qui était et qui est encore directeur des « Annales ». M. de Salvandy ne comprenant pas bien cette passion excessive, laissa dans la place où M. Guizot l'avait mis, déjà depuis douze ans, le secrétaire du Comité. Aujourd'hui, en regardant ce portail achevé, tout le monde est pour moi. L'inventeur même, n'était la honte mauvaise qui le retient, demanderait volontiers ou qu'on me nommât deux fois secrétaire ou qu'on doublât mon traitement. Nous partageons donc Tavis de M. Ramé. Au nom de l'art comme de l'archéologie, nous condamnons le portail étriqué, en style du xrv« siècle, qu'on vient d'accoler au colosse et à des arcades de la fin du xv«. Nous réprouvons les destructions déplorables qu'on a faites, des parties de Tancien portail, pour asseoir le portai! nouveau. Hais, comme M. Ramé, nous renvoyons la responsabilité de ces mesquineries et de ce vandalisme à qui de droit, et l'on sait fort bien que ce n'est pas M. Grégoire, l'architecte de Saint- Ouen, qui est le vrai coupable. Un argent si mal dépensé nous fait terriblement craindre que les millions demandés à l'Assemblée législative, pour rétablir et peut-être achever nos cathédrales et nos monuments historiques, ne soient encore assez mal employés. Cependant, si tous les architectes archéologues étaient habiles, instruits, prudents et réservés ; s'ils ne devaient exécuter que les travaux indispensables , surtout ceux de consolidation , nous prêterions les mains au vote des nombreux millions demandés à l'Assemblée. Le beau, le noble rapport de M. de Contencin, directeur des cultes , au ministre de l'instruction publique et des cultes , sur le délabrement de toutes nos cathédrales , sur la ruine plus ou moins prochaine qui en attend plusieurs , nous a profondément ému. Nous ne croyons pas, il est vrai, que la cathédrale de Reims menace de tomber; car le reproche à faire à ce monument admirable , si l'on pouvait lui adresser un reproche quelconque , ce serait son excès de solidité, son excès de force qui dégénère peut-être en une certaine pesanteur. Mais la cathédrale de Rouen n'est pas absolument trop solide, et bien d'autres cathédrales ressemblent à celle-là. Nous croyons donc qu'il y a lieu d'aviser, mais en demandant toutefois des garanties sévères de sagesse et d'habileté à tous les architectes sans exception. De plus, nous ne saurions admettre, avec H. A. Ramé, que les cathédrales, expression matérielle de l'esprit du moyen âge , ont fait leur temps comme les amphithéâtres , expression de la civilisation païenne , qui ne servent plus à rien ; nous ne pensons pas que les millions demandés pour nos vieux monuments religieux seraient mieux employés au chemin de fer de Lyon à Marseille , parce que le chemin de fer est à la société actuelle ce que la cathédrale était à la société du moyen âge. Quand les Romains élevaient des amphithéâtres, ils ouvraient les longues routes que nous connaissons ; quand les Gothiques dressaient leurs cathédrales, ils jetaient des ponts sur les fleuves , ils traçaient et ferraient de grandes voies de communication. Nous croyons donc que l'on peut fort bien, d'une main bâtir des embarcadères et aligner des chemins de fer, et de l'autre consolider les cathédrales anciennes ou même bâtir des cathédrales nouvelles. Les chemins de fer, qui vont s'allonger prochainement de Nevers à Moulins et d'Angers à Nantes , passeront précisément tout près des nouvelles églises du Sacré-Côeur et de Saint-Nicolas, ces petites cathédrales qui se construisent actuelle^nent en style gothique du xiii« siècle. L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, il a besoin de prière ; l'homme n'est pas seulement fait pour voyager sur cette terre , il faut encore qu'il

