EXÉCUTION EN FONTE
Fausses pentures en fonte.
Frais de modèles pour cinq pentures va- fr.
fiées 1 ,250
Fonte , 930 kilog. à \ fr. 50 le kilog. .... 2,395
Clous et boutons 200
Retouche au burin et pcse 4 80
Fraies pentures en fer forgé.
Établissement de six pentures en fer for.^é avec gonds et crapaudines , estimé ^60
Total 3,485
La différence serait donc seulement de 115 fr. en plus pour Texécution en fer , et encore avons-nous supposé que la fonte ne pèserait pas plus que le fer, ce qui est peu probable ; 115 fr. sur une dépense de plus de 3,000 fr., et cela pour avoir un objet admirable de forme et de solidité, une œuvre d'art enfin , au lieu d'une décoration fausse, monotone, lourde et sans utilité aucune!
Quant aux grilles, le résultat de la comparaison des dépenses est à peu près le même. Ainsi, pour une grille à rinceaux fins et serrés comme ceux du xiir siècle, l'exécution en fer forgé et estampé coûterait 115 fr. le mètre superficiel; la même grille en fonte, montée sur châssis de fer, coûterait 100 fr., c'est-à-dire quinze francs de différence dans le prix du mètre.
On ne saurait donc trop louer M. Boulanger , l'habile artiste qui a osé soutenir la lutte ; on doit surtout lui savoir gré d'être parvenu à cet immense résultat de prouver qu'il n'était pas impossible, aujourd'hui, de régénérer l'art de travailler le fer,
LASSUS
CHl-^ Jisse de saint Louis à la Montjoie. — Aubes de Saint-Nicolas-des-Champs, à Paris. — Aban^ «^00 d*une bibliothèque. — Mitre et amict de saint Thomas de Cantorbéry. - Pouqx>int de CZharles de Blois. — Table d'autel de saint Henri IL — L'arc romain de Djimmilah. — Sar- ^;ophage de Salonique. — Frise de Diane Leucophryné. — Arc romain de Saintes. — Démolition de i*église et de la crypte de Nidermunster. — Démolition de la tour septentrionale, Â la collégiale de Mantes. — Ruine imminente de la cathédrale de Laon. — Destruction projetée de Notre-Dame-du-Puy. — Réclamations du clergé. — La cathédrale <i'Orléans restaurée en boue. — Démolition de la trésorerie deConty (Somme). — Les chanoines de Saint-Brieuc sous un châssis de verre. — Destruction du Saint-Sépulcre de Roubaix. — Menaces contre Saint-Ëtienne, à Strasbourg, et Saint-François-de-Paule, à Toulouse. — Maisons où sont nés Boileau et Voltaire. — Ruine de Thôtel de la Présidence, — Puget à la pluie et à la porte. — Dispersion probable d'un musée d'Autun et vente prochaine de la mosaïque du Bellérophon. — Enlèvement d'un vitrail à Beaujeu (Rhône). — Enlèvement d'un tableau sur bois à Beaujeu. — Mort^aux-rats faite avec des vitraux. — Vitraux déplacés et vendus. — Guillotine achetée avec des châsses. — Démolition de la cathédrale d'Alger. — L'Espagne réclame la conservation des anciens monuments qu'elle n'a pas encore détruits. — Monument gothique arraché aux architectes de Rome par le pape Grégoire XVI.
I Reverere (lorlam Teierem et hane ipam seneetatem qac, in bomioe TenerabUis, in vbibos et moDomenils acn est. > Plihb li Jbohb, Ub viii .
« Epist. 34 ad Maximom. «
— ^M. Tabbé Lacroix, vicaire général de Reims et de Versailles, clerc national à Rome, correspondant du Comité historique des arts et monuments, ouvrait, par ces belles paroles de Pline , une lettre quMl voulait bien nous écrire en félicitation du zèle que nous avons pu mettre à défendre, depuis plus de dix ans, les monuments historiques de la France. Ces vieux édifices , sacrés pour Pline le Jeune , doivent nous être aussi précieux qu'à lui-même , et nous transcrivons ce texte latin comme un excellent résumé du sentiment dont doivent être animés ceux qui se vouent et se dévouent à la conservation des monuments de notre gloire ancienne.
— A la Montjoie, entre Agen et Condom , est une jolie église dédiée à saint Louis, et qui, nous assure-t-on, date du xiir siècle. On voit, dans cette église , une châsse où reposent des reliques et divers ossements de saint Louis. Cette châsse, à peu près semblable à celle de la Guène, qui n'appartient plus à la France , est en cuivre couvert d'émaux bleus et blancs. Des anges sont ciselés sur des médaillons en cuivre doré et plaqué sur la châsse ; des clochetons, qui ont disparu, accidentaient le petit édifice dont la longueur est de trente-cinq centimètres à peu près. On voulait vendre cette châsse il y a peu de temps encore ; mais nous espérons que le scandale donné par l'aliénation de la châsse de la Guène sauvera le reliquaire de la Montjoie. La découverte du prétendu cœur de saint Louis donne en ce moment une très-grande importance au reliquaire de la Montjoie, précieux en soi et surtout par les restes qu'il paraît contenir. Nos lecteurs voudront bien remarquer que la Montjoie, qui posséderait des ossements de saint Louis, rappelle le cri des croisades, Montjoie Saint-Denis. Ainsi à Rosières (Ardèche), l'empereur Charlemagne construisit une église en commémoration d'une victoire remportée par lui sur les Sarrasins, et Rosières est tout près du bourg de Joyeuse , qui était le nom de la terrible épée de Charlemagne.
— La paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs possédait dix-huit aubes dont les garnitures étaient en dentelles ouvrées à la main. M. Bruant , curé de cette* paroisse, de 1802 à 1816, s'était procuré ces belles aubes qui avaient appartenu à une ancienne et riche abbaye. Les paroissiens, appréciateurs de ce qui porte un cachet de vraie beauté, étaient fiers de voir, aux grandes solennités, ces aubes dont se revêtaient les lévites. Dans les premiers mois de cette année 18/i./i., deux dames marchandes à la toilette ont offert 2,&00 fr. de ces aubes pour en faire ce qu'on appelle des « appliques » . Toutes les personnes instruites de ce projet d'achat ont manifesté leur répulsion , et l'on semblait y avoir renoncé. Un prêtre de cette paroisse a fait ressortir l'inconvenance d'une résolution prise par la fabrique de « faire de l'argent » avec ces aubes. 11 y a environ trois mois que d'autres marchandes à la toilette, recommandées par le premier vicaire de la paroisse, ont offert &,000 fr. de ces aubes; on les a cédées à ce prix, et elles ont été remplacées par dix-huit aubes de mauvaise mousseline brodée au métier. Celles-ci peuvent valoir 30 fr. la pièce. Différence, 1860 fr. Les bas officiers de l'église , sans trop s'en expliquer nettement la raison , gémissent de ce vandalisme , accompli dans une paroisse dont la fabrique est riche incontestablement. Ces objets bénits et qui , selon les canons , ne doivent jamais être employés à des usages profanes, figureront désormais aux premières
loges de l'Opéra et dans des bals plus ou moins tolérés. Ainsi» au sein de la capitale, les fabriques se dépouillent des objets les plus précieux pour les remplacer par du clinquant ; voilà comme on donne l'exemple aux provinces. En 18&2 la méitie fabrique, «ne sachant que faire» d'une bibliothèque de 800 volumes qui lui avait été léguée par M. Lacroix, décédé premier vicaire de ladite paroisse , a fini par s'en débarrasser et en a fait cadeau à une corporation qui n'en avait pas besoin. Le même prêtre , qui s'est indigné de la vente des aubes, a dénoncé ce don de 800 volumes à Mgr l'archevêque de Paris, et en a fait envisager l'illégalité et l'inconvenance. En effet , une fabrique est usufruitière et ne peut même vendre à son profit qu'avec autorisation ; en outre, par une cession pareille, on méprisait le don généreux d'un vieillard. Ces observations n'ont pas eu de suite malheureusement.
Ces deux méfaits, s'ils avaient été commis par quelque pauvre fabrique de province, auraient été blâmés énergiquement par le Comité historique des arts et monuments, et stigmatisés dans le « Bulletin archéologique»; nous devons donc , dans nos « Annales » , les dénoncer à tous ceux qui portent du respect aux convenances et aux objets précieux. 11 serait grand temps de dresser un inventaire détaillé des objets, intéressant l'art ou l'histoire, qui peuvent se trouver encore dans les églises de France. 11 faut enfin qu'il ne soit plus permis de donner à un évêque catholique anglais, comme cela s'est fait il y a moins d'un an, une mitre et un amict brodé de perles, qui avaient appartenu à saint Thomas de Cantorbéry, et qui enrichissaient le trésor de la cathédrale de Sens où nous les avons vus et touchés.
— Le pourpoint de Charles de Blois, acquis en 1793 à Antrain, par M. Jouffrault, d'im soldat qui l'avait volé dans un château de Bretagne, appartenait en 1832 à M. Boissoneau de Tours. M. Félix Bodin, qui avait vu ce vêtement en 1817 à la Croix -Verte, près Saumur, l'a décrit à peu près en ces termes : « Le pourpoint est d'une étoffe de soie blanche, brochée à dessins que forment des octogones remplis alternativement d'un lion et d'un aigle; il est ouaté et doublé de toile blanche, à manches larges dans le haut, très-étroites aux poignets, fendues par dessous jusqu'aux coudes, fermées chacune de vingt boutons d'or engagés dans des boutonnières en soie verte. Sur le devant du pourpoint, trente-huit boutons aussi en or. Taches de sang à la doublure de la manche gauche, près de l'épaule. Deux inscriptions sur parchemin sont cousues au vêtement, l'une ancienne et tout effacée, l'autre plus récente et reproduisant au moins le sens de la première en ces termes : t C'est le pourpoint DE SAiiNCT Charles DE Blois tué a la bataille d'Auray par Jean de Montfort,
SON COMPÉTITEUR AU DUGHlî DE BRETAGNE, LE 29 SEPTEMBRE 136ft. » NoUS
prions nos abonnés et correspondants de Blois et de Tours de nous dire ce qu'est devenu ce vêtement réellement historique et si précieux pour les antiquaires dé France; la destinée des objets volés n'est pas toujours heureuse. Si jamais on élevait une statue à Charles de Blois, il faudrait avoir soin de reproduire ce pourpoint historié d'aigles et de lions, comme les étoffes gothiques, romanes et surtout carlovingiennes.
