‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 29 sur 82 · DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE · texte numérisé non relu

DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE

Observations préliminaires. — Ère celtique. — Ère romaine. — Ère chrétienne. — Époque et patrons des églises. — Cryptes. — Style général des églises. — Constructions religieuses. — Églises à dates certaines. — Sculptures. — Statues. — Fonts baptismaux. — Autels. — Peintures murales. — Meubles. — Tableaux.

Observations préliminaires. — Dans un de ses « Bulletins » publiés sous les auspices de M. le ministre de Tinstruction publique , le Comité historique des arts et monuments, à qui appartient la noble tâche de provoquer et de régulariser ce grand mouvement archéologique qui promet de s* étendre de la France à l'Europe entière, a réclamé le concours de tous les amis de nos antiquités nationales pour dresser l'inventaire de ce que nous possédons encore et pour cataloguer les monuments du royaume comme les richesses d'un immense musée. 11 ne s'agit plus seulement de décrire les merveilleux édifices du moyen âge, justement classés aujourd'hui au premier rang des chefs-d'œuvre de l'architecture, mais encore d'explorer et de faire connaître les constructions plus modestes qui, cachées au sein de nos campagnes, témoignent hautement,

4 . Au moment des vacances, beaucoup de nos souscripteurs vont parcourir les départements pour voir, étudier, décrire et dessiner des monuments de toute espèce. Plusieurs d'entre eux nous ont écrit pour nous demander une bonne méthode d'exploratione archéologiques; la meilleure réponse à leur donner, c'est de les engager à lire l'article de M. de Guilhermy et à faire comme il y est dit. Il faut tout voir et tout étudier. La « Statistique monumentale du département de la Seine » est le meilleur modèle que nous puissions offrir. C'est pour être également utile à ces jeunes archéologues, nos amis et nos abonnés, que nous donnons dans un article, fiusant snite à celui de M. Moutié, le procédé le plus complet et le plus facile pour relever les inscriptions et les effigies tumufaires. Les inscriptions et les traits gravés sur les tombes gothiques sont de la plus haute importance; en suivant nos instructions, on peut rapporter aisément chez soi, presque dans sa poche, toutes les inscriptions, toutes les effigies ciselées d'un département ou d*une province.

(Note de M. Didron,)

sinon par leur luxe, du moins par leur prodigieuse multitude, de l'énergie du sentiment religieux, dont elles sont après tout une des plus solennelles manifestations. Avant d'ériger un système, il est indispensable d'en asseoir solidement les bases. Il faut donc tout décrire, comme le demande le Comité ; il faut ne pas laisser en arrière un seul monument, quand ce ne serait que pour faire le triage des monuments importants d'avec ceux qui ne méritent pas d'être étudiés. Toute science se fonde avec peine. Jetons-nous en avant avec courage pour frayer la route à ceux qui viendront après nous , à la sixième heure du jour, et pour les affranchir, en vue du progrès futur de la science archéologique, de la nécessité d'entreprendre des recherches trop souvent infructueuses. La tâche apparaît longue et dure. Celui qui aurait à cœur de l'accomplir devrait s'engager d'abord à tout voir par ses yeux, sans accepter aucun témoignage écrit, imprimé ou traditionnel. Les livres ne sauraient être ici que d'un bien mince secours. Ainsi, par exemple, les publications historiques ou descriptives ne manquent certainement pas sur Paris et sur les environs de cette ville ; leurs volumes de tous formats, édités par milliers, suffiraient à eux seuls à meubler une vaste bibliothèque. Cependant, à l'exception de 1' « Histoire du diocèse de Paris » , par l'abbé Lebeuf , aucun de ces ouvrages ne renferme une ligne sur le style des monuments ; sur l'époque, non pas de leur fondation primitive, mais de leur reconstruction dernière, ou sur leur plus ou moins de valeur artistique. L'abbé Lebeuf, lui-même, dont la méthode aurait dû servir de modèle aux antiquaires venus après lui, est bien loin d'avoir épuisé un sujet, dont il fut d'ailleurs le premier à soupçonner l'importance. En reprenant sur ses traces la visite du territoire, fort restreint aujourd'hui, de l'archevêché de Paris, nous nous efforcerons de combler les lacunes de son travail, et de dire tout ce qui pourra contribuer à faire apprécier d'une manière complète les édifices religieux et civils de cette circonscription. L'histoire de l'art français aurait fait un grand pas, si l'on savait précisément dans quels lieux il faut en aller recueillir les éléments épars. Les archéologues à venir auront le travail facile, alors qu'il leur suffira d'interroger les archives de nos Comités historiques, pour apprendre où trouver les variétés caractéristiques de l'architecture nationale, les inscriptions, les tombeaux, les costumes, les saintes histoires et les légendes sculptées ou peintes sur la pierre, le marbre, le bois ou le verre. A nous les ennuis d'une laborieuse et parfois aride analyse, à d'autres l'honneur de résumer en une synthèse vigoureuse et brillante le résultat de nos investigations. L'archiviste, introduit sans guide et sans catalogue, dans un dépôt de parchemins poudreux, entassés pêle-mêle depuis des siècles, use sa vie et ce qu'il peut avoir d'intelligence à classer, à numéroter, à décrire minutieusement, pour

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qu'un autre puisse venir, après lui, mettre en lumière les piquantes anecdotes confiées à la discrétion des manuscrits gothiques, ou commenter savamment les chartes dépositaires de nos vieilles franchises.

Mon intention est donc de dresser l'inventaire exact de tous les monuments compris dans les communes des deux arrondissements de sous-préfecture du département de la Seine. Je ne m'occuperai point de Paris, qui forme à lui seul le premier arrondissement du département ; la « Statistique monumentale» de cette grande cité a été confiée par le ministre de l'instruction publique à M. Albert Lenoir, et personne n'est plus capable de mener à bonne fin une aussi vaste entreprise. Une description complète de l'église abbatiale de Saint-Denis demanderait à elle seule un travail étendu et tout spécial ; nous nous contenterons d'indiquer sommairement les nombreuses richesses archéologiques qu'elle renferme, et d'énumérer toutes les petites églises qui faisaient cortège au royal monastère. La restauration de l'église abbatiale touche à son terme; le vieux Saint-Denis de Suger aura presque complètement disparu, et, nous le disons avec une profonde douleur, c'est un monument perdu pour l'étude ; il n'y restera pas une sculpture qu'un artiste puisse consulter avec sécurité. Le marteau moderne aura passé partout. L'architecte chargé des travaux a déployé, nous le savons, dans cette funeste restauration, un zèle, une activité, un désintéressement bien dignes d'un succès meilleur; mais il s'était engagé dès le principe, malgré son incontestable talent et des conseils qu'il aurait dû priser, dans une voie que nous croyons fausse, et qui l'a forcément conduit à des conséquences déplorables.

