‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 40 sur 82 · TB^ICB BBLACÉ , PORTART VH rtRAPlIN IKNf OCELLE · texte numérisé non relu

TB^ICB BBLACÉ , PORTART VH rtRAPlIN IKNf OCELLE

Gori m, page 100, musée Barberini.

thèque Impériale, le miniaturiste arrache les yeux qu'il remplace par de simples plumes ; il ôte même aux roues la possibilité de se mouvoir, et il les enraye par ces espèces de rayons fantastiques qui débordent la circonférence. Il est impossible de reconnaître, dans ce Séraphin debout sur sa roue immobile, le Trône d'Ézéchiel, qui voit, qui brûle par tous les pores, et qui marche toujours sans s'arrêter et sans jamais revenir sur ses pas.

Aux quatre pôles de la gloire où le Christ resplendit, on voit les attributs des évangélistes en argent; ils étreignent des livres d'or comme le nimbe qui éclaire leur tête. En haut, à droite du Sauveur, l'ange de saint Matthieu ; à gauche, l'aigle de saint Jean ; en bas et à droite , le lion rugissant de saint Marc ; à gauche, le bœuf de saint Luc. Les deux animaux terrestres sont en bas, les deux attributs légers et ailés sont en haut. L'ange avant l'aigle, le lion avant le bœuf, comme il convient hiérarchiquement. Tel est l'ordre, et il n'y est jamais dérogé que par erreur. L'ange avant tout ; l'aigle vient ensuite , et il est suivi du lion, puis du bœuf. Dans l'Église latine, c'est comme dans la grecque, et le dessin suivant, qui est tiré d'un monument français, en est la preuve.

LA DALHATIQUE IMPÉRIALE.

s. — CniiT WMRBB KHTOimâ 1»M ATTEDOTS MS ÉTAITGiLBrBS. ^ MIHIATimi DU XIII« llfeCLI, A LA Mil. mrftiUALB.

Le lion y rugit, mieux que sur la dalinatique, en vertu dé ce texte qui eut cours pendant tout le moyen âge : t Marcus frendens ore leonis. » Le Christ y est également imberbe, comme sur la dalmatique. Cependant chez nous, même au jugement dernier, même au milieu de son triomphe, le Christ est presque toujours barbu. C*est donc à tort qu'on a écrit et qu'on répète tous les jours que les Christs byzantins sont laids et les latins beaux; que les Pères grecs, partisans de la laideur, ont obligé les artistes à figurer le Sauveur triste, souffrant, amaigri, exténué, en homme faisant pitié; que les Pères latins, partisans de la beauté, veulent que le Christ soit beau, autant Dieu et aussi peu homme qu'il est possible. C'est absolument le contraire qu'il faudrait .dire si l'on s'entendait sur cette question* Nous ne pouvons nous y arrêter ici, et nous renverrons à l'Iconographie chrétienne, t Histoire du Fils de Dieu » , p. 2&6-258, où nous pensons avoir résolu la question. Quoi qu'il en soit, quand on ne connaît pas l'art byzantin , il ne faudrait pas en parler et s'exposer à prendre absoliunent le contre-pied du vrai. Les Christs beaux et imberbes y sont bien plus nombreux que chez nous. A Sainl^Vital de Ravenne , qui est grec et du vr siècle, le Christ, qui couronne saint Vital sur la mosaïque, est

jeune, imberbe, admirable. Les Grecs, qu'on dit si amoureux de la laideur, chantent dans un hymne ou rpoiràpiov : a 0 sauveur, vous êtes toute douceur, tout désir, tout appétit insatiable, toute beauté incomparable et qu'on ne peut surpasser! Donc, nous ayant élevés vers vous, nous ayant purifiés par votre grandeur, rendez-nous dignes de votre beauté. » — Des gens qui parlent ainsi du Sauveur ne pouvaient le représenter laid systématiquement. Nous avons des Jésus imberbes, comme le dessin précédent en offre un curieux exemple ; mais comparez cette figure à celle de la dalmatique, qui est également jeune et sans barbe, et vous verrez que tout l'avantage est à l'art byzantin. Le dessin qui suit est un de ceux où le Sauveur, jeune, sans barbe, est représentée dans une intention de beauté manifeste, et pourtant l'art grec est encore supérieur, et la figure de la dalmatique vaut mieux que celle-ci , qui se voit dans la cathédrale d'Auxerre, sur un beau vitrail du xiii* siècle, dans le collatéral nord de l'abside. C'est à l'Apocalypse que cette image appartient; on y lit, au chapitre xiv : « Je vis ensuite une nuée blanche, et sur cette nuée quelqu'un assis, qui ressemblait au Fils de l'homme, et qui avait sur la tête une couronne d'or, et à la main une faux tranchante. Et un autre ange sortit du temple , criant d'une voix forte à celui qui était assis sur la nuée : « Jetez votre faux et moissonnez,

6. — FILS DK l'homme IMBERBE ET JEUNE, FAUCILLE EN MAIN. — YITRAIL DU XI1I« SIÈCLE, DANS LA CATBÉD. D'aDXERRE.