— Le colonel Theubet, qui possède encore la précieuse table votive en or de l'empereur d'Allemagne saint Henri II (Henri le Boiteux), a porté son trésor en Hollande, à La Haye, et l'a mis en souscription ou en loterie. Il est à regretter que ce magnifique objet, en lames d'or repoussé, n'ait pas été acquis par la France pour le musée de l'hôtel de Cluny. Nous donnerons un jour la description complète de cette belle table qui date du commencement duxi* siècle, et rappelle les formes de l'art byzantin modifié par celui de l'Allemagne. Le colonel Theubet acheta en Suisse, à Bâle, cette table d'or, à la vente que Bâle- Ville et Bâle-Campagne firent des biens qu'elles avaient possédés en commun. La table de saint Henri était dans la cathédrale de Bâle, d'où, pour l'honneur des Bâlois, elle n'aurait jamais dû sortir. Un fils se déshonore en vendant la dépouille de son père ; un peuple se couvre de honte en faisant de l'argent avec ses titres de gloire.
— Pour remplacer l'arc national de Saintes, démoli, quoi qu'on en dise, avec barbarie et sans utilité, on va, comme nous l'avons annoncé, chercher en Afrique, à Djimmilah, un autre arc de triomphe. Des artistes ont quitté Paris tout récemment dans ce but. La hauteur de l'arc africain est de onze mètres comme sa largeur. L'arcade unique, dont il est percé, a six mètres sous clef et quatre mètres de large. Deux pilastres reposent de chaque côté sur un stylobate commun encadrant les trumeaux dans chacun desquels est creusée une niche. Une inscription court sur l'attique. On doit, pour contrarier M. Fontaine, placer cet arc au milieu du Carrousel, en face de celui que M. l'architecte de la liste civile a élevé sous l'Empire. D'un autre côté, le « Journal de l'Algérie » nous apprend que l'administration de la guerre paraît avoir renoncé à ce projet de transporter à Paris, au milieu de la place du Carrousel, la ruine de l'arc de triomphe romain de Djimmilah. On conçoit qu'on transporte un basrelief, une statue, une colonne ou même un obélisque, quoiqu'il en coûte un peu cher pour se donner la jouissance d'un monolithe; mais on se demande comment il peut entrer dans la tête d'un homme de bon sens de faire courir six cents lieues à un arc de triomphe. Nous voudrions bien savoir la vérité sur le
projet en question, et le « Moniteur universel » devrait bien nous dire qui a raison de V t Algérie » ou de tous les journaux de Paris. Nous croyons que r « Algérie » a tort, et qu'on va nous apporter Tare africain* Au lieu de tout cet argent perdu à dépayser un monument, on devrait bien relever Tare de Saintes, ou seulement placer dans le Musée du Louvre le sarcophage de Salonique et le quart de lieue de frise du temple de Diane Leucophryné. Ce n'est probablement pas pour les laisser détremper à la pluie qu'on a fait venir à grands frais ces débris, quels qu'ils soient, de l'art des Grecs.
— A propos de l'arc de Saintes, on nous écrit de la Rochelle que ce monument élevé à la gloire de Germanicus va être rétabli dans son état primitif. Les travaux seraient déjà commencés et les pierres numérotées. On dit que l'arc sera plus solide qu'auparavant; nous voulons bien le croire, mais nous n'aimons pas les monuments déplacés et rapiécés. Un monument n'est ni un meuble qu'on roule où l'on veut, ni un vêtement qu'on raccommode avec du pareil ; c'est une oeuvre d'art qui doit vivre où elle est née , et mourir comme on l'a faite,
— En détruisant l'église de Nidermunster (Bas- Rhin), que sainte Odile fonda au vir siècle, et que la célèbre abbesse Herrade de Landsberg fit reconstruire au xir, on a retrouvé une crypte soutenue par d'élégantes colonnes de style roman. En ce moment il n'existe plus rien de l'église ni de la crypte ; il n'y a pas de pays où se fasse plus proprement et plus promptement qu'en France une ruine monumentale.
— Nous avons déjà signalé la destruction projetée d'une tour de l'ancienne collégiale de Mantes, et exprimé nos doutes sur la nécessité d'un remède aussi héroïque. Nous apprenons aujourd'hui de plusieurs notables habitants de Mantes, inquiets sur le sort de leur église, que la tour condamnée par les architectes officiels ou historiques ne menace pas ruine. Un premier tassement s'est opéré, mais à une époque déjà fort ancienne ; si l'état du monument a empiré depuis quelques années, on ne doit s'en prendre qu'aux travaux récemment exécutés sous prétexte de consolidation, comme au beffroi de Valenciennes. Enfin le mouvement se trouve aujourd'hui complètement arrêté au moyen de la ceinture de fer qui étreint la tour; il reste seulement à entreprendre de faciles réparations pour faire disparaître toute trace de lézardes. Malgré tout, la démolition de cette tour, celle du Nord, est irrévocablement décidée. Il est vrai qu'on promet àA la réédifier immédiatement ; mais il y a tout lieu -de craindre que cette reconstruction ne se fasse pas. On a des fonds pour détruire, on en manque pour relever. La ville de Mantes, et il faut la féliciter de son généreux
â3& ANNAL!» ARCHÉOLOGIQUES.
projet, propose de s^mposer une somme assez forte, pourvu que, de 8on côté, r administration supérieure s'engage à ne mettre aucun intervaile entre la démolition et le rétablissement. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de ce qui sera fait à cet ^ard, parce que la tour de Mantes n'est pas un fait isolé ; il y en a eent autres absolument smnbhbbles.
— La cathédrale de Laon inspire des craintes sérieuses ; l'état de cet admirable édifice, unique en France» a empiré depuis les travaux de prétendue consolidation qu'un architecte historique vient d'y faire. Des lézardes se sont manifestées à la façade occidentale où l'on a surtout restauré; elles semblent grandir de semaine en semaine et elles donnent à tous les habitants les plus vives inquiétudes. Les monuments auxquels on touche, nous l'avons déjà dit bien des fois et noiis ne cesserons de le répéter, sont ceux qui périssent le plus vite. Bien n'ébranle les vieux édifices comme la plupart des prétendues consolidations qu'on y a faites jusqu'à présent.
— Ce qu'on vient d'accomplir dans la cathédrale de Laon, on s'apprête à le faire dans la cathédrale du Puy. Nous avons reçu, de plusieurs points à la fois, des relations inquiétantes sur ce qu'on a l'intention d'exécuter daoâ la sublinoe Notre-Dame du Puy, On nous écrit aujourd'hui même, du département de la Haute-Loire : « Vous savez qu'on restaure en ce moment Saint-Julien de Brioude ; je ne trouve pas ces travaux parfaitement intelligents. Mais ce qui doit surtout exciter nos craintes, c'est la profanation qui va ^'«ccoHq>lir, sous le nom de restauration, sur Notre-Dame du Puy. Que Dieu protège et sauve un des plus beaux monuments qu'on lui ait élevés. » Nous ne dirons rien aujourd'hui du projet de restauration ; nous attendons un travail spécial et complet qu'un de nos amis, correspondant du Comité historique des arts et monuments, voudra bien nous envoyer sur ce sujet. Si Notre-Dame du Puy est arrachée à la destruction ou à la restauration, c'est à cet ami qu'on le devra, comme nous le dirons en son temps. Il nous écrivait, au 10 juin : « C'est une honte, pour notre temps et pour notre pays, que le vandalisme marche comme il fait, et la science vous devra de la reconnaissance pour tout ce que vous aurez contribué à sauver de la destruction. Dans la mêoie voie, je fais ici quelque chose, trop peu sans doute. Il est possible que nous ayons besoin de recourir à vous lorsque l'œuvre de la prétendue restauration de notre cathédrale du Puy sera en voie d'exécution. Vous savez que j'ai épuisé les moyens officiels, et cela à peu près inutilement. Parviendrons- nous à sauver la grande façade de la cathédrale, monument précieux du xif siècle , qui doit être démolie pierre à pierre pour être reconstruite (vraie dérision!) pierre à pierre par l'ingénieux système du
numérotage? Et les couches épaisses de mortier, et les briques rongées par le temps, et les trois quarts des moellons qui s'égrèneront, tout cela sera-t-il rnuûéroté? Sauveron»-nous notre cloître, ou du moins sa galerie la plus ancienne, celle qui remonte au vu* siècle, et dans laquelle on va creuser un nouvel escalier? Je n'ose y compter; nous verrons bien. En attendait, le conseil municipal , appelé à contribuer pour cette restauration prétendue, a refusé net, il y a quelques jours» Vous voyez que nos principes gagnent du terrain. » — 11 est remarquable en effet que les conseils municipaux, si destructeurs il y a peu d'années encore, résistent enfin aux projets de restauration des monuments de leur pays. Il est vrai qu'ils ont été suffisamment édifiés, dans diverses localités, sur le mérite de ces travaux qui hâtent la destruction au lieu de l'arrêter, et qui ne profitent qu'aux travailleurs et surtout aux architectes.
