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ÉPIGRAPHIE

de ce petit pays. Les Hôtels-Dieu de nos grandes villes ne pourraient peut-être pas montrer un monument authentique de cette époque et de cette valeur. Du reste, la conservation de cette curieuse inscription ne paraît courir aucun risque; on semble la garder avec soin. Nous engageons tous les amis de nos antiquités nationales à faire pour notre pays ce qu'on a fait pour la Grèce, l'Italie et rÉgypte, à recueillir, publier et commenter les inscriptions de toute nature qui nous restent encore.

Pour nous, bien convaincu de l'importance de ce travail, nous l'avons entrepris dans l'arrondissement de Rambouillet, conjointement avec M. l'abbé Blot, aumônier du château de Dampierre, et sous la savante et généreuse direction de M. le duc de Luynes. Nous visitons chaque commu/ie en détail, les églises, les chapelles, les constructions publiques comme les particulières, et jusqu'aux ruines dont le sol est jonché : nous faisons partout des enquêtes rigoureuses, qui ne sont pas toujours stériles. Nous retrouvons , dans les auteurs qui ont traité des monuments où on les voyait autrefois, les inscriptions perdues ou effacées. La « Gallia Christiana » et 1' « Histoire du diocèse de Paris » , par Tabbé Lebeuf, nous ont été en cela de puissants auxiliaires, comme V « Histoire de la maison de Montmorency » , par André Duchesne, pourra l'être pour les recherches à faire dans les autres parties du département de Seine-et-Oise. Et déjà le résultat de nos investigations a de beaucoup dépassé nos espérances. Nous avons recueilli tout ce qui restait des inscriptions et épitaphes des abbayes des Vaux-de-Cernay, de La-Roche et de Claire-Fontaine; nous avons épuisé tout ce que pouvait offrir le canton de Chevreuse. Les autres éantons et les autres églises nous promettent une abondante moisson.

Aucun monument ne nous a fourni des épitaphes historiques en aussi grande quantité, que la modeste église de Magny-les-Hameaux, située à l'extrémité du canton de Chevreuse. Là, en effet, après 1710, furent transportées toutes les tombes de l'église abbatiale du célèbre Port-Roy a Mes-Champs, fondé en 1204 par Mathilde de Garlande, femme de Mathieu P' d'Attichy, seigneur de Marly, descendant de la maison de Montmorency, et sous les auspices d'Odon de Sully, évêque de Paris. Plus de trente dalles funéraires, sur lesquelles on lit des noms d'abbesses et de bienfaiteurs de ce célèbre couvent, sont intercalées dans le carreau et tapissent les murailles de l'église de Magny. On y retrouve les noms de quelques-uns des célèbres solitaires, qui, dans le xvi* siècle, se retirèrent à Port-Royal. On pouvait y lire l'épitaphe de Racine et celle de Pascal, composées par Boileau, qui en furent enlevées par les soins de M. de Chabrol, préfet de la Seine, pour être placées à Saint-Étienne-du-Mont , à Paris : on les verra toutes deux figurer dans notre recueil.

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Parmi les tombes qui restent encore, nous en décrirons quatre qui, par leur importance, pourront faire juger aisément du résultat de nos recherches. Dans le chœur, à droite et à gauche du lutrin, sont deux dalles d'une belle conservation, qui n'ont pas moins de 3 mètres 10 c. de longueur, sur 1 mètre 35 c. de largeur. Sur celle de droite, on lit :

Anno . Domini . Millesimo . Dvcentesimo . Nonagesimu . Septimo . Sei)timo . Idvs . Marcii . Obiit . Dominvs . Bvchardvs . Miles . qvondam . Dominvs • De . Marliaco . Cvivs . Anima . Per . Miam . Dei . Requiescat . In . Paco . Amen .