4 car le temps de moissonner est venu et la moisson de la terre est mûi'e. » Alors celui qui était assis sur la nuée jeta sa faux sur la terre, et la terre fut moissonnée. » — Rien dans notre dessin ne rappelle la terrible grandeur de ce texte de l'Apocalypse ; la faux elle-même y est devenue une faucille, comme le Fils de l'homme s'est rapetissé en enfant. Notre art chrétien de l'Occident

est admirable en architecture, mais souvent puéril en peinture ou sculpture ; Tart byzantin est supérieur, comme la dalmatique en donne une preuve nouvelle.

Sur la dalmatique, l'auréole où le Sauveur est inscrit n'est elle-même que le centre d'une gloire plus grande, qui contient les chœurs des anges et les ordres des saints.

En haut sont les neuf chœurs des anges habillés d'aubes d'argent, comme leurs ailes ; ils sont nimbés d'or. Chaque chœur est représenté par un ange spécial qui en est le type. Les six plus élevés, les Séraphins, Chérubins, Trônes, Dominations, Vertus, Puissances, tiennent chacun une longue baguette, sceptre rouge, surmontée d'une croix d'or. A ceux-là l'aube d'argent est galonnée de losanges en or sur fond vert. Les trois derniers chœurs ou le troisième ordre. Principautés, Archanges et Anges, sont en robe, en manteau d'argent; leurs pieds sont chaussés de bas de pourpre et de souliers découverts, en or. Il y a quatre anges dans le dessin , au lieu de trois ; c'est une erreur de Camilli et de M. Boisserée. L'ange prétendu, qui est derrière la sainte Vierge, est saint Jean évangéliste ; il doit avoir les pieds nus et non les pieds chaussés. Du reste pas de diadème dans les cheveux. L'erreur est si considérable, et elle se reproduit si identique dans les deux dessins, que j'ai longtemps hésité , n'ayant pas vu la dalmatique, à la faire rectifier. Cependant, après un examen attentif du dessin de la Bibliothèque Impériale, j'ai cru reconnaître saint Jean, et j'ai fait opérer le changement ; toutefois les pieds , qui doivent être nus , sont restés chaussés sur notre gravure. Les anges à long sceptre et revêtus d'aubes galonnées sont bien byzantins, comme le prouvent les mosaïques de Venise, les peintures à fresque du mont Athos, les miniatures des manuscrits grecs. Nous en donnerons divers exemples, lorsque nous ferons l'iconographie de l'ange.

Près de Jésus, à sa droite, et trempant les pieds et une partie du corps dans l'auréole d'or, est la Vierge Marie en robe, manteau et voile d'argent ; elle tend les mains vers son Fils qu'elle remercie ou auquel elle demande grâce pour les pécheurs. A gauche est saint Jean- Baptiste, en vêtement d'argent, aux cheveux incultes et hérissés, comme les Grecs le représentent constamment. Il a les pieds nus comme un apôtre, tandis que Marie a les pieds chaussés.

Voyez ci-contre un saint Jean-Baptiste byzantin, qui fera mieux sentir encore le caractère grec du saint Jean de la dalmatique.

Il aurait fallu, sur la dalmatique, accuser le vêtement de peau de chameau que porte saint Jean, comme l'offre notre gravure sur bois qui reproduit une peinture murale du mont Athos. En regard du Christ est la sainte Vierge debout avec le titre de Mère de Dieu (mp er pour mhthp OEOr), inscrit dans son nimbe. Derrière, les archanges Gabriel et Michel portent le monogranune de 1. 38

leur nom, r, M, tracé également dans leur auréole. Les grands saints guerriers, Georges et Démétrius, sont sur l'arrière-plan. Dans le fond on voit le Père éternel en empereur et le Saint-Esprit en colombe. Jésus-Christ, habillé en grand archevêque, comme disent les Grecs, bénit à la manière byzantine; il porte les trois lettres 6 wv sur la croix de son nimbe. Il est barbu, comme un prélat humain et non divin. Nous espérons que nos lecteurs, à la vue de toutes ces images, pourront se faire une idée nette de l'art byzantin, et qu'ils nous suivront avec plus d'intérêt lorsque nous reprendrons le récit de nos excursions en Grèce.