— Cette manie des restaurations prodigues et inintelligentes commence à fatiguer les plus hauts dignitaires ecclésiastiques. Un évêque du centre de la France nous écrivait dernièrement : « Quoique mon diocèse ne soit pas riche en monuments religieux , je m'eiforce de répandre dans mon clergé le goût de Part chrétien par le moyen des études archéologiques; je suis persuadé qu'il en résultera toujours un grand bien. Puis l'action du clergé est si souvent méconnue et Xîomtrariée par les hommes chargés officiellement de restaurer nos édifices, que nous en sommes souvent réduits à gémir sur des travaux sans goût et sans caractère religieux. Yotre publication pourra prévenu beaucoup de destructions et inspirer des réparations utiles. Peu à peu les arcliitectes qu'il nous faut subir se fonneront à vos principes et comprendront l'art chrétien que beaucoup ne soupçonnent même pas. » Notre plus vif désir est que ce vœu du vénérable prélat finisse par se réaliser. Nous comptons peu sur la conversion des vieux architectes; mais il y en a de jeunes que nous avons vu grandir, presque naître, qui sont des nôtres et qui déclarent franchement ne pas vouloir restaurer, quand un travail de ce genre ne peut être utile à un monument
— Un jeune ecclésiastique d'Orléans nous écrivait il y a quelques jours : « Si, ^ l'article vamdafisme , il vous plaisait de signaler les restaurations de notre cathédrale, surtout de la porte dite de l'Évêque, à laquelle on travaille maintenant, il faudrait dire que les applications de mastic n'envahissent pas la baie complètement. Les statuettes seront en pierre; mais les dais et les consoles continuent à se modeler en boue ; il y a là du talent perdu et dégradé. »
"^ Un ecclésiastique nous écrit du département de la Somme : c On a abattu la trésorerie de Conty (Somme), 4sans aucune autorisation : c'était pour faire place à un chemin ; et o» a jeté, à dix mètres à peu près de l'église, l'angle
aigu d'une construction d'école qui avance sur le monument religieux et qui gêne au moins autant que ce qu'on vient de démolir. Bien entendu que, malgré toutes les précautions prises , il s'est montré des lézardes çà et là dans certaines parties de l'église. Pour en appuyer le pignon, on a accolé deux piliers qu'on n'a pas eu le bon sens de faire pareils. Il parait que c'est le conseil municipal qui est architecte ; car l'homme du département, qui a donné les plans et devis pour le reste, n'est pas consulté ici. A l'heure qu'il est (je reviens de Conty) , on va restaurer un clocheton qui maintient un arc-boutant supportant une voûte ; l'architecte n'est pas consulté. Ce sont encore les conseillers municipaux qui s'en chargent. Mais ce qui passe toute idée, c'est que la trésorerie est abattue par respect pour le chemin , et la rue qui avoisine l'église a deux mètres de moins que la largeur voulue ; et on laisse reconstruire une maison sans alignement donné. Sans doute que c'est parce que l'on peut impunément ébrécher les murs de la paroisse , puisque ailleurs l'alignement est rigoureusement observé. Notez que le chemin qui passe à côté de l'église est une route départementale. Dans l'intérêt de l'église, il faudrait donc faire les démarches les plus actives : l'* pour que les ponts et chaussées fussent consultés à l'égard de cette maison ; 2* pour que le conseil municipal ne fît pas exécuter de travaux sans l'avis des hommes compétents. Je dois dire aussi que le propriétaire de la maison , près de l'église , fait travailler jour et nuit pour réussir à ne pas reculer sa maison.»
— Nous souhaiterions à tous les ecclésiastiques de France le goût dont font preuve ceux qui nous ont envoyé les renseignements qui précèdent; malheureusement il y a des exceptions à la règle. On nous informe que les chanoines de Saint-Brieuc, après avoir laissé détruire à grand'peine une clôture moderne et en torchis qui emprisonnait le chœur de la cathédrale, ont voulu absolument la remplacer par quelque chose d'équivalent. Le chapitre a donc voulu s'abriter et a fait faire un châssis de vitres sous lequel il assiste aux offices et lit son bréviaire. 11 est fâcheux qu'un pareil châssis, qui n'a pas de précédents et qui rappelle ceux d'une serre chaude , prête matière à des plaisanteries de mauvais goût , mais qui ne sont que trop fondées.
— On annonce la destruction d'une ancienne église de Roubaix , le Saint- Sépulcre, qui date du xiir ou xiv* siècle, et qui, dans ces derniers temps, servait de douane.
— L'administration des tabacs poursuit avec plus d'activité que jamais la destruction de l'église abbatiale de Saint-Étienne, à Strasbourg, où le» carottes paraissent mal à l'aise. Nous attendons un travail sur ce sujet.
— Une nouvelle, qui est déjà ancienne, mais qui est peut-être encore à Tordre du jour, c'est la démolition de l'église Saint-François-de-Paule, à Toulouse. Cet édifice a beaucoup d'intérêt. Pendant que la ville de Toulouse ruine ses anciens édifices religieux, elle met au concours des églises nouvelles ; nous en sommes fâchés, mais il faut reconnaître qu'il n'y a pas compensation.
— On est en train de transférer la Préfecture de police dans l'ancien hôtel de la Cour des Comptes. Dans les démolitions qui vont avoir lieu des maisons sises rues de Jérusalem et de Nazareth, on va, dit -on, respecter et réparer deux maisons qui sont contigûes : une, n"" 5, où est né Boileau, en 1636, d'un greffier de la grand' chambre du parlement; l'autre où, en 169&, est né Voltaire, fils d'un trésorier du roi et ancien notaire au Châtelet de Paris. C'est bien de respecter deux maisons ; mais il aurait mieux valu conserver un hôtel, ou plutôt un palais.
— On dit que des ordres ont été donnés pour la conservation et l'enlèvement des neuf médaillons de peinture représentant des présidents du parlement et des lieutenants civils , qui se trouvent dans la cour de la Préfecture de police. On va raser complètement les bâtiments anciens qui encadrent cette cour intéressante. M. le préfet de police, pour conserver au moins le souvenir de ces vieux bâtiments, vient de faire rédiger une notice historique et descriptive, sur cet hôtel des premiers présidents. Il était préférable , et ce n'était certes pas impossible , qu'on ne démolît pas l'hôtel et que l'on conservât les peintures qui en ornaient la cour d'une façon très-pittoresque.
— Disons cependant qu'on conunence à prendre soin de certains monuments qu'on aurait détruits il n'y a encore que fort peu de temps. Ainsi l'on vient de démolir, rue Taitbout , des constructions qui s'élevaient sur l'emplacement de l'ancien cimetière de Saint-Roch. Le marteau des démolisseurs a respecté quelques pierres tumulaires , qui paraissent présenter un certain intérêt. On doit se féliciter de voir conserver des sculptures qui se rattachent essentiellement à l'histoire de Paris.
— M. Eugène Delacroix , ce grand peintre qui sait écrire comme un littérateur de profession, vient de se plaindre, dans le journal des» Beaux-Arts», de l'abandon où gisent les chefs-d'œuvre de Puget. L'un, c'est 1' « Entrevue d'Alexandre et de Diogène », est relégué derrière la porte d'entrée du musée de la Renaissance, au-dessus du bureau des cannes et parapluies; l'autre, c'est le groupe de « Persée et Andromède » , reste exposé aux intempéries dans le
parc de Versailles. L'un des derniers orages ft brisé les branches de Tarbre qui abrite le Persée, et plusieurs parties de la belle statue ont été mises en pièces. Il faut espérer qu'on jugera cet accident suffisant pour faire admettre au Musée, mais ailleurs que dans un bureau de parapluies, le groupe ainsi mutilé,
— La mosaïque du Bellérophon , découverte à .4utun par M. Jovet, compte parmi les vestiges de Tart antique ; elle est en France , avec celle de Lyon , la seule corTïî)lète quiô nouft piiissions opposer à celles de Tltalie. Rien ne lui manque en étendue, ew richesse de coloris, en fini tfexécirtion. Son type c^ymplexe réunit un double caractère qui t\e se retrouve que dans un petit nombre, êelui de la mosafque à figures et Celui de la rtosaïque à compartiments. Le moment approche de décider si cette mosaïque restera à Autun ou si elle lui sera enlevée. Dans quelques jourè, te maison qui la renferme pourra être mise en vente , et avec elle ces statues, ces tombeaux, ces fragments de toutes sortes, la meilleure part de ce qui nous reste des richesses sculpturales de TAutun gallo-romain et de l'Autun du moyen âge. Nous espérons que l'administration locale et le gouvernement s'entendront pour conserver ces précieux vestiges à une ville assez mal partagée dans les bienfaits de l'industrie et de la civilisation moderne. On s'appuie sur le concours du sous-préfet, du Comité d'archéologie et de la Société éduenne. Il leur appartient de sauver le Musée Jovet pour le pays, en le soustrayant à une mise en vente qui l'enverrait peut-être orner quelque château de l'Angleterre ou de la Russie.
— Les connaisseurs admiraient, dans Téglise de Beaujeu (Rhône), un vitrail du xiir siècle parfaitement conservé, représentant saint Nicolas, patron de l'église de la ville. Cette image, vénérée comme le « palladium » de Beaujeu, préservée des balles autrichiennes en 18H, et des fureurs des iconoclastes en 1793, rappelait de précieux souvenirs aux habitants de la petite cité ; mais, un beau jour, on imagina d'enduire d'un badigeon chocolat, de l'effet le plus affreux, le chœur de l'église de Beaujeu, et de remplacer par un vitrage clair, uni et tout neuf, l'antique et précieux vitrail colorié , accusé d'être obscur, et qui fut donné, à ce qu'on assure, au prétendit artiste qui tf avait pas craint de défigurer l'église de Beaujeu. Il en a été de même d'un tableau superbe sur bois, chef-d'œuvre de l'école espagnole, représentant sur plusieurs panneaux le martyre du bienheureux saint Crépin. On regrette de ne plus le voir à Beaujeu, dans la chapelle dont il faisait le plus précieux ornement ; mais les connaisseurs peuvent l'admiref tous les jours à Lyon , che2 uti revendeur, qui en connaît tout le mérite, et qui en demande actuel-
lem^*^* UQ prix très- élevé, sans s'inquiter si les Beaujolais y consentent.
A propos de vitraux , nous avons entendu raconter souvent à M. Dusom-
j^^j-sl:c*<1 le fait suivant, qui date de quatre ou cinq ans. Un curé d'Avranches, ouL ci^s environs, fit déposer les vitraux obscurs de son église pour les rernr^ia^c^^^MT par du verre blanc, afin d'avoir du jour. Les verres colorés furent entst^i-^s dans la sacristie et destinés à M. Dusoramerard , auquel on devait les offrir pour une somme quelconque ; mais cette sacristie était infestée par let> s.o>uris et les rats. Le curé, qui avait entendu dire que le verre pilé prodviiss^it une excellente mort-aux-rats, fit réduire ces vitraux en poussière, et les fi*i avaler par les bêtes qui rongeaient ses ornements. Les souris et les rats ^n sont morts jusqu'au dernier, mais ils ont péri avec le dernier morceau de verre, et quand M. Dusommerard s'est présenté pour acheter les vitna ux , on n'a pu lui montrer que des peaux de bêtes et des squelettes de von g'^ixrs.
