Toujours la gauche relativement à Jésus-Christ
6. C'est autour, et non au devant du Christ, qu'il aurait fallu dire.
7. Fait qui confirme ce qu'on croit apercevoir encore, quoique les couleurs soient très-efTacées. S. Quels rois, de Juda ou de France? De Juda, comme c'est à peu près certain, ou de France,
comme tout le monde le dit?
9. On ne saurait dire à quel caractère l'Arménien a reconnu que c'était des archanges et non des anges ; tout à l'heure, par une erreur contraire, il a pris Tarchange saint Michel pour un ange. H ne reste plus aujourd'hui que les piédestaux de la Vierge et des anges décrits par Martyr. Les statues étaient plus récentes que le portail et ne dataient que de la fin du ^n^f siècle; elles étaient donc dans tout leur éclat de couleur, lorsque Martyr les a vues.
40. La comparaison est originale et trahit un homme de l'Orient, mais elle n'est pas très-heureuse pour indiquer une ogive. Martyr n'aura pas remarqué suffisamment que l'arc était aigu ou ogival , et non pas simplement circulaire.
44. On a toujours su l'existence de ce colossal saint Christophe, maison ignorait que son martyre fût sculpté dans le soubassement. A Chartres, au porche du midi , sous la statue de saint Georges représenté en guerrier, on voit ainsi le supplice qu'a souffert le saint. Le même sujet est peint sur un vitrail de la nef où se dresse saint Creorges en guerrier géant.
lOll ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
maitre-autel ' représente toutes les saintes actions du €hrist. Il y a e»coi^ beaucoup d'autres ornements : mais quel homme pourrait décrire la beauté de cette ville? c'est une ville très-grande et superbe. Deux rivières y eatrcpt *, mais il n'en sort pas la moitié ; du reste, qui pourrait décrire la grandeur de b ville? Je restai treize jours à Paris »
Nappe d'autel brodée au ix* siècle. — La description suivante est extraite de r « Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon » , par De la Mure, 1671.
« Cette Nappe, qui est un des plus curieux monuments de l'antiquité sacrée qui paroisse dans Lyon, y a été heureusement conservée, dans le thrésor de l'Église de Saint-Estienne, et on l'y void encore aujourd'huy enrichie et ornée de plusieurs vers anciens dans lesquels ce que l'Église enseigne touchant le très-saint Sacrement, et les dispositions qu'il faut apporter pour le recevoir, est nettement et dévotement exprimé. Ces vers sont marqués et écrits sur cette Nappe en lettres d'or et font connoître qu'elle fut donnée à saint Remy, archevêque de Lyon, par une Dame nommée Berthe. Et d'ailleurs, par les documents de cette Église de Saint-Estienne, on apprend que ce fut du temps de Charles, Roy de Bourgogne, petit-fils du Roy et Empereur Louys-le-Débonnaire, et dernier fils de l'empereur Lotaire, et dont le règne commença Tan 855, que cette Nappe, riche et curieuse, fut donnée et oiîerte à saint Remy pour ladite église, le 8 des Ides de Novembre, qui est le 6 dudit mois, par Berthe appelée simplement comtesse, en latin « comitissa » , ce qui montre que ce fut Berthe d'Aquitaine, fille de Pépin de France, fils puisné dudit Roy et Empereur Louys-le-Débonnaire, femme du Comte Gérard, surnommé de Rossillon, appelé Prince par Nitard et Loup Abbé de Ferrières, anciens historiens, auquel plusieurs gouvernements furent successivement donnés dans le Royaume, et spécialement celuy de Lyon et pays adjacens, qui luy fut donné par les susnommés Lotaire et Charles. Cette Nappe paraît encor maintenant fort belle, quoy qu'elle ressente bien le vieux temps. Vénérable Messirc Louys de Ville» cy-devant Sacristain de ladite Église de Saint-Estienne et à présent Sacristain et Chanoine de l'Église Collégiale de Saint-Just, et digne Grand Vicaire du diocèse, a eu soin d'en tirer et communiquer les vers qui y sont avec les susdites remarques, portées par les documents de ladite Église, ausquelles il ajoute encor celle-cy, que cette Nappe paroît être encor aujourd'uy de mesure pour l'autel de cette même Église.
