E. DE COUSSEMAKER
Correspondant du Comité historique des aru ei roonumenu
Un mot sur les pages qui précèdent. On avançait plus haut que tous les sujets sculptés et peints dans nos églises du moyen âge avaient été représentés ou "joués " dans ces mêmes églises. Ce que nous disions des « Lamentations de Rachel » , il faut l'appliquer à tous ces drames et surtout aux « Prophètes du Christ » . Nous prions nos lecteurs de lire attentivement tout ce mystère, car, avant la fin de cette année, nous leur donnerons en une double planche coloriée ce grand thème iconographique. Ils y trouveront bien d'autres personnages que ceux du manuscrit de Limoges ; mais, de ceux-ci, Israël, Moïse, Isaïe, David, Siméon, Elisabeth, Jean-Baptiste, la Sibylle, et Virgile avec son fameux vers : ** Jam nova progenies cœlo demittitur alto ". Cette planche représentera I'Incarnation; nous l'exécutons sur un vitrail de dix mètres superficiels, pour une église du xyi^ siècle. Avec les traditions primitives du christianisme et continuées pendant tout le moyen âge, on verra ce qu'il est possible de réaliser, même aujourd'hui, en iconographie chrétienne. Nous attendons impatiemment l'époque où le vitrail et le dessin colorié seront exécutés, pour en soumettre le sujet à l'examen de nos lecteurs. Par conséquent, nous pouvons nous dispenser d'en dire davantage en ce moment.
Le travail de M. de Coussemaker sur le « Drame liturgique » est extrait d'un grand ouvrage qu'on achève d'imprimer, et qui a pour titre « Histoire de l'harmonie au moyen âge ». En tout temps, ce livre eût reçu un accueil em-
(1) M. Danjou a publié, dans le tome IV de sa Revwdemustquereligieuêe^ un mystère de Daniel du xin* siècle avec la musique dont la notation est on ne peut plus remarquable sous le rapport de son caractère transitionnel des neumes à la notation carrée. M. Danjou a trouvé ce drame dans un manuscrit qui appartenait autrefois an
chapitre de la cathédrale de Beauvais et qui est aujourd'hui la propriété de M. Pacchiarotti de Padoue. La musique de cette pièce doit être traduite en plain-chant, mais en observant la valeur temporaire des notes telle qu'elle est marquée dans les manuscrits et suivant les règles de la même époque.
pressé, car il est le premier de ce genre sur une des plus intéressantes sections de l'archéologie; c'est un ouvrage neuf et qu'on réclamait de toutes parts. Mais en ce moment, où la cpiestion musicale s'agite en Allemagne, en Angleterre, en Italie, et surtout en France, où le plain-chant et la musique proprement dite se disputent énergiquement le monde religieux, l'œuvre de M. de Coussemaker fera sensation ; c'est un livre de circonstance, si l'on peut parler ainsi d'une publication de science et d'art. L'ouvrage se divise en trois parties. La première contient, en trente-huit chapitres, l'histoire de l'harmonie depuis son origine, l'histoire de la musique rhylhmée ou mesurée, l'histoire de la notation musicale. Dans la seconde partie sont pubUés les documents originaux, c'est-à-dire six traités inédits de la diaphonie et du déchant du moyen âge. La troisième partie renferme les fac-similés absolus, même tirés en couleur, de cinquante pièces d'harmonie, allant du ix^ siècle au xiv^ inclusivement. Parmi ces pièces, à deux, trois et quatre voix, sont deux proses des morts, deux *' Libéra ", deux chants sibyllins sur le Jugement dernier, la Lamentation de Rachel, le chant des Trois-Maries, le chant des Vierges sages et folles, le chant des Prophètes du Christ, des chants historiques sur la bataille de Fontanet et sur la mort de Charlemagne, des odes d'Horace et de Boèce, des chansons de table, des chansons profanes, un air de danse du xu^ siècle. Rien de plus curieux que cette musique liturgique et reUgieuse, héroïque et militaire, civile et privée du moyen âge. Pour la première fois, le moyen âge va nous apparaître, quant à la musique et à la poésie, sous un aspect vivaiît, humain et, on peut le dire, presque inconnu. Tous ces chants, donnés d'abord en fac-similés, sont ensuite traduits en notation moderne, de sorte que, savants et ignorants, érudits et musiciens modernes, tous pourront lire et chanter ces vénérables reliques de nos ancêtres. — Il n'existe pas à notre connaissance d'ouvrage plus rempli de faits précis, plus nourri d'informations spéciales que ce livre de M. de Coussemaker. Après tous les manuels d'archéologie, d'architecture et d'iconographie, publiés en si grand nombre depuis un dizaine d'années, il était temps que la musique eût enfin son tour, et ce sera un grand honneur pour M. de Coussemaker que d'avoir abordé le premier, avec autant de courage et un si beau livre, cette grande section de l'art du moyen âge. Imprimé dans le format des «Annales », avec nos caractères et notre papier, ce splendide volume contient 300 pages et 60 planches. Il paraîtra à la fin de septembre, à la librairie archéologique de mon frère Victor Didron, rue Hautefeuille, 13.
DiDRON aîné.