IWl. Dusommerard nous a dit encore, plusieurs fois, qu'un ancien maire
de I^jrcDvins voulut lui vendre une grande quantité de vitraux provenant des établi^isements publics de la ville. Ces vitraux furent descendus avec soin, et, c:^c:^:inme on voulait vendre les verres et garder les plombs, on ôta la résil 1 ^ qui tenait tous les morceaux. Après cette opération , après avoir déplue ,K-^né ces verrières, selon la pittoresque expression du spirituel archéologue^ ^ on mit dans des caisses bras, jambes, corps et têtes pêle-mêle; c'étsi^î -t comme un champ de bataille après une épouvantable boucherie, Ce fut d ^3fc ns cet état que l'intelligent maire de Provins livra à M. Dusommerard ces Ai?^itraux, dont quelques-uns, plus ou moins mal réorganisés, se voient ^^ ^^>ousée de l'hôtel Cluny. Les magnifiques vitraux de l'ancienne église d'^p^^Tnay ont été ainsi mis dans des caisses et dans des tonneaux à vin de G^^^^xx pagne; nous y avons puisé nous-même, et en avons ramené, d'un seul cowçfc ^ ujiç tête de sainte, un corps de berger çt des pieds d'ange. C'est
^B^n^ (jçt ordre, ou à peu près, que ces morceaux ont été reposés dans les
^^^^Ires de la nouvelle église.
— Des vitraux d'Avranches ont servi à empoisonner les rats et les souris ; ^^s reliquaires de Corbeil ont été employés à tuer des hommes. Pendant la
dévolution, les patriotes de Corbeil ont vendu trois belles châsses romanes et gothiques, pour acheter une guillotine qui a fonctionné souvent et longtemps. Les châsses sont détruites, et la guillotine existe probablement encore.
— Les architectes-restaurateurs ont passé la Méditerranée à la suitç de nos
armées. La France ne leur offrant pas un champ assez vaste, ils se préparent à exploiter nos possessions africaines. Ce sont des ennemis plus dangereux que les Kabyles et les Marocains. L'un de ces architectes va démolir ou entamer la cathédrale d'Alger, sous prétexte de la restaurer. Voici ce qu'on lit dans deux numéros du journal r« Algérie» : — «M. Guiauchin, architecte en chef de la ville d'Alger, ne vise à rien moins qu'à détruire la gracieuse coupole de l'ancienne mosquée convertie en cathédrale, et cela sous le prétexte que cette coupole n'est pas en harmonie avec les « bâtisses » que cet architecte a faites déjà pour agrandir l'église. N'était-ce pas à lui à faire sa « bâtisse » en harmonie avec la coupole et tout le reste de l'édifice? En vérité les maçons, quoi qu'on en dise, sont de terribles gens. Il va sans dire qu'en détruisant la coupole, M. Guiauchin ferait disparaître quelques-unes des colonnes qui la soutiennent. Il est question aussi, toujours sous prétexte de« bâtisse » , de démolir le palais épiscopal, l'un des plus charmants chefs-d'œuvre de l'architecture moresque à Alger, Il existe à Paris une Commission des monuments historiques; à quoi sert-elle donc, si elle n'empêche pas de semblables barbaries? Nos correspondants d'Alger nous annoncent que les travaux de démolition de la cathédrale vont bientôt commencer. Nous ne saurions trop protester jusqu'au dernier moment contre un pareil acte de vandalisme. On sait qu'il entre dans le projet de M. l'architecte en chef de démolir l'élégante coupole de la mosquée consacrée au culte catholique et placée aujourd'hui sous l'invocation de saint Philippe. Nous avons peine à concevoir que M. le directeur de l'intérieur ait pu donner son assentiment à cette destruction. »
— L'Espagne qui a démoli, dans ces derniers temps, un si grand nombre de monuments précieux, semble enfin se lasser de ces destructions sauvages et ruineuses tout à la fois. L'année dernière, on lisait dans nos journaux politiques : « La vente des biens ecclésiastiques et des anciens couvents d'Espagne privera ce pays de plusieurs ouvrages précieux. Le célèbre monastère de Saint- Vincent, à Salamanque, auquel attenait un magnifique cloître dessiné par Juan de Badajoz, architecte du xvr siècle, a été vendu pour moins de 4,000 fr. , et on emploie maintenant les matériaux à l'élévation d'un nouveau cirque pour les combats de taureaux. Le magnifique portail du couvent des Carmélites , hors de Burgos, qui a fait l'admiration des artistes et des connaisseurs, est maintenant un monceau de ruines. Le vénérable et beau monastère de Saint-François, fondé par Ferdinand III au commencement du xin* siècle, a aussi été démoli ; on doit y établir une place du marché. » — Nous lisons dans 1' « Univers » du 9 juin dernier, le passage suivant, où la Catalogne se plaint enfin des ruines
historiques amoncelées dans ses campagnes et dans ses villes. « On sait que le ministère G. Bravo a ordonné de poursuivre la vente des biens ecclésiastiques. Le ministre Carasco, chargé du portefeuille des finances, se servit même, dans la circulaire expédiée à cet effet, d'une expression qui trahissait bien Temportement d'une mesure révolutionnaire : il appelait les capitalistes à se précipiter ( « abalanzarse » ) sur les derniers débris des dépouilles de PÉglise. Cet ordre a été exécuté généralement et continue de Têtre. A Barcelone, un avis inséré dans le « Bulletin officiel » a fait savoir que deux édifices religieux, le collège des Trinitaires-Chaussés et la chapelle Sainte-Aguède, seraient mis aux enchères le 12 de ce mois. La chapelle Sainte-Aguède est un des monuments historiques les plus respectables de la couronne d'Aragon. D'une élégante et riche architecture, « chapelle royale » au temps des rois d'Aragon, elle est à la fois un modèle de l'art du xur siècle et un monument des gloires nationales. Ce fut là que le roi Alphonse le Chaste, dont la naissance réunit les deux États de Catalogne et d'Aragon, reçut le baptême; là, le 22 juillet 1317, le roi don Jaime II, au milieu des représentants du royaume, institua l'Ordre militaire de Montèse. On conçoit que de pareils titres plaident puissamment en faveur de la conservation de la chapelle. L' « Ayuntamiento » , réuni le H mai, a rédigé une adresse à la reine pour demander l'annulation des procédures du fisc. Si cette adresse n'exposait que des motifs tirés de l'intérêt de l'art ou des souvenirs patriotiques, si elle était d'ailleurs rédigée d'un ton humble et suppliant, comme le sont d'ordinaire les pièces de ce genre, elle mériterait à peine que l'on en fît mention; mais r« Ayuntamiento » indique des pensées politiques, et se sert d'un langage qui révèle dans les classes éclairées de la nation, et principalement à Barcelone, un esprit fort propre à favoriser la restauration de l'ordre social. 11 y a plus : on sent dans quelques passages de cette pièce une sorte d'injonction respectueuse adressée à la reine, au nom de la nation catalane, pour faire respecter les monuments de son ancienne gloire. C'est une protestation contre l'esprit démolisseur; c'est, jusqu'à un certain point, un acte de sage et ferme réaction politique. « Le gouvernement de Votre Majesté a déploré, quoique ce « fût en partie trop tard, que la main de la révolution et de la cupidité ait passé « sur un grand nombre de monuments et fait disparaître des trésors d'art qui « étaient la gloire de notre patrie. Toutes les fois que la multitude, dans nos «populeuses capitales, est témoin du renversement des monuments publics, « tombant sous le marteau de la cupidité, ce sont des leçons de destruction « qu'on lui donne ; et il n'y a point à s'étonner si ces leçons profitent. La cha- « pelle royale de Sainte-Aguède est pour nous un emblème de la religion et « de la monarchie de nos pères, et les coups du pic démolisseur qui frappe 1. 31
« les pierres sont autant de blessures profondes aux plus sublimes sentiments « moraux, qu'on invoquerait vainement si l'on ne donnait d'abord l'exemple de « les respecter. » Tel est le langage de 1' « Ayuntamiento » . L'adresse réclame une prompte réponse, puisque le jour des enchères est fixé au 12 juin. La reine en personne l'apportera à Barcelone, On voit quels sentiments accueilleront la reine dans cette ville qui, après avoir tant démoli, semble prête à devenir la plus puissante pour réédifier. » Nous voudrions que la Société archéologique officielle de Madrid eût poussé la ville de Barcelone à cet acte honorable ; mais nous ignorons la part qu'elle a pu y prendre. Du reste, un des derniers ministres de l'intérieur, en Espagne, a lancé une circulaire pour recommandera tous les fonctionnaires publics et à la population entière la conservation des monuments historiques.
— Un peuple catholique se fait donc réparateur en ce moment, et nous sommes heureux d'apprendre que l'exemple de la conservation des monuments anciens est donné de haut, par le chef même de la chrétienté, le pape Grégoire XVL L'Italie ne possède qu'un très-petit nombre de monuments construits dans le style ogival. Il n'existe guère à Rome, en ce genre, que la Confession de Saint-Paul et le couronnement du maître-autel de Saintr-Jeande-Latran. Au milieu des flammes qui ont détruit la splendide basilique de Saint-Paul, la Confession est demeurée intacte. Mais ce que l'incendie n'avait osé toucher, des architectes ont voulu le détruire , afin de substituer à la construction gothique un monument moderne, dans la décoration duquel ils auraient fait entrer les colonnes d'albâtre envoyées au pape par Méhémet^Ali pour sa souscription au rétablissement de l'église. La Confession du saint apôtre a, par bonheur, échappé à ce nouveau péril. Le pape Grégoire XVI l'a prise sous sa protection , et défense expresse a été faite aux architectes de porter sur ce monument leur brutal marteau. Il serait bon que nos architectes de France reçussent de temps à autre une pareille leçon. L'historien Nicetas, racontant la prise de Constantinople par les croisés français , ne vit dans nos pères que des impies profanant des églises, que des sauvages détruisant les monuments, que des barbares se ruant contre tout ce qui était beau. Mais au moins les croisés, qui défiguraient Constantinople, paraient la capitale de la France et la France entière des splendides monuments qui font aujourd'hui notre orgueil; tandis que, nous autres, nous arrachons d'une main ces mêmes monuments sublimes, et nous plantons de l'autre la Madeleine, Notre-Dame-de-Lorette et Saint- Vincent-de-Paul , ces incroyables baraques qui font rire de nous l'Europe entière.
î^^*^^*^*^^ t^îon de correspondants pour les travaux historiques. — Vitraux de Saint- Vincent-de- **^^^ i Paris. — Sculptures et ornements d'architecture en terre cuite. — Découvertes ^■"^^^^^ologiques. — Mouvement archéologique.