4. Ce n*e8i pas du matire-autel, mais du chœur et du «anc/uatre, qu'il follait dire. Cette clôture du chœur a été débadigeonnée il y a quelque tempe. l. La Marne (à moins cependant que ce ne soit la Bièvre ) et la Seine.
MÉLANGES ET NOUVELLES. t08
: < En voicy donc la description.
« Au milieu de cette anciène et dévote Nappe, à Tendroit où doit être mis le Gorporalier (le Corp<H*aI) lors qu'on dit la Messe, parôissent encor les traces de Ifit figure d'un Agneau qui est représenté avec ces deux lettres en bas , A et n, et ces deux vers autour d'un rond ou cercle, qui enferme ladite figure r
Agne Dei mundi qui crimiDa dira talisti Tu nostri mifieraos cunctos absolue reatus.
« De chaque côté de ce cercle, tout du long sur ladite Nappe, sont ces deux autres vers, à sçavoir cetuy-cy du côté droit :
Hic panis viuus oœlestisque esca paraiur.
« Et cet autre de l'autre côté :
Et cruor ille sacer qui Christi ex came cucurrit.
« En travers sont ces deux autres, croisans la largeur de ladite Nappe, à sçavoir cetuy-cy au-dessus du cercle :
Sumat perpetuam pro facto Bertha coronam.
« Et cet autre au-dessous :
Hœc cujtts studio palla hase effulgurai auro.
« Tout autour, sur les bords et extrémités de ladite Nappe, sont les autres vers qui s'ensuivent, et premièrement sur le bord d'en haut sont ces trois :
Remigius praBsul Christo per saecula vivat Exutus vitiis cuiparum et (abe piatus Hostia viva Dec sanotaque in corpore factus.
« Sur le bord du côté droit sont ces deux :
Cui Deus omnipotens quotiens haec liba sacrabit Concédât veniam tantoque in munere partem.
< Sur le bord d'en bas de ladite Nappe sont ces trois autres :
Atque suis sanctis societ post funera mortis.
Qui cupit hoc epulum sanctumque haurire cruorem
Se prius inspiciat cordisque sécréta revoluat.
.< Et puis, sur le bord de l'autre côté, sont ces deux derniers vers qui achèvent la suite des précédents :
Et quidquid tetrum conspexerit et maculosum Dilvat offenses omnesque relaxet et iras ».
Nous devons la connaissance et la copie de cette description à l'obligeance
lOi ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
de M, l'abbé Renon, vicaire de Notre-Dame-d'Espérance à Montbrison. Dans une lettre qu'il nous écrit, M. l'abbé Renon ajoute ; t Cette Nappe, soustraite aux spoliations sacrilèges des huguenots du xvi* siècle, a disparu dans la tourmente du xviir ; mais, grftce au méritant chanoine de la collégiale de Montbrison , le souvenir ne s'en est point perdu/ Ainsi l'on ne travaille pas en vain , quand on songe à la postérité. » — Gomme la description de la chape de Charles VII , la description de cette nappe carlovingienne seTvira d'épigraphe et d'introduction à des articles sur l'ameublement des églises.
— Ainsi que nous venons de le dire, à propos des sculptures de Notre-Dame, MM. Lassus et Viollet-Leduc sont enfin officiellement chargés de réparer et d'approprier la cathédrale de Paris. Ce choix, espèce de victoire remportée par nos doctrines archéologiques, fait honneur à M. le ministre de la justice et des cultes. M. le ministre nous permettra de l'en féliciter et de l'en remercier. Nous voilà sûr enfin d'obtenir une réparation monumentale savante, sobre et consciencieuse.
