AU MOYEN AGE
Depuis quatre ans passés, le Comité des arts et monuments a commencé un grand acte de justice nationale. Il a préparé aux artistes français des couronnes qu'attendaient en vain depuis des siècles leurs fronts inspirés. Les immortels artistes de la Grèce partageaient les honneurs des dieux ; les hommes de génie, qui ont couvert le sol de la France de monuments gigantesques, gisent inconnus sous les dalles de nos églises. 11 est vrai que pendant longtemps on s'est plu à détruire plutôt qu'à conserver leurs chefs-d'œuvre que l'on méprisait. Mais le jour de la réparation commence à poindre. Après avoir mutilé pendant trois siècles les édifices du moyen âge, on s'est épris d'une bien tardive admiration pour leurs débris. C'est ce zèle que le Comité a dirigé dans une fertile voie; c'est cette ardeur qu'il a employée à accomplir un noble projet, tout national, celui d'arracher à l'oubli les noms des artistes français du moyen âge.
Malheureusement les éléments nécessaires pour une pareille réhabilitation sont rares et difficiles à mettre en œuvre. Bien peu de moauments sont signés; il n'y a de recherches fructueuses à faire que sur les dalles funéraires ou dans la poudre des archives. Là aussi les coups du temps , les passions et l'incurie des hommes ont fait de grands ravages. Il y a impossibilité presque complète de retrouver des documente relatifs à la construction des édifices particuliers, tels que les châteaux et les maisons; mais il y a quelques chances de plus pour en rencontrer de précieux, relatifs à la construction des monumente élevés par les chapitres, les abbayes, les municipalités et les corporations religieuses. Mais il faut, pour entamer ces recherches, s'armer d'un grand courage contre les déceptions; il ne faut pas perdre patience, car l'amateur y éprouve plus d'un mécompte.
Déjà, de plusieurs villes, sont arrivés au Comité des listes nombreuses d'ar-
listes. Ses Bulletins en ont fait connaître qui sont remplies de détails du plus vif intérêt. M. de Saint-Mémin , membre non résident du Comité , à Dijon , a fait connaître le nom de plusieurs artistes de la Bourgogne au xiv* siècle; son travail était accompagné d'un glossaire des termes de construction, d'architecture, d'iconographie, de sculpture et de peinture usités dans cette province aux XIV* et XV siècles. M. l'abbé Texier a fait de même pour les artistes du Limousin. Un autre correspondant, M. Monnier, de Lons-le-Saunier, a découvert deux marchés intéressants sous le rapport de l'histoire de l'art.
L'archiviste du département de l'Yonne , M. Quantin , a envoyé un travail contenant les noms de quatre-vingt-quatorze artistes et ouvriers employés depuis le xiv* siècle aux travaux de construction , de sculpture et de peinture qui se sont exécutés dans la cathédrale de Sens. M. Didron a relevé plusieurs noms gravés dans les églises d'Amiens, de Reims, de Strasbourg, etc. M. Félix de Vemeilh et M. Louis Paris ont retrouvé des dessins et des épures. D'autres communications de ce genre, en grand nombre, ont été faites au Comité.
C'est à l'aide de tous ces documents qu'un nouveau Yasari pourra faire l'histoire des artistes du moyen âge et élever un nouveau monument à la gloire de la France. De la part de ceux qui se sont donné la mission plus modeste de rechercher les matériaux qu'un plus habile mettra en œuvre, il n'y a aucun détail à négliger. Le plus futile en apparence peut être le complément indispensable d'une découverte faite par un autre explorateur. Il est plus facile de retrancher d'un rapport quelques mots inutiles , que de les rechercher après coup dans tout un chaos de parchemins.
Quand des travaux de ce genre auront été poursuivis avec persévérance dans toutes les parties de la France, on aura les plus intéressants documents sur les artistes du moyen âge, leurs mœurs, leur genre de vie, leurs études, leurs travaux, leur manière de traiter les affaires, leur salaire, leur existence sociale.
Ce que nous donnons ici est extrait d'un rapport, résultat du dépouillement de six cent quatorze registres et liasses de pièces justificatives, ou cahiers de délibérations, formant la suite non interrompue des pièces de la comptabilité de la ville de Bourges, depuis 1486 jusqu'en 1792, dans les xV, xvi% xvir et xviir siècles, pendant une période de 306 ans.