Sous une arcade ogivale, subtrilobée et surmontée d'un fronton triangulaire que décore une rosace rayonnante, est couché Bouchard de Marly, la tête nue, les bras et les jambes maillés, les mains jointes sur sa poitrine couverte d'une cuirasse, d'où s'échappe une jupe qui tombe jusqu'aux genoux. Sur sa cuisse gauche l'écu, à la croix bâtonnée et cantonnée des quatre alertons du Montmorency, recouvre en partie l'épée, sur le pommeau de laquelle est gravée une croix. A la partie supérieure, dans l'espace compris de chaque côté, entre les angles et le pignon, sont deux anges avec des encensoirs : à la partie inférieure, les pieds du défunt reposent sur un lévrier, compagnon fidèle de ses plaisirs. Ce Bouchard descendait directement des fondateurs de Port-Royal. 11 était arrj ère-petit-neveu de saint Thibault : il eut pour père Mathieu II du nom, seigneur de Marly et grand chambellan de France ; sa mère fut Marguerite de Lévis, fille de Guy II deLévis, seigneur de Mirepoix. Celle-ci, après la mort de son mari, se fit religieuse à Port-Royal, où elle mourut, en 1327. Sa tombe est auprès de celle de son fils; toute son histoire est gravée sur son épitaphe, l'une des plus curieuses que l'on puisse rencontrer.

Anno . M . c . Bis . LX . Bis .V. Semel . I . bis .

Hic . Reqvievit . Ibi . Post . Cvivs . Nomen . Habebis .

Margareta . Fuit . Mathei . Malliacensis .

Vxor . I.t . liane . Genvit . Generosvs . Gvido . Lcvensis .

Sex . Parit . Ista . Mares . Vir . Obit . Peiit . Her, . Moniales .

Intra . Clavstrales . Eligit . Esse . Lares .

In . Reqvic . Mulla . Sit . Nomne . Veste . Sepvlta .

Luceat . bterna . Sibi . Lvx . In . Pace . Svperna . — Amen.

Les savants Bénédictins, auteurs de la « Gallia Christiana», ont défiguré cette inscription, en la terminant par la première ligne qu'ils ont fait précéder de « Amen » , qui doit se trouver après le mot « Superna » . Ils n'ont pas remarqué que cette première ligne était également un vers , qui se scande parfaitement en donnant à chacune des lettres de la date sa valeur syllabaire. Du

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re&lG^ cette tombe est ausssi remarcpiable par son exécution que par son intérêt Aîstorîque. Dans une arcade ogivale subtrilobée et pignonnée, est représentée ^cii-g^uterite de Lévis, comme l'indique son épitaphe; elle est en costume de ^^msirdine, elle a la tête voilée et les mains jointes sur la poitrine. Sur les bord^ de son manteau sont brodés plus de vingt écussons sans armoiries ; chacun de ses pieds repose sur un petit chien épagneul. Entre le fronton du milieu et lc32s deux premiers pinacles, sont deux anges nimbés et vêtus de longues roh>^:s , tenant de la main gauche une navette à mettre l'encens et un encensoir de IsL main droite. Plus bas, dans le trèfle supérieur, deux autres anges tiennerxt: ^ne draperie au-dessus de laquelle est une petite figure nue, dans l'attitude de lei prière, et qui représente l'âme de la défunte. Trente-deux écussons, ^^^^i^nativement en écu et en losange , qui ornaient les pilastres de support à ^'^r-code, sont vides aujourd'hui : sans doute qu'autrefois ils étaient remplis de vVHcjues de bronze ciselées ou émaillées, aux armes de Montmorency et aux ^vv^vrons de Lévis. La place du voile est aussi vide; le peu de profondeur de ^^s cavités ne permet pas de supposer qu'elles aient été remplies par une autre Matière que du métal. Nous ferons remarquer dans l' épitaphe, qui est du xiv*^ siècle, le mot de a Lares » , divinité en grand honneur dans le paganisme.