puisse préparer , dans des églises , dans des cathédrales, son voyage vers un autre monde. Le chemin de fer et la cathédrale me paraissent l'expression de Thumanité complète , de l'humanité qui s'incarne dans un corps et se spiritualise dans une âme. Qu'on donne aux chemins de fer tous les millions qu'ils demandent, et nous applaudirous des deux mains; mais aussi qu'on ne refuse pas aux cathédrales les centaines de mille francs qu'elles réclament d'urgence. Nous n'en dirons pas davantage sur ces belles et graves questions ; mais nous renverrons nos lecteurs au travail de M. A. Ramé. Ils trouveront, en tête de cette importante brochure , une précieuse gravure sur métal qui représente en fac-similé le dessin du portail que l'abbé Bohier et le cardinal Cibo avaient projeté du xv<^ au xvr siècle, pour Saint-Oucn, projet que malheureusement on n'a pas voulu continuer, et dont on a même démoli ce qui en était commencé. Ce dessin appartenait à M. l'abbé Maccartan, qui a péri tout récemment en descendant de la chaire même de Saint-Ouen , dont il était le curé. Découvert et acquis par M. Pottier, le savant bibliothécaire de Rouen , ce dessin précieux est déposé en ce moment, protégé par une glace, à la bibliothèque de Rouen, où nous venons de le voir, et dont il est, certes, un des plus curieux ornements. La découverte de ce dessin a eu lieu au moment même où M. Ramé écrivait son travail, au point qu'on croirait cette découverte faite exprès pour lui. Nous remercions donc vivement notre zélé collaborateur d'avoir, par sa publication, mis entre les mains de tout archéologue celte planche curieuse. C'est un dessin original de plus à joindre à ceux que nous possédons déjà.

Adhésions et encouragements. — Nous citions, ^lus haut, un article de M. de Riancey sur la renaissance du plain-chant ; ici , nous citerons un article du bienveillant publiciste sur nos efforts, plus constants qu'heureux encore, pour ressusciter le véritable art chrétien. En tête de a l'Ami de la Religion » du 5 avril dernier, M. de Riancey écrivait : « Ce que je tiens essentiellement à faire connaître, ce sont les eiforts pratiques et les soins techniques que M. Didron joint à ses labeurs intellectuels. Il a compris promptement que d'abord il fallait un lien et, pour ainsi dire, un centre matériel aux productions isolées des archéologues répandus sur toute la surface de la catholicité. L'archéologie, en effet, si elle est universelle par ses principes, ses formules, son unité esthétique et liturgique, est éminemment locale dans ses recherches comme dans ses applications. Les livres sont le premier et le plus puissant de ses moyens ; mais les livres, les descriptions, les mémoires, les gravures se publient d'ordinaire à distance, et, chose singulière dans ce temps où les communications sont pourtant si rapides et si faciles , rien n'est plus commun que de voir des ouvrages d'une haute importance naître et mourir parfaitement ignorés dans tel ou tel chef-lieu de département, dans telle ou telle capitale européenne, sans qu'on s'en doute à cinquante lieues de là, sans que l'annonce même en arrive à Paris ou à Londres. Quelques initiés, quelques bibliophiles obstinés parviennent bien, à grand' peine et grâce à des correspondances particulières , à enrichir leurs collections de ces curiosités lointaines. Mais le public, même le public intelligent et éclairé, y reste tout à fait étranger. Double et incalculable dommage : d'une part , le livre périt inconnu, l'auteur se désole et se décourage, le libraire se ruine; d'un autre côté, la science perd des renseignements utiles, le progrès des études se ralentit, l'honneur de la patrie et de la religion demeure en souffrance. Autant qu'il a été en son pouvoir, M. Didron a voulu conjurer ces maux. Non-seulement les « Annales » contiennent un bulletin bibliographique rédigé avec une louable sollicitude et des indications sommaires assez étendues ; mais il a fondé une librairie spéciale où se trouvent rassemblés, des quatre points cardinaux de l'archéoloigie, les livres, les plans, les gravures, les dessins, les manuels, les monographies, les brochures, les mémoires, tout enfin, tout ce qui s'imprime ou se publie. De telle sorte que la galerie de la rue Hautefeuille, n** 43, est une véritable encyclopédie archéologique, toujours au courant et toujours renouvelée. Une visite à ces rayons, où apparaissent les travaux de l'Angleterre, de l'Italie, de l'Allemagne, de la Russie môme, aussi bien que ceux de la France, équivaut à de longues et pénibles recherches , presque à des

m ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

voyages. Il y a plus : M. Didron a voulu joindre la pratique à la théorie. A côté de la librairie archéologique, il a jeté les fondements d'un musée, d'un musée d'application , si j'ose ainsi parler. Il y a déjà quelques beaux et curieux morceaux : des statues anciennes sauvées du vandalisme contemporain, des moulures et des chapiteaux précieux, une belle et remarquable tapisserie dont la description ouvrira des aperçus nouveaux. Mais ce que j'ai vu de plus intéressant, et ce qui fait le caractère propre de ce musée, c'est qu'il possède des échantillons de peintures sur verre, de moulures en grès de Toulouse, de carrelages en terre cuite et vernissée, d'objets de serrurerie, etc., le tout reproduit d'après d'excellents modèles authentiques, et offert aux églises, qu'on restaure ou qu'on édifie, à des prix très-modérés. C'est la science appliquée à quelques parties de l'industrie et relevant cette dernière à la hauteur de l'art. Nous engageons vivement nos amis à visiter cette collection qui commence ; elle est , selon nous , appelée à exercer une heureuse influence sur l'ornementation et sur la réparation de nos sanctuaires. » — Certainement , si nous avions voulu donner connaissance de ce que nous tâchons d'entreprendre et d'exécuter, nous ne l'aurions fait ni autrement, ni aussi bien. Nous en exprimons à M. H. de Riancey tous nos sentiments de reconnaissance. Depuis que M. de Riancey l'a vu, ce petit musée s'est enrichi de divers objets. M. Petit de Julleville nous a donné le haut d'une colonnctte, coiffée de son chapiteau du xiii^* siècle, qui pro- >ient de l'ancienne chapelle abbatiale de Cluny, démolie si malheureusement en 4833. — M. Nalbert, sculpteur à Limoges, nous a envoyé, sur la demande de M. l'abbé Texier, quatre des bas-reliefs du tombeau de Jean de Langeac, évéque de Limoges. Ce tombeau, qui date de la renaissance, est presque un chef-d'œuvre, et le bas-relief, entre autres, où se voient les quatre terribles cavaliers de l'Apocalypse, qui se précipitent sur les méchants pour les écraser, est une œuvre d'un si haut mérite, que nous la ferons graver pour les a Annales». — WA. de Vogué nous ont donné un moulage d'une finesse extrême des cinq statuettes en marbre blanc, hautes de 40 centimètres, qui proviennent du tombeau du duc Jean de Berry. M. le marquis de Vogué est l'heureux possesseur de ces charmantes figurines qu'il conserve avec amour dans son riche cabinet. On en voit dans le commerce deux que le surmoulage a défigurées, mais les trois autres, heureusement, ont échappé à ce vandalisme véritable. — M. Rudolph Weigel, le célèbre libraire d'art de Leipzig, à qui nous devions déjà la belle statuette du poëte philosophe Oellert , nous a donné la grande et magnifique gravure du a Triomphe de la religion dans les arts», exécutée à Munich, d'après le tableau d'Overbeck, par Amsler, mort récemment. Cette gravure a, sans compter les marges, 70 centimètres de long sur 80 centimètres de haut. — M. Alfred Darcel nous a prêté une guipure ancienne qui représente, au centre, le crucifiement avec tous les instruments et les personnages de la Passion, et, sur la bordure d'encadrement, les douze apôtres, les quatre évangélistes , les quatre pères de l'église latine , les trois vertus théologales (la foi , l'espérance et la charité) , les quatre vertus cardinales (la prudence, la force, la justice, la tempérance] . Cette guipure précieuse était probablement un voile à ostensoir. On admire que, sur 65 centimètres de large et 50 de haut, on ait ainsi exécuté un thème considérable et compliqué d'iconographie chrétienne. — M. le docteur Viallet, de Rodez , nous a envoyé une chasuble du xvr siècle, en tissu de soie, historiée de divers personnages, notamment de saint Martin coupant son manteau, de saint Thomas de Cantorbéry, de sainte Marie-Madeleine. — A M. Villemsens, bronzier de Paris, nous devons une médaille qui représente la vieille chapelle