7. — SAIHT JEAN-BAPTISTE ADORANT LE CHRIST EN ARCHEVÊQUE. — PEINTURE MORALE D'UNE ÉGLISE D* ATHÈNES.

Sur la dalmatique, on voit derrière Marie, comme nous l'avons dit, le jeune, blanc et imberbe saint Jean évangéliste ; le fils derrière la mère. Apôtre, il lui faudrait les pieds nus, et il les a chaussés ; c'est à vérifier sur le monument même.

Tous ces personnages sont dans la partie supérieure où se voit , tout au sommet, la croix accompagnée de la lance à droite, de l'éponge à gauche, de la couronne d'épines en haut, des quatre clous en bas ^ Cette croix est la vraie

4. Les Grecs ont toujours cru que Jésus avait ^é attaché à la croix par quatre clous; nous y avons cru aussi, et nous représentons les quatre clous sur nos monuments jusqu'au xiii® siède. A

croix grecque , c'est-à-dire , la croix portant Técriteau marqué au point d'en faire comme un second croisillon. La vraie croix grecque est celle que nous appelons de Lorraine, à double traverse; la première pour les bras, la seconde pour le long écriteau. Assez souvent même le support des pieds est marqué , comme nous le voyons ici et à la croix que porte le personnage demi-nu, qui est dans le bas de la dalmatique. Le soleil et la lune, qui ont défailli à la mort de Jésus, brillent à gauche et à droite de la croix. Les deux astres se ressemblent de forme ; mais le soleil est rouge et la lune est blanche.

Dans le demi-cercle inférieur, on voit debout tous les ordres des saints, les mains et les yeux tendus vers leur Sauveur. En partant de la Vierge, on trouve Eve, à moitié nue ; en quittant saint Jean-Baptiste, on rencontre le groupe des ermites. Du côté de saint Jean-Baptiste sont les personnages de l'ancienne loi ou plutôt les personnages antérieurs à l'histoire de l'Église proprement dite, puisque les apôtres y sont; du côté de la Vierge, les personnages de l'Église, à l'exception d'Eve, qui est là sous la protection de la Vierge, dont elle est une figure. Marie est une nouvelle Eve, une Eve réparatrice. Cette disposition est ingénieuse et à peu près particulière aux Grecs.

Mais c'est dans le bas que sont les plus illustres et les plus saints personnages, les apôtres. On les reconnaît au grand manteau romain qui tourne autour de leur longue robe et surtout à leurs pieds nus,, privilège qu'eux seuls partagent avec les anges et les personnes divines.

Un roi, un prince au milieu des apôtres, c'est David, le représentant des prophètes. C'est bien un prince et un prince byzantin, comme on le voit à sa couronne , fort semblable à celle que porte un autre David dans un dessin tiré d'un manuscrit grec que nous avons donnée dans 1' « Iconographie chrétienne », page 419, pK 110. La couronne dite de Charlemagne avait une certaine analogie avec cette couronne grecque, et sans le nom de David, écrit au-dessus de la tête du personnage, des antiquaires patriotes auraient certainement pris ce roi pour un roi de France, d'autant mieux que l'on voit des fleurs de lis dans les ornements de son manteau. Mais c'est David ; il est inspiré du Saint-Esprit qui plane sur sa tête, et assisté de la personnification de la Sagesse à droite, de la Prophétie à gauche. Ce curieux tableau est une miniature d'un manuscrit grec qui est à la Bibliothèque Impériale, et qui date du x* siècle. Pour ne pas le reproduire ici, nous donnons une autre gravure byzantine provenant d'un manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal, et où le fils de David, Salomon, couronné à la byzantine comme son père, est assisté, comme lui, du génie ou

partir de cette époque, on en voit trois seulement, dont un pour les deux pieds qui sont représentés superposés. Tous les Christs à quatre clous sont, chez nous, antérieurs à la fin du xiii* siècle.

ange de la Sagesse. Ce génie a ceci de remarquable , quMl porte un diadème comme les anges de la dalmatique. Le manuscrit de l'Arsenal est certainement un des plus curieux qui existe ; car incontestablement il est grec de miniatures, et français de texte. C'est une Bible en langue française du xiii* siècle , et qui porte à chaque page des preuves d'art byzantin. Écrite par un Français, elle a été peinte par un Grec ; il n'y a pas à ma connaissance d'autre exemple d'une alliance aussi singulière et aussi flagrante. Le manuscrit est désigné à l'Arsenal sous le titre, la qualification et le numéro de : Bible en langue française, Théologie fr. , 8.

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