‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 24 sur 82 · VITRAIL DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

VITRAIL DE LA VIERGE

Après les ddux articles de M. Lassus sur la peinture des vitraux, il ne nous reste plus rien à dire sur la fabrication de cette partie importante de l'art mod^ne. Il est acquis par tout le monde /nous n'en doutons pas, que, pour faire des vitraux réellement remarquables , il faut s'attacher à reproduire scrupuleusement les verrières du moyen âge. C'est de la mosaïque qu'on doit faire, et non des tableaux-; ce sont des verres épais comme deux ou trois pièces de cinq francs qu'il faut employer, et non des pellicules d'oignon ; c'est de la couleur puissante qu'il faut montrer, et non de fades nuances. Le canevas de plomb qui cimente les verres veut être façonné au rabot et non effilé au tire-plomb. Les cadres de fer qui saisissent les médaillons doivent dessiner des formes étudiées, et non s'enchevêtrer comme une toile d'araignée crevée par un insecte.

Ce sont là des principes incontestables et que l'étude des vitraux modernes fortifie d'année en année dans notre esprit. C'est à l'aide de ces principes, que nous blâmons presque toute la peinture sur verre admise à l'exposition de l'industrie, et que nous réprouvons surtout celle qu'a exhibée pendant tout le mois de juin , dans le Louvre, la manufacture royale de Sèvres. — Au 21 mai lSk% je dirais dans F « Univers » :

t Pas de milieu : soyez complètement original ou complètement traditionnel; faites des verrières entièrement nouvelles ou entièrement vieilles. Un vitrail ne peut être que radicalement neuf ou servilement ancien ; autrement vous ferez des œuvres bâtardes, comme celles qui déshonorent Saint-Denis, comme celles que la manufacture de Sèvres expose en ce moment au Louvre. Je m'étais promis déparier en détail de ces vitraux exécutés à Sèvres et destinés aux chapelles royales d'Eu et de Dreux ; mais je n'en ai pas la force. Il y a quelques années, Aimé Chenavard a fait exécuter à Sèvres un magnifique vitrail, repré-

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sentant les arts et les sciences de la renaissance ; c'est une brillante apothéose de l'époque d'art qui est à cheval sur la fin du xv* siècle et le commencement du'xvi*. Tout antiquaire que je sois, j'aime cette splendide fenêtre. Si l'armature de fer, toile d'araignée enmêlée avec inintelligence, n'était pas si laide au dehors, j'admirerais ce vitrail presque sans réserve. L'année dernière encore» Sèvres a monté deux fenêtres exécutées d'après des dessins de M. Achille Devéria , et les fautes archéologiques de ces deux vitraux ne m'ont pas rendu injuste à l'égard de la couleur qui est intense et de la composition qui est bien entendue. Mais les vitraux que Sèvres expose cette année-ci sont au-dessous du médiocre. Rien n'est plus propre à faire railler la France par l'Allemagne et Paris par Munich que ces incroyables verrières ; on dirait que la manufacture de Sèvres est tombée en enfance. Le genre troubadour, que nous reprochions aux amateurs de madones, de castels, de châtelaines et de varlets, a élu domicile à Sèvres. Il n'y a rien de plus puéril ni de plus laid que le vitrail de cette fabrique , où se voit un « jeune troubadour venant au tombeau de la dame de ses pensées pour soupirer une élégie dans une chapelle abandonnée et tombant en ruine ' » .

« Sommes-nous donc des hommes à qui l'on vienne offrir de pareils enfantillages ? Encore si la physionomie du personnage n'était pas plus niaise que le sujet, si le dessin n'était pas plus mauvais que la physionomie, si la couleur n'était pas plus grotesque que le dessin ! Un semblable vitrail n'est bon qu'à déshonorer la France. Mes reproches sont durs , mais justes. La France , à laquelle, par l'entreprise particulière, on doit les vitraux de M. Maréchal, et l'un des vitraux de Saint-Germain-l'Auxerrois, calqué sur la plus belle fenêtre de la Sainte-Chapelle ; la France , qui dote si généreusement la manufacture royale de Sèvres, ne méritait pas un pareil affront. Les autres vitraux exécutés cette année-ci, par la môme manufacture, sont un peu moins mauvais que celui du troubadour, mais c'est tout. Des femmes, des saintes, exécutées comme on fait des lithographies; des nimbes à rayons violet^véque , comme on en voit aux enseignes de marchands de verre : voilà de tristes productions. On ne dirait jamais que la France a inventé la peinture sur verre, comme elle a inventé la scuplture en bois et le style ogival. La manufacture royale nous fait payer cher la vieille gloire de nos inventions sublimes » .