Pour chacun des travaux exécutés au compte de la ville , il existe : la « Délibération » du conseil de la ville , le « Mandement » délivré par les maire et échevins, enfin le « Registre » du receveur de la ville. C'est à l'aide des détails insérés dans ces diverses pièces, que j'ai pu faire un choix dans la quantité innombrable de noms que j'ai rencontrés. Ce choix était difficile. L'artiste et
Fartisan sont confondus sous les mêmes dénominations , dans les mêmes travaux ; il fallait éviter de mettre en relief des noms qu'aucun titre ne doit faire sortir de leur obscurité.
J'ai dû néanmoins être très-large dans cette admission, en considérant, par exemple , que Jean Lescuyer, qui a peint les beaux vitraux de quelques chapelles dans la cathédrale et à Saint-Bonnet, de Bourges, va remplacer un « ozange » de verre blanc qui était cassé dans un cabinet de la mairie. Il y a cent autres exemples de ce genre.
J'ai donc pris le nom de tout artiste ou artisan employé à un ouvrage important, le nom des imagiers (statuaires) et sculpteurs, des nombreux verriniers employés par la ville, des orfèvres qui ont fait les joyaux offerts par Bourges aux rois et princes à leur entrée, des graveurs qui ont fait les piles et trousseaux pour les jetons et médailles, des maîtres de la monnaie, des organistes, des brodeurs , de quelques « plombeurs » , fondeurs et potiers d'étain , des maîtres d'oeuvres, des gens employés dans les constructions. C'est ici surtout que le choix était embarrassant; j'ai dû en noter beaucoup, en voyant que Guillaume Pellevoisin, par exemple, architecte employé à la construction de la tour neuve de la cathédrale et à l'érection d'autres monuments importants, figure aussi lorsqu'il s'agit de faire des puits communs et même de les réparer. J'ai pris le nom de tous les « maistres massons. » J'ai mentionné tous ceux qui ont construit ou réparé les remparts, enceinte considérable et qui, toute démantelée, renferme encore la ville actuelle.
Je ne donnerai que quelques noms dans cette note , en choisissant les plus saillants. De ces indications résultent déjà quelques remarques intéressantes, et tout d'abord la nationalité de tous ces artistes. Sur cinq ou six cents noms compris dans le rapport au ministre de l'Instruction publique, dont ceci n'est qu'un abrégé, quatre ou cinq à peine sont étrangers; tous les autres sont Français, et la plupart Berruyers. L'auteur du plan de l'Hôtel de Ville (le petit collège actuel) est Jacquet Gendre, dit Jacquet de Pigny, du nom d'une commune voisine de Bourges; il en est ainsi de bien d'autres.
On suit également dans ces titres la progression toujours croissante des prix de main-d'œuvre. Au xv* siècle, les« maistres massons » sont payés à la journée ; mais bientôt les ouvrages sont rais en adjudication , criés sur le prix d'un devis et donnés au rabais.
Dès 1511, on voit des maîtres maçons et des maîtres charpentiers jurés faire l'office de nos architectes voyers et ingénieurs; ils visitent les maisons avec les maire et échevins , pour faire reculer les riverains qui empiétaient sur la voie publique , pour faire abattre ou redresser les maisons dont l'état de vétusté
menaçait la sûreté publique , pour inspecter les chaussées et les ponts , etc* C'est en 1603 que paraît pour la première fois, dans les comptes, le nom d'architecte accolé à celui de tailleur de pierres.
Maîtres maçons, architectes et charpentiers. — (i486) Le premier nom révélé par ces comptes de dépenses est celui de Slmon le masson. Lui et ses compagnons devaient avoir de la ville la somme de seize cents livres pour faire un pont de pierre sur l'Auron. Ce pont devait être d'une grande utilité pour les habitants; aussi voit-on que le receveur de la ville fait recette des mains de Martin Enjourrant, comme exécuteur du testament de feu Jaquelin Cullon, de dix livres tournois, « lesquelles dix livres tournois ledit feu Jaquelin CuUon donna à la dicte ville par son testament pour aider à faire le pont de pierre de la porte d'Auron quand ladicte ville le feroit faire. » Ce pont était encore debout en 1840. Son état de vétusté et son peu de largeur en ont nécessité la reconstruction. Les fouilles ont mis au jour plusieurs cippes funéraires gallo-romains, des chapiteaux, d'anciennes murailles, des pilotis, un vase rempli de médailles romaines en argent , dont quelques-unes très-rares.