^^^-^^M^ÏTVATION DE CORRESPONDANTS PODR LES TRAVAUX HISTORIQUES. — SuF
V^ ^^^^ï>osition du Comité historique des arts et monuments, M. le ministre de \>S\stï*t:j^^yQ,j publique vient de nommer correspondants pour les travaux histonqu^s * M. Reichensperger, juge à la cour de Trêves , secrétaire de la commission j>our Tachèvement de la cathédrale de Cologne; M. L. de Ruville, aux Anl^l^g. ]y|^ l'abbé Renon , vicaire de Notre-Dame-d'Espérance , à Montbrison ; ' *^ ^t>bé Tridon, directeur du petit séminaire à Troyes; M. Calixte Gertoux, ^^^^t à Tarbes; M. Charles Bazin, archéologue au Mesnil-Saint-Firmin ^ ^^^^ ; M. Coste, architecte à Marseille. — Le Comité se fortifie d'année en ^^^* Ses nombreux correspondants, qui sont disséminés sur tous les points ^ ta. France, veillent avec le plus louable zèle à la conservation des monuments ^storîques , qu'ils se chargent d'étudier et de faire connaître. M. Coste , le ^'"^îer correspondant nommé , est l'auteur du beau voyage archéologique en ^^^^ , entrepris avec M, Flandin.
^iiTRAux DE Saint- Vincent-de-Paul, a Paris. — M, Maréchal, peintre
^^tz, vient de faire poser dans la nouvelle église de Saint-Vincent-de-Paul ,
*^€iris, dix grandes verrières: à la rose du grand portail, à la fenêtre du
^'^^ de l'abside ou de la chapelle de la Vierge, et le long des deux bas-côtés,
^ ^**oit6 , ces verrières provoquent la foi et représentent la résurrection , saint
^^îs, sainte Clotilde, saint Charles Borrpmée; à gauche, elles poussent à la
^^^ï^té, et figurent le baptême de Jésus-Christ, saint Martin, sainte Elisabeth ^^.int François de Sales. Le fidèle, marchant entre la foi et la charité, arrive *^ chapelle de la Vierge où brille Marie tenant dans ses bras l'enfant Jésus;
il se retourne, et il voit saint Vincent de Paul monter au ciel dans un vitrail d'or, au milieu des malades et des enfants qu'il a sauvés et consolés. C'est un poème religieux que cette série de vitraux qui défient, pour la couleur, tout ce qu'on a exécuté de plus éclatant dans le moyen âge; et, pour le dessin et l'expression, les plus grands peintres de l'Italie. Il n'y a pas, il ne devait pas y avoir d'archéologie dans cette peinture sur verre, bien qu'on y sente la plus forte et la plus belle inspiration du xiii" siècle; mais c'est de l'art moderne au plus haut point. Il y a un enfant Jésus , comme Raphaël n'en a pas fait de plus beau; un baptême de Jésus-Christ, que Pérugin n'aurait pas mieux trouvé; un saint Denis, comme nous n'en avons jamais vu. En face de l'apostolique sainte Clotilde brille , dans une douce lueur, la miséricordieuse sainte Elisabeth, qui porte, brodées sur sa robe, les œuvres de charité. La calme figure de saint François de Sales rencontre la physionomie ardente de saint Charles Borromée. En regard du baptême on voit la mort, ou plutôt la résurrection. L'illustre Overbeck a peint un grand tableau qui appartient au musée de Francfort et qu'on intitule : « Le Triomphe de la Religion dans les arts ».Les nombreuses figures qui composent ce tableau , baptisé par Overbeck lui-même le MAGNIFICAT DE l'art, exigeaient une explication ; on la demanda au peintre lui-même, qui l'a donnée dans un opuscule imprimé à Francfort en 1841- M. Maréchal nous ayant développé les nombreuses, profondes, délicates et ingénieuses idées qu'il avait eues lorsqu'il composa ses dix verrières, nous avons prié le grand peintre d'en donner lui-même une description et de raconter simplement toutes les pensées qui l'avaient éclairé en faisant sa peinture. M. Maréchal a accueilli notre demande avec une bienveillance empressée, et nous pouvons promettre à nos lecteurs, pour un prochain numéro des t Annales » , une notice écrite par l'auteur même. Le peintre de Metz pourra ouvrir sa notice par ces paroles du préambule d'Overbeck : « Plusieurs personnes m'ont prié de donner moi-même une explication de mon tableau, d'abord pour prévenir par là toute fausse interprétation , ensuite pour faire comprendre à quelques-uns ce qui pourrait leur paraître obscur, enfin pour faciliter à tous l'intelligence de mon œuvre. J'ai cru répondre à ce désir, et rendre quelque service aux beaux-arts et surtout aux jeunes artistes, en donnant au public les pages suivantes. » De quel immense intérêt ne serait pas la description des vitraux de la cathédrale de Reims ou de la Sainte-Chapelle de Paris par les artistes eux-mêmes qui les ont exécutés 1 On pourra donc nous savoir gré d'avoir sollicité de M. Maréchal une notice écrite de sa main, et on le remerciera vive* ment avec nous d'avoir accueilli notre demande.
Sculptures bt ornements d'architecture en terre cuite. — Un des derniers numéros de P « Univers » contenait un article de M. le baron de Guilhermy sur l'Exposition des produits de Tindustrie; nous en tirops le passage suivant qui revient de droit aux « Annales » . D'ailleurs, nous portons un vif intérêt aux efforts heureux que MM. Virebent frères font déjà depuis longtemps pour reproduire, dans une matière durable et solide comme la meilleure pierre , les plus gracieuses sculptures et les plus capricieux ornements de l'architecture gothique et de la renaissance. — «Les anciens estimaient, à l'égal des matières les plus précieuses , les sculptures et les ornements exécutés en terre cuite. Ils croyaient leur trouver plus de finesse qu'au travail du ciseau ; aussi nous ont-ils laissé une immense quantité de petits monuments en argile durcie au feu , qui nous sont parvenus , sans avoir subi la plus légère altération , toutes les fois qu'ils n'ont eu à combattre que l'influence des agents atmosphériques. L* exemple des anciens qu'on veut toujours invoquer, lorsqu'il s'agit d'art, et peut-être aussi la nécessité défaire de l'ornementation économique, ont ramené parmi nous l'usage de la terre cuite. Mais jusqu'à présent elle a été si mal préparée , employée avec si peu de goût , réduite à reproduire des types si vulgaires , qu'elle n'a pu obtenir de figurer dans aucune construction de quelque importance. De nombreux fabricants ont envoyé leurs produits en ce genre à l'Exposition; mais ce sont toujours les mêmes muses, les mêmes brigands calabrais, les mêmes lions en perruques, dont la vue a récréé notre enfance et nous fatigue aujourd'hui les yeux. Tout cela ne peut être bon qu'à meubler ces jardins illustrés , où vous ne sauriez faire un pas sans rencontrer un curé en plâtre qui lit son bréviaire, un jardinier de terre qui bêche d'un air distrait, une laitière cuite au feu qui vous apporte à déjeuner. Nous n'avons rien à dire de ces chefs-d'œuvre. Heureusement il s'est trouvé des hommes de talent, des artistes pleins de goût, qui ont compris que l'emploi de la terre cuite offrait à Tart d'immenses ressources , et que le vrai moyen de la réhabiliter était de l'associer d'une manière durable à l'architecture. MM. Virebent auront eu tout l'honneur d'une aussi légitime réhabilitation. Grâce à leur procédé ingénieux , la décoration en terre cuite tf est plus un placage qui s'adapte au mur pour tomber au bout de quelques années ; elle s'incorpore à la construction elle-même pour traverser avec elle les siècles , peut-être même pour lui survivre. La fabrique de MM. Virebent est établie à Toulouse, où elle a pris un développement des plus considérables. Le succès qu'elle a obtenu s^explique par la perfection de ses produits et par les services réels qu'elle était appelée è rendre à cette ville. On sait que dans tout le Midi la pierre est rare et coû* teuse. Il s'agissait donc d'arriver à faire en briques et en terre cuite , avec une
égale solidité , tout ce qui, dans le Nord, se peut construire ou sculpter en pierre. Telle était la difficulté ; MM. Virebent l'ont résolue. Aussi , tandis que Paris enoploie trop souvent encore aux façades de ses maisons le plâtre, qui bientôt se détache, et le carton-pierre qui moisit à l'humidité, les nouvelles rues de Toulouse se garnissent de constructions richement décorées en une matière qui défie la pluie , la chaleur et la gelée. Quant à la résistance que cette matière oppose au choc, chacun a pu en juger à l'Exposition; tout visiteur avait le droit de frapper sur un spécimen de sculpture avec un ciseau de fer et, pour en tirer quelques faibles éclats, il fallait redoubler les coups. Des quartiers entiers de Toulouse sont ornés aujourd'hui de colonnes , de cariatides, d'arabesques, de médaillons et de statues exécutées dans ces mêmes conditions. Les magasins de MM. Virebent sont de véritables musées de modèles, où viennent se ranger, à côté des plus magnifiques œuvres du moyen âge , les sculptures justement célèbres de Bachelier, de Puget et de plusieurs autres artistes dont la réputation est grande dans tout le Midi. N'y a-t-il pas un vrai mérite à savoir ainsi reconnaître ce qui est réellement beau? et pourquoi le mouleur, qui choisit avec goût les ouvrages dignes de reproduction , n'aurait-il pas sa place marquée auprès