Il est décourageant d'avoir à répéter encore aujourd'hui ce que l'on disait il y a deux ans. Bien mieux , la manufacture de Sèvres, au lieu de se relever de cet abaissement inouï, est tombée plus bas encore; entre les vitraux de 1842

\, C'était à peu près le style du livret où ce vitrail était désigné; quand on parle ainsi, il vous reste à penser la belle peinture qu'on doit faire I

et ceux de 1844, il y a deux grandes années de décadence. Les trois vitraux destinés à la chapelle royale de Dreux , représentant saint Louis qui rend la justice sous le chêne du bois de Vincennes, le Christ au Jardin des Oliviers et le Christ en croix , sont dans le genre troubadour dont nous parlions tout à Theure. Un château de Vincennes sans créneaux ni mâchicoulis, une reine du XIV* siècle, des costumes du xv% un roi qui n'est d'aucun temps, un tableau sans couleur, une scène sans histoire : voilà ce que c'est.

Les sept fenêtres destinées à la chapelle royale d'Amboise représentent des lithographies exécutées sur verre d'après les tableaux des peintres Zurbaran , Alonzo Cano et André del Sarte. Ces saintes coquettes, dites à la flèche et au livre, ces saints charmants et très-satisfaits d'eux-mêmes, sont entourés d'anges hideux , plus laids encore que les vilains démons qu'ils combattent. Ces anges voudraient chanter, et ils grimacent, si toutefois on peut saisir en eux un jeu quelconque de physionomie. On n'a jamais rien vu de plus laid, et, ce qui est triste à dire, c'est qu'on paraît l'avoir fait exprès. Les saints et saintes, exécutés d'après les peintres espagnols, sont parfaitement exécutés et traités avec une remarquable prédilection ; au contraire, la bordure, à forme gothique et encadrant ces personnages, est massacrée avec intention. A-t-on fait laid exprès pour se moquer du gothique et faire ressortir les figures principales? A-t-on fait laid , parce qu'on croit que le gothique est laid, et pour être fidèle à ce qu'on appelle l'esprit du moyen âge'? Nous l'ignorons; mais, réellement, c'est affreux. Quant aux deux fenêtres destinées à la cathédrale de Saint- Flour, c'est une bien vilaine imitation des vitraux du xiii* siècle ; nous préférons encore les sept fenêtres destinées à Amboise. Les vitraux faits pour Saint-Flour sont tellement clairs et minces, qu'on aperçoit très-nettement le Louvre au travers, et qu'on pourrait daguerréotyper ce palais. Nous ne parlons pas des costumes que portent les personnages, ni des vêtements sacerdotaux du saint, ni de sa mitre en bonnet de coton rouge, à ruban jaune , ni d'un nimbe ôté sans raison au saint qui consacre sa cathédrale et donné au saint qui la fait construire ; tout cela n'est que de l'archéologie et intéresse peu la manufacture de Sèvres. Sérieusement et franchement , si nous étions à la place de Mgr l'évêque de Saint-Flour, nous refuserions positivement ces deux fenêtres. Quant à deux

4. A Saint-Denis, le sculpteur en chef, chargé par M. Debret de restaurer les figures du portail occidental , nous a dit à nous-méme et sur son échafaudage : « Cette statuaire ancienne est fort laide, et j*ai beau faire affreuses mes figures modernes, je ne puis approcher de la laideur primitivo; j'y emploie tous mes efforts et je ne réussis pas ». Le malheureux, que nous ne voulons pas nommer, se trompait; il n'a que trop bien réussi; car rien n'est plus hideux que sa sculpture. Il parait que la manufacture de Sèvres pense et agit comme le restaurateur de Saint-Denis.

autres petits vitraux représentant l'un la Vierge qui tient TEnfant, l'autre Jésus au milieu des Docteurs, ce sont deux fort jolis tableaux. On les aime beaucoup, et nous partageons cet avis; cependant nous leur préférons les admirables chefs-d'œuvre qu'un simple particulier de Munich, M. Melchior Boîsserée, fait exécuter pour son propre agrément, et qu'il montre avec tant de bonté aux étrangers qui vont le voir. Là encore la manufacture de Sèvres est inférieure à ce qu'on fait en Allemagne; elle est même inférieure à ce que Texploitation particulière exécute en France. Pendant tout le mois dernier, cette hutte de planches, de boue et de toile, qu'on appelle le palais de Tlndustrie, cette cabane, qui laisse passer le vent et tomber l'eau sur les produits manafacturés, a raillé le palais du Louvre; les fabriques libres ont pu se moquer de la manufacture royale. 11 n'y avait pas, au palais de l'industrie, de vitraux aussi mauvais qu'au palais du Louvre, et il y en avait que nous regardons presque comme des chefs-d'œuvre.