1488. On achève de payer le constructeur du pont d'Auron. Son nom se trouve ici au complet. C'est Simon Boloys et son compagnon, Jehan Benoist. La ville leur donne 360 livres pour la reconstruction des remparts du côté de Saint-Fulgent. — Baudouin Gobereau répare les grandes boucheries de la porte Gordaine.
1489. Un incendie allumé dans un des faubourgs de la ville, le jour de sainte Marie-Magdeleine, 22 juillet 1487, avait détruit trois mille maisons, dit un historien contemporain ; parmi ces bâtiments se trouvait l'église de la Coutau, t où de tout temps et d'ancienneté les esche vins et commis au gouvernement et affaires commungs de la ville avoient traité les affaires, et n'y eut oncques lieu et hostel propre appartenant à la dicte ville où on eut pu traicter desdites affaires et encores n'y en a point : qui est une chose bien urgente et propice pour une telle cité qu'est ladicte ville de Bourges, et au moyen de quoy sont advenus plusieurs grans pertes à ladicte ville , tant au moyen de ce que esdits lieux empruntés ou loués n'y avoit pas lieu propre pour la custode, seurté et garde des privilèges, lectres, titres, comptes, papiers, registres, que aultres choses appartenant à la communauté de ladicte ville ; lesquelles pour la pluspart se sont perdues et ont esté arses et bruslées par les deux derniers grans feux qui ont esté en ladicte ville de Bourges depuis vingt-deux ans en ça, parquoy fut advisé que au moyen du derrenier grant feu qui fut audict lieu de Bourges le jour de la feste sainte Marie-Magdelaine 1487, y a en icelle ville
plusieurs bonnes places desquelles les maisons ont esté bruslées par ledit grant feu qu'on pourroit mieulx avoir, plus facilement et à moindre prix pour y faire Thostel pour traicter des affaires commungs de ladicte ville qu'on eust eu para-
vant led. feu » Tels sont les termes de l'acte par lequel les bourgeois
réunis décidèrent la construction d'une maison commune ; ils achetèrent à cet effet un terrain compris entre la rue Haute, ou de Paradis, et les murs de la cité, l'enceinte de la ville gallo-romaine. C'est sur ces vieux débris des remparts de leurs ancêtres qu'ils firent élever le bâtiment qui est encore debout au fond de la cour. De là on domine au loin la campagne, et on plonge sur le quartier de la rue Mirebeau. On y voit encore une énorme cheminée, sur le manteau de laquelle sont sculptées les pacifiques armes du Berri et des fleursde-lis. Mais la partie la plus remarquable de cet édifice est une tourelle qui contient l'escalier ; son élégance ne le cède en rien à celle de la maison de Jacques Cœur.
L'architecte était resté inconnu jusqu'à ce jour; le compte du receveur de l'année 1489 me l'a révélé. « Il est compté Ixvii* six deniers baillés par le commandement des échevins à Jacquet de Pigny', masson, pour avoir faict un devis de la maison de la ville et xx sols aux massons pour leur vin. »
Ici, suivant un usage souvent pratiqué, l'architecte est désigné par son nom de baptême suivi du nom du lieu de sa naissance ; un autre article du même compte le désigne encore mieux :
« XLV sols à Jacquet Gendre pour le deveis de la maison de ville. »
Le clerc des œuvres et réparations de la ville, pour cette année, était Jehan Bureau.
Je ne sais si Jacquet Gendre éleva lui-même le monument dont il avait donné le plan; mais, en 1490-1491, Andriî Brigoré, maçon, exécute des travaux à l'Hôtel de Ville. Ce bâtiment, vendu par la ville lorsqu'elle fit l'acquisition du palais de Jacques Cœur, est aujourd'hui réuni au collège royal.