de l'artiste éminent chargé de réunir les éléments d'un musée d'études? Tout en reconnaissant les avantages de la terre cuite, nous ne conseillerions jamais de la substituer à la pierre ou au marbre, tant que la nécessité ne le commanderait pas. Mais quand ces matériaux manquent ou que les ressources des fabriques et des particuliers ne permettent point d'en faire usage , il faut recourir à un autre moyen. C'est bien mériter de l'art que d'en rendre l'application plus fîicile, en la mettant à la portée de toutes les bourses. Les calvinistes , ces farouches démolisseurs d'églises et briseurs d'images, avaient renversé, dans la cathédrale de Condom, une splendide clôture de chœur ; depuis le xvr siècle, aucun prélat, pas même Bossuet, ne s'était cru assez puissant pour tenter de la rétablir. Eh bien , avec l'aide des procédés de MM. Virebent , une pauvre fabrique est venue à bout de reconstruire l'enceinte détruite il y aura bientôt trois siècles. Aujourd'hui, le maîtreautel de Condom s'élève environné de quinze grandes ogives, toutes percées à jour, et décorées avec profusion de feuillages, d'écussons, de pinacles et de statues. Moulées par MM. Virebent, sur la clôture du chœur de Sainte-Cécile d'AIbi , ces ogives n'ont pas moins de huit mètres d'élévation , y compris leur soubassement et le fleuron qui les couronne , sur environ trois mètres cinquante centimètres de large. La dépense totale monte à peine à 30,000 fr., dont il faudrait déduire , pour connaître le prix exact de la clôture elle-même, les frais d'un soubassement en pierre sur lequel elle a été exhaussée, ainsi que ceux
^|-» ,j^i3 dallage et d'une table de communion en marbre. Du carton-pierre aurait coi>t>^ beaucoup plus cher, A aucune époque , on n'avait entrepris d'exécuter ^T^ t.^we cuite un ouvrage de cette importance. C'est une conquête industrielle : orm ^^* arrivé à faire mieux et à meilleur marché. MM. Virebent ont exposé, en gj>é<!:îMnen, une travée de leur clôture. Nous désirons vivement qu'elle resie à £>^iï-î^ ; sa place est toute trouvée dans les salle de l'École des beaux-arts, où .ôc>T:fct, ^déjà réunis tant de précieux modèles. A côté de l'ogive qui reproduit celles d^ JSl\ t^i , on pouvait voir des frises dont les feuillages sont complètement évidés , d^s fiirabesques de Bachelier d'une fantaisie et d'une finesse surprenantes, et VM.T\ c^lnapiteau roman à personnages, sur lequel le travail de la pierre est rendu d^ i:Tn.anière à produire une complète illusion. L'original de ce chapiteau fait f>sijrt;i^ de la collection du Musée de Toulouse. Le festin d'Hérode et la mort de ssLÎr^^ Jean-Baptiste y sont représentés. Au moment où la tôte du Précurseur tom fcie sous le glaive, son âme s'envole vers Dieu, qui la presse contre son seîi::!. avec un admirable sentiment d'amour. Le musée de Toulouse possède la I>lix^ curieuse suite de chapiteaux du moyen âge qui existe en Europe, et un SïTfii «TMd nombre de figures historiques qui manquent au musée de Versailles. ^"^ SKiirainistration ne peut se dispenser de faire mouler ces sculptures. L'École de:s beaux-arts réclame aussi, comme dignes de figurer en face des statues de Mîc=iïnel-Ange, l'œuvre entière de Bachelier et le Saint-Sépulcre de la chapelle ^^ -^^iron , dont les moulages existent chez MM. Virebent. La construction en *^*"*^^ cuite de la clôture du chœur de Condom me remet en mémoire qu'on a ^'"^ *» au moyen âge, que certaines sculptures d'une excessive délicatesse, et des '^nes qui paraissaient formées d'une seule pièce, avaient été confectionnées 3 une sorte de matière fusible dont la composition passait pour mystérieuse, k-être même diabolique. François I", ayant entendu dire que les colonnes 'abside de la cathédrale de Senlis étaient chacune, en quelque façon , d'un jet, composées de matières dures, pulvérisées et broyées ensemble, telles pierre, grès, brique, tuile, gravier, encens, mastic, vinaigre, sang de if, etc. , partit de Paris tout exprès pour aller vérifier un fait aussi bizarre, t sonder toutes les colonnes; les trous furent ensuite bouchés avec du plâtre, ^^^^^an Vautier, qui rapporte cette historiette dans ses mémoires , néglige de '^^^ ^-38 faire part du résultat de l'épreuve. En parlant de l'Exposition des produits ^^ l'industrie, nous ne pouvons oublier la magnifique châsse exécutée par ™^ ^ Léon Cahier, digne fils du célèbre orfèvre de ce nom , d'après les dessins du **^ -- P. Arthur Martin; cette châsse doit contenir la robe de Jésus-Christ, don- ^^^par Ghariemagne à la commune d'Argenteuil , qui la possède encore.
2i8 ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
Découvertes arghi£ologiques. — Le percement de la rue Constantine, dans Taxe longitudinal de la Cité , conduit à de nombreuses reconstructions de maisons. Celles qui sont situées près de la rue de Perpignan étant en voied'exécution, on vient de découvrir dans les fouilles les restes d'un grand édifice romain. Le mur le plus étendu a 20 mètres environ de longueur, il était presque parallèle à la rue Constantine ; son épaisseur est de 75 centimètres , ce qui indique qu'il n'est que mur de refend. En effet, on a reconnu des restes d'une salle au nord de ce mur, sous le sol de la rue, ainsi que l'extrémité d'un aqueduc qui le traverse et s'étend à 5 mètres au midi, sur l'emplacement de la maison en construction. L'aqueduc, dallé avec beaucoup de soin, a 40 centimètres de largeur sur 50 cent, de haut ; il forme un angle obtus à 4 m. 20 c. du mur, et jusque là il s'étend entre deux refends secondaires construits perpendiculairement, comme l'aqueduc, à la principale muraille, k l'est de toutes ces constructions, une fouille plus récente a mis à jour une grande partie d'un hypocauste de 3 m. 57 c. carrés ; la plupart des piles de briques, supportant le plafond du fourneau, existent encore. On a trouvé dans les fouilles de nombreuses médailles romaines, allant de Néron à Constantin et ses successeurs immédiats. Ces découvertes ont été suivies et soigneusement notées par M. Albert Lenoir, qui poursuit avec zèle son grand travail de la statistique monumentale de Paris, que publie le Comité historique des arts et monuments, au ministère de l'instruction publique.
— M. Jacquemin, membre de la Commission archéologique d'Arles , nous écrit : « Voici quelques nouvelles du pays qui pourront vous paraître intéressantes. Les réparations du cloître de Saint-Trophime sont achevées ; elles ont été faites sous la direction de M. Rénaux , architecte d'Avignon , et sous^ la surveillance spéciale de la Commission archéologique, avec toute la sagesse et l'intelligence désirables. — Les déblais de l'amphithéâtre, à peu près terminés, ont rendu à ce superbe spécimen de l'architecture romaine cet aspect de noblesse et de grandeur inimitables, dont le privait la double enceinte de maisons , derrière laquelle il était comme enfoui et étouffé. — Le théâtre, découvert sur la plus grande portion de sa superficie, depuis l'arrièrescène, dont il ne reste presque rien , jusqu'aux premiers gradins de la Cavea de l'ordre équestre, nous apparaît aujourd'hui dans l'état de ruine et de désolation où l'ont laissé les chrétiens du temps d'Hilaire. Enfin les fouilles, exécutées cet hiver dans nos Champs-Elysées, ont amené la découverte de quelques inscriptions funéraires et d'un grand nombre de sarcophages, la plupart en pierre commune ; l'un d'eux, en marbre blanc et de la même époque que les sarcophages chrétiens qui sont dans le Musée, est couvert de bas-
reliefs intéressants, propres à faire connaître l'état des arts aux iv* et v* siècles. » — On vient de faire en A-frique, près de Guelma, sur les bords de la Seybouse, une découverte des plus récréatives. A la suite des architectesrestaurateurs ou démolisseurs de la cathédrale d'Alger, les antiquaires celtiques ont fait une descente en Algérie. Jugez de leur bonheur! ils ont trouvé à côté d'une fontaine, dans des broussailles, une pierre ronde portée sur trois pierres fichées en terre, et brutes toutes les quatre. C'était donc un dolmen.- Les Celtes ont évidemment passé par là ; les Druides ont cherché le gui sur les cimes de l'Atlas ; les Kabyles descendent peut-être des Gaulois , et c'est pour cela sans doute qu'ils résistent si fort et se défendent si bien. Il ne s'agirait que de leur prouver, par dolmens et menhirs, que nous sommes frères et qu'il faut vivre en paix. Sur cette terre, le maréchal Bugeaud a eu pour prédécesseurs Brennus ou Vercingétorix. 11 est question d'envoyer un inspecteur spécial, tiré de la Société royale des Antiquaires de France , pour faire un rapport sur le monument druidique de l'Algérie. On dit même qu'on pourrait faire venir eh France ces quatre pierres druidiques en compagnie de l'arc romain de Djimmilah; l'un portant l'autre, cela ne coûterait pas beaucoup plus cher, et nous aurions le plaisir de voir sur la place du Carrousel deux monuments antiques pour un.