Celui que nous mettons à la tête de tous, et qui a été déjà loué dans les « Annales» , est celui-là précisément dont nous donnons aujourd'hui la gravure : il a été exécuté au Mans, dans une pauvre fabrique de province, d'après les cartons d'un jeune homme, M. Henri Gérente, et sous la direction d'un simple prêtre, M. Tournesac, correspondant du Comité historique des arts et monuments; c'est M. Edouard Bourdon qui l'a peint et M. Lusson fils qui l'a cuit. La manufacture de M. Lusson a toutes nos sympathies, et nous ne dissimulons pas notre sincère affection pour elle; il ne dépendra pas de nous que cette fabrique n'obtienne au plus tôt le rang supérieur qu'elle doit tenir dans les manufactures de ce genre. Dans sa déclaration de principes, M. Lusson dit : « Le peintre-verrier doit, à notre époque de renaissance de l'art chrétien, imiter le style des beaux siècles du moyen âge et travailler suivant les règles tracées dans les magnifiques vitraux de nos cathédrales. Il apprend, dans les études archéologiques, à reproduire le vitrage du xiii* siècle , avec sa composition savante d'architecture, de décoration, de théologie... Il ne doit négliger aucun des moyens mis en pratique par ses devanciers pour arriver aux heureux résultats qui furent chez eux le fruit d'une longue expérience. Ce fut l'innovation , l'ignorance des traditions qui , au xvi* siècle , amenèrent la décadence des vitraux d'église et de l'architecture chrétienne, et qui causèrent leur ruine. Il est donc de l'intérêt et de la conservation de l'art chrétien, ou national, de respecter les traditions et de ne rien innover dans la peinture sur verre » .

On conçoit qu'avec de pareilles idées M. Lusson soit des nôtres; nous ne dirions ni mieux ni autrement. C'est à l'aide de ces principes que, du premiCT coup , la manufacture du Mans a donné un vitrail que nous déclarons le plus

beau qu'on ait encore exécuté. Si les « Annales Archéologiques » avaient été plus riches, elles auraient offert à tous leurs souscripteurs un exemplaire colorié de cette remarquable fenêtre; c'est avec un vif regret que nous ne pouvons l'envoyer qu'en noir. Telle qu'elle est pourtant, cette planche donnera une idée de cette fenêtre que nous opposerons désormais et avec orgueil à tout ce que les étrangers, Anglais, Allemands et Belges, ont fait de plus remarquable dans ce genre et que nous connaissons pour l'avoir vu attentivement et étudié avec 8oin. Voilà ce qu'en province, et avec des ressources fort médiocres, sans subvention aucune, des jeunes gens dirigés par un pauvre prêtre ont pu produire. Si j'étais la manufacture de Sèvres , je renoncerais au métier et je prendrais . quelque grasse retraite.

A bon droit M. Gérente, qui est nourri du plus pur moyen âge, a choisi, comme modèle , le commencement du xnr siècle et même la fin du xii*. Ses rinceaux entrelacés, ses quatrefeuilles arrondis, ses grappes sortant à peine de l'aisselle des feuillages, ses trèfles droits, ses longs cordons de perles, ses colonnes dont la base a le tore profond et dont le chapiteau a les crochets saillants^ son nimbe uni aux saints et croisé à Jésus-Christ, l'auréole qui cerne le corps de Marie enlevée au ciel , le lit de sainte Anne et celui de la Vierge , les encensoirs et les navettes des anges, les draperies de tous les personnages, l'ensemble et toutes les parties de cette fenêtre caractérisent nettement, sûrement, et, sans aucune erreur, le plus beau xiir siècle. C'est à peine si les plus difficiles archéologues trouveraient dans cette belle et savante page une faute d'orthographe, une virgule absente, une lettre mal formée. Nous ne ferons qu'un reproche à M. Gérente : fidèle au xiir siècle , il semble l'avoir un peu blessé dans les draperies de ses personnages qui sentent le xiv% 11 a eu peur du large parti de draperies adopté de 1150 à 1250, et il a préféré 1280 ou 1300; c'est un tort. Alors, le jeune peintre pensait que le xnr siècle n'était pas toiQOurs beau de toutes pièces et qu'il convenait dans l'occasion d'emprunter, avant ou aptes, quelques détails pour le faire valoir; il croit à présent que les draperies du xiV ou xiii* siècle sont belles comme les rinceaux de cette époque ; et te premier vitrail dont il va dessiner les cartons sera fait selon cette croyance. Nous l'en félicitons sincèrement, car nous sommes de ceux qui pensent qu'on n'a jamais fait de plus belles figures ni de plus belles draperies que celles qui se voient aux vitraux de Saint-Denis, de Sens et de Chartres^ lesquelles sont du XII* et du xiir siède.

