Bibliothèque Nationale, « Biblia sacra 9, n
T. — Ai^c ï tii ailes oceUtn, tËie d'une robe et d'un outein. — Hlniiiore du i> siècle.
Les anges ont les pieds dus , probablement pour indiquer ta promptilade avec laquelle ces messagers de Dieu doivent exécuter les ordres du souverain maître ; il faut qu'aucune chaussure- ne les gène et ne les arrête dans leur marche. Quelle qu'en soit la raison, cette nudité des pieds n'en est pas moins un caractère constant. £n iconographie chrétienne , je l'ai déjà dit et répété bien des fois, les personnes divines, les créatures célestes et les apôtres ont seuls le droit d'avoir les pieds nus. Les sainjs, la vierge Marie elle-même, les personnages symboliques ont tous les pieds chaussés. Toutefois, cette loi de la nudité des pieds n'a régné ni dès l'origine ni dans tout le monde chrétien à ta fois. Les Byzantins aiment à chausser les pieds de leurs anges; chez les Latins eux-mêmes, avant de les déchausser, on leur a donné des demi- chaussures , des sandales découvertes. Ainsi l'ange du manuscrit d'Herrade , page 357, porte des souliers à boucles, curieusement historiés ; ainsi l'ange de la page 358 porte des sandales découvertes qui se relient au cou-de-pied par des cordons passant entre les doigts. Ce sont des exceptions fort intéressantes , mais des exceptions si rares , surtout dans nos régions occidentales, que tons les anges dont nous montrerons les dessins auront les pieds nus.
En6n, pour compléter le costume on le signalement des anges, il faut dire
que tous, sans exception aucune, portent à la tête le nimbe circulaire. Après Dieu , l'ange est le plus sublime des êtres ; si les apôtres et les saints de tous les ordres sont décorés du uimbe, à plus forte raison l'ange doit-il porter cet insigne. Il y a plus : l'ange, par délégation de Dieu, représente quelque* fois la Divinité. Ainsi l'un des trois anges ou des trois personnages que le patriarche Abraham adora dans la vallée de Mambré porte un nimbe crucifère, et c'est celui qui représente directement l'unité de Dieu '. Ainsi, des trois anges qui combattent le démon, celui qui s'attaque à Béhémoth et qui, étant seul , semble avoir besoin , pour le vaincre, d'une force plus grande et d'une puissance comme divine , porte un nimbe crucifère , tandis que les deux anges antagonistes de Léviathan ont le nimbe tout simplement uni '. Chez les Byzantins presque toujours, chez les Italiens assez souvent, outre le nimbe qui entoure la tête des anges et qui est ordinairement fort riche, on voit, au milieu du front de ces créatures célestes, une petite corne, un petit triangle allongé et quelquefois une petite croix. Est-ce un simple ornement de tête, un joyau et comme une partie du costume, ou bien plutôt un attribut symbolique? Nous ne savons; c'est peut-être l'un et l'autre à la fois. Nous renverrons à 1' a Histoire de Dieu » , notamment à la page 265 , où , sur la planche 72 , ils verront les archanges Raphaël , Michel et Gabriel portant au front ce petit triangle, que nous revoyons ici, sous forme de diadème en croissant renversé, à l'un des anges byzantins émaitlés sur la croix dite de Namur.
s. — L'ireluiiie Gabriel ami d'an diadème. — Émill dB lu* sliclc, t Nimor.
Peut-être ce croissant renversé, cette petite corne, ainsi que l'appelle sainte Véronique , est-elle un souvenir de ces flammes , de ces espèces d'étoiles, que les païens plaçaient an front de leurs génies, pour montrer que la sublimité du talent brille comme la lumière et vient du ciel. Celte
1. En voir la gravure dans r i Histoire de Dieu n, page 31, 'çA. 49.
2. En vcnr le dessin dans r« Histoire de Dieu », page 516, pi. 132.
italienne y sainte Véronique, morte en 1497, voyait souvent des anges qui venaient la visiter et converser avec elle. Elle fait de Tun d'eux une description sur laquelle nous aurons à revenir dans le cours de ce travail , mais dont nous devons prendre, en ce moment, le passage qui suit : «Elle vit que l'ange portait au milieu du front une petite corne, qu'une étole lui pendait au cou, et qu'il avait des ailes, comme les peintres chrétiens ont l'habitude de représenter les anges ' . » Cette petite corne , c'est le joyau ou la flamme dont nous parlions; cette étole, c'est probablement l'écharpe du cou , dont il est question quelques lignes plus haut. Quant à nos anges français, ils ont un nimbe à la télé et c'est tout ; pas de joyau, pas de flamme, pas d'étoile, pas de croix. Cette croix au front des anges, Van Eyck et Hemling, mattre Stephan et Albert Durer en offrent des exemples, exemples que donnent ceux de nos manuscrits à miniatures du xvi^ siècle, qui se sont exécutés sous une influence italienne ou allemande.
Pour compléter le signalement des anges, il faudrait énumérer et décrire les attributs qui les caractérisent, les objets ou instruments divers qu'ils portent à la main. Mais ces attributs et instruments leur sont donnés en conséquence des fonctions qu'ils remplissent ; c'est donc au chapitre de la hiérarchie ou plutôt à celui des fonctions de3 anges que nous devrons énumérer les attributs qui les différencient.
DIDRON aÎDé.
4 . « Angelicam faciem média fronte parvum coniu gestantem inspexit, stolamque collo pendentem, et alas habere veiuti moris est pictoribus christianis angeios... pingere. » — « Acta SS. Ordinis S. Bened. », vol. I, januar., « Vita S. Veronicœ ».