Je me verrai contraint aussi de laisser en dehors de mon cadre l'antique château de Vincennes. Depuis que le Génie militaire, qui jette à pleines mains sur le département de la Seine des bastions et des forts détachés, a imaginé de travestir en une forteresse à la Vauban (si toutefois Vauban est encore de mode) ce donjon plus âgé que la poudre et l'artillerie, malheur à qui s'aventurerait sur les glacis de la forteresse pour étudier la structure de ce qui reste des tours, ou pour mesurer de l'œil la profondeur des fossés ! Vous aiTêtez-vous devant une des portes, un soldat vous crie aussitôt de passer au large ; vous avisez-vous de prendre à la hâte quelque innocente note, quelque croquis inoffensif, vous courez grand risque d'être conduit devant le commandant de place, comme un stipendié de la Sainte-Alliance, qui cherche à s'emparer furtivement du secret des batteries ou des casemates. Il faudra bien cependant qu'un jour messieurs des fortifications nous ouvrent les portes de ce château de Philippe- Auguste et de saint Louis, reconstruit par les rois de la branche de Valois. 11 y a, pour l'étude de l'architecture militaire, d'importantes recherches à faire dans

les tours de Vincennes. Ce monument ne nous est connu que par les descriptions surannées d'antiquaires, dont le savoir nous inspire fort peu de confiance.

Le gouvernement de la Restauration avait cruellement mutilé Vincennes, en rasant toutes les tours, sauf le donjon, à la hauteur des courtines. Uœuvre si bien commencée se poursuit. Peu s'en est fallu que la magnifique Sainte-Chapelle de Vincennes, rivale orgueilleuse de celle de Paris, ne fût réduite à faire place à un magasin à poudre ; on avait conçu le projet d'en numéroter les pierres, et de les transporter dans quelqu'un de ces garde-meubles archéologiques qui, comme le sol de certains cimetières, dévorent les cadavres qu'on leur confie. Si cette admirable chapelle, commencée par Charles V et terminée par Henri 11, n'eût éveillé de royales sympathies, pas un débris n'en serait debout en ce moment. L'infortuné duc d'Orléans s'en constitua le défenseur, et le monument fut sauvé. Mais le Génie, qui veut toujours avoir le dernier mot, a bien su prendre sa revanche : un élégant portique du xvir siècle , qui traversait toute la largeur de la grande cour, a été jeté à terre ; des chambres de soldats ont été faites dans les appartements d'Anne d'Autriche et de Louis XIV, sous des plafonds peints par Philippe de Champaigne ; on a renversé la colonne qui marquait , au fond d'un fossé , la place où périt le dernier des Condés. Dans les fondations du portique de la cour, il s'est trouvé un certain nombre de fragments gothiques, ce qui prouve que le vandalisme n'est pas né d'hier. Pour achever la dégradation du vieux château, il reste à démolir une porte gigantesque, connue sous le nom de Tour-du-Diable, l'un des plus beaux monuments militaires de l'Europe ; la destruction en est au moins à l'état de projet. Concluons en disant que l'administration de la guerre est l'ennemie la plus acharnée de la science archéologique.

Les communes du département de la Seine sont au nombre de soixantedix-huit. Le voisinage d'une capitale est essentiellement absorbant; aussi ne peut-on pas dire que ces communes soient riches en monuments anciens. 11 en est fort peu cependant qui ne possèdent, sinon un édifice entier, au moins une sculpture, un tombeau ou une inscription dignes d'intérêt. Nous allons parcourir successivement les grandes divisions d'époques auxquelles ces monuments appartiennent.

Ère celtique. — Le département de la Seine, peut-être devons-nous l'en féliciter, est vierge jusqu'à ce jour de ces monuments plus ou moins celtiques, dont l'étude par trop ardue a usé l'existence d'un bon nombre de fort honnêtes gens qui auraient mérité un sort moins rigoureux. Que le ciel les veuille absoudre des pesantes dissertations dont ils ont chargé leurs volumineux mémoires, et puissent leurs ombres consolées se promener sans obstacle, en compagnie

de feu les druides, au milieu des allées de Carnac ou dans les mystérieuses galeries de la Roche-aux-Fées! Les environs de Paris ne sont pas plus privés que les autres arrondissements du royaume de certaines grosses pierres, que j'aurais pu, sans doute et avec un léger effort d'imagination, ériger en menhirs, étendre en dolmens, arrondir en cromlechs; pourquoi donc les ai-je considérées sous un point de vue si prosaïque? Aussi n'ai-je rien à dire, pour illustrer mon travail, de l'orientation ni de l'inclinaison de ces problématiques cailloux, religieux suivant les uns, planétaires dans l'opinion des autres, ou funéraires , ou bien encore politiques et servant de limites. Mes yeux ne sont pas suffisamment exercés à reconnaître les rigoles par lesquelles s'écoulait le sang des victimes, non plus que les trous qui servaient de passage aux oracles prononcés par un druide accroupi sous la pierre sacrée. Comment d'ailleurs oserions-nous émettre un jugement sur d'aussi abstraites questions! Une de nos sociétés savantes, parée du titre de royale, n'a-t-elle pas déjà pris la peine de manipuler la matière celtique et d'en faire une trentaine de paquets in-octavo ? Cependant je croirais manquer à ma conscience archéologique, si je ne signalais un parc à moutons, celtique ou gallo-romain, qui décorait le territoire de Nanterre, si renommé pour ses indigestes pâtisseries. Ce parc aurait à la rigueur fort bien pu passer pour un cromlech. « Là, » dit le bon P. Dubreuîl, traitant des antiquités de Nanterre, « se voit le parc où l'on tient que la saincte « vierge Geneviefve gardoit les troupeaux de son père ; parc tout enceint de « grosses pierres, pour marque éternelle de sa première et simple condition, et « parc, lequel n'est jamais couvert d'eaux, encore que tous les champs voisins f en soient inondez par le débord de la rivière. » L'enceinte, qui paraissait si admirable au crédule bénédictin, n'existe plus; on s'est servi de ses derniers débris, il y a déjà bien des années, pour remblayer la route de Nanterre au pont de Chatou. Mais il en reste un souvenir curieux. Une charmante peinture sur bois, qui date du xvf siècle, et qui forme le devant d'un des autels de l'église Saint-Merry, à Paris, représente sainte Geneviève occupée à garder les moutons; la sainte bergère est assise au milieu d'un grand cercle tout enclos de gros quartiers de roche plantés droits en terre.