]>aiis un raifort présenté aux niembt*es du jury de l'exposition de l'industrie, M* Bontemps, l'hfiabile directeur de la verrerie de Choisy-le-Roi, réprouve les figures peinties sur verre aa xiH*«ècle, dcmt cependant il adopte et loue l'orne-

mentation. Les personnages, il veut les prendre dans la statuaire de cette époque, laquelle lui paraît supérieure aux figures peintes. C'est une grave erreur : les vitraux de Chartres valent les statues de Chartres , les vitraux de Reims sont égaux à la statuaire de Reims. Il y a de bonnes et de mauvaises statues, comme il y a de bonnes et mauvaises figures peintes ; il faut copier les bonnes et laisser de côté les mauvaises. Quand on écrit et qu'on veut imiter, il faut consulter les écrivains; quand on bâtit et qu'on veut imiter, il faut étudier les constructions; quand on peint et qu'on veut imiter, il faut s'inspirer des peintures. Faire des vitraux avec des statues, ne vaudrait pas mieux que faire de la musique avec de l'architecture, ni de la poésie avec de la musique : chaque art a son génie, et c'est une imprudence que d'infuser de la statuaire dans de la peinture, ou de la pierre dans du verre. Étudiez, pour vos vitraux modernes, les vitraux anciens ; nous avons. Dieu merci, d'assez magnifiques et nombreux modèles. Imitez le xiii* siècle pour faire des vitraux qui rappellent cette époque, ou bien le xiv% le XV* et le xvr siècles, si vous devez donner des fenêtres de ces diverses périodes; mais n'allez pas prendre au xiii* siècle ses ornements, pour encadrer des scènes du xix* ; un pareil éclectisme n'est bon qu'à porter malheur. 11 faut être conséquent, car l'harmonie est la première comme la plus grande loi de la beauté. Le vitrail du Mans est homogène, et c'est la plus remarquable fenêtre qu'on ait exécutée jamais. Ce vitrail, tout complet qu'il paraisse, puisqu'il embrasse la naissance, la mort et l'assomption de Marie, les trois grandes divisions de cette vie merveilleuse, n'est cependant qu'un fragment. Tout autour de ces trois parties de la vie de la Vierge se dérouleront les actes secondaires de son existence, quatre pour chacun des trois quatrefeuilles, et embrasseront la vie totale. Ce vitrail ainsi fait, et qui sera colossal de dimensions, pourra, nous l'espérons, être exposé dans un monument public de Paris ; il est destiné à l'église de la Couture, au Mans.

Un jour, le jour peut-être de l'exposition du vitrail , nous raconterons, à l'aide des légendes et des monuments figurés, toute la vie de la sainte Vierge; aujourd'hui, nous nous en tiendrons à quelques mots sur les trois quatrefeuilles de la fenêtre du Mans. — Au premier tableau, c'est la naissance de Marie : Nascïtur Virgo, comme dit la légende. La miraculeuse petite fille est reine tout en venant au monde ; elle porte déjà le nimbe, couronne de la sainteté, et la couronne, nimbe de la royauté. On remarquera le lit archéologique sur lequel est couchée sainte Anne et les belles draperies de l'accouchée, de la sage-femme et de la domestique. — Au second tableau, Marie meurt entourée des apôtres éplorés. Son âme s'est envolée, petite enfant, dans les bras de Jésus qui bénit le corps sacré de sa mère. Jésus jeune avait été porté par Marie ; Marie en âme

est portée par Jésus. Je ne connais rien de plus touchant que ces caresses de THomme-Dieu à la petite âme de sa mère. — Au troisième tableau, une auréole, ovoïdale et cernée de nuages, est tenue par quatre anges qui enlèvent au ciel le corps ressuscité de Marie. Marie est au centre de cette auréole qui lui sert comme d'un lumineux vêtement. Elle tient, à la gauche, le livre de la sagesse et, à la droite, le lis de la virginité. — Au sommet, deux anges descendent du ciel ; ils encensent leur reine qui monte s'asseoir à la droite de Jésus-Christ. Tout ce vitrail étant conforme aux règles de l'iconographie chrétienne, on nous dispensera, en conséquence, de faire des remarques archéologiques. Quand, pour une chapelle à la Vierge, un prêtre voudra faire exécuter un vitrail, nous pensons qu'il n'a pas de meilleur modèle à choisir que celui-ci.

DIDRON

Antiquités gauloises. — Bustes antiques. — Inscriptions romaines. — Fouilles projetées è Narbonne. — Mosaïque trouvée à Aix. — Mosaïques découvertes près de Chartres. — Localités qui ont fourni des objets antiques. — Amphithéâtre d'Autun. — Médailles du moyen âge en plomb. — Allée couverte de Marly. — Paris des xiii* et xi\« siècles. — Squelette trouvé à Montmartre. — Monuments recueillis pour le musée de Toulouse et statue de Simon de Montfort. — Sculptures romanes au Puy. — Bas-reliefs du xiii" siècle. — Pavé de Saint-Nicaise de Reims. — Inscription relative à des capitaines anglais du xiv« siècle. — Tombe d*un architecte du xiii* siècle. — Ruines d'églises découvertes à Saint-Denis. — Qppe romain trouvé au Palais de Justice de Paris. — Monuments de Santa-Fé.