— Nous avons parlé d'une Association archéologique anglaise fondée, par nos amis de la Grande-Bretagne , sur le modèle du Comité français des arts et monuments. Cette association , qui compte plus de cinq cents membres parmi les hommes les plus distingués de l'Angleterre , a publié le premier numéro de sa « Revue » trimestrielle, que nous avons déjà annoncée, et qui a pour titre : « The Archeological journal ».
— Il vient de se fonder sur les bords du Rhin une Société pour la conservation des monuments de la Hesse rhénane. Le président, qui veut bien nous prêter son appui efficace, nous fait savoir que la Société publiera des mémoires par cahiers trimestriels , qui nous seront adressés ; nous en rendrons compte à la « Bibliographie » .
— A Madrid, on a fondé une Société archéologique, laquelle a nommé une Section française qui siège à Paris. La Société de Madrid a bien voulu nous conférer le titre de membre de la Section française. La Section n'a encore rien fait jusqu'à présent, mais elle paraît projeter quelques travaux dont nous entretiendrons nos lecteurs.
— En France , le mouvement archéologique est des plus prononcés parmi les laïques et surtout dans le clergé ; sans que nous prenions la peine de le faire remarquer, il se montrera de soi dans les* Annales Archéologiques». Cependant nous devons constater ici, en nous réservant d'en reparler encore, que M. Ferdinand Leroy, préfet de l'Indre, donne à tous les chefs de nos départe-
inents Texemple le plus louable du zèle archéologique. Secrétaire général de la Gironde, M. Leroy avait fondé, à Bordeaux et dans les chefs-lieux d'arrondissement, des institutions archéologiques qui ne mourront pas ; elles ont rendu et rendront les plus grands services aux monuments historiques. Préfet de rindre, M. Leroy a transporté dans son département la copie des établissements de la Gironde. Il a reconstitué à Châteauroux une commission pour la recherche, la description et la conservation des monuments historiques, et cette commission a donné son assentiment aux diverses propositions que le préfet lui a soumises. Parmi ces propositions, est celle de la publication d'un manuel archéologique spécial pour le département de l'Indre. Un manuel semblable, exécuté dans tous les départements, rendrait des services incalculables. On comprend l'excellence d'un livre général qui résulterait de ces manuels particuliers. La France, grâce à M. Ferdinand Leroy, sera la première nation qui aura eu l'idée et qui entreprendra l'exécution d'un pareil ouvrage. Le manuel archéologique du département de l'Indre s'imprime en ce moment. En outre, la commission de Châteauroux, qui se compose de vingt-un antiquaires les plus érudits et les plus zélés du pays, rédige des tableaux où seront classés tous les anciens monuments du département , par ordre de date et d'importance historique et artistique tout à la fois.
— Ce mouvement archéologique, inconnu jusqu'à présent dans notre pays, ne devait pas rester stérile ; on ne pouvait se contenter d'étudier les monuments du moyen âge par pure curiosité, comme la Société des antiquaires a fait jusqu'à présent des monuments celtiques. De l'étude on est arrivé à l'application, et de la spéculation à la pratique. Plus loin, nous donnerons un article spécial et d'introduction sur les constructions nouvelles en style gothique qui s'élèvent dans tous nos départements, dans l'Europe entière, dans l'Amérique, dans l'Asie même et jusqu'en Océanie. Aujourd'hui, nous nous contenterons des deux nouvelles qui suivent.
— M. Barthélémy, architecte à Rouen, et correspondant du Comité historique des arts et monuments^ vient de bâtir une chapelle funéraire en style ogival du xiir siècle dans le château du Plessis, près Pont-Audemer. Des sculptures gothiques, dont est chargé M. Duseigneur, statuaire, vont orner l'intérieur et l'extérieur de l'entrée de la chapelle. Au dehors, la vierge Marie tiendra sur ses genoux Jésus mort et descendu de la croix ; au dedans, Jésus sortira du tombeau. On ne pourra donc quitter cette chapelle , que M. le comte d'Osmoy a fait élever pour la sépulture de sa famille, sans emporter l'espérance de la résurrection. Nous sommes à l'aurore d'une véritable renaissance gothique;
8ur tous ies points de la France on bâtit des églises et des chapelles en style ogival, selon les formes usitées aux xiu% xiv* et xv siècles, et, après l'architecture, est venue la statuaire.
