‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 92 sur 103 · IL — SIGNALEMENT DES ANGES · texte numérisé non relu

IL — SIGNALEMENT DES ANGES

L'ange est une créature composée d'une substance intelligente , immortelle et incorporelle. Cette dernière qualité le dérobe à tous les regards et nous le rend complètement invisible. Mais les poètes et les artistes , pour le décrire et le dessiner , lui ont prêté un corps , comme ils ont dû en supposer un à Dieu lui-même. La parole, plus immatérielle que la ligne et la couleur, a des ressources qui permettent au poëte de rester dans une abstraction interdite au dessinateur «et au peintre. Aiissi , dans les poésies , le corps des anges est plus éthéré, plus immatériel que dans les tableaux. Ezéchiel fait voir les anges , non-seulement en les comparant à des pierres brillantes , à du cristal, à de l'airain bouillant, à des charbons ardents, à des flammes, à des étincelles, à des arcs-en-ciel, à des nuages, à des éclairs, à des souffles, à des lueui*s, mais encore à des apparences et même à des visions d'apparences de toutes ces images. Il est impossible d'atténuer une substance et de la spiritualiser davantage. Au delà d'une vision d'apparence de souffle ou de lueur, il n'y a plus rien de perceptible pour l'oreille ou la vue '. La lumière, c'est-à-dire le plus rapide, le plus impondérable, le moins matériel de tous les corps, telle est la substance à laquelle les anges ont été constamment comparés. On les a faits de lumière, et, comme saint Jean Damascène, on a dit qu'ils étaient une réverbération de la lumière incréée, un reflet de la Divinité^. Un ange, pour le christianisme et tous les artistes du moyen âge, est un foyer de lumière que circonscrit une forme multiple dont nous aurons à parler.

Dans Ezéchiel, cette forme est celle d'un cercle ou d'une roue ailée et couverte d'yeux. La roue et les ailes, pour exprimer la constante mobilité, le mouvement perpétuel dont les anges sont doués; les yeux, pour symboliser l'éveil constant de l'intelligence ^. Puis ces roues se confondent, dans cette

4 . Voyez la a Prophétie d'Ezéchiel », chapitres i et x : — « Quasi species eiectri ». — « Scintillœ quasi aspectus œris candentis ». — « Âspectus quasi carbonum ardentium et quasi aspectus lampadarum ». — « Splendor ignis et de igné fulgur egrediens ». — a In similitudinem fulguris coniscantis ». — « Quasi aspectus crystalli ». — « Quasi aspectus lapidis sapphiri ». — « Yidi quasi speciem ignis splendentis in circuitu, velut aspectum arcus cùm fuerit in nube in die pluviae ; hic erat aspectus splendoris per gyrum ».

2. « Secunda lumina spiritualia, ex primaria illa luce omnisque piincipii experte, splendorem habentia. Quibus nec lingua opus sit nec auribus. Sed sine uila prolati sermonis ope mutuo sine sensu sua communicant et concilia. » — a 0pp. S. Joh. Damasceni », tom. I, de Angelis^ cap. m.

3. « Angélus itaque est substantia intelligens, perpétue motu, nec non arbitrii libertate prsedita, corporis expers, etc. » — Idem, ihid.

même vision du prophète , avec un corps d'être vivant ayant un cou , des mains 9 des pieds, des ailes; corps multiple , où se voit comme une figure d'homme, de lion, de bœuf et d'aigle, avec deux ou trois paires d'ailes '.

Ce qui prédomine dans ces dernières comparaisons, c'est l'aile, instrument de locoipotion, symbole de promptitude.

Déjà, dans Ezéchiel, la figure humaine est attribuée à l'ange. Elle se complique, il est vrai, des formes d'animaux; mais, surtout dans les représentations du moyen âge , elle se dégage de plus en plus de ces parties de la bête pour se montrer exclusivement sous l'apparence de l'homme. Seulement, et c'est comme un caractère indélébile, les deux ailes restent toujours attachées sur les épaules de l'ange , parce que l'ange , comme le dit son nom (ayyeXoç), est le message ou l'envoyé de Dieu, et que, pour aller plus rapidement où le souverain maître lui ordonne de se rendre, il semble s'armer de cet instrument de locomotion.

Ainsi , figure humaine, complétée par les ailes de l'oiseau et resplendissante de lumière, telle est, comme forme et comme couleur, la plus ordinaire représentation sous laquelle la poésie et l'art nous montrent l'ange.

Quant à la poésie, Dante est une mine à descriptions. Au chant xxxi* du oc Paradis », il dit : « Je levai les yeux et, comme le matin la partie orientale de l'horizon est plus éclatante que celle où le soleil se couche, ainsi , lorsque mes yeux montèrent comme d'une vallée sur une colline, je vis, au sommet , une place qui surpassait en éclat toutes les autres. Gomme la partie du ciel où l'on attend ce char que Phaéton ne sut pas guider s'embrase davantage, tandis que des deux côtés la lumière s'amoindrit , ainsi cette oriflamme de paix ( la sainte Vierge ) flamboyait au milieu en faisant pâlir également les splendeurs autour d'elle. Dans ce milieu, je vis plus de mille anges avec les ailes ouvertes et tous différents d'éclat et d'attitude. » — Voilà 4e foyer lumineux où brillent et bouillonnent les flots de ces natures célestes ; voici maintenant quelques rayons qui s'échappent de cette source. — Dante, au chant VIII* du « Purgatoire », dit : « Je vis sortir du ciel et descendre deux anges... Leurs robes, vertes comme les petites feuilles qui viennent d'éclore, frappées et agitées par le vent de leurs ailes, vertes aussi, flottaient en arrière... Je distinguais bien leur tête blonde; mais l'œil était ébloui par leur face comme une faculté qui succombe à de trop grands efforts. » — Au chant II* du « Purgatoire », Dante décrit ainsi le premier ange qu'il voit : u Une lueur m'apparut, qui venait sur la mer et d'un mouvement si rapide,

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