A aucune époque les découvertes archéologiques n'ont été plus abondantes que de nos jours. Nos lecteurs nous rendront la justice de croire que nous ne sommes pas de ceux qui applaudissaient, par exemple, au renversement de l'admirable église abbatiale de Saint-Vannes à Verdun , parce que le hasard avait fait retrouver dans les fondations de cet édifice quelques débris mutilés de sculpture romaine. Mais, si nous ne nous sentons nullement disposés à fouiller dans les entrailles de nos vieux monuments, pour en arracher les fragments qu'elles recèlent, nous ne voulons cependant pas manquer de publier les découvertes qui se font autour de nous; les regrets que nous aurons à donner aux monuments détruits par l'ignorance ou la barbarie, ne nous empêcheront point d'apprécier, à leur valeur, les objets exhumés du sein des ruines. Les travaux d'assainissement de nos villes, les immenses percées qui s'exécutent ou se préparent à travers les plus anciens quartiers de Paris, les fouilles nécessaires pour l'établissement des chemins de fer peuvent ramener chaque jour à la lumière des objets enfouis depuis bien des siècles. Nous nous empresserons d'enregistrer ces découvertes, dont plusieurs auront certainement pour l'histoire de l'art une importance majeure; en voici quelques-unes.

— On vient de trouver en Bourbonnais, à Saint-Gérand-de-Vaux, cent cinquante médailles d'or et un collier de même métal, appartenant à l'époque

gauloise. Les médailles découvertes à Saint-Gérand, comme beaucoup d'autres recueillies sur le sol de la Gaule, ne sont qu'une imitation servile des monnaies de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand ; elles présentent d'un côté la tête d'Apollon, de l'autre un char attelé de deux chevaux que dirige un cocher. Le collier se compose d'un cercle d'or ouvert, dont les extrémités se terminent par des boutons concaves qui paraissent avoir enchâssé des pierres précieuses ou des médailles. La valeur intrinsèque de ce collier est d'environ mille francs.

— Le cabinet de la Bibliothèque Royale s'est enrichi, Tannée dernière, d'un grand cercle d*or en torsade , découvert à Montataire , près de Greil , dans une fouille pratiquée pour le tracé du chemin de fer du. Nord. Comme le collier de Saint-Gérand , ce cercle paraît être d'un travail gaulois ; il a probablement servi de ceinture.

— Des travaux exécutés dans une maison de Bézîers ont amôtié la découverte de plusieurs têtes antiques en marbre blanc. Deux de ces têtes, qui représentent le même personnage, sont d'une étonnante conservation et d'un travail assez distingué. Parmi celles qui ont plus ou moins souffert , il en est une qui appartient à la plus belle époque de l'art, tandis que les autres accusent au contraire des ouvriers peu habiles et un style dégénéré. Dans la même fouille se sont trouvées des mains en marbre blanc d'une exécution excellente , ainsi qu'un buste colossal dont le travail très-barbare se rapporte au plus bas temps de l'art antique.

— M. Tournai, correspondant du Comité historique des arts et monuments, vient d'adresser à M. le ministre de l'instruction publique un recueil de quatre cents inscriptions latines copiées, dans la ville et la banlieue de Narbonne, sur les monuments originaux. Ce travail est destiné à la Commission spéciale chargée de proposer le plan et les principales divisions du Recueil général des inscriptions latines* L'administration de la guerre se dispose à faire exécuter très-prochainencïent des fouilles considérables pour la continuation des fortifications de Narbonne. Ces travaux produiront certainement d'importants résultats archéologiques, et contribueront à augmenter les richesses du Musée de la ville. On peut s'en rapporter pleinement à M. Tournai pour le soin avec lequel les fouilles projetées seront surveillées.

— One mosaïque romaine a été mise à découvert, au mois d'octobre dernier, dans la ville d*Aix. On voit au centre un personnage vêtu comme Apollon Musagète, et tenant à la main une lyre dont différents animaux écoutent les

accords. Ce monument aura sa place, soit au Musée, soit à la bibliothèque de la ville.

— On a trouvé dans les champs, près d' Auneau, arrondissement de Chartres, deux mosaïques de l'époque romaine qu'on a détruites malheureusement. Le Musée de Chartres n'en a pu recueillir qu'un fragment. Des mosaïques, des lampes, des poteries, des urnes, des monnaies d'origine antique ont été trouvées au Petit-Oiseau (Sarthe) ; à Laudun (Gard) ; dans les ruines d'une ville gallo-romaine, près de Revel (Isère) ; à Sainte-Beuve-Épinay (Seine-Inférieure); à Saint-Pierre-lès-Calais; à Saint-Martin-d' Ablois , près d'Épemay; aux Brousses (Charente-Inférieure) , et dans les environs de Bordeaux. Rien n'est plus fréquent que ce genre de découvertes. Des antiquaires d'Autun viennent de reconnaître et d'explorer l'emplacement et les substructions de l'ancien amphithéâtre de cette cité si riche en monuments romains.