— Le conseil des bâtiments civils vient d'adopter le projet d'une église en style du xiii* siècle , présenté par M. G. Guérin , architecte de la cathédrale de Tours. Cette église est destinée à la commune de Saint-Étienne, près de Tours. La commune ne voulait donner que 70,000 francs pour un temple en style grec ou romain ; elle a porté ce chiffre à 180,000 francs lorsqu'elle a vu les dessins du futur monument en style gothique. L'architecte, la commune et le conseil des bâtiments civils méritent donc à la fois nos plus sincères éloges. Tours, comme Rouen, comme Nantes, comme Lyon et d'autres villes considérables de France, va être dotée d'un nouvel édifice en style vraiment chrétien.
— M. Pugin, le jeune et déjà illustre architecte catholique anglais, vient de passer quelques jours avec nous à Paris. M. Pugin a étudié et admiré les travaux exécutés par nos amis dans Saint-Germain-l'Auxerrois, dans Saint-Germain-des-Prés , et surtout dans la Sainte-Chapelle; il va porter en Angleterre le système et les procédés appliqués avec un certain bonheur à la réparation et à la décoration de nos monuments du moyen âge. M. Pugin, qui bâtit à la fois et sur plusieurs points de l'Angleterre une grande quantité d'églises et d'établissements religieux , nous fera connaître le résultat des observations qu'il a faites en France et qu'il veut appliquer chez nos voisins.
— Nous devons annoncer la publication d'un magnifique travail sur l'église de Brou, préparé depuis plusieurs années, et dont la première livraison vient enfin de paraître. Cette monographie est destinée à servir de pendant à celle de la cathédrale de Chartres. C'est M. Louis Dupasquier, architecte à Lyon, correspondant du Comité historique des arts et monuments, qui fait la pr^nière à ses frais ; c'est le Comité lui-même qui fait la seconde. Nous devons reconnaître que le simple particulier, M. Dupasquier, exécute une œuvre qui ne le cédera pas à celle du gouvernement La première livraison de l'église de R'ou est au moins égale à la première livraison de Notre-Dame de Chartres; nous pensons même que plusieurs personnes la trouveront de beaucoup supérieure. Jamais on n'a fait une œuvre aussi belle que celle de M. Dupasquier.
La première livraison se compose de cinq grandes planches , dont trois en couleur; elles représentent la façade principale, le pavage du sanctuaire, le portrait de Philibert le Beau, un détail colossal du tombeau de Marguerite, la crosse de saint Philibert. La gravure de la façade est 3e M. Huguenot. De l'aveu de tous les artistes, cette gravure, qu'on a vue à la dernière exposition
du Louvre, est un chef-d'œuvre qui surpasse tout ce qu'on a fait jusqu'à présent dans ce genre; c'est d'une beauté, d'une douceur, d'une exactitude remarquables. Beaucoup la préfèrent, et nous sommes de cet avis, à la gravure de la « Monographie de la cathédrale de Chartres » , représentant également le portail occidental. Trois planches, tirées en couleur par M. Engelmann, ont été exécutées par M. Victor Petit.