Guillaume Travaille, maçon , reçoit une somme de « xxx sols tournois à luy deue pour avoir assis l'ymaige de Notre-Dame au portail de Saint-Privé. » On voit, dans les comptes suivants, qu'il y avait d'autres figures de saintes aux portes de la ville. Dernièrement, en démolissant les piliers de la porte du pont d'Auron, on a trouvé, tournée contre la maçonnerie, une image pareille à celle de la porte Saint-Privé, en fort relief, sur un fond semé de fleurs-de-lis; elle a été recueillie et déposée à l'Hôtel de Ville. C'est le seul débris qui nous reste des anciennes portes fortifiées de la ville de Bourges au moyen âge.
4. Pigny est une commune du canton de Saint-Martin d'Auxigny, près de Bourges.
Outre les quatre grandes portes, il y avait des poternes ouvertes ou fermées, suivant les besoins du moment. On voit, en 1494, Glillaumb Brossart, maçon, recevoir xxix 1. pour avoir fait la poterne Saint-Médard.
Eu 1497 : « à Guillaume Chezeau, masson, demeurant à Bourges, un" 1. I s. 4 d. tournois pour avoir fait certaine massonerie au portai et porte Sainct- Pol, en ladicte ville, laquelle le feu roy notre seigneur , que Dieu absoille, devant qu'il partît de ladicte ville, avoit commandé à mesdicts seigneurs faire ouvrir avec une allée venant de la tour le Roy pour sortir aux champs, selon le marché faict par mesdicts sieurs audict Chezeau, baillé au rabais et comme au plus rabaissant, pour la somme de ii*^ lxxv livres» . — Le devis en avait été fait par Jehan Benoist, maître maçon, et Jehan d'Alloigny, maître charpentier, ainsi que celui de deux ponts-levis pour arriver du palais à la porte.
En 1502, Philippon de la Court et Jehan Bergerat, maîtres maçons, réparent une partie des remparts.
En 1511, figurent Bernard Chapuzet et Jehan Chauvet, « maistres jurés, sur le faict des édifices de la ville » . Ils accompagnent les maire et eschevins pour « veoir et visiter les édifices qui estoient faicts par surprinse des rues » . — Nous verrons dans un autre article, ce Bernard Chapuzet employé à réparer le désastre arrivé à la cathédrale.
En 1513, Gabriel Faure, maître maçon, construit un pont sur la route de Bourges à Orléans.
Dans la pensée de conserver à nos documents sur les artistes de la ville de Bourges le caractère d'ensemble qui peut en augmenter l'intérêt, je remettrai à un autre moment le détail des travaux exécutés pour la nouvelle construction de l'Hôtel-Dieu ; ils forment aussi une section à part dans les archives de la ville. Je mentionnerai seulement ce passage du compte de 1521 :
« A Bernard Chappuzet et à ses consors, charpentiers, ensemble à Jacques Beaufils, 10 1. tournois pour leurs peines et travaulx qu'ils ont prins avec mesdits sieurs de veoir et visiter le vieil Hostel-Dieu de ladite ville ; ensemble pour faire pourtret et advis touchant la place dudit Hostel-Dieu à faire l'escolle tant de loix que de décret, que mesdits sieurs veulent faire en icelluy Hostel-Dieu » .
L'Université, fondée par Louis XI, avait jusque-là tenu ses cours dans un couvent laissé pour cela à sa disposition , mais où restaient cependant les moines. C'est seulement en 1521 qu'on s'occupa de préparer un local spécialement consacré à son usage. Les travaux d'appropriation furent exécutés par Jacob Ahanjart et Mathelin Champgrant , maîtres maçons. En 1527, ils reçoivent, 400 livres. En 1528, les travaux sont criés au rabais et continués par François Laboureau et Pierre Duly, maçons; par Jehan Dupont, menuisier;
par Claude Menot, couvreur, qui reçoit « xxxv livres tournois pour avoir faicl les enduyseures, rempliages et blanchisseures » .
J'ai souvent acquis la preuve, dans ces comptes et dans ceux de la construction de la tour neuve de la cathédrale, que c'étaient les couvreurs qui étaient chargés de tous ces travaux d'enduits, blanchiment des murailles, etc.
La serrurerie fut faite par Ursin Héliot ; la charpente par Pierre Vergnat, LoYs MoRiN, Pierre Fouquereau, Chaboureau, maîtres charpentiers; en 1521, la menuiserie est continuée par Nicolas Bergier.