— On a trouvé à Lyon, il y a déjà quelque temps, une grande quantité de médailles en plomb. C'étaient des monnaies des archevêques de Lyon et des évoques de Valence, remontant aux xir et xiii* siècles. Parmi ces médailles, se rencontrèrent des plombs de douane marqués de 1' « aigle » de Valence.

— Nous sommes peu portés à croire aux allées druidiques, aux dolmens et aux cromlechs. A notre avis, on ne saurait être trop méfiant quand il s'agit de monuments qui ont fourni, comme ceux-là, matière à tant d'hypothèses absurdes et de ridicules dissertations. La manie du celtique a failli tuer l'archéologie. Ces messieurs de la Société royale des antiquaires de France auraient volontiers transformé notre pays tout entier en un vaste sanctuaire de Teuthatès, dont chaque pierre avait, suivant eux, une signification mystérieuse et sanglante. La découverte récemment faite (on nous l'assure du moins), dans les environs de Marly-le-Roi , portera un peu de consolation dans l'âme de ces druidiques antiquaires, supplantés par une génération peu respectueuse à l'endroit des pontifes de la religion gauloise. Une allée basse , couverte et composée de plusieurs pierres, aurait été trouvée sur le sommet d'un coteau, dans un champ nommé le Mississipi, et près d'un lieu appelé la Tour-aux-Païens. Déjà dégradé à une époque ancienne, ce problématique monument aurait subi tout récemment de graves mutilations, sept pierres, ou blocs, ayant été mises en pièces et débitées en pavés. Sur l'aire primitive, depuis longtemps recouverte par un amas de terre, il s'est, dit-on, rencontré une assez grande quantité d'ossements. Nous attendrons de plus amples renseignements pour nous prononcer sur cette découverte, dont les diverses circonstances devront peutêtre s'expliquer d'une façon prosaïque et vulgaire.

— M. Mathon, bibliothécaire à Neufchâtel (Seine-Inférieure) , a recueilli, dans cette ville et dans les environs, des pavés des xiir et xiv* siècles, en terre cuite vernissée, sur lesquels sont figurés des tours , des fleurs de lis héraldiques ou naturelles, des animaux, des oiseaux affrontés et des cordons de perles.

— Des ouvriers occupés à faire des excavations dans l'emplacement de Tancienne abbaye de Montmartre, près de Paris, ont trouvé divers objets curieux. Ils ont découvert, entre autres , un squelette de femme ayant autour du corps une chaîne de fer ; aux pieds du squelette étaient placés quelquesunes de ces poteries qui se rencontrent dans les anciennes sépultures, au moins jusqu'au xiv* siècle. Le squelette enchaîné nous paraît assez romanesque ; mais nous rendons cette nouvelle comme on nous l'a donnée.

— M. Alexandre du Mège, dont l'Europe savante accueille avec tant de faveur les travaux archéologiques, est parvenu à réunir pour le Musée qu'il a créé, à Toulouse, des monuments qu'on croyait depuis longtemps perdus à jamais : c'est la statue sépulcrale du redoutable Simon de Montfort; celle de Foulques, évêque de Toulouse, l'infatigable ennemi des Albigeois; la tombe de Guillaume V, seigneur souverain de Montpellier; une très-curieuse figure en stuc d'un co-seigneur de Toulouse; enfin une fresque qui représente l'institution de l'ordre de l'Espérance par le roi Charles VI.

— M. Auguste Aymard , correspondant du Comité des arts et monuments , au Puy, a eu récemment occasion d'examiner, dans les caveaux de la maison des hospices du Piiy, diverses sculptures romano-byzantines, des bases de colonnes et des chapiteaux historiés de divers objets. On y remarque surtout la figure de la Charité sous les traits d'une jeune femme enveloppée d'un long voile. D'une main elle couvre un vieillard de son manteau, de l'autre elle distribue du pain à un malheureux. Le mot KARITAS est gravé en creux sur un lambel. Un autre sujet offre une personne malade , à demi couchée dans un lit et recevant des soins et des secours des individus qui l'entourent. Ces sujets sont parfaitement appropriés à un hospice et annoncent qu'un vieil édifice roman était bâti sur l'emplacement de l'hospice actuel. Sur la proposition ôxi M. Aymard, tous ces objets, statuettes, colonnes et chapiteaux, ont été placés dans l'intéressant Musée de la capitale du Velay.

— En creusant un puits à Thoiry (Seine-et-Oise) , on a trouvé un bas-relief du xiir siècle. C'est un quatrefeuille dont les lobes étaient ornés, à l'extérieur, d'appendices qui ont été brisés. En dedans , sur une face , on voit un guerrier

à cheval et complètement armé; sur l'autre face, une main sort des nuages et indique une draperie plissée tout simplement. Ce quatrefeuille, avec ses appendices, formait autrefois une croix. Le sujet figuré au centre n'a pas encore trouvé d'explication. 11 pourrait se faire que le chevalier représentât saint Martin; à l'autre face, serait la main du Christ montrant le manteau que le saint guerrier coupa en deux, pour en donner une partie au pauvre d'Amiens. Il existe encore deux autres pierres semblables dans les environs de Thoiry. Toutes deux sont également à quatre lobes, et ont une main au revers; le médaillon seul diffère. Sur l'une d'elles, le guerrier est à pied au lieu d'être à cheval. M. Boisselier, peintre à l'école militaire de Saint-Cyr, a envoyé un estampage de ce curieux quatrefeuille au Comité historique des arts et rnonu^ ments dont il est correspondant.