Le texte, joint à cette livraison, comprend la première partie de l'Introduction dont la fin accompagnera la seconde livraison. Le volume de texte, qui aura de 350 à 400 pages, renfermera Fhistoire et la descriptian de l'église. L'histoire comprendra la fondation et la destinée du monument; elle nommera les artistes qui ont bâti, sculpté, peint, menuisé et même couvert l'édifice. On saura le nom , la condition , les honoraires de ces artistes. La description se divisera en quatre chapitres : architecture, sculpture, peinture et ornementation. Relativement à l'ornementation, le prospectus, que nous avons rédigé nousrméme, s'exprime ainsi :
€ C'est un vrai jardin qu'un édifice gothique : les chapiteaux, les archivoltes, les moulures des piliers et des contre-forts, les gorges des voussures, les balustrès des clôtures, les rampants et les pinacles des pignons, les fonds et les bordures des vitraux, les crêtes des corniches se montrent tout fleuris et feuillages d'une foule de plantes, végétation de l'art, parterre esthétique dont les massifs et les plates-bandes sont pleins de charme et fertiles en renseignements archéologiques. On fera la flore de Brou comme on a fait la flore de Virgile et d'Homère. On en esquissera même la zoologie : un chevreau qui broute une feuille de chou dans une gorge ; un jeune lion ailé qui bâille dans un rinceau ; une foule de petits animaux qui jouent en se grattant les ailes ou en se mordant la queue, soit à la retombée des rampants, soit au culot des consoles; les monstres qui portent sur leur dos les pesantes gargouilles ; les mascarons ou les petits êtres humains qui grimacent, ricanent, dorment, jouent, niangent, boivent, lisent, méditent, prient ou bâillent sur les accoudoirs et les miséricordes des stalles, sur des panneaux de portes ou des pointes de trèfles, fourniront sujet à un essai de zoologie gothique, et matière à quelques observations. La flore s'ouvrira par ces marguerites semées à pleines mains et sans nombre dans toute l'église, du pavé aux clefs de voûte et du portail à l'abside. La zoologie commencera par ces jolies levrettes de marbre blanc qui soutiennent les pieds des deux Marguerites, et par le lion qui porte l'épée de Philibert le Beau. »
DIDRON
En abordant la question des vêtements sacerdotaux , nous n'avons point la prétention de mettre sous les yeux de nos lecteurs le tableau séduisant d'idées neuves; notre but est au contraire de rappeler les antiques traditions de rÉglise, qui a toujours su et qui a toujours voulu révéler aux fidèles, par la main des artistes, tout ce que les plus profonds mystères de la religion étaient capables de communiquer de grâce et de beauté aux objets extérieurs de son culte. C'est ce que les anciens architectes, peintres et sculpteurs, nos ancêtres, ont si bien compris. Ceux qui ont aimé Dieu jusque dans le travail journalier de leurs mains; ceux qui Font glorifié en pratiquant un art que Ton appellerait de nos jours une industrie ; ceux , en un mot, qui ont été les ouvriers patients de ces œuvres qui font notre admiration, comme elles ont fait leur joie paisible; ceux-là, disons-nous, qui avaient le vrai sens de ces paroles de Tapôtre saint Paul : « Soit que vous mangiez ou que vous buviez, et quelque chose que vousfassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » , ils ont dépensé, dans des intentions pieuses et utiles à l'Église, la sève artistique dont ils étaient les dépositaires. Us ont pris cette part dans la foi commune qui en était l'élément vital ^ comme aujourd'hui nous recueillons, même dans l'indifférence religieuse, les fleurs de ce champ dont nos aïeux ont renié l'héritage, mais que nous sonmies heureux de compter parmi les biens les mieux acquis.
L'art païen a eu pendant trois siècles d'éloquents interprètes; n'est-il pas temps, aujourd'hui, que les productions du génie chrétien puissent compter quelques défenseurs fidèles? Si des débris insignifiants de tessères antiques ont pu occuper la vie laborieuse des lauréats de nos académies , n'est-il pas plus concevable qu'on se décide volontiers à exhumer nos monuments et à remuer la poudre de nos bibliothèques pour découvrir ces premières lueurs de l'archéologie chrétienne, qui aurait besoin, pour se faire jour, du silence des cloîtres
et du zèle des pèlerins. Mabillon, Montfaucon, Martène, Durand et Gerbert ont, il est vrai, entrq)ris des voyages scientifiques; mais, si précieuses que leurs recherches nous soient d^ailteurs, ils n'ont pu qu'indiquer les points principaux d'un vaste plan tracé à l'avance. Ils avaient à lutter alors contre cette indifférence dédaigneuse pour l'étude des monuments , que désavouait le bon goût, et dont le burin semblait prendre à tâche de rendre les formes ridicules. L'Italie, où les édifices religieux se sont toujours ressenti des influences de l'art antique, a su trouver à toutes les époques de son histoire de zélés admirateurs et de savants écrivains. Mais , leurs élucubrations ne répondent qu'au besoin d'un petit nombre et sont empreintes d'une austérité qui nous a rendu peu familière la connaissance de leurs livres.