Aux lecteun des or Annales ». •- Les flèches de la cathédrale de Reims. — Les anciens archileetes de Saint- Ouen. — Mouvement archéologique dans le Bordelais. — Mouvement archéologique dans le Poitou. — Anciens artistes du Poitou. — Mouvement archéologique dans le diocèse d'Arras. — Mouvement archéologique à Paris. ^ « Histoire de l*harmonie au moyen ftge ».
Aux LECTEURS DBS « ANNALES ». — La coiTespondance dont on nous honore est tellement considérable, que nous sommes forcé, à notre sincère regret, d*syourner à d'autres livraisons la publication d'un certain nombre de lettres qu'on veut bien nous adresser. Nous allons d'abord au plus pressé, à ce qui peut intéresser la conservation des monuments , à la pratique et à la réalisation des doctrines archéologiques. La science pure , qui cependant nous est si chère , peut attendre avec moins de danger. Quand un architecte compromet un édifice , il faut d'abord courir à cet architecte et le prier de ménager un monument qui ne saurait se défendre par luinnème et qui pourrait fort bien s'écrouler entre les mains de son prétendu médecin. Dans cette occasion , la science doit céder le pas à l'utilité ; il y a urgence. Cette seule observation fera comprendre à nos honorables correspondants que, quand nous ajournons la publication de leurs communications, c'est bien malgré nous et par suite d'une force supérieure à notre volonté. Ils comprendront en outre que si nous abrégeons quelquefois leurs récits, c'est pour gagner du terrain, pour faire de la place à d'autres, afin que les faits réellement importants puissent au moins être connus. Depuis que lésa Annales » existent, nous avons dû nous plaindre constamment de manquer d'espace , et de ne pouvoir donner, au lieu de sept ou huit feuilles, seize ou vingt par hvraisons. Nous ne pouvons rien encore contre cet obstacle , et l'on voudra bien nous pardonner de ne pas faire ce que nous désirons le plus , publier tout ce qu'on nous envoie. Nous verrons si le terrain s'élargira en 4 8^2 ; mais id, dans cette dernière livraison de 4854, il est bien étroit, comme s'en apercevront nos cor* respondants dont les communications sont écoiulées ou restent encore endormies dans nos cartons. — Puisque nous venons de nommer 4 8&2, nous dirons, comme d'habitude, un mot sur nos projets pour l'année qui va s'ouvrir. Nous y continuerons les séries déjà commencées; nous donnerons plus d'importance encore que par le passé à la pratique de l'archéologie chrétienne , à la reproduction et à la description d'œuvres qui pourront servir, aux architectes , aux sculpteurs , aux peintres , aux verriers, aux orfèvres et fondeurs, aux menuisiers , aux serruriers , aux carreleurs. Le projet, tant de fois abandonné et repris des « Modèles d'églises ogivales et cintrées », va enfin recevoir une exécution ininterrompue; nous possédons les dessins et devis d'églises des xii« et xiii« siècles qui pourront être reproduites sur tous les points de la France. Afin même de continuer la première série de nos études sur ce sujet , que nous considérons comme le plus important de tous, nous donnons aujourd'hui, en tète de cet article, la façade de l'église de Montréale
(Yonne] , dont M. YioUet-Leduc a publié dans les a Annales » de 4847 le plan , la coupe longitudinale et la coupe transversale, accompagnés d'un devis qu'on n'aura certainement pas oublié. Cette façade est tm peu latine, un peu lourde et brulale; mais elle existe ainsi. Au lieu d'inventer, nous préférons montrer les choses comme elles sont , quitte à chacun de perfectionner ce qui lui paraitrait moins bon. Un peu plus d'élancemei^t dans les proportions de cette façade; quelques ornements sur ces murailles trop nues; deux petites portes, par exemple, pour accompagner la grande et pour s'ouvrir sur les bas-côtés comme la grande s'ouvre sur la nef centrale ; avec ces changements, tout en restant fidèle aux premières années du xiii* siècle , on aurait une église qui n*en coûterait pas plus et qui serait moins sauvage. Si la gravure nous en arrive à temps, nous publierons, même dans le premier numéro de 1852, le commencement, en devis et en dessin , d'une autre église du xii«-xiii' siècle. Nous comptons donner ainsi au moins deux, sans doute trois églises complètes en i 852. — A ces églises nous ajouterons des autels des xiii*, xiv* et xv^^ siècles, que M. Hippolyte Durand et M. Alfred Darcel nous ont dessinés. — Sur ces autels, nous placerons des tabernacles que nous faisons graver d'après les dessins de MM. H. Durand et Alfred Ramé. Un texte étendu sur cette partie si peu connue de l'archéologie chrétienne sera donné par M. Ramé lui-même , et la première portion de ce travail inaugurera , nous l'espérons , l'année 1 852. — Nous avons de M. Lassus des dessins d'orfèvrerie, qui seront accompagnés de textes communiqués par M. de Girardot. — Nous aurons de MM. Emile Amé, Aymar Yerdier et Alfred Ramé des dessins de chaires, de stalles et de buffets d'orgue. — L'orgue, ce magnifique instrument, dont l'archéologie n'est pas encore