En 1534, Jehan Roux, serrurier, reçoit la somme de vi 1. xv s. tournois pour avoir ferré, « en la maison des grans escolles, quatre grans larmiers ayant chacun deux guychets, laudes, courroux , hocqueteaulx et paulmelles, et aultres choses pour fermer lesdicts guychets; plus pour soixante livres de fer neuf à treize deniers pour livre ».
Les travaux, étaient dirigés depuis 1530 par François Meyllinon, maître maçon.
Pour suivre l'ordre chronologique que j'ai interrompu, je reviens à Tannée 1521 :
« Bernard Chapuzet, Jehan Charmet , Gabriel Faure, Guillaume Fomeau, maistres jurés charpentiers et massons, reçoivent iv 1. x s. pour deux journées qu'ils ont passées à aller par toutes les rues de la ville veoir et visiter les maisons, murailles et aultres choses qui sont dangereuses de tomber esdites rues publiques, afin de les faire abastre et redresser et mectre en estât de façon que aucun inconvénient n'en puisse avenir à ladicte ville, et le tout mis et rédigé par Bordin, notaire et greffier de la ville».
En 1524, on fait de grands travaux aux murailles près la porte Bourbonneux. Mathelin Laurent et Jehan Carré, maçons, reçoivent une forte somme pour cet objet. Guillaume Gelin et Jehan Mary réparent la porte d'Auron. Jehan Dupré, maçon, reçoit « c sols pour le récompenser de ses peines et travaux qu'il a eus à faire les portraicts et molles et pour conduire les massons qui ont fait le puits de la maison de la ville ».
En 1525, Loys Morin, charpentier, reçoit « l livres pour avoir foumy ung grand pont de boys neuf au quartier de Saint-Ambroix , appelle le Grand- Pont, garny de poultres, carreaux, soliveaux, foussures, pieds droicts et garde; mis au rabais par ledict Morin, lequel pont a voit esté cryé à son de trompe à le faire et parfaire ».
En 1534, Guillaume Pelvoysin, un des architectes de la tour neuve de la cathédrale, reçoit « xxv 1. tournois pour avoir faict la taille et la massonerie faicte de nouveau sur le puys commung estant près le peignon de la maison de
madame La Gaillarde, — A Pierre Maquereau, marchand, xxxiii 1. viii s. VI d. tournois pour avoir par luy fourny la quantité de quatre cens bûches longues de boys jeune pour faire les potaulx pour piloter les fondemens dans l'eau des tours et murailles du quartier d'Auron ». Les fondations furent creusées à quatre pieds de profondeur et huit de largeur, avec épuisements. François Mérignon , « maistre masson » (sans doute le même que Meyllinon) , reçut la somme de « xxvn 1. vi s. pour avoir conduit l'œuvre et besoigne desdites tours et murailles pour sa peine, vaccacion et sallaire de un" xi journées qu'il a conduict ladicte besoigne au fur de vi sols tournois de gage ».
Les travaux coûtèrent la somme totale de 764 1. 17 s.; la direction en est donnée, l'année suivante, à Guillaume Pelvoysin, qui reçoit v sols par jour. La pierre coûtait deux sols tournois le pied, le tombereau de sable xiiii deniers.
1546. A Jacques Petit, maître maçon, la somme de ftiiii"x livres pour la massonnerie qu'il a faicte aux murs du quartier de Bourbonnoux au fur de XLiv 1. tournois pour chacune toyse, ladite massonnerie à luy estroussée au rabaiz à son de trompe et à cry public et toysée par messieurs les maire et eschevins. — A Pierre Dehays, serrurier, la somme de lxi livres xv sols pour avoyr fourni et délivré la quantité de neuf cent quatre-vingt-huit livres de fer neuf qui ont esté employées en soixante-six barreaulx de fer neuf estammé et blanchy en la maison de la Monnoye de la ville ».
1548. A Jacques Beaufils et Pierre Rotrou, maîtres maçons, xxvii sols pour avoir visité les ponts et chaussées de Saint-Sulpice.
1550. « A LoYS MoRiN, charpentier, xlvi s. pour avoir abattu la bastille et flèche du pont-levis de la porte Saint-Sulpice qui estoient en dangier de tomber et estoient lesdictes bastilles et flèches pourries et gastées ».