Pendant toute la durée du moyen âge, cette partie de la liturgie qui a rapport aux vêtements sacerdotaux n'a été explorée qu'au point de vue mystique. La plupart des écrits que nous pourrions appeler « rationaux » , et dont Guillaume Durand nous a laissé l'encyclopédie ingénieuse et féconde, n'ont été composés que pour signaler des faits présents et pour perpétuer le sens mysté- • rieux que l'Église attache à l'institution des signes extérieurs. Il nous reste, il est vrai, dans Anastase le Bibliothécaire et ailleurs, quelques nomenclatures de ces magnifiques ornements qui sont sortis pendant plusieurs siècles des manufactures de Tyr et d'Alexandrie; mais ils sont là nommés plutôt que décrits, et Ton ne peut juger de leur valeur artistique que par le très-petit nombre de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous. Us n'ont d'ailleurs été d'aucun secours à ces auteurs liturgistes, trop préoccupés des questions de doctrine pour s'arrêter à expliquer l'art qui en constituait naturellement l'interprétation figurée; et c'est précisément à la multiplicité de ces chefs-d'œuvre de richesse et de patience qu'est dû le silence de nos chroniqueurs. Durant cette époque , chaque siècle apportait au siècle qui le suivait une tradition suivie d'âge en âge, et que le temps perfectionnait sans la changer. Mais, à partir de l'illustre évéque de Mende, qui n'a guère été que l'écho des saints Pères et des graves docteurs qui l'ont précédé, on n'entend plus qu'à de Tares intervalles cette voix qui parle des mystères cachés sous l'enveloppe des choses visibles. L'histoire vient s'éclairer aux lumières de la science, qui en élargit le domaine. La comparaison entre les anciens monuments écrits nous fait déjà apercevoir certaines modifications dans la forme et dans l'usage des vêtements. Les premières mosaïques d'Italie et presque partout les trésors des églises révèlent par de nombreux exemples la majesté de l'ancien costume ecclésiastique. Ce n'est qu'au xvr et au xvii* siècles que les plus importantes de ces modifications arrachent à nos auteurs quelques paroles de regret et quelques plaintes, trop faibles alors pour
ho ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
être entendues. Le goût moderne avait fait irruption jusque dans le sanctuaire, eft les écrivains oublièrent complaisamment cet art du moyen âge que personne n'admirait. Il ne s*agissait plus des grandes questions de doctrine; on voulait faire de Thistoire, et Tunique moyen parut être Fétude des textes; mais les commentaires de la critique scientifique firent aboutir ces recherches à des résultats bien divers. On allégua de part et d'autre des faits isolés sur l'origine des vêtements sacerdotaux. Quelques-uns prétendirent que leur institution remontait au temps des apôtres, et que l'Église, imitant en cela les canons de l'ancienne loi , avait voulu revêtir ses ministres comme Moïse avait revêtu d'ornements sacrés Aaron et ses fils devant la porte du tabernacle. D'autres soutinrent que les persécutions incessantes auxquelles les chrétiens furent en butte, pendant les trois premiers siècles, ne permettaient pas aux ministres des autels d'user d'aucun signe extérieur de leur sacerdoce. D'autres affirmèrent qu'au vT et au VII* siècles, l'habit des laïques était encore en usage pour la célébration des saints mystères. Enfin, Jacques Boileau publia, sur une matière qui sera l'objet de notre premier chapitre, un petit traité dans lequel les autorités les plus irrécusables semblent lui venir en aide pour prouver que le costume clérical, après avoir subi pendant quinze siècles les variations de la mode et en avoir épousé les caprices, même les plus ridicules, n'avait pris cette forme grave qu'il a conservée jusqu'à nos jours, que lorsque le cardinal Campège, pour mettre un terme à ces innombrables travestissements, eut, en 152A., l'heureuse idée de rendre obligatoire l'usage des vêtements « talaires » .