faite , M. de Coussemaker, qui est libre maintenant et qui vient d'achever son a Harmonie au moyen âge », nous en donne l'histoire que des gravures assez nombreuses accompagneront. — Le drame liturgique sera continué et peut-être terminé par M. Félix Clément. MM. de Girardot et le baron de la Fons insisteront particulièrement sur le drame laïque. — Notre intention est de donner de temps à autre des facrsimilés de chant du xiii« siècle, de manière que les abonnés des a Annales » finissent par posséder le commun de la messe et le propre des fêtes principales, tels qu'on les exécutait sous saint Louis. — L'histoire de la statuaire sera continuée par M. l'abbé Texier et illustrée, entre autres dessins, de planches exécutées d'après des communications que nous ont faites M. de Saint-Mémin , de Dijon, et M. le chanoine deWilmosky, de Trêves. ^»' Nous décrirons et nous publierons en chromolithographie un ou deux spécimens de peinture sur verre. Nous épuiserons l'histoire iconographique des anges et celle des démons. — M. Deschamps de Pas, M. Ch. Fichot et M. Alfred Ramé continueront l'histoire des carrelages et dallages du moyen âge et de la renaissance auxquels M. Th. Bonnin ajoutera, comme un appendice des plus curieux et des plus inconnus, les labyrinthes de diverses époques et de divers pays. — Quelques planches de serrurie, grilles et pentures , s'ajouteront à celles que nous avons déjà montrées. Nous en devons les dessins à MM. de Surigny , Darcel , Amé et Charles Fichot. — M. Félix de Yerneilh achèvera son histoire des villes du moyen âge et de la renaissance ; il commencera probablement une étude sur les travaux d'utilité pubUque pendant le moyen âge. — Les articles détachés, les mélanges, le mouvement archéologique , la polémique , les nouvelles, seront fournis par nos amis et collaborateurs habituels tant de la France que des pays étrangers , notamment par MM. le comte de Laborde, le baron de Guilhermy, Le Maistre d'Anstaing, le baron de Roisin, A. Reichensperger, Schnaase, Beresford Hope , le chanoine Rock ; par MM. le baron de la Fons, de Castelnau , le comte de Mellet, Ch. de Linas, Xavier Barbier, Bien de Marlavagne, Charles Givelet, Edouard de Barthélémy, l'abbé Laran, l'abbé Poquet. — La bibliographie française et étrangère tiendra dans chaque livraison la place que nous lui donnons habituellement. — Nos graveurs sont connus et aimés de nos abonnés, notamment M. Léon Gaucherel , que nous n'avons pas besoin de nommer. — On le voit , ni les hommes ni les matériaux ne manquent pour continuer d'élever à l'archéologie nationale et chrétienne le monument que nous avons commencé depuis 4844. Ce qu'il nous faut, c'est de la tranquillité , et nous avons maintenant l'espérance d'en posséder pour quelque temps.
Les flèches de L4 cathédrale de Reims. — M. le comte de Mellet , correspondant du Comité historique des arts et monuments, nous envoie copie de la lettre suivante, en date du 9 décembre, qu'il vient d'adresser aux membres de TAcadémie de Reims : — « Messieurs , un article de M. Lacatte-Joltrois , inséré dernièrement dansT a Indicateur de la Champagne », semble annoncer d'une manière positive que Ton songe à élever deux flèches sur les tours de la cathédrale de Reims, et que ce projet aurait déjà reçu un commencement d'exécution. Cette nouvelle, si elle est fondée, accuse un fait infiniment regrettable au triple point de vue des convenances archéologiques , de la solidité du monument et des dépenses qui seront nécessaires pour l'exécution de cette œuvre. I) est inutile d'entrer ici dans le détail de ces diverses considérations , qui ont été suffisamment développées ailleurs. Je pense qu'une démarche officielle de la Compagnie pourrait avoir un excellent effet pour arrêter, s'ils existent, les projets que l'on redoute. Je propose donc à l'Académie d'adopter sur-le-champ les résolutions suivantes : Une commission , nommée par l'Académie , est chargée de faire dans le plus bref délai une enquête et par suite un rapport sur le projet qui existerait d'élever des flèches sur les deux tours de la cathédrale de Reims , projet qui aurait déjà reçu un commencement d'exécution. Si le rapport de la Commission justifie les appréhensions publiées , une protestation et une réclamation de l'Académie seront immédiatement adressées au ministre de l'Instruction publique et des Cultes pour obtenir du gouvernement que le projet d'érection des flèches soit complètement abandonné. J'ai l'honneur d'être , Messieurs , avec une haute considération , votre très-humble et très-obéissant serviteur,
a L. C. DE Mellet , membre correspondant de l'Académie de Reims. »
Le 43 décembre , M Henri Paris , secrétaire général de l'Académie de Reims, écrivait à M. de Mellet : — « Monsieur le comte , j'ai donné lecture de votre lettre à la Compagnie. Elle a donné lieu à une très-vive discussion , et l'on a nommé une commission chargée de faire un rapport sur vos diverses propositions. J'aurai l'honneur de vous faire savoir ce qui aura été décidé. Agréez, etc.
