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358 ANNALES ARCBËOLOGIQUES.
l'offrent tant de maonscrits allemands, anglais et français. En voici un qui est tiré d'une miniature exécutée probablement par une main française, et qui, comme le précédent, datednxti' siècle'. Ailes et nimbe, il est vrai : mais ûgure de quarante ou cinquante ans ;robe et manteau; sceptre, qui est plutôt un bâton de voyage qu'un instrument de puissance on de commandement ; pieds chaussés, comme si les pieds d'nn ange, qui doit voler avec de fortes ailes, pouvaient se blesser sur terre et devaient se garantir des cailloux. De tous les anges que nous avons pu remarquer, c'est le plus matériel , le plus homme, le moins esprit c^este. Nous verrons, dans la suite de cette élude, que les nations occidentales ont une tendance invincible à humaniser, à raidre vulgaires et grossières les créatures angéliques.
fl. — Ante ta bomiu Igi. — NlDiiiort di i[]> ilècle. — Hinucrll de li BibliolUqu NaiioniU.
Ili— COSTUME DES ANGES
On est allé quelquefois jusqu'à donner un sexe aux anges. C'est depuis la renaissance et surtout en ces derniers temps , à cette époque de sentimen-
1 . 11 provient d'un manuscril de notre Bibliothèque Nationale dont je ne puis , en ce moment , retrouver le numéro. Cet ange est celui qui annonce aux saintoa femmes que Jésus^^hrist , ressuscité, n'est plus dans le lombeau où elles venaient pour l'embaumer.
talisme où, depuis une cinquantaine d'années , vit un certain monde , qu'on n'a pas eu honte de descendre jusqu'à cette infime et absolue matérialisation des créatures célestes. Déjà, dans l'énergique Michel- Ange et dans le doux Raphaël, on sent que, pour le premier, les anges ne sont que des hommes, et, pour le second, des femmes ou des jeunes filles; mais, dans les œuvres de nos sculpteurs et de nos peintres des xvur et xix"* siècles, l'ange est devenu un « chérubin » , mâle ou femelle , c'est-à-dire un jeune amoureux plein de langueur, ou une demoiselle plus fade encore et d'une équivoque vertu.
C'est à de pareils anges, on le conçoit, qu'il faudrait des vêtements; mais, le paganisme aidant, ces anges, on les a quelquefois complètement dépouillés ou couverts d'une façon très-insuffisante et même plus que légère.
L'ange , dans Ézéchiel , est particulièrement couvert et comme habillé de ses plumes : « Deux ailes s'étendent au-dessus de sa tête, deux ailes se croisent sur sa poitrine, deux ailes couvrent son corps ^ » Au cou est nouée une écharpe, une espèce de cravate, comme celle que porte l'ange de Chartres, donné plus haut. Cette écharpe, nous la retrouvons adoptée par six des neuf chœurs des anges qui sont peints sur des verrières de la chapelle du New-College, à Oxford. Mais ces anges d'Oxford portent de plus une ceinture qui leur serre les reins.
Ordinairement, quand on donne aux anges les trois paires d'ailes, on se contente d'y ajouter quelquefois l'écharpe du cou et, bien plus rarement, celle des reins ; mais c'est une superfétation que de leur donner en outre une robe et surtout un manteau. Deux ailes se croisent sur la poitrine , deux ailes se serrent le long du corps et des jambes, et certes, pour un ange, c'est un vêtement bien suffisant. Néanmoins, et contrairement à ce que nos artistes païens d'aujoui^d'hui nous font, des miniaturistes, des sculpteurs et des peintres du moyen âge ont habillé d'une robe et d'un manteau des anges déjà vêtus de six ailes. L'ange suivant est tiré d'un manuscrit à miniatures, une bible du x® siècle, peut-être du ix^, fort laide d'exécution, mais fort curieuse pour ses dessins ^.
4. a ... Pennae eorum extensae desuper; duae pennae singulorum jungebantur, et duae tegebant corpora eoram. » — a Unumquodque duabus alis velabat corpus suum. n — « Prophetia Ezechiciis », cap. I, V. 44 et 23.