La mystique de la liturgie avait déjà beaucoup perdu de son importance, et les vêtements sacerdotaux , déformés à ce point, qu'il n'était plus possible de leur appliquer de signification, trouvèrent dans le trésorier de Cluny, D. Claude de Vert, un fougueux apologiste. En 1706 et 1707, il fit paraître, sous le titre d' « Explication simple, littérale et historique des cérémonies de l'Église > , un ouvrage dans lequel les institutions sont établies par la force des choses et maintenues ou modifiées, mais toujours justifiées, par ces raisons souveraines de commodité que nous appellerions aujourd'hui raisons de confortable. Ici les principes d'une philosophie naturaliste tiennent lieu d'histoire. Après quelques mots dits sur les origines, vous arrivez subitement à la période moderne , et là se déroule sous vos yeux le tableau assez érudit des coutumes locales dévoyées. Ce plan nous rappelle celui de certains livres qualifiés d'histoire de l'architecture, de la peinture et de la sculpture , dans lesquels on retrouve toujours , sous différentes formes, cette phrase que nous avons apprise de nos maîtres : t La décadence romaine faisait chaque jour quelques pas vers la barbarie ; mais cette Vaste orgie de la corruption n'était que le somptueux prélude du sommeil léthar-
gique de l'ivresse dans lequel resta plongé l'art au moyen âge, en attendant le réveil de la renaissance. » Ce magnifique trait de plume était fait pour abréger bien des recherches; et cependant nous ne pouvons dire qu'une seule des opinions précédemment citées ait été professée légèrement : chacune d'elles s'est appuyée sur le témoignage des Pères, l'autorité des conciles, et sur les principaux monuments de l'hagiographie et de l'histoire ecclésiastique. Grâce aux trésors de la science bénédictine, l'histoire littéraire du moyen âge est presque Jaite; mais celle de la liturgie, dont les textes ont été, par les soins des Muratori, des Mabillon, des Zaccaria, des Renaudot et des Martène, rassemblés en de volumineuses collections , et en particulier celle des vêtements sacerdotaux , recevra, nous n'en doutons pas, de grandes lumières de l'étude toute moderne des monuments figurés. Ces exemples nous paraissent d'autant plus nécessaires, qu'on rencontre partout à ce sujet l'absence d'une terminologie fixe, et bien que presque tous les traités soient écrits en langue latine, les mêmes mots sont souvent pris dans des acceptions tellement différentes, que, sans le secours des figures , nous trouverions sur cette matière bon nombre de problèmes insolubles. La confusion des termes est surtout regrettable dans les rares documents qui nous restent sur le costume clérical et sacerdotal des premiers siècles. Alors que les monuments sont trop rares ou trop récents pour nous donner des lumières précises, et que les textes deviennent la source presque unique à laquelle on doive puiser, nous avons malheureusement une discussion à établir sur le sens réel d'un grand nombre de mots qui n'ont point d'équivalent en français. Nous prions donc nos lecteurs de vouloir bien nous pardonner, dans le cours de ces articles, l'usage fréquent d'expressions latines, préférable, ce nous semble, à celui des périphrases.
Mfl^ré l'aridité des nomenclatures, nous nous décidons à exposer sur la question du costume clérical une chronologie qui, mieux que nos propres inductions, servira à comparer les faits entre eux, et à faire juger de la valeur des opinions émises jusqu'à ce jour. Dans un prochain article nous en tirerons les conséquences, qui doivent établir les bases de cette introduction à l'étude des vêtements sacerdotaux.