Ajoutons que des ouvriers viennent de découvrir, sur les limites des départements de la Seine et de Seine-et-Oise, à Marly, une manière de grotte aux fées dont le sol, je frémis de le redire, est jonché d'ossements. Sont-ce les débris des repas qu'auraient faits en ce lieu des bûcherons, pendant les heures de suspension du travail, ou les restes de quelque affreux sacrifice? Nos lecteurs peuvent choisir, suivant que leur imagination se trouvera sombre ou paisible. Ce qu'il y a de sûr, c'est que deux champs voisins du monument se nomment.

l'un le Mississipi, l'autre la Tour-aux-Païens. Jamais occasion plus favorable ne s'est offerte d'éditer un roman druidique, et je m'étonne qu'un pareil sujet soit encore inexploré.

Ère ftOiiAiNB. — Les monuments romains ou gallo-romains ne sont pas nombreux dans le département de la Seine. Cependant Arcueil conserve encore plusieurs arceaux de l'aqueduc jeté sur la vallée de la Bièvre, qui portait au palais des Thermes, à Paris, les eaux des sources de Rungis. Ces ruines, toutes dégradées qu'elles sont, produisent un effet imposant, même à côté des gigantesques arcades élevées par Jacques de Brosse ; le temps ne leur a point encore enlevé leur mâle et fier aspect. L'œil suit avec une singulière curiosité ces assises régulières, alternativement composées de larges briques romaines, et de petites pierres carrées dont l'appareil a été fait avec une précision réellement mathématique. A quelque distance d' Arcueil, on a retrouvé , en creusant des carrières, des portions considérables du canal construit en béton qui menait l'eau jusqu'à Paris, 11 est question d'en choisir un des fragments les moins endommagés, pour le transporter au musée de l'hôtel de Cluny, où il prendra place à côté de ces énormes morceaux de grès, qui formaient la chaussée d'une voie romaine découverte, dans la fouille d'mi égout, sous le pavé de la rue SaintrJacques.

Montmartre a perdu ses terrasses de structure antique, et les derniers vestiges de ce temple de Mercure dont Flodoard a fait mention , et dont Sauvai a vu encore, au xvir aècle, des ruines considérables. Mais il existe toujours, sur le versant septentrional de la montagne, quelques substructions de cette habitation antique, dans l'enceinte de laquelle ont été trouvés, au siècle dernier, des marbres intéressants et des bronzes du plus grand prix, déposés aujourd'hui, pour la plupart, au cabinet de la Bibliothèque Royale* En 1841, le propriétaire du terrain occupé par ces ruines, voulant, disait-il, ôter aux curieux tout prétexte d'envahir sa récolte, a fait enlever la majeure partie de ce qui s'était conservé; cette opération a produit une énorme quantité de décombres.

On ne s'est guère inquiété de garder le souvenir des antiquités découvertes à diverses époques dans les communes qui composent maintenant le département de la Seine. Les fouilles de Montmartre sont à peu près les seules sur lesquelles nous ayons des renseignements positifs ; nous fes devons au talent et au zèle archéologique du comte de Caylus. On sait qu'à Saint-Denis des fouilles ont plus d'une fois mis au jour des vestiges d'habitations antiques , tels que des murs construits en petit, appareil régulier et des tuiles romaines. L'abbé Lebeuf nous a transmis aussi d'intéressants détails sur des tombeaux, des vases et des ustensiles en métal trouvés, en 1752, au bord de la Seine,

sur le territoire d'Asnières. Peut-être faudrait-il ranger au nombre des antiquités romaines une colonne de marbre, qui existait non loin d'Aubervilliers, à la limite de deux champs, et dont mention est faite dans un titre de l'an 1242, cité par le savant auteur de l' t Histoire du diocèse de Paris», Nous, qui avons vu disparaître complètement du sol , dans les environs de Paris et dans la ville elle-même, une foule de monuments considérables par leur étendue, sans que le moindre vestige en indique aujourd'hui seulement la place , nous ne pouvons nous étonner de rencontrer de si faibles traces du passage des Romains dans ce pays.

Ère CHRiÉTiENNE. — L'archéologic païenne est détrônée, et cependant ce serait une science encore à faire, tant elle a été jusqu'ici mal comprise et lourdement expliquée. L'archéologie chrétienne l'a supplantée, et c'était justice; car, si l'une nous entretient sans cesse de peuples, d'usages, de croyances qui nous sont étrangers, l'autre nous reporte à. la source des traditions de la famille et parle à notre cœur non moins qu'à notre esprit, en nous dévoilant nos origines civiles et religieuses. Si l'une s'efforce de galvaniser le cadavre d'un passé, mort tout entier, l'autre rappelle glorieusement à la vie un passé qui nous a faits ce que nous sommes. L'archéologie chrétienne réclamerait d'ailleurs toutes nos sympathies, quand nous n'aurions d'autre but que de la venger, par une réaction légitime, du dédain qui a trop longtemps pesé sur elle. Les monuments chrétiens couvraient autrefois le sol de notre pays. De clocher en clocher, un signal, parti des tours de Notre-Dame, aurait parcouru la France entière; le télégraphe moderne n'en est point encore arrivé là. Dans chaque commune, il y avait toujours une église paroissiale et le plus souvent des chapelles rurales , un monastère ou quelque établissement hospitalier. Le système de reconstruction mis en pratique , surtout depuis la fin du règne de Louis XIV , et bien plus encore les événements qui remplissent les dernières années du xviii* siècle , ont fait disparaître un nombre incalculable de constructions importantes. Entre les pertes les plus graves, nous pouvons compter la destruction, accomplie sous Louis XV, des anciens bâtiments claustraux de l'abbaye de Saint-Denis ; le renversement de la chapelle des Valois, ce chef-d'œuvre de Philibert Delorme, dont le régent s*appropria les colonnes pour son jardin de Mousseaux; la ruine de l'église paroissiale de Romainville, signalée par l'abbé Lebeuf comme un monument de structure carlovingienne ; enfin la démolition de l'abbaye de Montmartre, du royal monastère de Longchamp, du couvent des Bons-Hommes à Chaillot, du château de Madrid , et la mutilation de la forteresse de Vincennes.

