‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 81 sur 103 · TRÉSOR DE LA SAINTE-CHAPELLE DE BOURGES · texte numérisé non relu

TRÉSOR DE LA SAINTE-CHAPELLE DE BOURGES

Fidèles à notre but , nous cherchons constamment à donner des gravures d'objets qui puissent être utiles, qui puissent se reproduire aujourd'hui même. Tous nos orfèvres et fondeurs se plaignent que les modèles manquent ; ils regrettent que les dessins leur fassent défaut. On ne veut plus, pour les églises, de vases sacrés et d'instruments du culte en style moderne, si toutefois l'on doit appeler cela un style; mais, d'un autre côté, les beaux objets d'art ancien sont peu nombreux ou n'ont pas encore été publiés. Des dessinateurs qui aient du goût, qui aiment et connaissent le moyen âge, sont plus rares encore. En conséquence, les demandes de vases sacrés, de crucifix et de chandeliers en style gothique restent à peu près sans réponse, ou cette réponse, quand on la fait , Dieu sait en quelle langue on vous la donne! Il faut le dire, la faute n'en est pas toujours aux artistes, ni aux dessinateurs, ni aux orfèvres, mais à la nature même des demandes qui sont faites. Ainsi un ecclésiastique écrit qu'il voudrait avoir un confessionnal ou un orgue en style du xiii* siècle; un autre, qu'il a besoin d'un ostensoir et d'une exposition en style roman, parce que son église est romane. Mais on ne possède ni confessionnal , ni même de buffet d'orgue, comme on en voudrait aujourd'hui , en style gothique de la première époque ; mais l'exposition du Saint-Sacrement était inconnue au xii* siècle. Que faire, cependant , puisque confessionnal , orgue, exposition, ostensoir sont indispensables, et qu'à bon droit on veut les avoir du style même de l'église où ils doivent figurer et qu'ils sont appelés à meubler? Force est bien d'en com-

I. Voyez les a Annales Archéologiques » , volume x, pages 35-40 , 444-144 et 209-214.

poser dans ce style. Il faudrait se demander comment un artiste du xii*" ou du xiir siècle, si on l'avait appelé à dessiner et exécuter les meubles et vases sacrés dont nous venons de parler, se serait acquitté de sa tâche ; quelle forme générale, quels détails aurait-il imprimés à ces objets. Il faudrait se mettre à la place dé cet artiâtot, se transformer en hii , deviner sa penaée et la réaliser. Tout cela est pour le mieux ; mais qui , à cette heure, est en état de vivre ainsi à cinq ou six cents ans de notre siècle et de nos idées; qui pourrait s'abstraire, à ce point , du monde où nous sommes? S'il en est ua, qu'on nous le fasse connaître, et nous irons à lui pour qu'il exécute les calices et ciboires, les ostensoirs et reliquaires, les stalles et les chaires, les confessionnaux et les fonts baptismaux, les chandeliers et les crucifix, les encensoirs et les navettes qu'on nous demande de divers côtés. Et cependant, faut-il désespérer? faut-il donc laisser exécuter par les fondeurs, les orfèvres, les menuisiers ordinaires ces horribles vases, ces affreux meubles dont on enlaidit, dont on obstrue nos églises depuis plus de cent ans? Non assurément, et nous devons nous mettre à l'œuvre. Nous avons des hommes de bonne volonté et d'un talent déjà éprouvé; loin de les repousser, nous allons à eux. On fera mal d'abord, puis mieux, puis passablement, puis bien , et peu de temps se passera , certainement , sans qu'on réussisse à coup sûr. Ainsi donc, comme le dit la belle devise de notre ami M. Pugin,

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