‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 97 sur 103 · A. MÉNARD · texte numérisé non relu

A. MÉNARD

Anciens artistes du Poitou. — a Monsieur, je crois vous faire plaisir en ajoutant aux noms

d'artistes que j'ai déjà eu l'honneur de vous communiquer quelques noms nouveaux que m'ont fait

connaître de récentes découvertes. Le château de la Chapelle-Bellouin, près Loudun , porte sur ses

murs les dates de 4554, 4558, 4575, dates parfaitement en harmonie avec les caractères archi-

tectoniques de la construction. On y voit, en beaux caractères gothiques^'du xvi* siècle, un nom que

je présume être celui du sculpteur: Stmon Dblauot. Un arbre fleuri, délicatement gravé à la

pointe, sépare le nom du prénom. Un peu plus bas je retrouve un autre nom de même écriture :

Paquer Ditaut. — Sur une cloche, qui appartient à l'église de Véniers, près de Loudun, j'ai lu

l'inscription suivante : • ihs • in j uos • domini i sonet • lan • mil j ccc • xxxv • me ; fit • ia- QUBMiN i MENETREL. Cette luscription se développe en rond sur le cerveau de la cloche. Le latin n'en est pas bien intelligible, et Ta, placé au-dessus de m me fait croire à une omission maladroitement et incomplètement réparée de la part du fondeur. — Ménétrel ne serait-il point ici le synonyme d'ouvrier y d'artisan ^ ainsi qu'on le voit employé au xiii« siècle dans les « Règlements

d'Etienne Boileau ». Un livre d'heures, qui appartient à M. Guigou, chanoine d'Angoulème, porte sur sa tranche dorée et gaufrée : Rbmy Nicolas. 4558. Nom du relieur qui travaillait, ainsi qu*il est écrit sur le plat de la couverture, pour Davphine Gavffridi. — Au château d*Oiron, près Thouars, j*ai lu dans la galerie dite « des chevaux » : Dvnoter, 1561. Ce nom , écrit en belles capitales romaines, me parait indiquer un artiste. En dépouillant le chartrier du même ch&teau,

je rencontrai une charte dont voici la conclusion : « Ce fut faict et passe audict lieu d'Oyron

«t es pnces de nobles personnes Tristan GoufGer de Boisy, gentilhomme de la maison du Roy

« et de Martin Voisin , argentier dudict hault et puissant. Le viir jour de iuing, lan mil cinq cens « quarante deux. « L*abbé X. Barbier. »

Mouvement archéologique dans le diocèse d'Arras. — a Mon cher ami , dans vos a Annales Archéologiques » de juillet-août 4851 se trouve un article fort intéressant de M. de Vogué sur Torfévrerie russe. Je Tai lu avec beaucoup d'intérêt et je viens vous demander la permission d*y ajouter quelques brèves observations. Le vase intitulé, dans la gravure, a bi;vette ou calice », ne me parait à moi ni russe, ni calice, ni du xvi' siècle ; je crois plutôt que c'est un hanap flamand , exécuté sur commande du Tsar, avec le symbole de l'aigle éployée, dans les ateliers de la Belgique ; ou bien, si cette coupe sort d'une fabrique russe, elle aura eu pour auteur, soit un Gantois, soit un Artésien égaré dans le Nord , soit un Moscovite, servile copiste d'un modèle apporté du dehors. Je pourrais indiquer comme preuve de ce que j'avance plusieurs vases de même nature, épars chez les marchands de curiosités. Je me contenterai d'un seul, dont je connais parfaitement l'origine et la date. Ce hanap, propriété d'un de mes amis, M. l'abbé Van Troyen , vicaire général de Moulins i a été donné à l'un de ses ancêtres, magistrat de la ville de Cassel , vers l'an 1617, par l'archiduc Albert , alors souverain des Pays-Bas, et, sauf quelques légères différences dans le nœud du pied, il es^t identique au vase si bien dessiné par M. de Vogué. Le couronnement manque, à la vérité, et la révolution , qui décapitait si bien les hommes, n'a pas dédaigné de décapiter un couvercle. Il y avait donc là un emblème héraldique : était-ce l'aigle impériale ou le lion do Flandres? Nous l'ignorons. Quoi qu'il en soit , M. Van-Troyen , voulant se servir de son hanap, a remplacé par une croix le couronnement absent ; il a doublé la coupe avec une capsule de vermeil , et il s'est ainsi trouvé possesseur d'un magnifique calice, fort agréable à voir, mais dont il est presque impossible de se servir, car le moindre mouvement l'expose à être renversé, vu la petitesse et la faiblesse du pied. Cet inconvénient , nul dans un repas russe ou flamand , devient très-grave quand il s'agit de célébrer le saint sacrifice. Il est vraiment f&cheux' que M. de Vogué n'ait point songé à prendre les marques d'orfèvres poinçonnées sur les vases qu'il a eus sous les yeux , nous saurions alors à quoi nous en tenir. — Cette réflexion me conduit tout naturellement à vous parler d'une magnifique reliure en argent doré et repoussé, avec émaux et pierreries , le tout du xiv' siècle. Cette pièce, sur laquelle nous reviendrons quelque jour, et dont notre collaborateur, M. Auguste Deschamps, a fait un très-beau dessin colorié, est estampillée des trois lettres som, en capitale onciale, surmontant une couronne tréflée, placée elle-même au-dessus de cinq besants ou tourteaux disposés en cercle. Certains archéologues liront peut-être s, o , m (Saint-Ombr) , d'autant mieux que le sujet principal représente la flgure de l'évêque de Thérouanne, et que le volume renferme sa vie ; mais comme les orfèvres audomarois du moyen âge n'ont pas donné jusqu'ici signe d'existence , il est permis de rester dans un doute prudent et d'en appeler aux lecteurs des « Annales », compétents dans la matière ; je les prie instamment de vouloir bien m*éclairer, s'ils connaissent ou découvrent la ville à laquelle appartient la marque que je viens de décrire. — La seconde livraison de la c Statistique monumentale du Pas-de-Calais » vient de paraître ; vous la recevrez sous peu de jours , et la troisième suivra bientôt ; je ne vous parle pas ici du texte ; celte besogne est de votre ressort. Mais je ne puis m'empêcher de mentionner en passant les charmantes gravures dont M. Gaucherel est l'auteur. Cet artiste s'est surpassé, s'il est possible, et le « Beffroi de Béthune », a l'Ancien hôtel-