a Henri Paris, secrétaire général. »
Ce qui sera décidé , nous pouvons le dire d'avance , c'est que l'Académie se déclarera peut-être incompétente et laissera l'architecte monter tranquillement ses flèches avec l'argent que le gouvernement lui donne , argent que , nous contribuables , nous lui donnons tous pour réparer et non dénaturer la cathédrale actuelle de Reims. En variant le proverbe, c'est surtout en ce temps-ci que l'on doit dire : Ce qu'architecte veut , Dieu le veut. Nous avons eu tant de mal, au Congrès scientifique de Reims, en 48i5, à persuader qu'on devait laisser en paix la plus belle des cathédrales de France et d'Europe , qu'il nous paraît parfaitement inutile de combattre encore aujourd'hui pour la même cause perdue d'avance. Le curieux en ceci c'est que, dans un rapport adressé récemment , cette année même , au ministre de l'Instruction publique et des Cultes , on déclare que la cathédrale de Reims menace ruine. En conséquence , on s'empresse de donner à l'architecte je ne sais combien de centaines de mille francs pour faire des travaux urgents de consolidation. Puis, l'argent obtenu , on l'emploie , non pas à raffermir l'édifice si peu solide une minute auparavant, mais bien à mettre sur les deux tours de l'occident deux énormes chapeaux pointus en grosses pierres de taille, chapeaux qui n'y ont jamais été, qui probablement n'y ont jamais dû être et qui, comme à Saint-Denis, doivent, un jour ou l'autre, compromettre sérieusement le chefd'œuvre des monuments du moyen âge. Puis, si le portail s'écroule, on trouvera un brave homme de ministre qui viendra dire à la tribune législative qu'un affreux tremblement de terre , sorti de Java, a passé par Reims , chemin faisant , et a touché de son aile les clochers neufs et les vieilles tours, pour les renverser les unes sur les autres. Il y a quelques années , nous aurions pleuré de voir enlaidir un magnifique monument par une main moderne , et d'en voir ainsi compromettre la solidité ; aujourd'hui, nous n'en rions pas précisément, mais nous en prenons notre parti et nous attendons, philosophiquement, qu'un homme de bon sens, soucieux du meilleur emploi de l'argent XI. 47
public, le chef actuel de l'État , par exemple , dise leur fait à tous nos architectes , qu'ils aient ou non du génie.
Les anciens architectes de Saint-Ouen. — M. Alfred Ramé , auteur de a TArt et l'Archéologie au xix« siècle », ou <c Achèvement de Téglise Saint-Ouen de Rouen », veut bien nous communiquer la pièce suivante, curieuse à plusieurs titres. Elle montre, en effet , que le 24 juin 1440 la tour centrale de Saint-Ouen était finie, mais qu'elle pesait d*un poids fort dangereux sur les quatre piliers de la croisée, dits, dans la pièce même, les a quatre piliers touraulx ». C'est exactement le même danger que Soufilot a fait courir à sa coupole de Sainte-Geneviève, ex-Panthéon de Paris. Nos architectes modernes, celui de la cathédrale de Reims, notamment, pourrait prendre une leçon de prudence dans cette délibération des maîtres maçons de Rouen. La même pièce prouve qu'un des architectes de Saint-Ouen , Alexandre de Berneval , que d'aucuns donnaient entièrement au xrv* siècle, venait de mourir en 1440 , car son fils. Colin de Berneval, est reçu pour lui succéder. Elle montre que, pour parer aux éventualités, les religieux pouvaient vendre ou engager les calices et les riches ornements du trésor, ce qui a dû arriver bien souvent pendant tout le moyen âge. Cette pièce si intéressante a été retrouvée récemment aux archives départementales de la Seine-Inférieure (fonds de Saint-Ouen), par M. A. de la Borderie, élève pensionnaire de l'École des Chartes. M. de la 'Borderie l'a transcrite avec le plus grand soin ; nous donnons sa copie que nous transmet M. Ramé. A l'une des lignes, où se trouve un trou , on a suppléé les lettres manquantes; nous les avons mises en italique et entre parenthèses. Au bas de la pièce étaient placés les trois sceaux des maîtres maçons ; entre le deuxième et le troisième sceau , Cohn de Berneval avait apposé sa signature. La signature est restée, mais les trois sceaux ont disparu. Nous espérons que nos laborieux et savants correspondants nous permettront de temps à autre de publier les documents de ce genre, qui sont, on peut le dire, une des meilleures sources de l'histoire de l'architecture.
a Cy ensieult le rapport de Symon Lenoir, de Jehan Wyllemez , maistre des ouvres de machonnerie est (sic) charpenterie du Roy nostre sire au balliage de Rouen , de Jehanson Salvart , maistre des ouvres de l'église Nostre-Dame de Rouen et de la dicte ville , de Jehan Rouxel juré du Roy nostre dit sire et de Pierres Beuse , ouvriers mâchons , lesquelz dirent et dénonchèrent à Révérend Père en Dieu Mons.'' l'abbé de Saint-Ouen , et au prieur, au ballif , au gernetier, au maistre de l'euvre , religieux dudit lieu de Saint-Ouen , comme leur église et [sic) moût périlleuse, veu et regardé la grant charge qui est sus les quatre pilliers touraulx et sus les quatre grans ars doubliaux , lesquelz pilliers touraulx ne sount point contreboutés de leurs bendes et fournieemens devers leur croysie, par quoy les pilliers beuglent en iceulx endrois, et sount moût redoutables, quer s'il advenoit que lez diz pilliers ou les grans ars doubliaux laçassent , tant fut peu , l'église esquerroit en ung tel meschief que la tour querroit et le ceur la sievroit tout en ung tas. Pour lequel péril eschiver les diz maistres et ouvriers conseillent tous d'un opinion que à toute diligence possible l'en entende de jour en jour à faire lez bendes et fournieemens de la croysie, ainsy comme l'en a conmenchié, pour tenir en seureté les pilliers touraulx et ars doubliaux et pilliers estrayers fermes les ungz aveuc les autres. Et pour entendre diliganment à ceste emparacion faire, les maistres et ouvriers desus nommez dient que il vaudroit mieulx vendre ou engagier galices ou aucuns joyaulx précieux pour avoir argent à ouvrer à ce diliganment, affin que l'église fut mise en seureté, laquelle est en très grant nécessité pour le présent. Et le maistre de l'euvre oua[n^ ledit] (Il y a un trou.) rapport , depria et requist aux maistres et ouvriers que icellui rapport fut mis en escript sus ung feullet de parchemin signé de leurs signez ou seaulx , de quoy ils usent en leurs offices royaulx , et comme à la présence de mondit S.' l'abbé, prieur, baillif , grenetier et desdis maistres il se descharga de l'ofice de l'euvre un cas que l'en n'y besengneroit pour l'église tenir en seureté, et que se aucun meschief y avenoit que en ne luy en peull rens demander ne dire que se fut par sa faulte
en quelque manière. Et à ce rapport fut présent Colin de Berneval receu par mondit seigneur Tabbé et des religieux cy desus nommés à estre Touvrier de machonnerie de leur église pour le temps advenir en la semblabe [sic) magnière comme son feu père Alixandre de Berneval a esté en son temps : lequel Colin de Berneval requist à avoir la coppie dudit rapport par devers luy pour sa descharge au temps adven'r. Ce fut fait le lundj xxiij« jour de janvier l'an de grâce mil iiij o xl.