— M. Brunette, architecte de la ville de Reims, a été assez heureux pour retrouver, dans un château de la montagne de Reims, quarante-cinq pavés en pierre de liais, incrustés de plomb, provenant de l'église abbatiale, aujourd'hui complètement détruite, de Saint-Nicaise. On possède une description déjà ancienne de ces pavés qui ont été transportés, on ne sait comment, dans ce château, peut-être pendant la révolution. Ces pavés sont du xiii* siècle. Au Musée de Reims, on en voit un analogue et qui provient de cette série : il représente Pharaon entouré des grenouilles que Moïse suscita contre les Égyptiens. Sur les quarante-cinq autres sont figurés alternativement des ornements et des sujets bibliques. Il faut espérer que ces précieux débris viendront enrichir le Musée municipal de Reims, dû au zèle de M. Louis Paris, bibliothécairearchiviste de la ville.

— Dans une chapelle de l'ancienne abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, M. Godard-Faul trier, directeur du Musée d'Angers, correspondant du Comité des arts et monuments, avait remarqué, au pilier qui soutient la voûte, des indications de caractères masqués par un épais badigeon. L'enlèv^nent de cette croûte, opéré par les soins du savant archéologue, a fait reparaître une inscription en lettres gothiques, ainsi conçue :

En l'an MIIl^LV Ftir €BArs des anglots lb logbis Crissovalb et Caryallat.

Crissovale et Carvallay étaient deux chefs de l'armée qui, au milieu du xiV siècle, ravageait les bords de la Loire. Ce fut Duguesclin en personne qui expulsa les bandes anglaises de l'abbaye de Saint-Maur.

— L'année dernière, en exécutant quelques travaux dans une maison particulière située à Saint-Denis, à peu de distance d'une église paroissiale dédiée à

DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGrQUES. 1Ô9

saint Marcel, un entrepreneur de maçonnerie découvrit une tombe de pierre, gravée en creux, qui servait d'âtre au foyer d'une cuisine ; c'était le monument funéraire d'un architecte du xiir siècle. Sur la demande de M, Debret, architecte de l'église abbatiale, l'entrepreneur s'empressa de faire transporter cette tombe dans un magasin dépendant de la grande église de Saint^Denis , où nous l'avons vue et où elle se trouve encore. La pierre a de longueur 2 mètres 15 centimètres; sa forme est celle d'un cercueil qui va se rétrécissant vers les pieds. On compte, en largeur, 1 mètre 5 centimètres à la tête, et 78 centimètres seulement h l'autre extrémité. Une grande croix, fleuronnée et décorée d'élégantes moulures, se dessine sur le champ de la tombe. Sous le bras droit de cette croix sont figurés un fil à plomb et une longue règle ; sous le bras gauche , une truelle et un marteau. Ces instruments ne diffèrent nullement de ceux dont nos ouvriers font encore usage; mais le plomb est historîé de diverses moulures et le fil traverse une planchette qui servait , comme encore aujourd'hui, à le maintenir. L'inscription, gravée en grandes lettres capitales sur les bords de la pierre, est conçue en ces termes :

AVE MARIA MBTRB GtJBRIN ET HAROUBRITB SA PAME (HSBNT CI BN €BT.... PAR SA GRACE QUK BBX BÛUMB HRBCI LEUR FACE AMEN ET....

Les mots de cette inscription sont séparés les uns des autres par trois points disposés verticalement. Les traits des divers emblèmes et des lettres, tracés sur cette tombe , avaient été remplis avec des filets de plomb dont il reste encore une bonne portion. Pour enlever le plomb manquant aujourd'hui , les ouvriers qui trouvèrent le monument défigurèrent à coups de ciseau l'inscription et quelques parties importantes. Le style des figures gravées accuse la fin du xiii* siècle. On ignore d'ailleurs complètement quelles ont été les œuvres de maître Guérin. Il n'est pas non plus certain que la tombe provienne de l'église Saint- Marcel. Si ce dernier fait était constaté , on pourrait penser que Guérin fut l'architecte de cette église dont l'abbé Lebeuf fixe en effet la date au xiii* siècle. C'est au Musée de l'hôtel Cluny que cette dalle intéressante devrait être placée; en ce moment, elle n'a absolument rien à faire au dedans ni au dehors de l'église Saint-Denis. Au pied de la grande église abbatiale de Saint-Denis se pressaient en foule, comme des filles autour de leur mère, de petites églises paroissiales ou collégiales. Des travaux , entrepris pour l'ét blissement d'une route et pour des constructions nouvelles, ont mis à découvert les substructions de plusieurs de ces monuments. Ainsi, la fouille des fondations de l'abside de Saint-Paul a produit des tombes gravées du commencement du xiv* siècle, des carreaux en terre vernissée, des bases romanes engagées dans une maçonnerie moins