de-viUe de Saînt-Omer », les « Ruines de l'église de Montreuil », ont enlevé tous les suffrages. Si «es planches se trouvaient séparément dans le commerce, elles orneraient bien vite le salon du chà« ieau comme celui du presbytère. — Monseigneur Parisis, notre nouvel évéque, a fait , il y a peu de 4emps, son entrée dans sa ville épiscopale. L'éloquence et l'affabilité de Tillustre prélat lui ont déjà lait des amis de ceux qui jusqu'alors n'avaient été que ses admirateurs; reçu par Sa Grandeur en audience particulière , j'ai vu avec un vif plaisir, dans le salon d'attente, une épreuve encadrée de votre « Vitrail de la sainte Vierge », avec une dédicace de la main bien connue du directeur des « Annales ». (Tétait déjà pour moi la garantie d'une bonne réception. Mon attente n'a pas été trompée; j'ai déjà obtenu l'entrée d'une bibliothèque remplie de livres rares et curieux. Monseigneur Parisis a fait devant moi un éloge si pompeux de M. Grigny et de son église du Saint-Sacrement , qu'il m'a semblé que l'aurore d'un nouveau jour luisait pour l'archéologie dans le diocèse d'Arras. — Tout à vous* « Db Linas. »

Mouvement abchéologiqub a Pauis. — Ce n'est pas, on le pense bien , un article complet que nous voulons publier sur tous les faits d'archéologie, aussi divers que nombreux , qui se produisent à Paris. Un jour, dans un travail spécial , dans une espèce de revue générale, nous pourrons les enregistrer et les juger. Aujourd'hui, nous prendrons simplement deux petits faits isolés, qui nous sont un peu personnels, mais qui indiquent une tendance générale. Il y a quelques années, les statuaires, qui s'occupaient de sculpture vraiment religieuse et dans le sentiment du moyen âge, étaient fort clair-semés; hors Duseigneur et Bion, qui donc s'abaissait jusqu'à cet art si méprisé.? Les temps sont bien changés ; en ce moment , cet art chrétien est mis en honneur, et, dans peu de temps, il marchera l'égal de la sculpture païenne. Nous ne pouvons ni ne voulons nommer tous les artistes de Paris qui ne dédaignent pas de regarder avec affection et de reproduire avec goût des oeuvres du moyen âge ; nous n'en prendrons qu'un et l'un des derniers venus. Cet artiste est M. Froget qui , après des essais successifs, vient de produire une des plus jolies et des plus difficiles statues qui soient à faire, celle de saint Joseph. Dire combien d'hommes habiles ont échoué dans cette représentation serait impossible. Entre leurs mains, saint Joseph était une sorte de héros grec ou un paysan vulgaire. M. Froget en a fait un personnage plein de dignité et de douceur. L'œil sur la fin du XIII* siècle, il a créé sous son ébauchoir un personnage d'une quarantaine d'années, élancé de taille, intelligent et grave de physionomie. Les draperies, d'une grande beauté, sont simples de plis comme au xiii* siècle, souples comme au commencement du xiv*. Saint Joseph tient , de la main droite, la branche fleurie qui le caractérise ; sur le bras gauche et contre son sein , il porte l'enfant Jésus, comme au moyen âge on nous représente Isaïe, le prophète de l'Incarnation ; seulement, ici , Jésus dort comme il le ferait sur les bras de sa mère. Saint Joseph , la tète légèrement penchée, contemple le sommeil de l'enfant divin. D'une grande statue de cinq pieds, dont le prix , en pierre, est de 9,000 francs, en plâtre de 300 francs, M. Froget a fait une réduction , une statuette de 60 centimètres qui , en plâtre, passé à la stéarine, ne s'élève qu'à 4 6 francs. Déjà plus de cent exemplaires de cette jolie figure se sont placés en France, en Angleterre, en Belgique et même aux États-Unis, et nous croyons que M. Froget n'est qu'au début de son succès. Le jeune artiste a bien voulu mettre en dépôt dans notre petite galerie cette charmante statuette qui figure à merveille parmi les autres statues du vrai xiii« siècle que nous possédons. Nous avons engagé M. Froget à exécuter de la même manière, dans le môme style et dans les mêmes dimensions, une statue et une statuette de la sainte Vierge tenant Jésus. Rien ne serait plus utile, rien n'est plus réclamé en ce moment. Quand cette nouvelle œuvre sera terminée, nous en informerons nos lecteurs qui pourront , en attendant , voir la statuette de saint Joseph dans notre petit musée de la rue Hautefeuille. — Si les sculpteurs amis de l'art chrétien étaient rares autrefois, les bronziers et les orfèvres sympathiques à l'art du moyen âge étaient encore plus introuvables; aujourd'hui, il en est jusqu'à trois, quatre et peut-être cinq qu'on pourrait nommer, MM. Placide Poussielgue, Thiéry et Villemsens, par

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