« C. DE Berneval. »
Mouvement archéologique dans le Bordelais. — a Monsieur et cher collègue, le temps me manque pour vous présenter un rapport complet sur le mouvement archéologique de nos contrées, pendant la campagne qui vient de s*écouler. A cet égard, Tévénement le plus remarquable a été la consécration de l'église Notre-Dame de Sainte -Foy, qui a eu lieu le 28 septembre dernier, et à laquelle j'ai assisté. Vous vous rappelez peut-être encore qu'en vous rendant compte, vers la On de Tannée dernière, du mouvement archéologique dans notre département , j'entrais avec vous dans quelques détails sur les travaux de reconstruction et d'agrandissement que M. Labbé, inspecteur des édifices diocésains, avait entrepris dans cette église, (a Annales Archéologiques », t. XI, page 425.) — La pose de la première pierre avait eu lieu le 46 août 1850, « avec la solennité que « la population catholique de Sainte-Foy sait donner, par son enthousiasme et sa piété , à toutes « ses fêtes religieuses », pour me servir des expressions mêmes de M. le curé de Langalerie. (« Église Sainte-Foy », brochure in-8.) Un an après, grâce au zèle et au dévouement de ce respectable ecclésiastique, grâce à l'empressement des populations, au bon vouloir des ouvriers et à l'activité incessante du jeune architecte, Tédifice était entièrement terminé. £t vraiment, quand on se rend compte de l'importance de ces travaux , il y aurait lieu de s'étonner du peu de temps employé à leur exécution , si Ton ne savait quelle furce immense résulte de Taccord des volontés et sur le but à atteindre, et sur le moyen d'y parvenir. Sous cette impulsion puissante, les plus grandes difficultés s'effacent et disparaissent. L'ancienne église, fondée vers la fin du xiii^ siècle, ou au commencement du xiv«, puis détruite pendant nos guerres civiles et religieuses, avait été reconstruite en 4645, sur une partie des fondements primitifs, par les soins de Mascaron , évêque d'Agen , et grâce à la munificence royale ; mais on ne lui donna, à cette époque, que les deux tiers environ de la longueur première. Le caractère de son architecture fut celui du temps. Les colonnes fasciculées, les voûtes et les fenêtres ogivales de l'ancien temple furent remplacées par de lourds piliers, par des lambris, par des baies en plein-cintre. Deux siècles plus tard , la population catholique ayant beaucoup augmenté, l'édifice ne suffit plus à la contenir. On essaya bien d*y remédier en établissant vers l'entrée et le long des murs latéraux des tribunes ou galeries en bois d'un effet choquant s'il n'eût été ridicule ; mais force fut enfin de songer à un agrandissement d'un caractère plus sérieux et plus durable. M. Bos, alors curé de Sainte-Foy et aujourd'hui chanoine de la métropole, se dévoua à l'entreprise de cette œuvre. Son zèle et son amour pour ses paroissiens enfantèrent des prodiges. Une somme assez importante, produit de souscriptions recueillies chez les habitants catholiques de Sainte-Foy, et en dehors du pays, fut promptement obtenue. On dut aviser alors au choix d'un architecte. M. Labbé , dont la petite église du Carbon-Blanc avait déjà fait pressentir le goût et l'habileté, fut chargé de présenter un projet qui devait comprendre une reconstruction presque totale. Ce jeune architecte, après un examen attentif des lieux , se plaça immédiatement à la hauteur de sa mission. L'église primitive, indépendamment de sa façade et de son clocher, avait laissé enclavés dans l'église de Mascaron des témoins de son existence, tels que des tronçons de colonnes, des formerets de voûtes, des bases de piliers, des fondements de murailles. A l'aide d'aussi faibles indices, M. Labbé devina le style et les dimensions du vieil édifice, et s'attacha à les reproduire dans la construction nouvelle qu'il était chargé d'élever. Ses plans, adressés à Paris, y reçurent , 9 par exception», l'approbation la plus flatteuse. Leur ensemble pressentait un édifice à trois nefs, ayant une longueur totale dans œuvre de 47 mètres sur 49™ 40 de largeur. La façade et les murs
latéraux étaient les seules parties anciennes conservées. On refaisait à neuf, en les agrandissant, le chœur et le prolongement des bas-côtés, les piliers et pilastres , les voûtes et les fenêtres. Le chiffre des devis de cette construction , sans y comprendre Tameublement et les vitraux , s'élevait à 72|000 francs. Au moment de l'ouverture des travaux, les ressources destinées à couvrir les dépenses se composaient 4" d'une somme de 47,000 fr., votée par le conseil municipal ; 2** d'un secours de 20,000 fr., accordé par le gouvernement; 3^* d'une somme de 25,000 fr., formée des recettes disponibles de la fabrique et des souscriptions recueillies soit dans la ville de Sainte-Foy, soit en dehors du pays. Pour combler le déficit , M. de Langalerie, digne successeur du respectable M. Bos, comptait sur de nouveaux sacrifices et sur les aumônes de la chanté. Ses espérances n'ont point été trompées : comment refuser son obole à cette voix si persuasive qu'accompagne un geste où perce continuellement la grâre et la distinction de l'homme du monde sous les dehors et Tenthousiasme de l'apôtre. Vers les derniers jours du mois de septembre, les travaux touchaient donc à leur 6n. Fière à bon droit de tous les sacrifices pour atteindre à ce but , la ville de