1551. «A maistres Léonard Dru, masson, Pierre Vergnat, charpentier, et Jehan Pallasson, couvreur, xiv 1. tournois pour leurs peines et vaccacions d'avoir assisté à faire le rapport de la Visitation faite des murs, portaulx et pavés des issues de la ville ».
La ville avait fait construire un pont de pierre à la porte d'Auron en i486, en 1558 et 1559; elle en fait construire un à la porte Saint-Paul et un autre à la porte Saint-Sulpice; celui-ci de moitié avec les religieux de l'abbaye de Saint-Sulpice. Le premier par Jehan de Veez, le second par Jehan Bellyveau. Brice Girard en construit un sur le Moulon. Jacques Delille un quatrième sur l'Aurette. François Merignon reçoit 200 liv. pour avoir fait le pont de la tour Clément en pierre dure. — Néanmoins, l'existence de ces ponts fixes en pierre n'empêchait pas qu'il n'y eût des ponts-levis auparavant; car nous voyons en 1559 Pierre Juno, charpentier, recevoir t lxxix livres pour avoir 1. 3i
faict de son estât la bastille et pont-levis delà porte d'Auron, et pareille somme pour avoir faict de son estât la bastille et pont-levis de la porte Saint-PauL
En 1561, Jehan Bellyveau «hausse la viz du corps de maison neuf de ville depuis le premier estaige jusqu'au dernier estaige, pour le prix de 300 livres (c'est la tour engagée qui donne sur la rue de Paradis) ». Le reste du corps de logis fut achevé par lui en 1567 et payé six cent trente livres. — Construction du pont de la tour Marquet, par Pierre Carenton, moyennant ce livres.
1563. Cette année est le commencement d'une série de grands travaux de fortification. Ils commencent sous la direction de noble homme Thomas Go- HARD, de la compagnie du capitaine Blanchet, qui reçoit c sols pour « la conduite et travail qu'il a prins à la construction de la plate-forme faicte près le molin de la chappe, sur la rivière d'Auron». — Les maîtres maçons employés à ces travaux sont : Eugène Bernard, Brige Girard, Regnault Tcrphiw.
1567. Construction de la maison des pestiférés, par Jehan Bellyveau, m* maçon; Jehan Bastonnier, Guillaume Davau, menuisiers; Jacques Han- SELiN, m* charpentier; Pierre Lacaille, couvreur. - «A Marsault Blondb- LET, couvreur, pour avoir couvert une sentinelle où a esté mise une pièce d'artillerie, xLiv sols. » — Jehan Rousseau et François Tauperon, maîtres maçons, reconstruisent les fourneaux à salpêtre au couvent des Jacobins. — A Jehan CarrjS, maître charpentier, « xx 1. pour avoir faict ung molin de charpenterye à battre pouldre à canon. — A Guillaume Davau, serrurier, xxrv livres pour avoir faict cinq pillons de fer avec une barre de fer de cinq pieds de long attachée à clavette pour servir audict molin. Faict des serrures et chaynes pour le fermer».
On connaît assez le siège de Sancerre, où s'étaient réfugiés les protestants, et les cruels épisodes qui en ont signalé le blocus. Cet événement occupe plusieurs articles des comptes de 1572-1573. D'abord c'est « à Guillaume Du- MEZ, maître charpentier, cxii sols pour avoir esté en la ville de Sancerre pour descendre et desmonter l'horloge dudit Sancerre qui a esté amené de ceste ville par commandement du s' de la Chastre. — A Jacques Vinade, Jehan Rousseau, Julien Colin, maîtres charpentiers; Marin Beaujon, Claude Denis, Jacques Fremys, Etienne Boulier, Loys Simon, Jehan Thomas et Pierre Maillard, compaignons charpentiers, la somme de xxvni 1. x s. , afin d'aller par eux au camp devant Sancerre avec leurs ustils pour besoigner et s'employer de leur mestier pour le service du roi aux besoignes qui leur seront ordonnées par mondit sieur de la Chastre, gouverneur et lieutenant-général pour le roy en ce pays de Berry, camp et armée de Sancerre, en l'absence de monseigneur
frère du roy ». — On paie pour eux « ix 1. v s. une cye de travers, deux besegûes, deux tarières, une pinse, une mortoyse ».
