‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 16 sur 82 · Bestiaire ffançais», rimé,^ la bibliothèque Royale · texte numérisé non relu

Bestiaire ffançais», rimé,^ la bibliothèque Royale

plai âes serpents, dans la décoration des chapiteaux, par exemple, est assez fréquent

Il n'en est pas de même, à ce qu'il paratt, en Angleterre. J. firitton, dans son « Architectural Dietionary » , cite deux faits qui ont beaucoup d'analogie , et un troisième qui offre une grande similitude avec celui qui nous occupe. Suivant oe savant et laborieux investigateur, l'arcade semi -circulaire, qui forme l'entrée du porche de la cathédrale de Malmesbury ', est couronnée d'un entablement terminé par deux têtes de serpents à la naissance de l'arc. De semblables entablements, ditril, relient les arcades ogivales de la nef. Le porche de la cathédrale de Malmesbury est considéré, ainsi quMl le fait observer, comme un des plus beaux « spécimens » de l'architecture normande. D'autres entablements « du même caractère » se voient au beau portail occidental de la cathédrale de Lincoln, assignée à la môme époque. Une autre ^Use, située dansie Gloucestershire, également de construction normande, offre tm portail dont la corniche « représente deux serpents ayant leur tête à l'imposte «t leur queue entrelacée au sommet de l'arc. »

Sauf le nombre des serpents , le motif est parfaitement identique avec <^lui de Sainte-Croix. Ce genre de décoration est donc essentiellement un type normand ; mais il paraît avoir pris naissance en Angleterre , à en juger par la supériorité du nombre des exemples. Si quelque chose doit surprendre, ce n'est pas assurément <ie voir des serpents figurer, soit comme emblèmes, soit comme ornements, sur la face d'un édifice. Le serpent a été, dans tous les temps et dans toutes les religions, un type, un symbole.

Les prêtres de l'Egypte, qui furent les instituteurs des nations paifennes, adoptèrentia figure du serpent tenant une boule dans sa boudie pour représenter le CNEPH, le« grand dieu sans commencement et immortel, qui crée le monde par sa parole » , tradition dégénérée de la véritable création. Mais le serpent ne se bornait pas à ce rôle chez les Égyptiens : il y remplissait aussi celui de Typhon, le mauvais principe. De là les représentations hiéroglyphiques, où l'on trouve deux serpents dressés l'un contre l'autre; l'un tient dans la bouche une boule que l'autre semble lui disputer. C'est, à ce qu'on dit, le mauvais principe combattant pour arracher le monde au bon principe qui l'a c!*éé. Le [Serpent, dans la mythologie égyptienne, figure aussi le soleil, c'est-àdire la vie. On hii donne alors communéinent une tête de lion, avec ou sans rayon ; car tfeét lorsque le soleil est parvenu au signe du lion , qu'arrive

4 . M. Britton n'explique pas particulièrement s'il faut entendre, par ce terme, une corniche également semi-Circulaire ou une cornicfae angulaire décrivant an pignon.

l'inondation du Nil, qui est une source de vie pour l'Egypte. Le serpent a le privilège de représenter la vie, soit en raison de son rajeunissement, soit à cause de son allure souple et rampante, qui exprime assez bien la manière dont la vie animale se glisse et s'insinue, pour ainsi dire, dans l'être matériel ; c'est à ce privilège qu'il faut se reporter, quand on veut expliquer la place que tient le serpent dans presque toutes les théogonies, comme être simple ou comme être composé.

Chez les Grecs, le serpent qui se mord la queue est le symbole de l'éternité : le serpent représente la vie, et le cercle la durée sans fin. Chez les Hébreux, le même mot « Héva » , signifie serpent, vie, et c'est le nom de la première femme. Le serpent est le plus éloquent de tous les animaux, dit la Genèse, et c'est sa forme que le diable emprunte pour tenter les enfants de Dieu, pour les engager à goûter du fruit de l'arbre fatal de la science du bien et du mal. Le serpent est maudit de Dieu. Cependant ses propriétés symboliques ne sont pas anathématisées ; car Dieu lui-même ordonne à Moïse d'élever l'image d'un serpent dans le désert , afin que ceux qui le regarderont retiennent dans leur sein la vie prête à s'en échapper. Les SS. Pères voient dans ce serpent la figure de Jésus-Christ élevé sur la croix pour chasser la mort spirituelle.

Le serpent fait irruption dans la mythologie et dans l'iconographie indiennes. On le retrouve sur les monuments innomés de l'Amérique. Les peuplades sauvages de ce vaste continent adorent le grand serpent, qui n'est pas sans quelque ressemblance avec le cneph égyptien ; enfin on croit voir le serpent marquer son empreinte sur les pierres des dolmens druidiques.

L'emblème du serpent était un des plus répandus dans la secte des gnostiques, qui s'éleva vers le second siècle du christianisme et qui s'attira toutes les rigueurs de l'Église. On sait que les dogmes impurs du gnosticisme étaient en partie un mélange monstrueux des superstitions de l'ancienne Egypte et des dogmes de la loi nouvelle. Les abraxas gnostiques, espèce d'amulettes ou de tessères, représentaient le plus ordinairement, sur une face, un homme armé d'un fouet ou d'un poignard , et passant le bras du côté opposé dans les anses d'un bouclier, sur lequel on lit les lettres A i n. Les jambes du monstre se composent souvent de deux serpents menaçants.

Vers la même époque s'éleva une autre secte, dite des Ophites, et qui, selon Tertullien, vénérait le serpent comme étant son Messie; elle le mettait audessus de Jésus-Christ, parce qu'il avait la connaissance du bien et du mal. Ce serpent n'était sans doute que l'emblème de la vie matérielle, laquelle, en effet, apprend beaucoup mieux que l'abnégation chrétienne à connaître le bien et le mal physique. On ne doit pas s'étonner, d'après cela, des infâmes excès aux-

quels se livraient ces deux sectes, issues d*une commune origine. C'est à Tune ou à Fautre qu'il faut attribuer les deux figures qui suivent : la première est empruntée à r« Antiquité expliquée » du P, Montfaucon; la seconde est tirée d'un manuscrit turc de la Bibliothèque Royale. Toutes deux ne semblent être qu'une personnification, sous forme humaine, du dragon à tête de lion de l'ancienne Egypte. Cette tête leur est commune à toutes deux. Les quatre ailes de la première figure

I. ^ BCmJTUBB «MOSTIQOB OU MinRUQUI, »AlfS Ll MUSÉB »U TATICAM.

Premiers siècles ebrétieos.

donnent l'idée de l'habitation célesle. La vie, symbolisée par le serpent, .vient s'imprégner des feux du soleil à la bouche même du lion, et se répand sur une partie de la terrre (sur l'Egypte, dont la vie est l'inondation), en marquant avec sa queue le cours sinueux d'un fleuve. Les deux clefs, disposées en sens contraire et que tient la figure, indiquent que c'est le soleil qui ouvre et qui fenne les sources du fleuve bienfaisant. — La figure musulmane qui suit 1. 17

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