‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 69 sur 103 · ORFÈVRERIE RUSSE · texte numérisé non relu

ORFÈVRERIE RUSSE

gance et à la légèreté. Cela tient aussi aux enroulements de filigrane qui , disposés en décroissant autour du pied^ soutiennent la ligne générale, et relient d'une manière harmonieuse le renflement de la partie supérieure avec la finesse de la base. La construction de ce vase dénote un goût déjà très-développé, et une science assez avancée de l'ajustement des lignes, qui donnent de l'élégance à tout l'édifice. L'ornementation en est simple et sobre ; elle consiste en lignes et feuilles ciselées et gravées sur les parties situées entre les bosses. — Le tout est surmonté de l'aigle impériale à deux têtes.

La hauteur de ce vase est d'environ un pied ; mais il en existe de toutes les dimensions. Les plus élevés que je connaisse sont dans le Trésor de Moscou; là, j'en ai remarqué deux en vermeil, de la même famille et bosselés comme celui-ci , qui atteignent près de cinq pieds.

Les vases de cette catégorie paraissent aussi avoir été uniquement consacrés aux usages de la table. J'ai eu moi-même l'occasion de les voir une fois conserver leur destination primitive : c'était au couvent de Troïtsa, le ic palladium » de la religion russe, et le dépositaire de ses traditions les plus sacrées. Un jour de fête, pendant le repas des moines, à l'extrémité de' la longue table où les religieux étaient rangés , une petite table isolée supportait deux de ces vases. L'un rempli d'eau, l'autre de vin; entre les deux, un plat d'argent contenait des pains de communion. C'était l'image des deux espèces mystiques, le symbole de la nourriture de l'âme, présidant à la nourriture du corps et la sanctifiant, pour ainsi dire.

J'ai vu des vases de la même espèce, dans lesquels la partie intermédiaire, celle qui constitue le corps du vase, se composait d'une série de petites bosses égales, superposées en cercles décroissants, lui donnant ainsi l'apparence d'une pomme de pin montée sur un pied. Au lieu de l'aigle, qui n'appartient qu'aux objets de provenance impériale, le couvercle portait une fleur représentée en petites lames d'argent.

Je vous demande pardon, monsieur, de la minutie de ces détails. Ce ne sont encore, vous le voyez, que des notions bien peu précises sur l'orfèvrerie des objets usuels dans l'ancienne Russie; mais j'espère pouvoir les compléter, et surtout recueillir des dessins dignes de votre belle publication. Je serai trop heureux s'ils peuvent jeter une faible lumière sur un art encore peu connu , et offrir quelque intérêt à vos nombreux lecteurs.

M. DE VOGUÉ, Attaché à la légation de France en Russie.

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