Le voisinage de la capitale a aussi exercé sur les monuments du pays qui

t'entoure une influence funeste. Longtemps avant la révolution, des édifices très-anciens ont été démolis , à l'exemple de ce qui se faisait dans la capitale, et remplacés par des constructions de T architecture la plus mesquine, par des églises désorientées et dépourvues de tout caractère religieux. Puis, quand sont arrivés les jours de réaction contre l'église et le château , la valeur des matériaux qui se trouvaient tout portés sous les murs de Paris, et tout prêts à être une seconde fois mis en œuvre, a tenté la cupidité des marchands de pierres. Le vandalisme s'est organisé sous le nom de bande noire. Ce que le peuple avait ébréché dans un accès de furieuse vengeance , la spéculation l'a extirpé du sol pour en vendre jusqu'au dernier morceau. Jamais une nation ne s'était ainsi laissé dépouiller, par ses propres citoyens, des monuments qui attestaient le mieux chez elle la culture des sciences et des arts. L'Asie Mineure n'a pas été saccagée par les Turcs , conune la France le fut par cette bande de démolisseurs, régulièrement formée en association commerciale pour exploiter, comme carrières , nos monuments religieux , militaires et civils.

Rien n'est plus difficile que de rechercher aujourd'hui les traces des vieux édifices, au milieu des habitations nouvelles et de ces étemels murs de clôture, qui semblent ne faire qu'une seule ville du département tout entier. Dans certaines localités, la configuration même du sol a subi de tels bouleversements, qu'avec le secours des renseignements les plus précis et des cartes les plus détaillées, on peut à peine parvenir à reconstruire ce qui existait autrefois. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, aux portes de Paris, l'ouverture des carrières à plâtre a entraîné la disparition totale de la plus grande partie de l'emplacement sur lequel s'élevaient les bâtiments de l'abbaye de Sainte-Marie au Mont-des-Martyrs. Jamais il n'a été plus vrai de dire que les ruines elles-mêmes ont péri.

Les plus anciens fragments d'architecture et de sculpture chrétiennes se rencontrent maintenant à Saint-Denis et à Montmartre. Opulente héritière du Musée national des Petits-Augustins, la basilique de Saint-Denis s'est enrichie de sculptures bien antérieures à l'édifice où elles sont venues réclamer un dernier asile. Cette église possède aussi , rangés dans sa crypte , des marbres contemporains de Dagobert et de saint Éloi , tandis que les constructions les plus âgées de la basilique, dans son état actuel, ne remontent pas plus loin que le xr siècle.

A Montmartre , l'antique église de Saint-Pierre et de Saint-Denis , reconstruite au XI* siècle , comme le prouvent des restes de chapelles et des chapiteaux historiés, après avoir été déjà restaurée par Charles le Chauve, fut 1. 24

enfin rebâtie encore une fois par la reine Adélaïde de Savoie et le roi Louis VII, fils de cette princesse. Mais, en dépit de tous ces remaniements successifs, quatre colonnes en marbre noir, coiffées de chapiteaux en marbre blanc et dont le feuillage composite révèle une réminiscence toute prochaine de l'antique, sont demeurées debout à l'entrée de la nef et sous le grand arc du chœur, comme pour attester que le Mont-des-Martyrs , consacré par le glorieux supplice des trois apôtres de Paris, vit élever sur sa plus haute cime, au milieu des temples païens renversés, une triomphale église, qui fut aussi une des plus anciennes du diocèse. Un de ces chapiteaux , placé près d'une des entrées de la façade, porte sur une des volutes de sa corbeille à feuilles d'achante, cette croix à quatre branches égales, qu'on est convenu d'appeler la croix grecque. Je ne sais comment ces marbres avaient échappé aux investigations, d'ailleurs si précises, de l'abbé Lebeuf. Aucun des nombreux historiens de Paris n'en a fait mention jusqu'à nos jours, et cependant ce sont, avec quelques débris païens exhumés aussi à Montmartre, les plus vieux témoignages de la culture de l'art plastique dans le pays dés Parisiens. La cause de ce silence général, à l'égard de monuments aussi rares, doit être probablement imputée au badigeon qui couvrait sans doute d'un épais enduit fûts et chapiteaux. Rien n'indique aujourd'hui dans quel ordre furent primitivement disposées les colonnes en marbre de l'église de Montmartre; il est certain seulement que, depuis le xii' siècle, elles n'ont plus changé de place* Patrons des Églises. — Il n'est pas indifférent de rechercher quels ont été, dans les différents diocèses, les sainte honorés avec le plus de dévotion. L'esprit de chaque population ne se peint nulle part avec plus de vérité que dans le choix qu'elle fait des objete particuliers de son culte. Des circonstinces spéciales, comme des translations de reliques, des miracles, ont certainement exercé, dans certaines localités, leur influence sur l'adoption des patrons. Cependant on peut assurer qu'il y a, pour connaître la direction des idées d'un peuple, des inductions très-intéressantes et très-vraisemblables à tirer de l'examen des patrons auxquels il a le plus fréquemment consacré ses églises. On sait que l'Église grecque a conservé pour les saints personnages de l'Ancien Testament une singulière vénération, tandis que l'Église latine rend surtout des hommages aux sainte de la nouvelle alliance. Ce seul fait pourrait caractériser le génie des deux Églises : l'une mûrie dans la forme et la tradition, l'autre essentiellement intelligente et progressive. Indépendamment de ce caractère général , il existe encore, dans les différentes individualités dont se compose l'unité catholique, des variétés qu'il serait très-important de constater. Il faut savoir pourquoi les royaumes, les diocèses, les paroisses et les