Sur la troisième tombe, qui est aussi dans le chœur, au-dessus des précédentes, on voit une double arcade d'une grande richesse où sont représentés deux époux, Eudes de Montfaucon et Aline de Gallardon. Le chevalier est revêtu du haubert de mailles à larges manches et au plastron d'une seule pièce, botté de lames de fer, armé de son épée croisée au pommeau et recouverte du bouclier à la croix ancrée. La dame, la tête voilée et le col couvert d'une guimpe, est vêtue d'une longue robe serrée sur la taille par une ceinture, et par-dessus laquelle est un manteau à bordure brodée d'écussons. De chaque côté de la tête des défunts sont deux écussons dont les incrustations ont disparu. Dans les encoignures supérieures, deux anges encensent, et, dans le vide formé par la jonction des deux frontons, un troisième ange éployé, vu de face, tient une draperie de laquelle sortent, les mains jointes , deux petites figures nues qui représentent les âmes des deux époux. La légende est ainsi conçue :

Ci . Gist . Monseigneur . Eudes • De . Monfavcon . Chevaliers . Que . Diex . Assoillc . Qui . Trespassa . L'an . De . Grâce. M . ce . Z . un . XX . Z . XIX . Le . Diemanche . Après. La . Saint . Martin . D'Iver . ^ Ici . Gist. Madame Céline de Gallardon Famé . Jadis . De . Noble . Home . Monseigneur . Gvi. De Rochfort . Z . De . Monseignevr . Eudes . de M'ôfavco. Elle . Trespassa . M . ni . Pêz . Povr

Cette pierre, soit qu'elle n'ait pas été assez longue, soit qu'elle ait été brisée, se trouve brusquement interrompue au-dessus des pieds. Les mots écrits en lettres italiques ont été ajoutés après coup et en caractères différents ; ils bont beaucoup plus espacés que ceux des autres côtés qui sont très-serrés.

Sous le rapport de l'intérêt historique , la quatrième tombe ne le cède en rien aux précédentes : c'est celle de Béatrix de Dreux, qui fut abbesse de Port- Royal, depuis 1316 jusqu'en 1326. Elle était fille de Robert IV, comte de Dreux, et de Béatrix, comtesse de Montfort, sœur de la fameuse Yolande, duchesse de Bretagne, et de Jeanne, comtesse de Roussy, dame de Rochefort (Seine-et-Oise) , selon les auteurs de la « Gallia Christian^ » . Cette tombe était autrefois placée dans la nef de l'église de Port-Royal, sous les poids de l'horloge, qui la brisèrent par leur chute. L' abbesse y était représentée dans le costume de sa dignité, tenant sa crosse à la main. Le fragment supérieur, qui est dans l'église de Magny, est presque entièrement effacé. On y distingue encore l'écusson orlé et échiqueté de la maison de Dreux et la légende qui est tronquée :

Ici . Gist . Ma . Dame . Byetris . De . Drevz . Jadis . Abbesse .De

Dv . Seignevr . XV , Jours . En . raay . Priez . Povr . Lame . De . Li .

Tous les exemples que nous avons cités prouveront de quelle importance il serait de recueillir et de réunir en un seul corps toutes ces diverses épitaphes, avant que le temps et les circonstances ne les aient entièrement détruites.

.Nous terminerons en appelant également l'attention des archéologues sur les cloches. Les cloches appartiennent à l'art autant qu'à l'industrie. On y rencontre des reliefs précieux, des dates, des inscriptions historiques et des noms de fondeurs. Nous avons déjà publié une inscription historique qui se trouve sur le timbre de l'horloge de Dourdan, fondu en 1599 par Thomas Mouset. Sur une petite cloche du xvr siècle, destinée à la fonte, et qui est dans la sacristie de l'église de Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir) , nous avons lu dernièrement ce vers latin : a Conuoco deuotos animos ad templa loannes » . Cette autre inscription se lit sur la cloche de Gazeran (Seine-et-Oise) : « t L'an mil. v*' xxxj. ie fus à Gazeran faicte pour Dieu et Noctre Dame cervir : et fus nommée Germaine par Anthoinette le Roy dame du dict Gazeran ». Et le nom du fondeur entre deux écussons de France : « M. Buffet ». M. l'abbé Blot a lu, sur la cloche de Dampierre, qui remonte à l'an 1567 : « Pierre Leroy me fit » .

ÂuuusTE MOUTfé.

Correspondant do Comité historiqoe des arts et monuments.

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