Saint-Jacques, de Bordeaux, restaurée en 4839. Cette médaille s'ajoute aux onze que nous possédions déjà et qui représentent les dix principales églises de Belgique et l'hôtel de ville de Bruxelles. — M. l'abbé Texier nous a confié en dépôt une croix romane, couverte d'émaux remarquables. Cette croix a 60 centimètres de hampe et 35 de bras. Précieux objet, dont un semblable, moins riche cependant, a été vendu récemment 4 ,200 francs. — Nous avons encore dé M. Texier un pied de chandeher, émaillé en relief, ayant 57 centimètres de circonférence. Œuvre précieuse, œuvre unique en son genre ; elle est signée : Faict a Limoges, par Jacques Noalher, RUE Magninie. Ce bel objet, propriété de M. Texier, devrait aller au Louvre ou à l'hôtel Cluny. —

M. l'abbé Delamarre, vicaire général de Ôoutances , nous a confié une navette émaillée, de la (in du \ii* siècle, trouvée récemment en terre, dans l'enclos de la vieille abbaye de Saint-Sauveurle-Vicomte (Manche). Rien n'est plus rare que les navettes et les encensoirs des xu* et xiii« siècles. Cette navette de Saint-Sauveur, large de 40 centimètres , longue de 48, est certainement , malgré l'affreux état où elle se trouve, une des plus intéressantes qui aient existé. — A M. Souliac- Boileau, correspondant des Comités historiques résidant à Château-Thierry, nous de\'ons cinquantecinq échantillons de verres de la fin du xii« siècle, bleus, blancs, rouges, sanguins, violets, jaunes, verts, verdâtres, bruns, unis ou marqués de vigoureux ornements. C'est avec ces beaux échantillons sous les yeux que nous exécutons nos vitraux. — M. SaintrAnge Poterlet, peintre d'Ëpernay, nous a envoyé un curieux échantillon de verre blanc doublé du xiii« siècle. — M. Marchand, peintre verrier de Paris, a exécuté sur verre, par le procédé de l'impression, la gravure de la dalle de Chàlons-sur-Mame (« la Mère et les Filles »), que uous avons donnée dans les «Annales». C'est un résultat nouveau, qui pourra un jour être fort utile. — Enfin, M. Petit- Gérard, peintre-verrier de Strasbourg, et M. Silbermann, le célèbre typographe, nous ont envoyé un exemplaire d'un vitrail de la cathédrale de Strasbourg, reproduit en couleurs au moyen de dix-huit tons, par les procédés de la typographie, et qui représente les quatre saints guerriers Démétrius , Sébastien , Candidus , Exuperius. Cette colossale reproduction a plus d'un mètre de hauteur. C'est le dixième du vitrail , presque le vitrail même ; les moindres détails y sont accusés avec la plus grande netteté. Un pareil travail fait beaucoup d'honneur à MM. Petit-Gérard et Silbermann. Il s'agirait de reproduire ainsi les magnifiques et bien curieux vitraux de la cathédrale de Strasbourg. Entreprise colossale à laquelle nous attachons la plus grande importance, car rien ne serait plus utile, soit aux études d'iconographie chrétienne soit à l'art du peintre-verrier. — On le voit, depuis la dernière fois où nous avons parlé des adhésions et encouragements qu'on nous prodigue, on nous a vraiment enrichi. Nous exprimons à tous nos généreux donateurs notre plus profonde reconnaissance. Nous ne pouvons pas mentionner, si ce n'est par le a Bulletin bibliographique », les ouvrages nombreux qui nous ont été envoyés, soit en dépôt , soit en don ; mais nous ne pouvons passer sous silence les articles de bibliographie que M. le marquis de Belleval et M. le baron de Girardot ont consacrés, dans «l'Opinion publique» et dans, « l'Art en province», aux livres d'archéologie qui sortent de chez nous ou dont nous avons provoqué la publication. Nous faisons de nouveau appel à tous les auteurs et éditeurs d'ouvrages d'archéologie et d'histoire, pour qu'on les envoie en dépôt à la « Librairie archéologique de la rue Hautefeuille, 43 ». Il importe que ce soit là le centre, comme le dit M. Henry de Riancey, du mouvement archéologique chrétien sous toutes ses formes. Quand ce centre sera solidement constitué, on verra quelle force de rayonnement s'en échappera sur la France et peut-être sur une partie de l'Europe.

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