‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 9 sur 103 · XI · texte numérisé non relu

XI

3i ANNALES ARCHÉOLOGIQUES,

aux archivoltes antiques il substitue les moulures et les feuillages usités à l'époque romane ; qu'aux primitifs symboles , dont il étudie les monuments, il ajoute ceux qui sont reçus de son temps , son autel se trouvera composé. Il reproduira en les exagérant les défauts de ses modèles ; il poussera à ses dernières limites la symétrie qui se produit dans l'attitude des personnages dès les premières années du Bas-Empire. Il a trouvé dans la disposition des draperies un agencement peu gracieux, peu varié; sous sa main, les plis des vêtements deviendront raides et uniformes. Il ne voit pas rayonner le nimbe à la tête de la Vierge et des saints : sur son œuvre les saints et la Vierge ne porteront pas le nimbe. Cependant , comme il est loin des premiers siècles chrétiens, comme les caractères iconographiques nouveaux servent à distinguer les personnages qu'il représente, il donnera au Christ le nimbe croisé qui le fait reconnaître, et aux symboles des évangélistes le nimbe uni, mais il le refusera aux autres saints. Un artiste byzantin n'eût pas été arrêté par de pareils scrupules : il eût nimbé sans hésitation et la Vierge et les saints. C'était d'ailleurs un usage universellement répandu déjà au xii" siècle et auquel notre autel fait une rare exception.

Il est curieux d'observer sur les mosaïques , ces sortes de monuments ayant presque toujours une date certaine , la gradation suivie dans l'attribution du nimbe ' . Proscrit par les premiers chrétiens, il ne tarde pas à apparaître autour du visage du Christ , mais il s'y montre uni : c'est ainsi qu'il avait figuré jadis à la tête des dieux du paganisme. Au milieu du v« siècle, il n'est déjà plus l'attribut exclusif de la divinité ; il commence à être accordé aux quatre animaux symboliques , comme il l'avait été dès l'origine à Tagneau, figure du Christ. Il fallait qu'un signe particulier empêchât de confondre avec des représentations vulgaires ces animaux élevés à la dignité de symboles. Cette innovation , toutefois, ne fut accueillie qu'avec une grande réserve et non sans protestation. On voit l'ange, l'aigle, le lion et le bœuf représentés sans nimbe aux voûtes de l'église Saint^Celse et Saint-Nazaire de Ravenne, ornées de mosaïque en 440 par les ordres de Galla Placidia. En 445, sur l'arc triomphal de la basilique Saint-Pierre, bâtie par le pape Léon ^% ils portent cet attribut refusé aux vieillards et aux anges qui sont en adoration devant le Christ. Saint Pierre et saint Paul seuls sont également nimbés; mais la scène a été peinte à Rome, et cette distinction s'explique par une vénération toute locale ; encore ne fut-elle pas acceptée dès cette époque, car, à Sainte - Agathe - in - Suburra , une mosaïque de 472 les

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