MouvEME^T ARGHiÊOLOGiQUE. — Nous ne voulons pas nous étendre aujourd'hui sur le mouvement archéologique, lequel, loin de se ralentir, se propage et s'accroît dans toute la France. — Mgr l'évêque du Mans vient de doter son diocèse d'une institution d'art qui rappelle d'une manière vraiment intéressante celle qu'un évêque d'Auxerre, Geofîroi de Champallemand, établit au \f siècle, en 1075, dans sa cathédrale même. Nous commençons à nous inspirer du génie du moyen âge. — Mgr l'archevêque de Sens , puissamment aidé par son secrétaire, M. Chauveau, favorise les études archéologiques. Le prélat vient d'adresser une circulaire à son clergé pour en obtenir des renseignements sur l'état des églises et la date de leur construction. Une commission archéologique, déjà fondée à l'abbaye de Pontigny, va se compléter et s'installer à Sens même. — Mgr l'archevêque de Beims vient de demander également à tous les prêtres de son diocèse des notices historiques et descriptives sur les églises des départements de la Marne et des Ardennes. — Au grand séminaire de Strasbourg, M. l'abbé Guerber fait avec un légitime succès un cours d'archéologie religieuse. — M. l'abbé Tridon , directeur au petit séminaire de Troyes et correspondant du Comité historique des arts et monuments, nous écrit : « Veuillez exprimer au Comité mes sympathies les plus vives et le désir que j'ai de concourir à l'œuvre de régénération de l'art chré- I. 32
tien qu'il poursuit avec autant d'ardeur que de succès. Veuillez dire aux mem^ bres du Gomité que leurs nobles travaux , rapportés dans le « Bulletin archéologique » , excitent une vive émulation parmi les élèves du cours d'archéologie du petit séminaire de Troyes. Ces élèves ne sont encore que des enfants, mais des enfants de bonne espérance pour l'avenir. Grâce à leur zèle pour la science et à leur amour pour nos monuments, nous aurons, sous peu, la connaissance complète et détaillée des nombreuses verrières des églises de Troyes et plus tard de toutes celles du diocèse. J'ai l'espoir d'être en mesure d'offrir notre . travail , pour la partie qui regarde Troyes et Saint-Martin , dans le cours de l'année prochaine. Je me propose de faire en outre une petite statistique, monumentale de la ville de Troyes, précédée d'un abrégé de l'histoire de cette cité. J'y adjoindrai les caractères distinctifs des monuments de chaque époque de l'art chrétien, quelques notions d'iconographie pour l'étude des verrières et de la statuaire chrétienne, etc. ; en un mot, je résumerai dans un petit cadre l'ensemble des idées propres à faire comprendre nos monuments au point de vue de la foi qui les a créés et sans laquelle la science archéologique est un cadavre. Je m'occuperai du symbolisme considéré dans nos monu* ments et dans la liturgie catholique. Sujet important, c'est la philosophie de l'histoire de l'art. » — L'enseignement de l'archéologie va prendre place dans le cercle des études, au grand séminaire de Digne. « Il est vrai^ nous écrit-on de Digne, que notre diocèse n'offre presque pas de monuments dignes de fixer l'attention de la science, à l'exception d'une ancienne cathédrale restée seule debout au milieu des ruines de la ville. Gomme, dans le catholicisme, le prêtre n'est pas fait uniquement pour la pauvre église qui l'a vu naître, mais pour l'Église universelle dont il est l'enfant et le ministre, il lui importe de connaître . tout ce qui fait sa gloire et perpétue l'esprit vivifiant des premiers âges. » — A l'étranger , c'est comme en France. M. le baron de Roisin nous écrit : « Le chapitre de la cathédrale de Trêves possède le chanoine Mûller, savant en archéologie, et le chanoine de Wilmowski, qui a fait réparer sous sa direction le cloître de la grande église. Grâce aux instances de M. Reicbensperger, notre ami,. M. Mûller, vicaire-général du diocèse, a ouvert au sémi-^ naire un cours sur l'art chrétien. Trêves possède encore un homme de mérite^ c'est l'architecte Shmidt, auteur d!und. publication remarquable sur. les antiquités de. Trêves et des environs. »
DIDRON
LES ATfCIENS
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Un des derniers numéros de la t Revue de T Architecture » , contient un article sur la t Villa Pia » , palais de repos, splendîde abri qui s'élève, à Rome, au milieu des jardins du Vatican. La « Villa Pia » , destinée aux délassements et à la retraite des papes, après les fatigues de Tadministration pontificale, fut commencée par Paul IV et achevée par Pie IV, « usuique suo et succedentium sîbi pontificum » , comme il est dit dans une inscription. Elle fut bâtie par l'architecte napolitain Ligorio, admirateur passionné de Tantique, Cet artiste, médiocre et intrigant, accusa Michel-Ange de radoter, pour se substituer plus facilement à la place de Fhomme de génie dans Saint-Pierre de Rome; mais il fut forcé de descendre du dôme de Saint-Pierre, dont il avait compromis deux fois Texiôtence et la beauté, pour se résigner à construire la t Villa Pia » , dans les jardins du pape. 11 a donné dans cette œuvre, pour laquelle ne fut pas épargné Taisent, une libre carrière à son imagination syncrétique, à son goût adultère pour l'antiquité et le christianisme, goût, du reste, qui domine et caractérise toute la renaissance.
M. Jules Bouchet, architecte, vient de publier sur la t Villa ï^ra » vmgt-irois planches, qui font voir le monument sous ses faces diverses et dans ses détails d'architecture, de sculpture, de peinture et d'ornementation. La description de l'édifice et la biographie de l'architecte accompagnent ces gravures; cette biographie et cette description sont dues à M. Raoul Rochette, membre de l'Académie des Inscriptions et secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts. M. Rochette , que des études estimables sur certaines antiquités chrétiennes
auraient dû éclairer sur la beauté de l'art chrétien, n'a pas craint cependant, à propos de la « Villa Pia » , d'émettre des réflexions étranges sur l'accouplement du paganisme et du christianisme et surtout sur la valeur de nos chefs-d'œuvre du moyen âge. La « Revue de l'Architecture » s'est révoltée contre ces paradoxes^ qui ne sont plus de notre temps, et elle a dû réfuter avec vivacité les doctrines du membre de l'Académie des Beaux-Arts, du membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, du professeur d'archéologie étrusque et babylonienne à la Bibliothèque Royale , dont M. Rochette est conservateur. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs un extrait de cet article : d'abord pour prouver que nous ne sommes pas les seuls à défendre les droits du goût, du bon sens et de la beauté ; ensuite pour montrer ce que nous devons attendre des hommes qui enseignent, en ce moment dans notre pays, l'histoire et la pratique des beaux-arts. M. Rochette a grand tort, selon nous , de penser et d'écrire comme certains professeurs d'architecture à l'école des Beaux-Arts.
f Descendu des combles de Saint-Pierre dans les jardins qui voilent de leur verdure le pied du mont Vatican, l'artiste (Pirro Ligorio) peut respirer à son aise; il ne trouve plus là ni rival à combattre, ni plans primitifs qui tiennent son génie en bride. Le voilà seul avec son imagination, s' exerçant sur ses études du passé, et les coffres dans lesquels il puise sont de toute la chrétienté les mieux remplis; il saura laisser carrière à l'une, et n'oubliera pas qu'il peut disposer des autres. Faut-il maintenant s'étonner qu'un simple abri dans un jardin soit si splendide? Faut-il s'étonner encore que, sous un toit bâti pour un pape, pour le chef de l'Église du Christ, l'antiquité païenne soit évoquée tout entière, et non pas seulement dans la forme de ses colonnes et de ses chapiteaux, dans les profils de ses bases et de ses corniches, dans ses détails de sculpture et d'ornement, mais dans sa religion même, dans ses idoles et dans ses dieux allégoriques? C'est la conséquence nécessaire du génie de l'artiste qui présida à cette œuvre, et surtout des circonstances au milieu desquelles ce génie s'est développé et qui ont favorisé son expansion. A cette époque, où tous les arts interrogeaient l'antiquité pour apprendre d'elle ce que c'était que le beau et la poésie, les dieux du paganisme, chantés par les poètes, durent avoir accès dans la demeure des papes, ces protecteurs-nés des grandes et belles choses, et à plus forte raison dans un lieu de repos et d'agréable délassement. On peut donc voir sans étonnement la poésie d'Homère à côté des sublimes récits de Moïse, les divinités d'Hésiode auprès des versets de l'Évangile. M. Raoul Rochette, dans le texte historique qu'il a ajouté aux dessins de M. Bouchet , voulant prévenir ce que cette discordance pourrait soulever de répulsion parmi nous, se hâte de stigmatiser l' c ignorance et le faux zèle qui
se scandaliserait » à la vue des figures et des groupes profanes dont s'encadrent les sujets bibliques aux portes de Saint-Pierre de Rome. Mais, M. Raoul Rochette l'avouera, chez les prêtres d'une religion qui commande la chasteté, la poésie, pour être empruntée aux anciens, n'en doit pas moins être chaste, et, de l'aveu même du savant antiquaire, le poëte qui a fait la « Villa Pia » n'a pas toujours été chaste dans les stances de son poème. Pas plus que l'honorable secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, nous ne trouvons étrange que cet accouplement du profane et du sacré ait eu lieu ; pas plus que lui nous ne condamnons l'emploi de la poésie antique par les artistes du xvr siècle, quand cette poésie se maintient dans de certaines limites. Mais, en les expliquant, nous ne prétendons pas toujours les légitimer ; et, dussions-nous tomber en désaccord positif avec M. Raoul Rochette, nous n'en soutiendrons pas moins que l'abus des dieux païens dans les édifices religieux du christianisme ne constitue pas le moindre défaut de la renaissance, et que si Michel-Ange n'a pas toujours été à l'abri de cette fâcheuse influence, c'est que le grand Michel- Ange lui-même a fait taire parfois sa raison pour prêter l'oreille aux sophismes éphémères de la mode. La Lusiade est un poème admiré de tout le monde ; mais quel est l'homme sensé qui ferait un mérite au Camoêns d'avoir mis Vénus aux prises avec la Vierge Marie? On l'en excuse, mais on ne l'en loue point. « Une fois en verve d'admiration pour la générosité des artistes et des papes qui donnaient si gracieusement l'hospitalité à Jupiter et à Léda auprès de Jésus- Christ et de ses apôtres, l'auteur ne devait pas s'arrêter en chemin, et il lance une condamnation sommaire contre le gout aride et la triste nudité des ÉGLISES gothiques. Vous appelez aride le goût qui a brodé les ogives et les clochetons de Saint-Ouen ; qui a découpé avec tant de variété et tant de richesse toutes les galeries, tous les angles, toutes les nervures de la cathédrale d'Amiens! Vous appelez tristes et nues ces églises dont les portails, qui s'élancent dans les airs, sont couverts de légions de saints, échelonnés ainsi sur la route des cieux I Vous accusez d'aridité et de triste nudité ces immenses et somptueux vaisseaux où chaque pierre est sculptée, où chaque sculpture a sa signification, où chaque morceau de leurs resplendissantes verrières est une histoire ou une allégorie! Si leurs voûtes sont aujourd'hui froides et blanches, que ne vous en prenez-vous aux badigeonneurs modernes, qui ont passé la brosse par-dessus les rinceaux de feuillages et les ciels d'azur* semés d'étoiles d'or; qui ont soigneusement gra^tté au vif les tuniques des saints et les feuilles des chapiteaux, de peur que la postérité ne sût qu'il y eut là jadis toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ! Mais cessez de vous tenir les yeux résolument fermés, pour vous écrier ensuite qu'il fait nuit en plein jour; cela n'est ni juste ni digne du savoir
et du goût de M, Raoul Rochette. Autant que vous, nous sommes admirateurs sincères de F antiquité et aussi de la renaissance italienne; mais nous ne saufiions applaudir à: rintoléranoe* Nous ne pouvons pas raisonnablement renier mi art qui a fait les Notee-*Dame de Paris et de Chartres, celles de Reims et d'Amiens. Nous concevons parfaitement tout le plaisir qu'on peut éprouver à la vue de la« nai8sance.de Yénus» , au milieu des faunes et des nymphes du Vatican; cependant nous.aimonsautant lessavoir là que dans nos cathédrales* » Voilà un langage de verve et de bon sens qui nous plaît; à ees paroles indi* gnées, nous pourrions ajouter que, si ^nos églises gothiques sont arides, tristes et nues en ce moment, c'est aux amis de -M. Rochette que nous le devons. Qui a, s'il vous plaît, badigeonné odieusement nos cathédrales, qui a brisé nos verres de couleur, qui a éborgnénos grandes verrières, qui a remplacé par de lourds autek à la romaine nos légers autels gothiques; et qui encore a raboté nos stalles, haché nos statues, rasé nos clochers, écrasé nos tôîts pointus, décoififé nos pignons aigus, débité nos dalles ciselées, fondu nosbronzes et nos plombs historiés, sinon MM. Baccarit, Soufflot, Leveau, Baltard, Fontaine, Percier, Huvé, Godde, Serrurier (de Reims), Cheussey (d'Amiens), Chenavard (de Lyon) , Gatoire (de Périgueux) , Quatremère de Quincy (celui-là est de partout), et cent. autres que je ne veux pas nommer, tous pères, frères ou fils de M. Rochette? On vous mutile, on vous défigure, on vous dépouille un homme; puis l'on vient dire que rien n'est plus aride, ni plus triste, ni plus nu qu'un être humain sans bras ni jambes, dont on a volé jusqu^au dernier vêtement, dont on a crevé l'œil et cassé les dents. Je le crois bien, en vérité; mais ce n'est pas à Tami du malfaiteur, qui a mis la victime dans cet état , qu'il convient de s'exprimer ainsi !