églises particulières ont préféré certains patrons à d'autres. Une des nations les plus belliqueuses de l'Europe, l'Angleterre, s'est mise sous la protection de saint Georges. Dans le nord de la France, où l'esprit chevaleresque s'est développé avec le plus d'éclat, la plupart des cathédrales, celles de Paris, de Reims, de Chartres, d'Amiens, de Rouen, de Laon, de Cambrai, de Senlis, de Noyon, etc. , ont été placées sous l'invocation de la Vierge. Dans certains pays, le peuple honore plus spécialement les saintes, dans d'autres ce sont les saints; ici des archanges, là des martyrs, ailleurs des saints guerriers, des docteurs, des confesseurs, des solitaires. Aux voussures du portail occidental de Notre-Dame de Paris, les confesseurs ont le pas sur les martyrs ; ceux qui ont témoigné par la parole passent avant ceux qui ont témoigné par le sang. Cette remarque, faite par M. Didron , est bien certainement d'une importance majeure. Des observations analogues pourraient se déduire du culte rendu aux saints.

Le département de la Seine ne fonne qu'une petite portion de l'ancien archevêché de Paris , dont il faudrait aujourd'hui aller revendiquer les paroisses éparses dans deux ou trois autres diocèses et dans plusieurs départements. Nous n'en croyons cependant pas moins devoir indiquer les patrons des diverses églises du diocèse, tel qu'il se compose aujourd'hui, Paris toujours excepté. Dix églises sont dédiées à la Vierge , neuf aux apôtres saint Pierre et saint Paul , six à saint Denis et cinq à saint Gennain d'Auxerre. Saint Jean-Raptiste, saint Jacques le Majeur, saint Christophe, si peu connu et cependant si aimé au moyen âge, sainte Geneviève, la patronne de Paris, saint Saturnin, l'apôtre de Toulouse, dont le roi Dagobert enleva les reliques pour les apporter à Saint-Denis, ont chacun, sous leur patronage, quatre églises. Trois églises sont placées sous l'invocation de saint Gervais et de saint Protais, autant sous celle de saint Nicolas, et un pareil nombre sous celle de saint Germain, évêque de Paris. Saint Etienne, la Madeleine, saint Maurice, saint Rémi, saint Médard, saint Leu et sans Gilles, président chacun à deux paroisses. Vingt-deux églises enfin portent chacune le titre d'un des saints dont les noms suivent : saint André, saint Rarthélemy, saint-Michel, saint Georges, saint Louis, sainte Colombe, saint Cyr avec sainte Julitte, sa mère, saint Mammès, saint Chrysostome, saint Martin, saint Éloi, saint Ouen, saint Lambert, saint Eutrope, saint Lucien, saint Romain, saint Genest, saint Léonard, saint Leufroy, saint Herbland, saint Lifard et saint Mandé.

CarpTES. — Les cryptes ne paraissent pas avoir été jamais bien nombreuses dans. le diocèse de Paris. La plus considérable, celle de Saint-Denis, peut, en raison de son étendue, passer pour une église presque complète. La Confession

des saints martyrs, à Montmartre, datait de l'origine même du christianisme en ce pays; elle s'est effondrée, sans laisser le moindre vestige, au milieu des excavations que les plâtriers ont pratiquées sur les flancs de la montagne. Créteil conserve sa crypte, dépositaire d'un vieux sépulcre qui renferme les ossements de martyrs dont les annales ecclésiastiques n'ont pas recueilli les noms, et dont le culte n'a point été canoniquement autorisé. Creusée sous le chœur de l'église, cette crypte, d'une origine probablement très-ancienne, a été reconstruite dans la première moitié du xiii* siècle; elle est déforme quadrangulaire; les voûte» sont en arête ; les arcs-doubleaux arrondis en plein cintre retombent sur quatre colonnes isolées, que surmontent des chapiteaux à crochets, et sur huit pilastres engagés dans les murs. Un autel très-simple, composé de larges pierres, s'élève à l'orient; près de cet autel, du côté de l'Évangile, est placé le tombeau des martyrs qui avait été en partie brisé, et qu'on ne peut plus voir, caché qu'il est aujourd'hui par un revêtement de dalles. La crypte de Créteil, abandonnée toute l'année, ne sert aux cérémonies du culte que pendant les trois derniers jours de la semaine sainte ; c'est là qu'on établit la représentation du saint sépulcre. Ce monument est d'ailleurs dans un état de conservation très-satisfaisant, bien qu'il se trouve enterré complètement de tous côtés.

Époque et style général des constructions religieuses. — C'est maintenant un usage, parmi les auteurs de descriptions archéologiques, de grouper autour de chaque cathédrale , comme église mère et modèle, les églises du second ordre qui en seraient des reproductions plus ou moins fidèles. Ce classement ingénieux ne saurait trouver son application dans le département de la Seine , où les églises rurales ne présentent nullement le développement d'un semblable système. On peut certainement remarquer dans la plupart de ces églises, où le xiir siècle a signalé son passage, quelques rapports de famille avec Notre-Dame de Paris ; mais ces ressemblances proviennent seulement de l'identité de style , et pas du tout de l'intention de reproduire les formes de la cathédrale.

Il est fort peu d'églises de villages qui aient été construites d'un seul jet ; il y en a encore moins qui offrent la réalisation suivie et complète de quelqu'un de nos grands systèmes architectoniques. Mais, en revanche, on rencontre, dans un certain nombre de ces édifices, un intéressant assemblage de constructions appartenant à des époques très-diverses. Souvent le xir siècle s'y voit soudé au xvir, et de pareils rapprochements ne peuvent manquer de donner lieu à d'instructives observations sur les révolutions périodiques accomplies dans le domaine de l'art.