ancienne, un moule de cloche qui contenait encore des portions de métal, des tombeaux de plâtre renfermant des ossements et des vases en terre cuite , des fragments de sculpture qui paraissent avoir appartenu aux voussures d'une des portes de la grande église, et une foule d'autres objets de moindre importance. Le fond d'un des cercueils de plâtre se relevait aux pieds et à la tête , comme pour offrir au défunt une couche plus commode. En descendant dans la tranchée, on voit, sur les pierres de la muraille, des marques d'appareilleurs et des inscriptions en lettres mêlées qui datent au moins du xi* siècle. Ces inscriptions relatent des noms qui , depuis bien des siècles, ont cessé d'être en usage, tels que ceux d'Adam, d'Odon , de Téodoric. Les murs d'une cave voisine de Saint-Paul contenaient des tronçons de colonnes de marbre. Ces débris ont sans doute appartenu à une église dédiée à saint Pierre , presque contiguê à celle de Saint-Paul. L'abbé Lebeuf avait remarqué à l'extérieur de l'abside de Saint-Pierre des colonnes de marbre qui, suivant son opinion, devaient avoir fait partie de l'église de Saint -Denis, érigée par Dagobert, ou pour le moins de l'édifice reconstruit à la place du premier, sous les règnes de Pépin et de Charlemagne. En remuant le sol de l'ancienne église Saint^Pierre, on a trouvé une médaille de Gratien, des monnaies du temps de saint Louis, et trois étages de tombeaux. Au rang inférieur, à plus de six mètres du sol actuel , les tombeaux étaient creusés dans des pierres énormes. Le rang intermédiaire se composait de cercueils de plâtre. Les plus rapprochés du sol étaient grossièrement maçonnés avec du plâtre et des moellons. Les ouvriers ont aussi rencontré des substructions de deux autres églises dédiées à saint Michel et à la Madeleine. A côté de l'église Saint-Paul , il existe encore une maison dans laquelle habitait le chantre de cette collégiale. Un cartouche armorié, portant la date de 1571, en décore l'entrée. .

— Un cippe gallo-romain, sculpté de figures mythologiques, et presque semblable à un autre qui fut découvert au siècle dernier, dans les fouilles exécutées pour les bâtiments neufs du Palais de Justice à Paris, a été trouvé dans la démolition d'un édifice situé près de la Sainte-Chapelle. Cette sculpture est destinée au Musée des Thermes.

— On lit dans V « Univers » : « Au nord du Texas, dans la contrée située entre Santa-Fé et la mer Pacifique , on rencontre d^inamenses ruines d'édifices , châteaux ou temples, surtout dans le voisinage du Rio-Puerco et sur le Colorado, dans l'ouest. Sur l'une des branches du Rio-Puerco, à peu de distance de Santa-Fé, il y a des ruines qui paraissent appartenir à un ancien temple remarquable par son étendue. Des portions de murailles sont encore debout; ce sont

d'énormes pierres, symétriquement taillées et liées entre elles par un ciment fort dur. Le temple a dû occuper un acre environ de terrain. Il avait trois étages. La toiture n'existe plus ; mais on trouve plusieurs chambres , toutes de forme carrée, parfaitement conservées; les deux plus petites, au niveau du sol, sont tellement obscures et tristes, qu'elles ressemblent plutôt à des cavernes de bêtes féroces qu'à des habitations humaines. Ces ruines ont quelque ressemblance avec celles de Palenque. Des bords du Colorado jusqu'au golfe de Californie, pays fort peu fréquenté par les Européens, le voyageur rencontre à chaque pas des ruines imposantes. Dans une des vallées des Cordillères , traversée par le Colorado , à environ 400 milles de son embouchure, il y a un grand temple encore debout, et dont les murailles et les tours ne présentent que fort peu de dégradations. Cet édifice pourrait être habité, si la toiture était réparée. Près de là, sur le penchant d'une colline , sont les ruines, éparses sur une étendue considérable, d'une cité qui a dû être jadis fort importante. On y voit , creusés dans le roc , les restes d'un aqueduc. Ce travail , d'une beauté surprenante , est remarquable par les difficultés qu'il a fallu vaincre. Plus loin sont des débris de temples, de maisons, etc. , etc. Ces ruines sont probablement inconnues encore des antiquaires, mais il n'est pas douteux qu'elles n'appartiennent par leur antiquité aux vieilles races des Astèques ou Toltèques, dont les monuments, selon M. Jomard, ont tant de rapports avec ceux de la Haute-Egypte » .

ÉTUDES ARCHÉOLOGIOUES

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