En 1581, JsHAN Barab, maçon, construit le pont dormant de la porte Saint- Sulpice.
En 158&, i à Jehan Rozb, maistre masson, Estieiv^e Boulier, m'^ charpentier, et Pibrbe Lagaille, m* couvreur et plorabeur, v*' xx escus soleil, somme à laquelle bail et estrousse leur a esté faicte au rabaiz de la besoigne nécessaire pour refaire à neuf le portail de la porte Saint-Sulpice ». — François Rignaul- DON est clerc des œuvres de la ville.
En 160â, figure Jehan Lafrihpe, m* « architet » et tailleur de pierres, qui a LU livres pour des travaux de réparations aux murailles du côté de Saint-Privé.
En 1611, un procès-verbal de la visite des murailles, dressé par les maire et échevins, constate que, malgré les soins donnés à leur entreti^, elles étaient dans le plus mauvais état, au point qu'en plusieurs endroits il y avait des brèches à pouvoir descendre et monter à pied. Un devis des réparations à faire fut dressé par Bernard Brauslebois et François Garnallt, maîtres maçons et tailleurs de pierre. A. la brèche principale, la construction devait être faite sur pilotis • bien battu et maillé de six à la thoyse, de six poulces de couronne rempli de moellon et de chaux, la muraille en talus de six à sept pieds pour finir à un pied et demi». — Les travaux furent adjugés à Garnault, à seize livres la toise.
En 1616, Gilbert Tillier, m* maçon, répare la tour de la Belle-Agnès.
Les arènes étaient restées en partie debout. Vers le milieu du xvi* siècle, elles avaient encore servi à la représentation des mystères ; mais, depuis quelque temps, les habitants, sans respect pour un monument de cette importance, en faisaient un réceptacle d'immondices. Le prince de Condé, gouverneur de la province, en ordonna la destruction. Il en eût coûté une faible somme à la ville pour quelques réparations; elle dépensa près de âOOO livres pour les combler. On donna, à Antoine Gargallt et à François Garnault, 300 livres pour faire et construire une grande croix sur la nouvelle place et y faire les enrichissements nécessaires. La mémoire du tout fut consacrée par une inscription sur marbre, payée 36 1. à Nicolas Cambray, m" sculpteur de Paris (1620).
La construction d'une nouvelle galerie à l'IIôtel-de- Ville fut adjugée, moyennant 4000 Uvres, à Jehan Lejuge et Antoine Gargault , qualifiés maîtres architectes et tailleurs de pierre (1624).
En 1632, le s' Lesarazin est appelé ingénieur et architecte.
En 1636, Jean Lejuge construit la chapelle Saint-Roch, proche la maison des pestiférés, aux dépens de la ville et à l'aide des aumônes des habitants de
la ville, et par le secours et la charité de Roland Hébert, archevêque de Bourges. Roland Hébert, mis au rang des bienheureux, a été enterré dans l'église du village de Saint-Palais, où ses restes sont encore conservés.
A quelque distance de la ville, un champ est connu sous le nom de Moulte- Joie ; une tradition constante Ta désigné comme le lieu de la défaite des troupes du prince Noir, qui venaient attaquer Bourges. — Les Berruyers, vainqueurs, avaient élevé sur le champ de bataille une croix que le temps renversa. En 1657, elle fut renouvelée par François Pelletier, m* maçon, tailleur de pierre, pour le prix de 80 livres. La consécration en fut faite par le curé de Saint-Pierre-le-Gaillard, qui s'y rendit processionnellement, accompagné des autorités et de la garde civique.
Les derniers inspecteurs des travaux de la ville sont Pierre Thouzbau, en 1704; CossoN, en 1725. En 1726, il est délivré une coramissiqn spéciale de commis architecte de la ville au s' Rousseau.
En 1789 , construction de la salle de spectacle , confiée à Jean Morin , Etienne Rossignol et Vincent Marsault.
La dernière restauration des remparts est de 1771, par Frigallbt. Enfin, le 18 août 1790, il est alloué 60 livres au sieur Clouet, architecte, pour le plan et la direction des travaux de l'autel de la patrie.
Bon DE GIRARDOT,
Correspondant dn Comité blstorlqne des arts et mononients.