Sainte-Foy s'occupait avec ardeur des préparatifs nécessaires pour la consécration de la nouvelle église. C'était bien son œuvre à elle aussi , c'était bien son enfant ; or, le jour du baptême approchait , et les parrains du nouveau-né ne voulaient pas que son entrée officielle dans le monde fût entourée de moins de pompe qu'au jour de sa conception , si j'ose m'exprimer ainsi. L'époque fixée pour la cérémonie avait été annoncée au loin ; ce devait être le 28 septembre. Dès le 25 , tous les hôtels de la ville étaient envahis. Il n'avait point été adressé d'invitations nominales, et , quant à moi , j'ai applaudi à cette mesure ; j'ai cru voir plus de véritable grandeur dans ce fait d'une population invitant en masse les populations voisines à venir célébrer avec elle son triomphe et prendre part à son bonheur. Le 27 au soir, j'arrivai à Sainte-Foy; j'y trouvai M. Labbé qui, après m'avoir présenté et installé en qualité d'hôte chez d'honnêtes artisans dont je ne saurais trop louer l'accueil cordial et les prévenances, se hâta de me conduire dans Téglise où se faisaient les derniers préparatifs pour la fête du lendemain. M. de Langalerie, entouré de quelques curieux privilégiés, présidait à ces détails. Il était sept heures, et ce n'était pas trop, je vous assure, de la nuit entière pour achever ce qu'il restait encore à faire. Il fallait mettre en place les trois verrières du sanctuaire envoyées le jour même ; il fallait tendre de draperies l'intérieur du chœur, disposer tout autour des fleurs et des guirlandes, nettoyer partout, etc. Il s'agissait, comme on dit vulgairement, d'un dernier coup de collier à donner, mais tout le monde était sur les dents. M. de Langalerie sut trouver dans son cœur quelques paroles entraînantes qui jetèrent la surexcitation dans les âmes. Au son de cette voix aimée, chacun trouva le secret de nouvelles forces. Des ouvriers qui ne dormaient plus depuis trois jours consécutifs ressaissirent leur ciseau en chantant , et se remirent à l'œuvre.
a Vers quatre heures du matin, tout était terminé : le temple avait revêtu sa dernière parure ; il pouvait recevoir dignement son Dieu. Ce fut alors qu'aux premières lueurs de l'aube je pris plaisir à contempler tout l'édifice dans son ensemble et dans ses détails. Son plan , comme je vous l'ai déjà dit, embrasse trois nefs, dont celle au centre , plus large que les deux autres, est aussi plus longue, à cause du chœur et du sanctuaire qui la terminent au levant. Cet ensemble comprend dans œuvre une longueur de 47 mètres sur une largeur de 19 mètres 40. La grande nef et chacune de ses ailes se décomposent en six travées à voûtes, dont les nervures et arcs-doubleaux retombent sur des piliers cylindriques, flanqués de colonnes engagées et disposées en croix , ou sur des pilastres de même caractère en saillie sur les murs latéraux. Gr&ce à ce mode élégant de supports, la perspective générale gagne en légèreté, et les voûtes, dont l'élévation n'est que de 42 mètres, paraissent être tout d'abord d'une hauteur plus considérable. Peut-être aussi l'extrême pureté de proportion que présentent les fenêtres vient-elle ajouter à cet effet d'optique. Ces fenêtres, au nombre de douze, non compris les cinq du sanctuaire et du chœur, sont, il faut le dire, les parties de l'édifice dont l'exécution est la plus heureuse. Elles se composent chacune d'une arcade ogivale élancée, subdivisée par un roeueau-colonnette en deux baies trilobées que surmonte
un tympan découpé en rose. Leur élégance a frappé tous ceux qui les ont vues, et je ne connais rien dans nos constructions nouvelles qui puisse leur être comparé. Il était bien difficile , pour ne pas dire impossible , que , dans une aussi vaste construction érigée selon des règles et des procédés inconnus aux ouvriers du pays, il ne se gliss&t quelques imperfections. Ainsi , remarquet-on que les sommets des arcs-doubleaux et des travées de voûtes ne sont pas tous placés dans le même axe ; il est , à cet égard , des déviations qu*un appareilleur plus instruit ou plus expérimenté eût facilement évitées. Mais ces défauts, rares d'ailleurs et conséquence de la faiblesse de Thomme qui trahit son imperfection jusque dans ses moindres œuvres, ne sauraient effacer le mérite de l'ensemble. Ce qui frappe surtout, c'est un caractère général d'unité, saillant dans les masses comme dans les détails, et aussi cette prudence heureuse de l'artiste, qui lui a fait rejeter toute innovation pour s'attacher à la reproduction exacte de types provinciaux. C'est ainsi que dans la sculpture des chapiteaux, les profils des bases et des moulures courantes, la coupe et la projec^ tion des formerets , on retrouve avec bonheur les motifs dus à l'art du commencement du xiv« siècle , et dont le chœur de notre cathédrale offre de si beaux modèles. Toutes les fenêtres doivent recevoir des vitraux; j'aurai donc à vous en reparler, mais plus tard. Les clefs de voûtes sont ornées de sculptures ayant trait, soit aux divers patronages sous lesquels l'église est placée (sainte Foy, Notre-Dame, le Sacré-Gsur) , soit aux fondateurs de l'œuvre en les personnifiant par leurs armoiries (la Ville, le Pape, Nos Seigneurs de Bordeaux et d'Agen). L'autel , en pierre, a été inspiré, à défaut d'autres modèles dans nos contrées, par celui de la cathédrale d'Arras, que