Quelquefois , dans un édifice de la plus médiocre étendue , vous avez en même temps sous les yeux les éléments mis en œuvre par les artistes de quatre ou cinq siècles différents. Les humbles églises des paroisses de campagne ne sont pas , comme les opulentes églises des villes, exposées à des reconstructions générales ; rarement le budget communal se prête à des entreprises de ce genre, La pauvreté nous rend forcément conservateurs, et, bon gré , mal gré , il faut laisser vivre le vieil édifice qu'on n'aurait pas la faculté de remplacer. Aussi est-ce dans les plus chétifs villages qu'on a parfois la bonne fortune de découvrir des fragments dignes de l'étude la plus sérieuse. Les églises, signalées comme les plus anciennes dans les ouvrages élémentaires ou descriptifs publiés de nos jours, se sont conservées d'ordinaire dans des lieux écartés, loin des grandes voies de communication et des centres d'activité industrielle ou politique. Plus un pays est arriéré et pauvre , plus il y a de chances pour qu'il ait gardé ses antiques édifices , en l'absence des ressources qui auraient permis de rebâtir ou du moins de restaurer. Ainsi , la seule abside à voûte décorée de mosaïque, qui existe aujourd'hui en France, se trouve dans un très-petit village des bords de la Loire, à Germigny-des-Prés.

Les plus élégantes églises du département de la Seine sont celles de Vitry, de Bagneux, de Boulogne , d'Arcueil , de Champigny et d'Antony. Aux xiir et XV* siècles revient l'honneur de les avoir en grande partie construites. L'église de Vitry, la plus importante de toutes, possède seule, avec celle moins ancienne d'Orly, des collatéraux qui se prolongent autour du sanctuaire; elle n'a point perdu son antique clocher ni sa flèche octogone en pierre. Ce serait un monument complet, si la voûte de la nef n'était demeurée imparfaite.

La forme usitée dans les églises du département est celle de la basilique latine, dont le plan se reconnaît sans peine, au milieu des modifications successives qui l'ont souvent altéré. Cette disposition présente le double avantage de l'économie et de la facilité d'exécution. Le vaisseau principal , prolongé sans interruption, se termine par un chevet quelquefois arrondi , mais le plus souvent rectangulaire. Nous ne parlerons pas ici des églises dépourvues de coU latéraux ; les seules exceptions à citer sont les plans des églises d'Orly et de Vitry, dans lesquels les collatéraux enveloppent l'abside , et ceux des églises de Montmartre, de Rosny, de Boulogne, de Bondy, de Daubigny et de Charenton-Saint-Maurice, disposés en forme de croix.

Le plein cintre roman des xr et xir siècles s'est maintenu à Montmartre , à Colombes, à Saint-Ouen, au clocher et à la porte de l'église d'Auteuil, aux clochers de Vitry, de Créteil, de Châtenay, de Maisons-Alfort et de Thiais. Le clocher de Créteil , l'un des plus anciens, ressemble beaucoup à celui de Saint-

(îennain-des-Prés, à Paris; il s'élève de même en avant de l'entrée occidentale de l'église, et son étage inférieur forme un porche. % Le style ogival des différentes époques , depuis la fin du xii* siècle jusqu'à celle du xv% se développe à l'abside et aux voûtes de Montmartre, à Charonne, à Colombes, à la Chapelle-Saint-Denis, à Boulogne, à Drancy, à Montreuil, à Nanterre, à Rosny, à Nogent, Antony, Sceaux, Châtenay, Saint-Maur, Vitry, Bagneux, A rcueil , Conflans, Champigny, Aubervilliers , et dans beaucoup d'autres localités qu'il serait trop long d'énumérer.

Le xvr siècle domine à Aubervilliers, à Fontenay-sur-Bois, Orly, Viilejuif, Clamart, Châtillon, au chœur de Vanves, à Auteuil, Thiais, Ivry, Gentilly, Bagnolet, Puteaux, Saint-Ouen , Stains, Suresne, et à la petite chapelle de la Brèche. La plupart de ces églises renferment des clefs pendantes travaillées avec beaucoup de finesse et décorées à leur pourtour de niches contenant les statuettes des saints patrons.

Le XVII* siècle, qui n'avait pas encore perdu entièrement le sentiment de l'art chrétien , et qui donnait du moins à ses constructions un certain air de grandeur, a bâti la jolie église de Génevilliers, celles de Brie-sur-Marne, de Charenton-Saint-Maurice, d'issy, le portail de l'église de Saint-Ouen et une partie de celle de Sceaux.

Dans plusieurs églises agrandies ou restaurées aux xvr et xvii* siècles , les parties nouvelles sont venues se superposer à des portions anciennes. A Sceaux et à Villejuif , des bases du xiir siècle portent des colonnes postérieures de trois ou quatre cents ans, et les chapiteaux gothiques reçoivent les nervures de voûtes qui datent de la renaissance.

Le xviir siècle a démoli , pour les reconstruire dans le style que chacun connaît, les vieilles églises de Romainville, de Baubigny, de Bondy, d' Asnières, de Choisy-le-Roi. A Romainville, des colonnes d'ordre de Pœstum remplacèrent alors les piliers auxquels l'abbé Lebeuf assignait une origine carlovingienne.

Enfin le xix* siècle est venu renchérir sur le goût dégénéré de ses deux prédécesseurs. Les architectes de nos jours, oublieux de toutes les traditions religieuses et des convenances les plus indispensables du culte, nous élèvent, sous le nom d'églises, des constructions bâtardes toutes prêtes à recevoir une destination quelconque, et pouvant servir, avec le même agrément, de bazar, de salle de danse, de mairie, d'asile ou d'école. Nos constructeurs se sont montrés là par trop prévoyants. Us ont bâti à neuf ou réédifié treize églises paroissiales dont pas une ne mérite seulement d'être nommée. Il suffira de dire qu'elles ont été taillées sur le patron des hideuses églises de Bonne-Nouvelle et de Saint-Pierre du Gros-Caillou, à Paris.