au surplus, toutes dévastées qu'elles sont par les architectes de Louis XIV, de la république, de l'empire, de la restauration et de la révolution de 1830, nos églises sont moins arides , moins tristes et moins nues que M. Ilochette ne se plaît à le dire. J'aurais trop beau jeu contre l'honorable académicien et le professeur d'archéologie, si je voulais faire ici la description des cathédrales de Reims et de Chartres , même dans leur état actuel , ou celle de Notre-Dame d'Amiens et de l'église de Brou, ou seulement celle de Notre-Dame de l'Épine, une simple église de village ! M. Rochette, qui peut savoir la valeur des catacombes de Rome , semble ne connaître d'aucune sorte nos cathédrales et nos églises de campagne. C'est à ce compte que nous devons l'excuser de blasphémer ce qu'il ignore, et de n'avoir aperçu un peu de lumière que dans les souterrains de Rome. Nous ne comprenons pas que dans Paris, où brille encore d'un éclat ineffable la Sainte-dhapelle du Palais, on vienne dire que le
gothiqfiie est nu, aride et triste. Ce qui est nu et assez triste, c'est le Parthénon et le toupie de Thésée; mais non pas assurément nos cathédrales, nos abba^ tiales, ni. même nos églises de paroisses et de prieurés 4 à plus forte raison nos Sainte&-Chapelles de Paris, deVincennes, de Riom, de Bourges, de Dijon-, qui sont ou étaient aussi riches que des œuvres d'orfèvrerie. Sans nous perdredans de longues discussions et sans accumuler une innombrable quantité de faits qui viendraient se ranger ici, sous notre plume et au premier signal, nous pourrons nous contenter d'édifier M. Rochette par un passage du moine Théophile, qui vivait du xir au xiii** siècle , précisément à l'époque où se bâtissaient ces vastes et admirables édifices que M. Rochette proclame d'un goût aride et d'une triste nudité. Théophile, auteur d'un célèbre traité sur les arts divers en usage au moyen âge ( « diversarum artium schedula » ) , s'exprime ^ ainsi dans le prologue de son troisième Uvre; il s'adresse à son élève qu'il instruit dans la pratique des arts religieux :
« Le grand pro[^ète David...... se recueillant de toute la force de son âme
dans l'amour de son Créateur, entre autres paroles, exhala celles-ci: « Sei-
«gneur, j'ai aimé la beauté de votre maison » Il est incontestable qu'il
désire l'ornement du temple matériel de Dieu, qui est le lieu de la prière. En effet» les dépenses de ce temple, dont il souhaita si ardemment de devenir l'auteur.. r, or, argent, airain, fer, il légua presque tout à son fils Salomon. II avait lu , dans l'Exode , que Dieu donna des ordres à Moïse pour la construction du tabernacle ; qu'il désigna par leur nom les maîtres de l'œuvre ; qu'il les remplit du souffle de la sagesse, de l'intelligence, de la science dans tout ce qu'ils devaient connaître pour imaginer, et exécuter les travaux d'or, d'argent, d'airain, de pierreries, de bois, de toute espèce d'art. II avait compris, par une pieuse réflexion, que Dieu se plaisait à un ornement dont il confiait l'exécution aux enseignements et à l'autorité du Saint-Esprit; il pensait que personne sans son inspiration ne pouvait rien élaborer de ce genre. Ainsi, mon fiisbien-aimé, n'hésite pas, crois fermement que l'esprit de Dieu a rempli ton cœur quand tu as orné son sanctuaire de tant d'embellissements, de si riches travaux. Afin de t'encourager, je te découvrirai par des raisons évidentes que tout ce que tu peux étudier, comprendre ou méditer dans les arts, découle poor toi des sept dons de l'Esprit saint Par l'esprit d'intelligence, tu. as acquis la faculté d'invention , l'ordre, la variété, la proportion
que tu. dois rechercher dans tes différentes oeuvres; par l'écrit de force,
tu. secouas tout^i^ourdissement de noncbalar^ee, et, sans rien entreprendre avec des essais paresseux, tu m^ies vigoureusement tout à exécution; par l'esprit de science qui te fut accordé, ton génie déborde et domine; tu en
répands en toute confiance sur le public les trésors et les perfections Animé
par les espérances de ces vertus, 6 mon cher fils, tu t'es approché avec foi de la maison de Dieu, tu Tas décorée avec magnificence. Parsemant les plafonds ou les murs de travaux divers et de diverses couleurs, tu as, en quelque sorte, exposé aux regards une image du paradis, et son printemps diapré de fleurs , verdoyant de gazons et de feuillages , et ses immortelles légions de
saints, et les couronnes qui les distinguent L'œil de l'honmïe ne sait
d'abord où il fixera sa vue : s'il l'élève vers les plafonds, ils fleurissent comme de brillantes draperies ; s'il considère les murailles, c'est un tableau du ciel; s'il contemple les flots de lumière versés par les fenêtres, il admire l'inestimable éclat du verre, la variété du travail le plus précieux. Qu'une âme fidèle voie la Passion de Jésus-Christ représentée par le dessin , elle est pénétrée de componction; qu'elle regarde les supplices que les saints ont supportés ici-bas, leurs récompenses dans l'éternité, elle revient aux pratiques d'une vie meilleure; qu'elle songe aux joies du ciel, aux tortures, au feu des enfers, elle est animée d'espoir pour ses bonnes actions, et frappée de terreur à l'aspect de ses péchés. Courage donc maintenant, homme de bien, heureux devant Dieu et devant les hommes dès le présent, plus heureux pour l'avenir dont le travail et le zèle offrent à Dieu tant d'holocaustes. Enflamme-toi désormais d'une ardeur plus laborieuse ; les objets qui manquent encore parmi les instruments de la maison du Seigneur, viens les compléter dans tout l'effort de ta pensée; sans eux, les divins mystères ni le service des autels ne peuvent s'accomplir. Ce sont : les calices, les candélabres, les encensoirs, les vases des saintes huiles, les burettes, les châsses des reliques saintes, les croix, les missels et autres objets qu'une utile nécessité réclame pour l'usage de l'Église. Si tu veux les fabriquer, commence de cette manière. »
Théophile apprend en effet à confectionner ces vases et objets sacrés. Tout cela est en or, en argent, en bronze, et relevé de pierreries; tout cela est ciselé ou repoussé en moulures, en feuilles, en fleurs, en animaux, en personnages historiques ou capricieux , qui donnent la vie, le mouvement, la pensée et la grâce à la nature informe , inerte et inanimée. Et ces artistes, auxquels Théophile adresse ces enseignements, ce sont les hommes qui ont bâti, sculpté, peint, décoré, meublé, nos églises gothiques; ceux qu'on taxe, comme leurs monuments, d'être arides, tristes et nus! je laisse à nos lecteurs le soin de qualifier une pareille accusation. Du reste, les doctrines préconisées par M. Rochette commencent à porter leur fruit; car la foule, ignorants et savants , retire sa faveur à ces idolâtres de l'antiquité , à ces détracteurs de l'art chrétien. Nous venons de recevoir un nouveau pro-
spectus de l'ouvrage de d'Agincourt : « Histoire de l'art par les monuments, depuis sa décadence au iv* siècle , jusqu'à son renouvellement au xvf siècle » • D'Agincourt pense, dit et cherche à prouver que l'art n'a cessé de déchoir pendant la grande période chrétienne du moyen âge ; or, son livre, qui renferme six volumes grand in-folio, enrichis de 325 planches gravées ; son livre, qui est assez savant et nourri de faits curieux ; son livre, qu'on se disputait il y a peu de temps pour 700 et 1400 francs, ne peut plus se vendre aujourd'hui. 11 est au rabais de moitié, à 300 et 600 francs, et personne n'en veut. On est choqué, en effet, de voir en titre, au frontispice d'un pareil ouvi'age, une insulte adressée à l'art chrétien; on est blessé de retrouver dans le nouveau prospectus ces paroles injustes et insultantes : « Soit que les ténèbres épaisses qui couvrent cette partie de l'histoire de l'esprit humain (la partie du Bas Empire et du Moyen Age) eussent rebuté les écrivains, soit que ceux-ci eussent dédaigné de tirer de l'oubli les informes monuments d'un art dégénéré, aucun d'eux, etc. «Une pareille injure portera sa peine, et il faudra rabaisser encore les six volumes et les 325 planches, pour qu'à l'avenir on achette d'Agincourt. L'éditeur a commis une grande imprudence. J'en suis fâché pour lui , mais pas pour nous ; cette baisse fabuleuse de l'art antique fait monter d'autant notre art du moyen âge. Pendant que 1' « Art » de d'Agincourt reste en magasin, on vend à huit mille exemplaires 1' « Archéologie chrétienne » de M. l'abbé Bourassé. On nous parle d'une réaction énergique en faveur de l'antiquité contre le christianisme, et pour le Parthénon contre la cathédrale de Reims ; on dit même qu'on l'a vu poindre dans un feuilleton du « Journal des Débats » , signé d'un tout jeune homme. Avant que cette lumière nous terrasse comme Saul le fut sur la route de Damas, il se passera bien du temps, on peut en être sûr. Nous ne craignons qu'une chose : c'est de ne pas être converti de si tôt au culte du stupide Jupiter et et de la Vénus aux belles épaules.
Nous avons pris dans l'excellent ouvrage de M. le comte de l'Escalopier ( t Théophile , prêtre et moine » , in-i"* de 386 pages ) la traduction du passage qu'on vient de lire sur l'ornementation et l'ameublement de nos églises; nous pourrons revenir sur l'important travail de M. de l'Escalopier, et sans doute, par la même occasion, sur les étranges attaques dont l'art du moyen âge recommence à être l'objet.
DIDRON