vous avez donné dans les a Annales Archéologiques ». On pourrait lui reprocher peut-être de rappeler une époque plus ancienne que l'ensemble de l'édifice ; mais , d'ailleurs , sous le rapport de la correction, il ne laisse presque rien à désirer. Les boiseries, telles que portes, stelles, confessionnaux, seront en style du xiv* siècle. Somme toute, l'église de Sainte-Foy peut être regardée comme la plus correcte de toutes celles construites jusqu'à ce jour, en style ogival, dans notre département. C'est une œuvre vraiment sérieuse, dont les éléments n'ont rien de puéril , de trivial, de passager ou de mesquin ; rien qui sente le château de cartes. Point de plâtre , point de cartonpierre , ni de papier mâché , ni de stuc , mais des pieds, des flancs et des reins robustes ; de la pierre et rien que de la pierre partout , depuis les fondements jusqu'aux voûtes. En un mot, c'est une belle et bonne construction qui fait honneur à tous, à l'architecte et aux ouvriers, aux pasteurs et aux paroissiens ; un temple qui fait dire en le voyant : C'est vraiment ici la maison de Dieu. Les bornes de ma lettre se refusent aux déteils de la consécration , à laquelle ont concouru les quatre prélats de Bordeaux , d'Agen , de Beauvais et de Nevers. L'affluence de population était telle qu'il a fallu , en même temps qu'on officiait dans l'église , célébrer le saint sacrifice sur un immense autel dressé au milieu de la place. Cet empressement inouï avait quelque chose de merveilleux et d'édifiant à la fois. On se prenait à admirer et à aimer ce brave peuple qui venait en masse voir bénir son église, et qui invitait à sa joie tous les siens, et non-seulement ses parents, ses amis, mais jusqu'aux étrangers, j'ai presque dit jusqu'à ses ennemis. Aussi, comme le disait si bien du haut de la chaire monseigneur Gignoux , évêque de Beauvais, profondément ému d'un tel spectacle : a Non I la foi n'est pas perdue en France ; car, il y a encore, il y aura longtemps, « il y aura toujours de nobles cœurs pour en conserver le dépôt et le transmettre aux générations « de l'avenir! » Le soir, sans qu'il y eût aucune invitation officielle, les fenêtres des maisons furent illuminées spontanément. Lampes, torches en cire chez le riche ; suif ou résine chez le pauvre ; mais chez tous le même empressement. Voilà comment nous savons, en province et dans le midi , célébrer nos fêtes religieuses. — Un autre architecte de Bordeaux, M. Gusteve Alaux, construit en ce moment deux églises romanes dans le département de Lot-et-Garonne : Tune à Meilhan , l'autre à Coutures. Les plans sont corrects et ingénieux ; mais il est à regretter que le peu de ressources des fabriques pour lesquelles il travaille ne permette pas à l'architecte d'ouvrir un champ plus large à la sculpture et à l'ornementation dans ces édifices. Le plan de l'église de Meilhan , en
croix latine, présente dans œuvre une longueur de 39 mètres sur 9 mètres de largeur, et comprend une nef à cinq travées , un chœur à deux , un clocher sur porche en saillie. Les devis montent à 50,000 fr. Pour Téglise de Coutures, le plan, toujours en forme de croix latine, embrasse une étendue de 31 mètres de longueur sur 9 de largeur, avec un clocher en saillie comme à Meilhan. Devis, 30,000 fr. — Vous comprenez qu'avec d'aussi minces sommes il est difficile de faire quelque chose de richement décoré. M. G. Alaux a eu l'idée de ne pas élever de voûtes dans ses deux églises et de se contenter de dresser des arcs-doubleaux , en laissant les charpentes à jour et les décorant de peintures, comme on en voit à la cathédrale de Messine, si je ne me trompe. C'est une innovation dans nos contrées dont je suis bien aise de voir l'effet : qu'en pensez-vous? — Je le répète; MM. Labbé et Als^ux sont des artistes pleins d'intelligence et de bon vouloir; on ne saurait trop les encourager. — M. Âbadie, architecte du gouvernement, vient de reconstruire en grande partie et de restaurer dans notre département l'église de Loupiac ; on en dit des merveilles, mais je n'en ai encore rien vu. — Adieu, mon cher monsieur et collègue, e'c. G. de Castblnau d'Essbnault. »
Mouvement archéologique dans le Poitou. — M. Ménard , ancien proviseur du lyc^e de Poitiers, secrétaire de la société des Antiquaires de l'Ouest, nous a fait l'honneur de nous adresser une lettre dont nous ne pouvons, faute de place et à notre sincère regret, extraire que les passages qui suivent : — c Une question grave, qui revient souvent dans les « Annales », et sur laquelle vous appelez vous-même l'étude, c'est celle du symbolisme religieux ; vous ne m'en semblez pas partisan a toujours et quand même » . C'est l'opinion que je développe aussi dans un opuscule que je vous adresse, et dont les conclusions pourront bien froisser en quelques points l'archéologie ; mais, dans tout ce qui tient à nos églises, l'effet religieux doit, suivant moi, passer si bien avant Teffet archéologique , que je n'ai pas balancé à émettre cette opinion dans mes « Considérations sur la décoration des églises » . La [question a tant de faces que peut-être penserez-vous , comme la société des Antiquaires de l'Ouest, que la publication de cet opusule peut contribuer à en éclairer une. Je serais bien heureux que vous pussiez en juger ainsi et y contribuer. — Vous demandez souvent dans les a Annales » des détails sur ce qui se fait en province sous le rapport archéologique. Je crois vous être agréable en vous transmettant les suivants. — Les préoccupations politiques n'ont point nui à notre société des Antiquaires de l'Ouest, qui n'a jamais été plus nombreuse (plus de cinquante membres à Poitiers, plus de cinquante dans les départements environnants , sans œmpter de nombreux correspondants en France et à l'étranger) , et qui n'a pas cessé d'amasser les matériaux de publications suivies et multipliées. Outre un volume de « Mémoires » par année , nous donnons quatre « Bulletins » trimestriels qui renferment encore bien des articles importants, et non de simples procès-verbaux de nos séances. Notre volume pour 1 850 va paraître ; sa publication a été retardée par la nature même de sa composition. Plus des trois quarts de ce volume sont donnés en effet à un important travail de M. l'abbé Texier, dont le mérite vous est si bien connu. C'est d'abord un essai sur l'épigraphie en général» essai qui sera comme un très-bon tt Manuel » en cette partie ; puis le recueil de toutes les inscriptions du Limousin ; le tout accompagné de vingt planches, qui donneront des spécimens de toutes les époques, et qui ont été exécutées sous les yeux et par les soins de M. Texier. Puis viendra une notice de notre savant bibliographe, M. Pressac, sur la vie et les ouvrages du Poitevin Jacques du Fouilloux, si célèbre sous Charles IX, et depuis par son « Traité de la Vénerie » . Nous avons souvent dans nos publications donné plac« aux notices biographiques, parce que nous pensons que le souvenir des hommes qui ont illustré un pays doit être au moins aussi bien conservé que celui de ses monuments. — Les monuments cependant ne cessent pas de nous occuper. Nous venons de découvrir de vastes débris romains dans une petite localité des Deux-Sèvres , Faye-l'Abbesse , qui pourrait bien être « Segora » , point géographique important ettrès-contesté. ALoudun , dans l'ancienne égli.se Sainte-Croix, qui sert de halle, un des nôtres, M. l'abbé Barbier, encore séminariste, a trouvé, ces vacances, des
fresques considérables pour la conservation desquelles toutes mesures de précaution ont été prises, en attendant que nous puissions les débadigeonner et les dessiner. Dans notre église Notre-Dame de Poitiers, monument si justement célèbre , la chute naturelle du badigeon sur quelques points a mis à jour des parties d'ornementation peinte qui ont donné l'idée de rechercher et de reproduire le reste. Le curé, soutenu par de nombreuses souscriptions, a fait entreprendre ce grand travail sous la direction de M. Joly, de Saumur, dont le nom vous est connu. Partout où on a retrouvé des peintures , et on en a retrouvé beaucoup , on les a reproduites telles qu'elles étaient ; dans les endroits où on ne retrouvait rien, on s'est inspiré de ce qui existait déjà, ou d'ornements pris dans des monuments du même style et du même temps. Quoique ce travail n'ait pas été fait peut-être avec toute la rigueur désirable, Notre-Dame présente maintenant le curieux spécimen d'une éghse romane dont la voûte, les colonnes, les murs sont entièrement couverts d'ornements d'une merveilleuse variété. L'effet général n'est pas en harmonie avec nos goûts actuels ; ce papillotage de formes et de couleurs différentes étonne au premier coup d'œil ; mais nos Poitevins commencent à s'y faire, et à trouver qu'une église ainsi peinte n'a pas le froid aspect de la chaux ou du badigeon. Cette vive coloration a déjà amené deux personnes riches et pieuses à faire don de deux grandes verrières pour fenêtres. Notre-Dame est flanquée d'une série de chapelles du xvi« siècle, chapelles que le curé vient de faire restaurer aussi, mais moins heureusement que l'église elle-même, ce que nous n'avons pu empêcher, à notre grand regret. Cependant nous n'osons pas trop blâmer, pour ne pas décourager la bonne volonté qui se montre. Nous tâcherons autant que nous le pourrons de la diriger. — Un de nos chanoines, M. de Lamay, qui consacre sa grande fortune à des travaux religieux, a fait mettre aux portes intérieures de notre belle cathédrale de Saint-Pierre de vastes tambours verts , déjà critiqués il y a trois ans par son collègue l'abbé Auber ; mais, depuis, M. de Lamay a dépensé 20,000 fr. à donner à cette même cathédrale un fort bon orgue d'accompagnement, très-convenablement placé. Il dépense 1 00,000 fr. à construire pour les sourdes-muettes un bel établissement, dont fait partie une chapelle de 35 mètres de long, entièrement en style du XIII* siècle, qui s'élève sous la direction de M. l'abbé Tournesac. Si 4852 se passe bien , une communauté religieuse de Poitiers se propose de faire construire une chapelle plus vaste encore. — D'autre part, le gouvernement lui-même emploie 90,000 fr. à faire reprendre par M. de Mérindol la façade de notre cathédrale qui menaçait, ditH)n. En une seule campagne, M. de Mérindol a fait exécuter la plus grande partie de ce grand travail qui s'annonce bien. — Du château-fort que nous avait bâti Jean , duc de Berry et comte de Poitou, frère de Charles Y, château qui a vigoureusement contribué à repousser Cohgny et les protestants, lors du siège de 1569, il nous restait une tour que le conseil municipal voulait absolument abattre. Nous sommes parvenus à la sauver jusqu'ici.