Notre siècle a la monomanie des restaurations. Il semble qu'aujourd'hui les architectes manquent de travaux qui les fassent vivre , et soient forcés de se disputer à belles dents la curée des vieux édifices. Il n'existe peut-être pas un seul monument , un peu ancien , qui ne soit devenu le point de mire de nos redresseurs de murs et de clochers. Les projets de remise à neuf et les devis se succèdent sans relâche; l'administration ne sait à qui entendre, et elle sacrifie trop souvent une église intéressante à l'espoir d'un vote favorable pour le premier scrutin électoral. Déjà tout un côté de l'église de Montmartre a été défiguré; l'année dernière, la voûte d'Arcueil a failli crouler, tandis qu'on démolissait les contre-forts, afin de les rétablir plus solides ; Bagneux et Fontenay-sur-Bois sont sérieusement menacés, ainsi que Créteil et Vitry. Il s'agit, pour ces deux dernières églises, de construire la voûte de la nef qui n'a jamais été exécutée; il y a tout lieu de croire que les deux édifices tomberont tout entiers par terre, le jour où, sous prétexte de les compléter, on commencera par en ébranler les murailles séculaires. Ce sera une édition nouvelle de ce qui est arrivé au beffroi de Valenciennes. N'y a-t-il pas des opérateurs qui tuent les malades, afin de les mieux guérir?

Le badigeon , le carton-pierre et l'asphalte * font les délices des fabriques des environs de Paris. On aime aussi à peindre en vert antique les colonnes du sanctuaire, à donner une couche d'agathe aux fonts baptismaux, à couvrir d'un ton de bronze les moulures et les colonnes. Enfin les fenêtres , autrefois garnies de verrières, se tapissent de stores du goût le plus misérable ; jamais pareille mesquinerie n'a présidé à la décoration des temples.

Églises a dates certaines. — Les monuments portent tous en eux-mêmes des caractères qui suffisent pour qu'on puisse parfaitement apprécier la date de leur construction; mais, avant d'arriver à la connaissance exacte de ces caractères, il a fallu prendre comme points de départ des édifices dont l'âge se trouvait constaté d'une manière précise par des textes authentiques ou des inscriptions. Il est donc important de citer ici les dates que j'ai trouvées inscrites sur quelques églises du département. A la clef de voûte de la chapelle Saint-Germain, dans l'église de Chàtenay, on lit la date de 1504. La première pierre du clocher de Fresne a été assise le 4 mai 1538. Les clochers d' Auber-

4. Nous dirons un jour qu'on a dernièrement déshonoré et compromis la cathédrale de Noyon, en la couvrant en bitume. Il est fâcheux qu'une administration aussi sévère que celle du ministère de l'intérieur, en fait de conservation et de réparation des monumenti historiques, n'ait pas arrêté raventurottx architecte au milieu de son opération. U faut croire qu'où détruira ce hideux bitume ; c'est une composition fort malsaine pour les anciens édifices et qui laisse passer la pluie on ne peut plus facilement. Nous reviendrons sur ce point dans un article spécial, et nous donnerons alors tout ce que nous possédons de renseignements. (IVote de M. Didron,)

villîers et de Villejuif portent : le premier, le millésime de 1541 ; le second, ceux de 1540 et de 1555. C'est en 1675 que se sont élevés les piliers du collatéral du nord, dans l'église d'Ivry. L'église de Brie a été construite en 1610, la sacristie de Créteil en 1640, l'église de Choisy-le-Roi en 1748.

Sculptures. — On chercherait vainement, dans les églises rurales du diocèse de Paris, quelqu'une de ces pages imposantes de sculpture qui remplissent avec tant de splendeur les tympans et les voussures de nos grandes basiliques. Ce qui existait autrefois en ce genre a été détruit au dernier siècle par le mauvais goût et par les fureurs populaires. A la Chapelle-Saint-Denis, un architecte du règne de Louis XV imagina de remplacer par une façade y qui a la prétention très-aventurée de se donner pour dorique, le porche dont la pierre, industrieusement taillée par un imagier du xiif siècle , retraçait aux yeux des fidèles la touchante et poétique légende de sainte Geneviève. On y voyait surtout figurés ces pèlerinages au tombeau des saints martyrs, pendant lesquels la sainte faisait une station dans le lieu même où, huit cents ans plus tard, fut érigé ce monument à sa gloire. A Bagneux, la révolution a brisé, de telle façon qu'il n'en reste plus de trace, le Christ entouré d'anges qui, du tympan de la grande porte, bénissait le peuple arrivant à l'église.

Des chapiteaux historiés, dont le style appartient pour le moins au commencement du XII* siècle , existent dans les églises de Montmartre et de Ghâtenay. A Montmartre, on remarque un saint Denis, en costume sacerdotal, debout entre des monstres furieux qui n'osent l'approcher, et un personnage monté sur un bouc, la face tournée vers la queue de l'animal ; à Châtenay, ce sont des oiseaux, des léopards, des hommes annés et d'autres sonnant de la trompe. Le ciseau du xiii* siècle a sculpté des chapiteaux à crochets et d'une grande élégance à Saint-Maur, Arcueil , Vitry et Bagneux. A côté de ses chapiteaux à large feuillage, la même église d' Arcueil en montre d'autres, plus curieux encore, qui datent du xvf siècle, et dont les sculptures, très-singulières, représentent des figures grotesques, des fous avec leur bonnet caractéristique, des animaux imaginaires, des oiseaux qui boivent dans des vases, des vendangeurs, des danses d'hommes et de femmes mises en opposition avec des gambades de singes, dont les postures rappellent certains personnages des gravures de Callot. La renaissance a laissé, dans la principale rue de Charenton-le-Pont, des pilastres ornés d'arabesques, et un tympan d'une création gracieuse, sur lequel est sculpté un agneau.

Statues. — Le retable très-moderne du maître-autel de l'église paroissiale , à Saint-Maur, supporte une belle statue de la Vierge de grandeur naturelle, sculptée en pierre à la fin du xiir siècle, et qui offre beaucoup d'analogie avec

la Vierge de la porte du croisillon septentrional, à Notre-Dame de Paris, par le geste plein de fierté qu'elle fait en élevant son fils dans ses bras pour mieux le montrer à tous. Saint Germain d'Auxerre a deux statues, l'une du xiv* siècle à Pantin, l'autre du xvr siècle à Châtenay. L'église de Saint-Mandé, reconstruite depuis peu d'années, vénère, sur un de ses autels, une madone en marbre, œuvre du xiv" siècle. Il existe, dans trois églises, des figures en marbre exécutées dans les deux derniers siècles. A Vaugirard, un saint Jérôme, qu'on a vu longtemps à Paris dans l'église Saint-Roch; à Sceaux, un groupe représentant le i)aptême du Christ, que Tuby avait sculpté d'après les dessins de Lebrun , pour la chapelle du château construit en ce lieu par Colbert ; enfin , à Choisy-le-Roi, des statues de saint Louis et de saint Maurice, ouvrages d'un sculpteur nommé Jacques Rousseau, qui proviennent de l'ancienne chapelle de Noailles, à Notre-Dame de Paris.

Fonts Raptismaux. — La plupart des anciennes cuves baptismales ont été renouvelées depuis le xvii* siècle. Presque partout on a cru pouvoir substituer, sans inconvénient, d'insignifiants bassins de marbre aux vénérables piscines qui avaient servi aux baptêmes par immersion , et dans lesquelles des générations entières avaient reçu, pendant une longue suite de siècles, l'eau de la régénération spirituelle. Je suis tenté de croire qu'il manque un sens à celui qui ne se fait pas scrupule de supprimer les fonts sur lesquels il a été présenté, de mettre au rebut le saint que sa mère a prié, de sacrifier à la manie de l'innovation l'autel au pied duquel il a suivi le cercueil de son père. Si l'on est insensible à la beauté dans l'art et à la valeur archéologique des monuments, on devrait au moins respecter les religieux souvenirs de la famille.

Il serait malaisé, en voyant l'église de Neuilly, si moderne et si laide, d'imaginer que là se trouve la plus ancienne cuve baptismale du diocèse. Elle date du xiii* siècle. Creusée dans une énorme pierre , elle a environ un mètre de haut, une largeur à peu près égale, et un mètre et demi de long. La fonne en est ovale ; plusieurs rangs de moulures et de feuillages lui servent de ceinture. Deux bas-reliefs y représentent, d'un côté le Christ baptisé par saint Jean, de l'autre un ange portant le coffret destiné à contenir le saint chrême. Ce précieux monument, dont il n'a jamais été question, se reconnaît à peine, enluminé qu'il est de marbre lilas et de bronze.

Les fonts baptismaux de Montmartre ont eu le sort assez favorable pour échapper au pinceau des barbouilleurs; leur grand bassin en pierre de liais est décoré de rinceaux , de clefs en l'honneur de saint Pierre, le patron de la paroisse, et d'anges qui soutiennent un cartouche marqué du millésime de 15â7. Une cuve très-élégante, dont le style accuse l'époque de François 1". I. 25

s'est égarée, je ne sais comment, dans l'église de Bercy , notre trèa-lourde et et très-désagréable contemporaine ; sous la croûte bronzée qui empâte toute la sculpture, on distingue des arabesques, des anges, des rinceaux et des mufSes de lion '. A Colombes, les fonts sont datés de 1676; à Antony, un des bénitiers a été taillé et posé en 1655. On compte bien encore, dans quelques églises, de grandes cuves en pierre destinées aux baptêmes ; mais elles n'offrent pas d'ornements ou de moulures assez caractéristiques pour qu'on puisse en fixer l'âge. Je ne pense cependant pas qu'en général elles soient antérieures au XV' siècle.

Autels. — Peintures murales. — Les autels anciens » sauf celui de la crypte de Créteil, ont tous disparu; s'il en reste quelques-uns, ils sont cachés derrière des revêtements peints en façon de marbre, dorés ou chargés de moulures de plâtre. Le badigeon est parvenu, à force de persévérance , à effacer complètement, sous ses couches multiples, les peintures qui devaient rehausser au moins quelques parties de l'ornementation de nos plus vieilles églises. Cependant à Boulogne-sur-Seine, dans une très-petite chapelle latérale, des crevasses se sont formées dans la croûte épaisse étendue sur la voûte, et déjà reparaissent à la lumière quelques portions d'une peinture murale exécutée au XV* siècle par un pinceau fin et gracieux. Pour quelques centaines de francs, on débarrasserait la voûte entière : c'est le seul exemple de ce genre d'ornementation qu'il soit possible de citer avec certitude dans les églises dont nous avons à nous occuper.

Meubles. — Tableaux. — Les églises du diocèse de Paris ont été dépouillées avec tant d'exactitude, qu'elles n'ont pas gardé un reliquaire, un vase sacré , une chasuble qui aient seulwnent deux siècles de durée. Ce que les révolutionnaires auraient pu oublier, serait tombé tout naturellement dans les mains des brocanteurs, qui ont dû commencer dans les environs de Paris leur système d'exploitation des châteaux et des sacristies. Il ne s'est conservé ni stalles, ni chaires remarquables. Les stalles de Champigny, qui sont les plus élégantes, ont des lions sous leurs accoudoirs; elles datent du xvii* siècle. La chaire de la même église présente aussi, comme plusieurs autres, quelques panneaux sculptés au xvr siècle, mais d'une importance d'ailleurs à peu près nulle.

Les églises d'Aubervilliers, de Bagnolet, de Colombes et de La Chapelle- Saint-Denis , renferment quelques tableaux peints sur bois à l'époque de la

1 . Nous recommandons ceUe jolie cuve au bon goût de M. le curé de Bercy, et nous ne doutons pas que la simple mention faite ici n'engage Tintelligent ecclésiastique à faire débadigeonner immédiatement ce petit monument de la renaissance. {Nott de M, Mdrtm.)

renaissance, recommandables par la finesse du dessin et surtont par la fraîcheur du coloris. Ce qu'il y a de mieux en ce genre , ce sont les deux triptyques de Vaugirard, qui représentent l'adoration des Mages. A Orly, sur deux volets qui recouvrent le tableau écrit sur vélin de tous les obits fondés dans l'église, sont peintes en grisaille les figures de saint Etienne et de sainte Geneviève. Le saint diacre a ici ses attributs ordinaires ; sainte Geneviève tient son cierge protégé par un ange contre la malice d'un diable, qui voudrait bien réteindre. Le style de ces figures ne manque pas d'élégance; elles appartiennent au xvii* siècle.

Ferdinand de GUILHERMY.

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